Parfois, on sent ce qui va se passer des mois à l'avance. Comme dans le cas d'Ivan Leko. Le 15 janvier déjà, lors de la réception du Club, le nom de Philippe Clement circulait. Le Club soufflait le chaud et le froid quant à l'avenir du Croate. Celui-ci obtenait, certes, tout ce qu'il voulait : un nouveau préparateur physique, un nouveau coach des gardiens, un analyste vidéo, un autre site pour le stage... Mais ce soutien était moins franc qu'au début.
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Parfois, on sent ce qui va se passer des mois à l'avance. Comme dans le cas d'Ivan Leko. Le 15 janvier déjà, lors de la réception du Club, le nom de Philippe Clement circulait. Le Club soufflait le chaud et le froid quant à l'avenir du Croate. Celui-ci obtenait, certes, tout ce qu'il voulait : un nouveau préparateur physique, un nouveau coach des gardiens, un analyste vidéo, un autre site pour le stage... Mais ce soutien était moins franc qu'au début. Acte deux, début mars. Gert Verheyen jette l'éponge à Ostende. Quatre nuls d'affilée ont assuré le maintien et Verheyen est vidé. Il rencontre Vincent Mannaert, par hasard, et les deux hommes discutent. Verheyen veut rester dans le football mais au sommet. Il ne veut pas redevenir analyste tout en n'étant pas prêt pour le poste d'entraîneur principal. Mannaert élabore un plan. Il pense à un rôle dans l'ombre pour Verheyen, ancien entraîneur des espoirs du Club, qui ne dit pas non. Reste à convaincre Clement, rapidement devenu le principal candidat à la succession de Leko. Clement a joué pour le Club, il a entraîné les espoirs et a été adjoint. Il se sentait déjà prêt à relayer Michel Preud'homme il y a deux ans mais Bruges, sans le dire franchement, n'était pas de cet avis : il a déclaré chercher un entraîneur expérimenté. L'Anversois a dû avaler son café de travers en apprenant l'embauche d'Ivan Leko. Il n'en a pas moins digéré sa déception avec classe. Il a relevé la tête et accepté un poste dans un cimetière pour entraîneurs : Waasland-Beveren. Une équipe dépourvue de grands moyens et d'organisation mais qui lui permettait de faire son trou, en travaillant d'arrache-pied. Clement a passé des heures et des heures, fin août, à chercher des renforts. Six mois plus tard, il avait délivré sa carte de visite. Comme Leko, qui malgré une élimination européenne et un faux-départ en championnat, avait ensuite tout raflé et semblait quasi sûr du titre au Nouvel-An. Waasland-Beveren a été l'autre révélation de l'automne, bien qu'on lui ait chipé un pion important en août. En l'espace de quelques semaines, Zinho Gano avait fait une telle impression que Marc Coucke avait puisé dans sa bourse. Là où d'autres entraîneurs demandent du temps et de la patience pendant des mois, le Freethiel a rapidement aligné une équipe bien briefée, qui a surpris Bruges pendant la préparation puis Genk en championnat, sous le regard attentif des patrons de ces clubs. Genk a pu engager Clement car celui-ci avait signé un contrat à durée indéterminée, facile à résilier pour le club si ça n'allait pas mais tout aussi facile à déchirer si l'entraîneur le souhaitait. Clement n'a pas hésité, pressentant ce qui allait arriver : un exode. Trop de joueurs lui avaient confié chercher un nouveau défi. Or, Waasland n'était pas suffisamment structuré pour pallier ces départs. Clement paraphe un nouveau contrat à durée indéterminée à Genk et poursuit son bonhomme de chemin. En été, Genk, nettement mieux structuré que Waasland-Beveren, a réussi à conserver ses meilleurs footballeurs, aidé en cela par l'impact de son entraîneur, fin tacticien et extrêmement empathique. Il n'a pas son pareil pour souder une équipe et affiche une personnalité beaucoup plus forte que les observateurs ne le pensaient. Il s'est défait de l'étiquette du brave adjoint qui annonçait la parole de l'entraîneur principal et semblait tout au plus capable de tapoter l'épaule d'un joueur déçu. Clement s'est bien entouré et, au fil du temps, il est devenu attentif à l'épanouissement des jeunes, un aspect qui posait problème à Genk depuis quelques années. Clement a rectifié le tir cette saison. Une raison de plus pour en faire le premier candidat au poste de T1 de Bruges. Acte trois, la semaine passée. Après ses entretiens avec le Club et Genk, Clement tranche. Le Club officialise son engagement vendredi à 15 heures via son site. Ce choix a-t-il été difficile ? Certainement. Mais il n'a pas écouté son seul coeur.Il n'est pas le premier entraîneur à offrir le titre à Genk avant de s'en aller. Genk est meilleur que Waasland-Beveren mais le Club est une plus grande marque nationale. Certains avançaient que sa collaboration avec Dimitri De Condé n'était pas optimale, d'autres affirmaient le contraire. Quoi qu'il en soit, Clement connaît bien Bart Verhaeghe et Vincent Mannaert, ainsi que le Club, même si le noyau a énormément changé depuis qu'il l'a quitté, en 2017. Le 19 juin, à la reprise des entraînements, il n'y aura pas beaucoup de joueurs pour lui souhaiter welcome back, coach : Horvath, Mechele, Denwsil (s'il reste), Vlietinck, Cools, Vormer, Vanaken (s'il reste), Vossen et Wesley (s'il reste). Les détracteurs de Clement à Bruges - il y en a - trouvaient le deal risqué, la semaine passée : son retour est rapide et l'entraîneur a rompu son contrat à deux reprises en deux ans. Dans ces conditions, on risque de se faire beaucoup d'ennemis dans un cercle finalement restreint. Verheyen, lui, avait déjà donné son feu vert quand Clement a signé. En début de semaine, il a dit à Bruges de s'occuper de son contrat avec son manager. Quand le Club reprendra l'entraînement à Westkapelle, il comptera un entraîneur de plus, Carl Hoefkens, officier de liaison auprès des jeunes. Et Timmy Simons. Comme Genk, le Standard et maintenant Anderlecht, le Club Bruges choisit ses patrons sportifs parmi ses anciens footballeurs. Il s'y était déjà essayé en 2015 avec Jan Ceulemans, Franky Van der Elst et René Verheyen, mais sans succès. Il ne doit plus craindre pareil échec car la génération actuelle semble nettement mieux armée. Jusqu'à vendredi après-midi, Genk espérait malgré tout parvenir à conserver Philippe Clement. Celui-ci valait bien tous les efforts consentis, humainement et sportivement. Pourquoi abandonner le numéro un de sa liste quand il remplit absolument tous les critères et qu'il reste une chance, même infime, qu'il décide de rester ? Si Genk était pris en otage, c'était de son plein gré. Même après la décision de Clement, Genk n'a jamais eu le sentiment d'avoir perdu son temps. Ces dernières semaines, il voulait surtout préserver la sérénité générale pour enlever le titre et la qualification directe pour la Ligue des Champions. Le Racing n'avait donc pas intérêt à relever la rumeur qui courait depuis des semaines, selon laquelle son entraîneur avait donné sa parole au Club bien avant vendredi passé. Imaginez que Clement ait reconnu, ces dernières semaines, qu'il allait effectivement rejoindre le Club : Genk aurait peut-être loupé le titre. Il fallait à tout prix préserver le calme et remporter le titre. Genk n'a toutefois pas naïvement attendu un dénouement positif. Il y a un certain temps déjà, il avait demandé à Clement de clarifier ses intentions pour la saison prochaine, fin avril. L'entraîneur ne l'a pas fait. Genk lui a alors annoncé qu'en attendant sa décision, il allait mettre en oeuvre son plan B, sans Clement, donc, et chercher d'autres profils d'entraîneurs. Ce nouveau coach devait avoir l'expérience du championnat de Belgique, se retrouver dans l'ADN de Genk, être un motivateur et être déterminé à développer un football offensif. Genk a souligné qu'il n'adapterait pas sa stratégie à un entraîneur. Genk affirme que le départ de son entraîneur ne déclenchera pas d'exode des joueurs, bien qu'en plus des trois footballeurs qui peuvent partir s'ils reçoivent une offre intéressante (Berge, Trossard, Samatta), d'autres veuillent relever de nouveaux défis. Lâcher Ruslan Malinovskyi, que convoite Naples, pour dix millions ? Jamais de la vie ! Genk est évidemment conscient qu'il va devoir convaincre les joueurs courtisés par d'autres clubs de la plus-value d'un séjour prolongé dans le Limbourg. Le club a d'ailleurs établi un plan pour chaque joueur. Il compte sur la crédibilité et et le pouvoir de persuasion de son DT Dimitri de Condé, très apprécié des joueurs. Grâce à la structure qu'il a mise en place depuis quelques années, Genk ne dépend plus d'un entraîneur dans la poursuite de ses projets mais le fait est que trois des quatre entraîneurs sacrés champions avec lui ont ensuite préféré aller voir ailleurs. Autre fait : après chaque titre, jusqu'à présent, Genk a connu un recul sportif. Si ce n'est pas un défi... " Non, c'est une chance de montrer ce que vaut le Racing ", affirme le président Peter Croonen. " Un club ne peut pas dépendre d'une seule personne, même si l'entraîneur a occupé un rôle primordial cette saison. " Genk ne prouvera qu'il est un grand club et qu'il dépasse le cadre d'association provinciale qui remporte un prix de temps en temps que s'il relève le défi qui s'annonce. " Nous n'allons pas sauter sur la table ni clamer que nous sommes un grand club. Nous sommes le KRC Genk, nous sommes ce que nous sommes. "