En face de nous, Dominique D'Onofrio est on ne peut plus sérieux. Pas le moindre doute ne se lit sur son visage. Il avale une gorgée de vin, se sert une tranche de jambon de Parme et se penche en arrière sur sa chaise. L'actuel directeur technique du FC Metz jure qu'il n'exagère pas. A Loncin, sur la route qui mène de Liège à Saint-Trond, le trafic est dense. Mais à la terrasse de l'Enoteca del Baronetto, un ange passe. "C'était une question d'argent", poursuit D'Onofrio. "Nous ne pouvions pas lutter contre le PSV. A l'époque, le seul moyen pour le Standard de convaincre un jeune, c'était de lui expliquer qu'il bénéficierait d'une formation exceptionnelle. Mais dans ce cas, ce n'était pas suffisant : le PSV avait davantage de moyens pour faire valoir ses arguments." Ou, en d'autres termes, c'est l'argent et non le sport qui a convaincu Bakkali. Ce que la famille du joueur réfute. "Le quartier de Bressoux-Droixhe, où Zakaria a grandi, ce n'est pas l'idéal pour un jeune talentueux", dit sa tante, Hakima Bakkali (30), qui le suit de près depuis des années. "Nous estimions qu'il était important de le sortir de là afin de pouvoir se concentrer uniquement sur le sport. Zakaria n'était pas un garçon difficile mais nous voulions éviter qu'il ait de mauvaises fréquentations."

Quartier sensible

Le grand-père de Zakaria Bakkali arrive en Belgique à la fin des années '60, avec trois de ses sept fils. Il a quitté Nador, dans le nord du Maroc, pour venir travailler à la mine. Son fils Abdelkader (59), le père du jeune joueur du PSV, travaille à l'usine Ford. Ceux qui sont restés au Maroc travaillent dans l'entreprise familiale, qui vend notamment des meubles. A leur arrivée en Belgique, les Bakkali s'installent d'abord à Milmort, au nord de Liège. C'est là que Zakaria voit le jour, le 26 janvier 1996. Six ans plus tard, après le décès inopiné de la maman, la famille de sept enfants déménage à Bressoux-Droixhe, où la paupérisation a déjà fait son oeuvre et est toujours bien visible. A plusieurs endroits, les détritus s'amoncellent, comme si ceux qui quittent les lieux abandonnaient le superflu dans la rue. C'est ici que la révélation du championnat de Hollande vit jusqu'à l'âge de 11 ans. L'endroit n'est pas particulièrement attachant mais le jeune joueur du PSV aime y revenir. On ne quitte pas facilement ses racines, même entourées de béton. Et il faut reconnaître que la rue Raymond Geenen, où Bakkali, ses trois frères et ses trois soeurs ont grandi, est une des plus belles du quartier. " Mais c'est vrai que Bressoux-Droixhe n'est pas l'endroit rêvé ", reconnaît Bakkali. " Nous habitions dans la meilleure rue mais ce n'est pas très grand. Quelques rues plus loin, il se passait des choses bizarres. Je suis content de n'avoir pu penser qu'au football. A Eindhoven, j'étais seulement accompagné de mon père. J'allais à l'entraînement et je rentrais à la maison, sans traîner en chemin, sans faire de conneries. " Sa tante Hakima ajoute: " Nous avons bien réfléchi: à ce moment-là, c'était le meilleur choix possible. Quand on veut faire carrière dans le football, on a besoin d'une vie structurée et calme. A Bressoux-Droixhe, c'était difficile. Là, les enfants sont toujours au bord du gouffre. "

Du Sljivo au Standard

Son premier club n'est pas le Standard mais le FC Liège, où son frère Mohammed, de six ans son aîné, joue déjà. " J'allais voir ses matches et je dribblais le long de la ligne ", se souvient Zakaria. " Ils m'ont sans doute repéré car ils m'ont invité à venir jouer également. " Dans les annales de la fédération belge, on ne trouve pourtant pas trace de cette appartenance au FC Liège. " C'est possible car je n'ai jamais été officiellement membre de ce club ", dit-il.

Très vite, il est repéré par Vincent Ciccarella qui, à l'époque de la famille D'Onofrio au Standard, dirige l'école des jeunes. " Je l'ai vu jouer pour la première fois au Challenge Sljivo de futsal ", se souvient Ciccarella. " Avec l'équipe du FC Liège, il affrontait les jeunes d'un club de futsal de première division. Il a gagné le match à lui tout seul et, dans la foulée, il a encore joué deux rencontres face à des équipes où les gars avaient quatre à six ans de plus que lui. A chaque fois, il fut le meilleur homme sur le terrain. " Bakkali se souvient encore parfaitement de cette journée également car ce tournoi a changé sa vie. " Ce jour-là, Ciccarella est venu me trouver pour me demander de signer au Standard. "

Au Standard, Thierry Witsel, le père d'Axel, l'entraîne pendant un an chez les U12. " Il était de loin le meilleur. Nous avons même envisagé de le faire jouer deux catégories au-dessus car les gars de son âge ne lui arrivaient pas à la cheville. "

Cela n'échappe pas non plus aux scouts du PSV qui, après avoir essayé, en vain, de convaincre Eden Hazard et Axel Witsel, eut plus de succès avec Bakkali. Après seulement une saison au Standard, il passe au PSV, qui lui fait une place dans l'équipe de Roland Vroomans (aujourd'hui directeur technique de De Graafschap). Le Standard refuse de collaborer et introduit une plainte auprès de l'Union belge car le transfert n'a pas été effectué selon les règles de la FIFA. Avec la conséquence que le petit Zakaria ne peut pas disputer de match officiel pendant un an. " Je faisais le chemin tous les jours pour le conduire à l'entraînement ", dit son père qui, victime de problèmes de dos, est déclaré invalide. " Nous partions à cinq heures du matin, car Zakaria devait aller à l'école à Eindhoven. C'était trop dur et le fait qu'il ne puisse pas jouer compliquait encore les choses. " De plus, comme il ne parle que le français, il ne s'amuse pas du tout à l'école internationale où le PSV l'a envoyé. Après sept semaines, il met donc un terme à l'aventure et revient au Standard. D'Onoffrio " Nous considérions cela comme une chance et nous avons récompensé (financièrement, ndlr) la famille. De plus, comme il était toujours affilié chez nous, il pouvait jouer. Zakaria me considérait comme son père. S'il avait un problème, il venait me voir. Pas pour se plaindre mais pour m'expliquer comment lui voyait les choses. Il était encore très jeune mais savait exactement ce qu'il voulait. Il avait du caractère. Etant donné les circonstances et les rapports que nous entretenions avec lui et son père, nous pensions pouvoir le garder mais le PSV a sorti l'artillerie lourde. "

De 123 à 98,5 km

En décembre 2008, Rini De Groot, responsable du scouting du PSV, et Roland Vroomans, entraîneur des jeunes, décident de revenir à Liège pour une dernière tentative. " Le gros problème, c'était l'école ", se souvient De Groot. " Il ne parlait que le français, c'était très difficile. J'ai pris contact avec des gens de cet établissement qui m'ont dit qu'ils étaient d'accord de passer du temps avec lui et nous avons réussi à le convaincre, lui et sa famille. Nous avons trouvé un appartement et une voiture à Eindhoven et, à l'école, tout s'est bien passé. Il s'y est bien amusé et a décroché un diplôme à orientation commerciale. " Le Standard n'encaisse pas ce nouveau départ et invoque de nouveau le règlement de la FIFA auprès de l'Union belge. Le PSV veut contourner le problème en faisant venir le père Bakkali à Eindhoven mais comme le reste de la famille vit toujours à Liège, il n'en est pas question. Le jeune joueur doit donc à nouveau se contenter, pendant six mois, de s'entraîner et de disputer uniquement des rencontres amicales. Entretemps, le PSV cherche une solution, qu'il trouve à l'été 2009. Le club se base sur l'article 19 paragraphe 2C et utilise une astuce. Pour déterminer la distance entre un club et le domicile du joueur, la fédération hollandaise utilise l'outil informatique de l'ANWB (l'association des automobilistes, ndlr). La maison de Bakkali se situe à 123 km de De Herdgang, le centre de formation d'Eindhoven. Soit 23 km de trop selon les règlements de la FIFA. Mais lorsqu'il effectue la demande de transfert, l'avocat du PSV utilise les coordonnées GPS, selon lesquelles il n'y a que 98,5 km entre les deux adresses. Les fédérations belge et hollandaise ne trouvent pas d'autre argument et, à la mi-2009, Bakkali est officiellement affilié au PSV. " Le club hollandais a été malin et pour nous, c'était un drame ", dit D'Onofrio. Tous les samedis, après son match, Bakkali rentre à Liège. D'autant qu'il s'adapte difficilement à son nouvel environnement. " Ma famille et mes amis me manquaient. Comme je ne parlais pratiquement pas le néerlandais, j'avais peu de contacts avec mes équipiers. Je ne comprenais absolument rien de ce qu'ils disaient. Ma chance, c'est que mon père était là tous les jours. A l'entraînement, il était toujours le long de la touche. Quand je jouais toujours au Standard, j'avais reçu une proposition de Lille mais là, je devais aller à l'internat et je ne voulais pas. A Eindhoven, on a accepté mon père et maintenant, je m'y sens comme chez moi. "

L'ENFER

Dans les équipes d'âge, Bakkali a toujours évolué une catégorie au-dessus, ce qui ne l'empêchait pas de faire la différence. C'est au début de sa troisième saison, en août 2011, qu'il sort pour la première fois du lot. A l'occasion de la Nike Premier Cup à Manchester, sorte de championnat du monde des clubs pour équipes U15, il est élu Joueur du Tournoi. " Je n'étais pas au courant, on me l'a dit par la suite ", dit D'Onofrio. " L'AS Roma m'a appelé pour voir si je pouvais l'aider à amener le garçon en Italie. J'ai répondu qu'ils n'avaient aucune chance. " Au fil des matches, des clubs, des scouts, des chipoteurs et des managers officiels s'intéressent à lui. Les membres de sa famille ne se sentent plus en sécurité nulle part. Plus moyen pour eux de suivre tranquillement un match ou un entraînement. " C'était l'enfer ", dit Hakima. " Nous avons vécu des choses incroyables ", ajoute le père. " Nous avons tenté de rester calmes et de poursuivre notre route. " Difficile, pourtant, de rester insensible à toutes ces propositions. C'est ainsi que le 30 avril 2012, Bakkali se laisse convaincre d'accompagner Marcel Veerman, un intermédiaire banni par le PSV, au derby de Manchester. Le lendemain (!), il a rendez-vous au PSV afin de signer un contrat de trois ans mais Veerman ne recule devant rien. Pendant le match, il propose une nouvelle fois au joueur de signer à Manchester City. " Honnêtement, j'avoue que j'ai hésité ", dit Zakkaria. " Mais je n'avais pas trop envie de déménager, d'apprendre une autre langue et de m'adapter à un nouvel environnement. Je l'ai dit à mon père et, le lendemain, nous sommes allés signer au PSV. " Mais le club hollandais est sur ses gardes. Quelques mois plus tôt, il a vu un autre jeune talent belge, Andreas Pereira, filer à Manchester United. Bakkali, lui, a tenu bon. Notamment parce que Fred Rutten lui a permis de s'entraîner de temps en temps avec l'équipe première.

Huit mois après la signature de son premier contrat, à l'occasion d'une tournée à Bangkok, l'ailier effectue ses débuts officieux en équipe première sous la direction de Dick Advocaat. Et huit mois plus tard, il devient le chouchou du public du PSV tandis que le Maroc et la Belgique se battent pour pouvoir l'aligner en équipe nationale. " Phillip Cocu m'a dit que le meilleur jouerait et que ce ne serait pas une question d'âge ", dit Bakkali. " Je sais où je vais, c'est chouette. " L'évolution est si rapide qu'au PSV, on a peur. Voici peu, le club craignait qu'il ne signe un contrat de formation avec un club anglais pour quelques centaines de milliers d'euros. Maintenant, il craint qu'une grosse cylindrée ne débarque avec des millions et une promesse de faire partie du noyau A. Bakkali ne dévoile pas son plan de carrière mais il assure que, pour le moment, il veut rester à Eindhoven. " Je m'amuse bien ici et je n'éprouve pas le besoin de partir. Le PSV est mon club, désormais. Je viens à peine d'arriver et j'ai encore pas mal de choses à faire ici. "

PAR THIJS SLEGERS

En face de nous, Dominique D'Onofrio est on ne peut plus sérieux. Pas le moindre doute ne se lit sur son visage. Il avale une gorgée de vin, se sert une tranche de jambon de Parme et se penche en arrière sur sa chaise. L'actuel directeur technique du FC Metz jure qu'il n'exagère pas. A Loncin, sur la route qui mène de Liège à Saint-Trond, le trafic est dense. Mais à la terrasse de l'Enoteca del Baronetto, un ange passe. "C'était une question d'argent", poursuit D'Onofrio. "Nous ne pouvions pas lutter contre le PSV. A l'époque, le seul moyen pour le Standard de convaincre un jeune, c'était de lui expliquer qu'il bénéficierait d'une formation exceptionnelle. Mais dans ce cas, ce n'était pas suffisant : le PSV avait davantage de moyens pour faire valoir ses arguments." Ou, en d'autres termes, c'est l'argent et non le sport qui a convaincu Bakkali. Ce que la famille du joueur réfute. "Le quartier de Bressoux-Droixhe, où Zakaria a grandi, ce n'est pas l'idéal pour un jeune talentueux", dit sa tante, Hakima Bakkali (30), qui le suit de près depuis des années. "Nous estimions qu'il était important de le sortir de là afin de pouvoir se concentrer uniquement sur le sport. Zakaria n'était pas un garçon difficile mais nous voulions éviter qu'il ait de mauvaises fréquentations." Quartier sensible Le grand-père de Zakaria Bakkali arrive en Belgique à la fin des années '60, avec trois de ses sept fils. Il a quitté Nador, dans le nord du Maroc, pour venir travailler à la mine. Son fils Abdelkader (59), le père du jeune joueur du PSV, travaille à l'usine Ford. Ceux qui sont restés au Maroc travaillent dans l'entreprise familiale, qui vend notamment des meubles. A leur arrivée en Belgique, les Bakkali s'installent d'abord à Milmort, au nord de Liège. C'est là que Zakaria voit le jour, le 26 janvier 1996. Six ans plus tard, après le décès inopiné de la maman, la famille de sept enfants déménage à Bressoux-Droixhe, où la paupérisation a déjà fait son oeuvre et est toujours bien visible. A plusieurs endroits, les détritus s'amoncellent, comme si ceux qui quittent les lieux abandonnaient le superflu dans la rue. C'est ici que la révélation du championnat de Hollande vit jusqu'à l'âge de 11 ans. L'endroit n'est pas particulièrement attachant mais le jeune joueur du PSV aime y revenir. On ne quitte pas facilement ses racines, même entourées de béton. Et il faut reconnaître que la rue Raymond Geenen, où Bakkali, ses trois frères et ses trois soeurs ont grandi, est une des plus belles du quartier. " Mais c'est vrai que Bressoux-Droixhe n'est pas l'endroit rêvé ", reconnaît Bakkali. " Nous habitions dans la meilleure rue mais ce n'est pas très grand. Quelques rues plus loin, il se passait des choses bizarres. Je suis content de n'avoir pu penser qu'au football. A Eindhoven, j'étais seulement accompagné de mon père. J'allais à l'entraînement et je rentrais à la maison, sans traîner en chemin, sans faire de conneries. " Sa tante Hakima ajoute: " Nous avons bien réfléchi: à ce moment-là, c'était le meilleur choix possible. Quand on veut faire carrière dans le football, on a besoin d'une vie structurée et calme. A Bressoux-Droixhe, c'était difficile. Là, les enfants sont toujours au bord du gouffre. "Du Sljivo au StandardSon premier club n'est pas le Standard mais le FC Liège, où son frère Mohammed, de six ans son aîné, joue déjà. " J'allais voir ses matches et je dribblais le long de la ligne ", se souvient Zakaria. " Ils m'ont sans doute repéré car ils m'ont invité à venir jouer également. " Dans les annales de la fédération belge, on ne trouve pourtant pas trace de cette appartenance au FC Liège. " C'est possible car je n'ai jamais été officiellement membre de ce club ", dit-il. Très vite, il est repéré par Vincent Ciccarella qui, à l'époque de la famille D'Onofrio au Standard, dirige l'école des jeunes. " Je l'ai vu jouer pour la première fois au Challenge Sljivo de futsal ", se souvient Ciccarella. " Avec l'équipe du FC Liège, il affrontait les jeunes d'un club de futsal de première division. Il a gagné le match à lui tout seul et, dans la foulée, il a encore joué deux rencontres face à des équipes où les gars avaient quatre à six ans de plus que lui. A chaque fois, il fut le meilleur homme sur le terrain. " Bakkali se souvient encore parfaitement de cette journée également car ce tournoi a changé sa vie. " Ce jour-là, Ciccarella est venu me trouver pour me demander de signer au Standard. "Au Standard, Thierry Witsel, le père d'Axel, l'entraîne pendant un an chez les U12. " Il était de loin le meilleur. Nous avons même envisagé de le faire jouer deux catégories au-dessus car les gars de son âge ne lui arrivaient pas à la cheville. "Cela n'échappe pas non plus aux scouts du PSV qui, après avoir essayé, en vain, de convaincre Eden Hazard et Axel Witsel, eut plus de succès avec Bakkali. Après seulement une saison au Standard, il passe au PSV, qui lui fait une place dans l'équipe de Roland Vroomans (aujourd'hui directeur technique de De Graafschap). Le Standard refuse de collaborer et introduit une plainte auprès de l'Union belge car le transfert n'a pas été effectué selon les règles de la FIFA. Avec la conséquence que le petit Zakaria ne peut pas disputer de match officiel pendant un an. " Je faisais le chemin tous les jours pour le conduire à l'entraînement ", dit son père qui, victime de problèmes de dos, est déclaré invalide. " Nous partions à cinq heures du matin, car Zakaria devait aller à l'école à Eindhoven. C'était trop dur et le fait qu'il ne puisse pas jouer compliquait encore les choses. " De plus, comme il ne parle que le français, il ne s'amuse pas du tout à l'école internationale où le PSV l'a envoyé. Après sept semaines, il met donc un terme à l'aventure et revient au Standard. D'Onoffrio " Nous considérions cela comme une chance et nous avons récompensé (financièrement, ndlr) la famille. De plus, comme il était toujours affilié chez nous, il pouvait jouer. Zakaria me considérait comme son père. S'il avait un problème, il venait me voir. Pas pour se plaindre mais pour m'expliquer comment lui voyait les choses. Il était encore très jeune mais savait exactement ce qu'il voulait. Il avait du caractère. Etant donné les circonstances et les rapports que nous entretenions avec lui et son père, nous pensions pouvoir le garder mais le PSV a sorti l'artillerie lourde. "De 123 à 98,5 kmEn décembre 2008, Rini De Groot, responsable du scouting du PSV, et Roland Vroomans, entraîneur des jeunes, décident de revenir à Liège pour une dernière tentative. " Le gros problème, c'était l'école ", se souvient De Groot. " Il ne parlait que le français, c'était très difficile. J'ai pris contact avec des gens de cet établissement qui m'ont dit qu'ils étaient d'accord de passer du temps avec lui et nous avons réussi à le convaincre, lui et sa famille. Nous avons trouvé un appartement et une voiture à Eindhoven et, à l'école, tout s'est bien passé. Il s'y est bien amusé et a décroché un diplôme à orientation commerciale. " Le Standard n'encaisse pas ce nouveau départ et invoque de nouveau le règlement de la FIFA auprès de l'Union belge. Le PSV veut contourner le problème en faisant venir le père Bakkali à Eindhoven mais comme le reste de la famille vit toujours à Liège, il n'en est pas question. Le jeune joueur doit donc à nouveau se contenter, pendant six mois, de s'entraîner et de disputer uniquement des rencontres amicales. Entretemps, le PSV cherche une solution, qu'il trouve à l'été 2009. Le club se base sur l'article 19 paragraphe 2C et utilise une astuce. Pour déterminer la distance entre un club et le domicile du joueur, la fédération hollandaise utilise l'outil informatique de l'ANWB (l'association des automobilistes, ndlr). La maison de Bakkali se situe à 123 km de De Herdgang, le centre de formation d'Eindhoven. Soit 23 km de trop selon les règlements de la FIFA. Mais lorsqu'il effectue la demande de transfert, l'avocat du PSV utilise les coordonnées GPS, selon lesquelles il n'y a que 98,5 km entre les deux adresses. Les fédérations belge et hollandaise ne trouvent pas d'autre argument et, à la mi-2009, Bakkali est officiellement affilié au PSV. " Le club hollandais a été malin et pour nous, c'était un drame ", dit D'Onofrio. Tous les samedis, après son match, Bakkali rentre à Liège. D'autant qu'il s'adapte difficilement à son nouvel environnement. " Ma famille et mes amis me manquaient. Comme je ne parlais pratiquement pas le néerlandais, j'avais peu de contacts avec mes équipiers. Je ne comprenais absolument rien de ce qu'ils disaient. Ma chance, c'est que mon père était là tous les jours. A l'entraînement, il était toujours le long de la touche. Quand je jouais toujours au Standard, j'avais reçu une proposition de Lille mais là, je devais aller à l'internat et je ne voulais pas. A Eindhoven, on a accepté mon père et maintenant, je m'y sens comme chez moi. "L'ENFERDans les équipes d'âge, Bakkali a toujours évolué une catégorie au-dessus, ce qui ne l'empêchait pas de faire la différence. C'est au début de sa troisième saison, en août 2011, qu'il sort pour la première fois du lot. A l'occasion de la Nike Premier Cup à Manchester, sorte de championnat du monde des clubs pour équipes U15, il est élu Joueur du Tournoi. " Je n'étais pas au courant, on me l'a dit par la suite ", dit D'Onofrio. " L'AS Roma m'a appelé pour voir si je pouvais l'aider à amener le garçon en Italie. J'ai répondu qu'ils n'avaient aucune chance. " Au fil des matches, des clubs, des scouts, des chipoteurs et des managers officiels s'intéressent à lui. Les membres de sa famille ne se sentent plus en sécurité nulle part. Plus moyen pour eux de suivre tranquillement un match ou un entraînement. " C'était l'enfer ", dit Hakima. " Nous avons vécu des choses incroyables ", ajoute le père. " Nous avons tenté de rester calmes et de poursuivre notre route. " Difficile, pourtant, de rester insensible à toutes ces propositions. C'est ainsi que le 30 avril 2012, Bakkali se laisse convaincre d'accompagner Marcel Veerman, un intermédiaire banni par le PSV, au derby de Manchester. Le lendemain (!), il a rendez-vous au PSV afin de signer un contrat de trois ans mais Veerman ne recule devant rien. Pendant le match, il propose une nouvelle fois au joueur de signer à Manchester City. " Honnêtement, j'avoue que j'ai hésité ", dit Zakkaria. " Mais je n'avais pas trop envie de déménager, d'apprendre une autre langue et de m'adapter à un nouvel environnement. Je l'ai dit à mon père et, le lendemain, nous sommes allés signer au PSV. " Mais le club hollandais est sur ses gardes. Quelques mois plus tôt, il a vu un autre jeune talent belge, Andreas Pereira, filer à Manchester United. Bakkali, lui, a tenu bon. Notamment parce que Fred Rutten lui a permis de s'entraîner de temps en temps avec l'équipe première.Huit mois après la signature de son premier contrat, à l'occasion d'une tournée à Bangkok, l'ailier effectue ses débuts officieux en équipe première sous la direction de Dick Advocaat. Et huit mois plus tard, il devient le chouchou du public du PSV tandis que le Maroc et la Belgique se battent pour pouvoir l'aligner en équipe nationale. " Phillip Cocu m'a dit que le meilleur jouerait et que ce ne serait pas une question d'âge ", dit Bakkali. " Je sais où je vais, c'est chouette. " L'évolution est si rapide qu'au PSV, on a peur. Voici peu, le club craignait qu'il ne signe un contrat de formation avec un club anglais pour quelques centaines de milliers d'euros. Maintenant, il craint qu'une grosse cylindrée ne débarque avec des millions et une promesse de faire partie du noyau A. Bakkali ne dévoile pas son plan de carrière mais il assure que, pour le moment, il veut rester à Eindhoven. " Je m'amuse bien ici et je n'éprouve pas le besoin de partir. Le PSV est mon club, désormais. Je viens à peine d'arriver et j'ai encore pas mal de choses à faire ici. "PAR THIJS SLEGERS