Kevin Geudens - "L'humoriste de l'équipe" 2001-2002 - Verbroedering Meerhout

"J'ai connu Peter Maes durant sa première saison au poste d'entraîneur et je l'ai suivi à Geel et au FC Malines. Meerhout était une équipe banale de Promotion, mais il a adopté une approche professionnelle. À l'époque, il était très proche du groupe. Après un match, il s'installait avec nous au comptoir et il racontait des blagues. Il était l'humoriste de l'équipe et était très populaire auprès des joueurs. Il ne se joignait pas à nous à l'entraînement, mais il allait très loin dans son coaching. À la fin de la séance, on faisait un exercice: du rond central, quelqu'un expédiait le ballon en diagonale vers le piquet de corner, où un autre devait le contrôler puis centrer. L'auteur de la longue passe devait sprinter vers le rectangle et conclure l'action. Maes nous montrait parfois comment marquer. Quand Geel s'est présenté à lui avec un projet pour remonter en première division, la direction a compris qu'elle ne pouvait pas le retenir."
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"J'ai connu Peter Maes durant sa première saison au poste d'entraîneur et je l'ai suivi à Geel et au FC Malines. Meerhout était une équipe banale de Promotion, mais il a adopté une approche professionnelle. À l'époque, il était très proche du groupe. Après un match, il s'installait avec nous au comptoir et il racontait des blagues. Il était l'humoriste de l'équipe et était très populaire auprès des joueurs. Il ne se joignait pas à nous à l'entraînement, mais il allait très loin dans son coaching. À la fin de la séance, on faisait un exercice: du rond central, quelqu'un expédiait le ballon en diagonale vers le piquet de corner, où un autre devait le contrôler puis centrer. L'auteur de la longue passe devait sprinter vers le rectangle et conclure l'action. Maes nous montrait parfois comment marquer. Quand Geel s'est présenté à lui avec un projet pour remonter en première division, la direction a compris qu'elle ne pouvait pas le retenir." "On avait été coéquipiers au Germinal Beerschot, dont il était le second gardien, après Jan Moons. Au début des années 2000, il m'a personnellement attiré à Geel. Il avait raccroché depuis peu et il aimait fréquenter les joueurs. Il était très présent dans le vestiaire, ce qui n'a plus été le cas à Malines par la suite. J'ai toujours joué sous ses ordres, mais on entretenait une relation amour-haine. Il savait que je pouvais encaisser et il se servait de moi pour affûter le noyau. Il dominait le groupe en s'en prenant à moi en devant tout le monde." "Avant l'arrivée de Maes, je jouais en alternance en attaque et en défense. Maes m'a mué en box-to-box. C'était nouveau en D2. Il faisait passer son message d'une telle façon que le groupe se serait jeté au feu pour lui. Sa rage de vaincre me rongeait, au point que j'ai failli arrêter de jouer. Il m'a alors pris à l'écart et m'a expliqué qu'il voulait simplement m'aider à progresser. Le sport de haut niveau n'est pas fait pour les tendres et j'avais besoin d'un type comme lui pour comprendre que je devais m'endurcir." "Je pourrais décrire Peter Maes en deux mots: exigeant et ambitieux. Il jugeait crucial d'instaurer une bonne dynamique de groupe et il s'y employait activement. Sur le plan tactique, c'était un entraîneur moderne pour l'époque. Il nous demandait déjà de presser haut, en bloc. Je n'avais encore jamais fait ça à Westerlo ni ailleurs. Je dois ajouter qu'il n'appréciait pas trop que je me concentre davantage sur mes études que sur le football." "J'étais issu de Bocholt, en D3. Une équipe de village. J'étais pourtant convaincu de m'entraîner dur. Je m'étais trompé. Pendant la préparation, j'ai eu des vertiges à plusieurs reprises. Ma vue se brouillait... Il m'a donné des conseils sur la manière de gérer certaines situations. Je ne le savais pas, mais il était sur le point d'être limogé, à cause des mauvais résultats. Le déclic s'est produit durant ce fameux match de Coupe à Anderlecht, où j'ai intercepté le penalty décisif botté par Cheick Tioté. L'équipe était lancée et nous avons disputé le tour final." "Durant ma première saison sous sa direction, j'étais toujours étudiant. À la reprise des entraînements en juillet, je devais présenter des examens et j'ai eu la permission de reprendre plus tard, pour avoir des vacances. J'ai téléphoné à plusieurs reprises à Maes, de Lloret de Mar, l'endroit préféré des étudiants pour faire la fête, afin de le tenir au courant de mon programme de course. Je lui ai en fait donné des munitions pour me matraquer dès les premiers jours suivant mon retour. Il n'hésitait pas à me dire qu'il me trouvait quelque chose, mais ça ne l'empêchait pas de m'envoyer dans la tribune quelques jours plus tard. Je suis toutefois entré au jeu régulièrement et j'ai donc eu un rôle modeste dans la promotion de l'équipe, grâce au tour final. Je n'oublierai jamais que, lors du dernier match de la saison, il m'a offert la place du deuxième gardien, pour me récompenser de mon travail à l'entraînement. Indépendamment de l'aspect sportif, je lui suis reconnaissant de m'avoir permis de rester moi-même et de n'avoir pas bridé mon caractère." "On venait d'accéder à l'élite et il n'a pas changé ses méthodes, malgré un mauvais début. On a souffert face aux formations qui évoluaient au plus haut niveau depuis des années, mais Maes est resté serein. Il savait qu'on allait progresser. Il veillait à ce que le vestiaire ne ressente pas la pression extérieure, mais il se chargeait de nous en mettre une bonne dose. Il surveillait la moindre passe, la moindre action, le moindre contrôle. Il était impossible de se relâcher. Finalement, le moteur a pris et on a achevé la saison dans le ventre mou. Malines est un club populaire et Peter l'était aussi. C'était donc une bonne combinaison." "Peter Maes a fixé notre premier rendez-vous à minuit, sur un parking désert, à Koningslo ( Rires). C'était en juin 2006. On est montés immédiatement en D1 et deux saisons plus tard, on disputait la finale de la Coupe contre Genk, au Heysel. Après 25 minutes, on était réduits à dix, suite à l'exclusion de Jeroen Mellemans, et on a décidé de faire reculer Koen Persoons d'un cran. On a perdu, mais Peter n'était absolument pas abattu. Bon vivant, il ne sombre jamais dans le fatalisme. Il pouvait parfois être agressif et je suppose que les jeunes avaient peur de lui, mais il suscitait surtout le respect de tout le groupe." "J'ai vécu les meilleures années de ma carrière avec Peter. Avant de travailler avec lui, je prenais surtout plaisir à réaliser des actions, sans me soucier d'être efficace. Il a beaucoup insisté sur ce point. Son style particulier a fonctionné avec moi, mais d'autres n'y étaient manifestement pas préparés. On lui colle injustement l'étiquette d'entraîneur défensif parce qu'il a été gardien de but. Il voulait avant tout préserver ses filets: il suffisait alors de marquer un but pour gagner. Mais à part ça, il nous demandait de monter en nombre." "Cette saison-là, on disposait du duo Benjamin De Ceulaer- Benjamin Mokulu. Peter savait comment les stimuler afin qu'ils soient performants. Il n'était pas toujours sympathique, mais ça lui était parfaitement égal. Il poussait certains dans leurs retranchements, à la limite de l'acceptable. On ne pouvait pas se permettre d'autoriser deux ou trois joueurs à ne pas tirer à la même corde. Il se comportait avec son staff comme avec ses joueurs. Il ne pesait pas ses mots avec nous non plus et on a dû s'y faire." "Ses principes étaient très clairs. Il s'appuyait sur une bonne organisation. Au sein du bloc défensif, chaque joueur avait une série de tâches. Il optait pour un football vertical très rapide. Il recherche la stabilité. Dès qu'il a trouvé treize ou quatorze titulaires, il n'en intègre plus d'autres pour le plaisir. Il vous fait confiance et en échange, vous devez être prêt à vous livrer à fond, chaque minute. Y compris à l'entraînement." "Maes m'a fait progresser en me poussant constamment à l'entraînement, jour après jour. Il fermait les yeux sur une mauvaise passe. À la deuxième ou à la troisième, il se fâchait. Avec lui, on ne s'entraîne pas sans objectif précis. Un jour, il a surpris tout son monde en déclarant que ses adjoints allaient diriger la séance et qu'on pouvait s'amuser. Il s'est retiré dans son bureau puis, au bout d'un moment, il est venu contrôler ce qu'on faisait. Il n'a pas pu se taire. Le rendement était faible et ça l'a profondément irrité. Je dois dire que j'ai tenu bon très longtemps sous sa direction... On s'est parfois disputés, mais le lendemain, il me prenait par l'épaule. Tout va bien? Tu as passé une bonne nuit? Je savais qu'il ne coupait pas les ponts quand on se rebellait." "À Lokeren, Maes avait souvent des mots avec ses joueurs, mais je n'avais encore jamais connu d'entraîneur qui présente des excuses pour une réaction excessive le lendemain. Je me rappelle aussi un entraînement. Mon équipe avait perdu un petit match et avait dû courir en guise de punition. J'étais fâché, car certains coéquipiers coupaient les angles et je suis rentré au vestiaire. À mi-chemin, Maes s'en est pris à moi: Si tu t'en vas maintenant, toute l'équipe aura entraînement demain, au lieu d'un jour de congé. Je me suis donc acquitté de la sanction. On a tout discuté. Il a compris mon point de vue. Il n'avait rien contre le fait que je m'érige en leader, mais il n'appréciait pas la manière. Les joueurs peuvent se fâcher contre lui ou réagir, mais il n'accepte pas qu'on tente de miner son autorité. Ses méthodes ne conviennent pas à tout le monde." "Je venais des Espoirs d'OHL. Six mois plus tôt, j'étais encore un étudiant comme les autres. J'ai été le seul jeune à jouer en Coupe d'Europe contre Trabzonspor, Hull City et le Legia Varsovie. Je me suis heurté à Maes à quelques reprises et parfois, je me sentais toujours mal à mon retour à la maison, mais je jouais le week-end. J'ai croisé la route de quelques entraîneurs durs, comme Stijn Vreven, mais ce n'était rien comparé à Maes. Il m'a lancé. Après Erik ten Hag à Utrecht, c'est avec lui que j'ai accompli les plus grands progrès de ma carrière." "Il m'avait fallu des mois à Malines pour comprendre comment il fonctionnait. Il me donnait souvent le sentiment d'être un salaud, mais en fait, il voulait me faire réagir. Un entretien constructif nous a permis de savoir à quoi nous en tenir. On a trouvé un compromis pour mieux collaborer. Cinq ans après Malines, on s'est retrouvés à Genk et j'ai constaté qu'il avait changé, en bien. Sa communication était moins brutale et ses entraînements étaient tout simplement top." "Au début, Peter Maes m'a effrayé. Il était tellement dur avec ses joueurs qu'ils n'osaient pas chercher à connaître l'homme qui se cachait derrière l'entraîneur. Capitaine, je devais dialoguer avec lui et j'ai découvert une personne chaleureuse, toujours prête à plaisanter. Avant le match de Coupe d'Europe à Sassuolo, le brouillard était tellement épais qu'on a dû patienter au moins une demi-heure. Wilfred Ndidi s'est planté au tableau pour imiter Maes. J'ai filmé la scène et je l'ai postée sur mes réseaux sociaux. J'ai dû rapidement supprimer le post, car on distinguait clairement la composition de l'équipe, en arrière-plan. Maes l'a appris par la suite, mais il ne nous en a pas voulu." "Quand on entendait quelqu'un siffler de la ligne, on savait que c'était Peter Maes, mais les joueurs étaient surtout énervés par ses hurlements. Ça ne le préoccupait d'ailleurs pas: on n'avait qu'à s'y habituer. Tout le monde n'y parvenait pas. J'ai vu des joueurs se crisper sur le terrain, terrifiés à l'idée de rater une passe. Je n'en souffrais pas, mais j'ai dû gagner sa confiance. J'ai entamé la saison au poste de titulaire, à l'arrière gauche, mais après deux matches, il m'a préféré les anciens et il m'a fallu des semaines pour réintégrer l'équipe. Il m'indiquait de temps en temps les points que je devais travailler à l'entraînement, mais il n'était pas du genre à vous expliquer spontanément pourquoi il ne vous alignait pas." "Il m'a permis d'effectuer mes débuts en D1 et je lui en serai éternellement reconnaissant. Toutefois, il faut le connaître un peu pour apprécier son coaching et son approche. Maes n'est pas un entraîneur comme les autres. Il est sévère, mais juste. Il était plus strict à l'égard des jeunes comme moi qu'envers ceux qui avaient déjà une certaine expérience au plus haut niveau. Il n'avait pas de mauvaises intentions, mais il dépassait parfois les bornes avec les jeunes. Je dois l'avouer: j'ai parfois été en état de choc. Mais il m'appréciait. Il a toujours cru en moi. Et quand j'étais en forme, je jouais." "Maes a succédé à Stefán Gíslason. Dès sa première journée, on a passé trois heures sur le terrain... Je me rappelle ses propos, en pénétrant dans le vestiaire: J'ai mes idées et je sais comment obtenir des résultats. Soit vous me suivez, soit vous videz votre casier dès aujourd'hui. Il faut reconnaître qu'il sait procurer un électrochoc à un noyau et obtenir rapidement des résultats. Mais je ne sais pas si ses méthodes, plutôt extrêmes, sont viables à long terme. Un joueur confronté pendant des années à cet énorme travail et à ses exigences finit par craquer mentalement. C'est simple: on aime Maes ou on le déteste. Vous ne trouverez pas de joueur qui exprime une opinion modérée."