La première impression est un art que tous ne maîtrisent pas. Il y a ceux qui bafouillent, paralysés par la pression, mais aussi ceux qui ont tendance à en faire trop, épiçant la sauce sans arrêt au point de lui faire perdre ses nuances de saveur. Paul Mukairu, lui, trouve le dosage parfait. Treize minutes de rodage, puis une frappe propulsée au fond des filets de Jean Butez pour offrir à sa nouvelle équipe le scalp de l'Antwerp, alors leader du championnat. Le premier - et jusqu'ici le seul - changement gagnant de Vincent Kompany depuis que le Prince s'habille en coach.
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La première impression est un art que tous ne maîtrisent pas. Il y a ceux qui bafouillent, paralysés par la pression, mais aussi ceux qui ont tendance à en faire trop, épiçant la sauce sans arrêt au point de lui faire perdre ses nuances de saveur. Paul Mukairu, lui, trouve le dosage parfait. Treize minutes de rodage, puis une frappe propulsée au fond des filets de Jean Butez pour offrir à sa nouvelle équipe le scalp de l'Antwerp, alors leader du championnat. Le premier - et jusqu'ici le seul - changement gagnant de Vincent Kompany depuis que le Prince s'habille en coach. Le visage du Nigérian affiche un large sourire ; son téléphone, un message de Lukas Podolski, ancien international allemand visiblement heureux de voir si rapidement le résultat de son parrainage. À Antalya, point de chute privilégié des vacanciers qui veulent combiner Turquie et Méditerranée et premier port d'attache européen de Mukairu, Poldi s'éprend rapidement du talentueux teenager et prend souvent le temps d'une petite demi-heure supplémentaire sur le terrain après les entraînements pour aider Paul à travailler sa finition. Comme tout fan de Thierry Henry qui se respecte, Mukairu opte pour le numéro 12 dans le dos et multiplie les tentatives de rentrer sur son pied droit depuis son couloir gauche fétiche pour enrouler une frappe hors de portée du gardien. Et si la deuxième exécution victorieuse sur le sol belge se fait attendre, elle tombe finalement de manière moins spectaculaire, mais presque aussi précieuse contre le Beerschot, dans la foulée de Noël. Une façon de confirmer qu'il commence à justifier sa venue, et à rendre moins extravagante son option d'achat fixée légèrement au-delà des trois millions d'euros. De montrer, aussi, que la politique de transferts d'Anderlecht a définitivement changé. À une époque pas si lointaine, le départ aussi tardif que rémunérateur de Jérémy Doku aurait occasionné, à défaut d'un transfert au-delà des cinq millions, le prêt de dernière minute d'un nom prestigieux en quête de relance, probablement proposé à Bruxelles par l'un des contacts privilégiés du carnet d'adresses d' Herman Van Holsbeeck. Cette fois, le nom de Paul Mukairu ne sort pas du nom d'un agent, mais d'une base de données. Les équipes de Peter Verbeke, nouveau responsable du scouting, le suivent déjà depuis six mois, et quelques-uns de ses chiffres sont en effet de nature à attirer les regards. Dans un championnat turc qui fait plutôt la part belle aux gloires sur le déclin qu'aux jeunes talents, les 6,24 dribbles tentés par Mukairu à chaque sortie font de lui le meilleur U21 de la Süperlig, tout comme ses 3,45 expected goals par match le sacrent adolescent le plus dangereux de l'élite locale. Les filets n'ont tremblé que trois fois? "S'il avait marqué quinze buts, il aurait déjà coûté six millions", rétorque à la presse belge un Peter Verbeke contraint de boucler son mercato avec une enveloppe historiquement faible pour les traditions mauves. Plus que sur les chiffres palpables, c'est sur le potentiel affiché par Mukairu que se base Anderlecht pour reconstruire des ailes coupées en plein envol par le départ de Doku à Rennes. Pour Peter Verbeke, qui aime ces profils d'ailiers déroutants déjà incarnés par Emmanuel Dennis ou Krépin Diatta à Bruges, le Nigérian peut forcément devenir un coup dans le mille. Tout aussi séduit, Vincent Kompany fait le reste, profitant de son aura auprès de cette jeune génération nourrie aux exploits de Manchester City en Premier League pour permettre à Anderlecht de dribbler d'autres clubs intéressés par Mukairu. Au sein d'un onze mauve qui offre désormais plus d'espace à ses ailiers pour prendre de la vitesse à la base de leurs actions, grâce à un 4-2-3-1 plus attentiste sans ballon et moins audacieux en sa possession pour protéger sa défense et faire voler ses milieux offensifs, Paul Mukairu ne tarde pas à trouver sa place. Sa moyenne de dribbles tentés par nonante minutes le place déjà parmi les slalomeurs les plus audacieux du championnat, même si sa production moyenne d'occasions (0,35 expected goal + expected assist) n'est pas encore à la hauteur de celle des joueurs offensifs de référence en Pro League. Reste que sur ses sept titularisations, le Nigérian a été décisif à quatre reprises. Largement suffisant pour s'imposer dans un onze où, dans le sillage de Lukas Nmecha, rares sont les joueurs offensifs à alimenter les tableaux de statistiques. Peut-être encore plus que son potentiel, c'est sa faim de réussite qui a rapidement séduit son entraîneur. "Il s'est donné à 200% à l'entraînement dès le premier jour, comme s'il était venu ici pour survivre et pour faire survivre sa famille", raconte ainsi Vincent Kompany dans la foulée des premières minutes victorieuses de Mukairu face à l'Antwerp, lancé très vite dans le grand bain malgré une arrivée retardée par des ennuis de visa. Un prêt en bout de mercato, une option d'achat à un peu plus de trois millions d'euros, un passeport nigérian et un appétit hors normes à chaque fois qu'il foule la pelouse: à un poste et avec un profil différent, les points communs sont néanmoins nombreux avec un certain Victor Osimhen. Dans les bureaux de Neerpede, on espère certainement que le parallèle ne s'arrête pas là.