Goethals n'était-il pas déçu d'entraîner un club aussi modeste, alors qu'il avait dirigé les Diables Rouges et Anderlecht, avait demandé un journaliste italien à un collègue belge, alors qu'il était en Belgique pour un reportage sur l'adversaire, parfaitement inconnu, de l'Inter en quarts de finale de la Coupe d'Europe des clubs vainqueurs de coupes ? Non, avait assuré le reporter du quotidien Het Laatste Nieuws. L'entraîneur de Beveren ne se prénommait pas Raymond. Il s'agissait d'un autre Goethals. Il n'avait qu'un an d'expérience en première division.

L'Yprois Robert Goethals donnait bien cours à l'école d'entraîneurs, qu'on appelait aussi école du Heysel, mais en journée, il était un simple enseignant. Dix heures après l'exploit de Beveren à San Siro, où Beveren, le 7 mars 1979, avait réussi un nul blanc devant 70.000 spectateurs, Robert Goethals était à nouveau en classe. Son adjoint, Rik Pauwels, occupait aussi un emploi en journée, dans une entreprise automobile.

Le journaliste italien n'allait pouvoir interviewer les joueurs que le soir, après l'entraînement, qui débutait à 18 heures. Hormis l'attaquant Erwin Albert (24 ans), issu de Hertha Berlin et professionnel, tous les joueurs avaient un autre travail. Pire même : lors des joutes européennes à domicile, l'attaquant Jean Janssens se rendait directement des docks d'Anvers au Freethiel.

Deux semaines après le 0-0 à Milan, Beveren avait vraiment créé la surprise, malgré la succession des matches, puisqu'il était engagé sur les trois fronts. " Nous disputons tellement de matches que nous n'avons pas le temps de réfléchir ", avait dit Jean Janssens. " Ce n'est sans doute pas plus mal : ça nous évite de trop nous concentrer. " Dans un Freethiel en extase, Beveren s'était imposé dans les arrêts de jeu grâce à un but de Bob Stevens, sur une passe de Wim Hofkens.

Trois ans après avoir lutté contre la relégation, voilà qu'il se qualifiait pour les demi-finales de la C2, face au Barcelone de Johan Cruijff ! Beveren allait s'incliner injustement, sur un penalty contestable, en Catalogne. A domicile, le match allait rester palpitant jusqu'à la dernière minute et un nouveau penalty accordé au Barça, cette fois à juste titre. Quelques semaines après cette superbe campagne européenne, le demi-finaliste européen était sacré champion de Belgique pour la première fois, sur le terrain de Beringen, sous le regard de 8.000 de ses supporters.