"Nous nous engageons dans un partenariat avec Rutten afin d'obtenir de grands succès cette saison et les prochaines saisons". C'était ce qu'on pouvait lire, le 6 janvier, sur le site internet d'Anderlecht, qui officialisait l'arrivée de Fred Rutten. La direction du club bruxellois espérait que le Néerlandais relance l'équipe pendant le stage hivernal à San Pedro del Pinatar, en Espagne.
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"Nous nous engageons dans un partenariat avec Rutten afin d'obtenir de grands succès cette saison et les prochaines saisons". C'était ce qu'on pouvait lire, le 6 janvier, sur le site internet d'Anderlecht, qui officialisait l'arrivée de Fred Rutten. La direction du club bruxellois espérait que le Néerlandais relance l'équipe pendant le stage hivernal à San Pedro del Pinatar, en Espagne. Mais, semaine après semaine, il a perdu du crédit auprès des joueurs. Sa relation avec Landry Dimata était problématique dès le départ - Rutten reprochait à l'international espoir de se comporter comme une diva - et les choses n'allaient jamais s'arranger. Pas plus qu'avec Alexis Saelemaekers et Elias Cobbaut. Saelemaekers se voyait reprocher de ne pas savoir défendre tandis que Cobbaut aurait donné l'impression d'être démotivé lors des matches d'U21. Pour Rutten, lors du match des espoirs contre Genk du 8 avril, l'arrière gauche a même été en dessous de tout. Peu après, Cobbaut apprenait qu'il ne serait plus jamais repris en équipe A cette saison. Dans l'entourage du joueur, on reprochait à Rutten d'avoir cassé Cobbaut en le titularisant contre l'Antwerp alors qu'il manquait de rythme. En fait, les joueurs ne devaient attendre aucun soutien psychologique de la part de Rutten. Les remplaçants et les joueurs en tribune se sentaient tellement mal qu'ils employaient les pires insultes pour parler de Rutten. " Fred avait des idées très précises au sujet du fonctionnement du club et du noyau A ", dit quelqu'un qui le côtoyait chaque jour à Neerpede. " Il voulait changer les choses et suivait sa philosophie. Ses réactions étaient parfois très dures et tout le monde devait apprendre à faire avec. " Certains joueurs ont complètement laissé tomber Rutten. Face au Standard, un des leaders de l'équipe devait couvrir le flanc gauche pour empêcher Paul-José Mpoku et Alen Halilovic de passer mais il a carrément snobé cette consigne. Dire que les joueurs ne regrettent pas le départ de Rutten est un euphémisme. Des garçons comme Cobbaut, Saelemaekers et Francis Amuzu revivent et ont déjà dit en interne qu'ils étaient soulagés depuis son départ. Rutten a longtemps été protégé par Frank Arnesen. Lors du match amical face à OH Louvain, personne n'était donc étonné de voir les deux hommes s'écarter du reste du staff technique. Mais entre-temps, Rutten a commis deux erreurs cruciales qu'Arnesen n'a pas pu expliquer à la direction. Il s'est disputé ouvertement avec Pär Zetterberg et a dévalorisé les jeunes. C'est surtout cette attitude apathique vis-à-vis des espoirs du club qui lui a été reprochée. Il ne s'est jamais informé des résultats des jeunes et, il y a deux semaines, il est parti à la mi-temps du match des U21 entre Genk et Anderlecht. Au sein du club, on parlait même de corrélation entre quelques mesures prises par Rutten et les résultats en chute libre des espoirs. De nombreux jeunes ne faisaient plus rien de bon avec les U21 parce que Rutten avait fait redescendre de nombreux joueurs du noyau A. La direction a compris un peu tard que, sous Rutten, un des principes de base du club -l'intégration de jeunes au noyau A- n'était pas respecté. C'était la panique et tous les moyens étaient bons pour s'en sortir. Rutten avait été engagé comme manager de crise et sa mission était de prendre des points. Il estimait que sa mission n'était pas de faire progresser les jeunes. Il voulait même se débarrasser de quelques-uns d'entre eux qui, à ses yeux, représentaient des poids morts. Cette vision des choses contrastait totalement avec celle de Verschueren. Le directeur sportif venait à peine de regagner la confiance des supporters en leur promettant de donner davantage de chances aux jeunes lors des derniers matches des play-offs 1. " Nous n'avons pas calmé les supporters en leur promettant d'aligner beaucoup de jeunes contre Gand ", disait Karim Belhocine vendredi lors de la traditionnelle conférence de presse d'avant-match. " Nous les avons rassurés en leur présentant notre projet. Ils savent que nous travaillons nuit et jour pour remettre le club sur les rails. Nous les avons également rassurés quant à notre façon de travailler avec le capital du club. Dois-je aligner des jeunes ? Personne ne m'imposera jamais rien. Anderlecht a toujours formé de bons joueurs et nous en avons beaucoup actuellement. Selon ma philosophie, la tâche d'un entraîneur est de donner les entraînements et d'éduquer les jeunes. Une partie du travail consiste à les former jusqu'à ce qu'ils deviennent des pros à part entière et à en faire des hommes. C'est pour cela que je me lève chaque matin. Écoutez : nous souffrons autant que les supporters. Mais il y a une grande différence : eux payent pour venir nous voir et nous sommes payés pour travailler... " Anderlecht a perdu un temps précieux avec Rutten et le club n'a toujours pas de vrai projet à long terme sur lequel se reposer quelles que soient les circonstances. Mais les contours du nouvel Anderlecht seront plus clairs au cours des prochaines semaines. Jusqu'ici, les agents ont toujours reçu la même réponse d'Arnesen : priorité à la nomination d'un nouvel entraîneur avec qui on choisira les joueurs. De nombreux agents ont été surpris par ce discours : ils pensaient que le deal avec l'entraîneur danois Kasper Hjulmand serait conclu rapidement. Entre-temps, en coulisses, on prépare quelques dossiers. Michel Vlap constitue toujours une option mais Anderlecht devrait désormais faire avec la concurrence de Genk. En ce moment, Pieter Eeclo, secretary headscouting d'Anderlecht, étudie le profil d'un arrière gauche qui était présent à la Coupe du monde en Russie et qui est en fin de contrat dans son club. Si Eeclo donne son aval, le dossier passera dans les mains du comité de transferts. Le transfert de Dieumerci Mbokani est en attente - depuis qu'il a rencontré Verschueren il y a deux semaines, les négociations n'ont pas avancé - mais le joueur a envie d'apporter son expérience à une équipe d'Anderlecht rajeunie. Marc Coucke, surtout, a un faible pour le trentenaire congolais. En été, Luc Devroe et Hein Vanhaezebrouck avaient empêché l'arrivée de Dieu au Stade Constant Vanden Stock. HVH estimait que Mbokani était trop court physiquement pour le jeu qu'il prônait. La donne a complètement changé depuis lors et, selon l'entourage du joueur, seule la question financière pourrait poser problème. " Rien ne bougera avant la fin des play-offs ", reconnaît Fabio Baglio, l'agent de Mbokani. On reparlera aussi de Lazar Markovic, encore un joueur que Coucke adore. Markovic aurait rompu les ponts avec l'agence de joueurs Lian Sports, très controversée. De plus, en juin, il sera libre de transfert. L'été dernier, Anderlecht était prêt à faire un gros effort pour s'offrir les services de l'ailier serbe : on parlait d'un salaire net de 1,2 million d'euros. Mais Markovic a refusé la proposition et il se morfond à Fulham, où il n'a joué que 44 minutes dans un club descendant. Si Anderlecht parvient à lui offrir 1,5 million d'euros, il envisagera un retour à Anderlecht car il sait qu'il gagnera moins en Italie ou en Espagne. De plus, Anderlecht suit des joueurs comme Théo Bongonda et Takehiro Tomiyasu mais ils ne sont pas prioritaires. Verschueren pense pouvoir trouver des alternatives moins chères et du même calibre. Après l'augmentation de capital de 35 millions d'euros, il y a suffisamment d'argent pour réformer totalement l'effectif mais Verschueren n'est pas convaincu qu'il doit encore faire des transferts pour des montants aussi élevés que ceux dépensés pour Nicolae Stanciu et Bubacarr Sanneh. " On peut trouver de bons joueurs pour pas trop cher ", disait-il le mois dernier. " Nous avons développé une méthodologie qui doit nous permettre de trouver la même qualité à moindre prix. " Mais dans quelle mesure Arnesen (62 ans) est-il motivé pour mener la reconstruction totale d'une équipe. Le Danois n'avait pas très envie de venir à Bruxelles et il avait confié à des proches que, si le Sporting n'avait pas consenti un effort financier énorme pour l'attirer, il ne serait pas venu. Il est dès lors étrange que Verschueren n'ait pas opté pour Lee Congerton (45 ans). Le Britannique, actuellement recruteur en chef du Celtic, a été le bras droit d'Arnesen pendant 10 ans et il est encore très motivé. C'est le genre de gars qui prend l'avion sur un coup de tête pour aller voir un joueur en Colombie, ce qu'Arnesen ne fait plus. Congerton, c'est Arnesen en plus jeune. Et il était prêt à faire un effort financier car il savait qu'on lui donnerait carte blanche pour reconstruire. Fin mars, le groupe de joueurs actuels aurait dû être informé de ses perspectives d'avenir à Anderlecht mais Verschueren n'est pas arrivé à temps. Ce qui est sûr, c'est que, cet été, Verschueren et Arnesen vont faire le ménage dans le vestiaire. Des joueurs qui n'ont pas donné satisfaction devront s'en aller (Milic,Vranjes, Musona, Makarenko, Adzic), tout comme ceux qui ont été prêtés ( Thelin, Ganvoula, Sá, Chipciu, Saief, Dauda). Aussi surprenant que cela puisse paraître, quelques cadres seront également poussés vers la sortie. Il y a de fortes chances qu'au moins un joueur du trio Trebel-Kara- Kums doive partir. La nouvelle direction n'est pas fan de Mogi Bayat et de Didier Frenay. Elle veut donc le moins de joueurs possible de leur portefeuille. Si cela ne tient qu'à Verschueren, les deux joueurs les plus chers, Sanneh et Zulj, se verront offrir une deuxième chance. " S'il est bien préparé, Sanneh surprendra tout le monde la saison prochaine. Il va y arriver. Je ne le considère pas du tout comme un transfert raté ", disait Verschueren voici peu. Les jeunes (Bornauw, Saelemaekers, Amuzu, Verschaeren, Kayembe, Sambi Lokonga et Doku), eux, n'ont pas de souci à se faire : Anderlecht compte plus que jamais sur eux.