Les têtes et les masques tombent comme les feuilles des arbres. À Neerpede, l'automne semble avoir pris l'habitude de faire pleuvoir des licenciements. Un an après que la carrière anderlechtoise de Luc Devroe a écrit les premiers mots de son dernier chapitre, sur le parking du stade de Zulte Waregem où Marc Coucke n'avait pas pris la défense de son bras droit quand des supporters en colère avaient fustigé le mercato mauve, c'est au tour de Frank Arnesen de quitter un navire rejoint quelques mois plus tôt.
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Les têtes et les masques tombent comme les feuilles des arbres. À Neerpede, l'automne semble avoir pris l'habitude de faire pleuvoir des licenciements. Un an après que la carrière anderlechtoise de Luc Devroe a écrit les premiers mots de son dernier chapitre, sur le parking du stade de Zulte Waregem où Marc Coucke n'avait pas pris la défense de son bras droit quand des supporters en colère avaient fustigé le mercato mauve, c'est au tour de Frank Arnesen de quitter un navire rejoint quelques mois plus tôt. Le fameux " comité des transferts ", instauré en même temps que l'arrivée du Danois par Michael Verschueren, a donc perdu sa figure de proue. Encore tiède, le siège vacant a été réservé à Franky Vercauteren, nouvelle tête d'un projet qui semble toujours à la recherche de son fil rouge. En une petite dizaine de mois de travail, Arnesen a surtout fait parler de lui pour sa discrétion. Rarement de façon positive. Le grand public lui a longtemps reproché le transfert de Peter Zulj, pourtant renseigné en majeure partie par un département du scouting auquel le Danois avait décidé de faire confiance, quelques semaines à peine après son arrivée. Cet été, c'est d'ailleurs Michael Verschueren qui a dit à l'Autrichien qu'il croyait toujours en son futur mauve. Au final, l'unique grand dossier de l'ancien joueur mauve aura été la venue de Michel Vlap, derrière lequel il courait depuis le mois de février, et finalement débarqué à Bruxelles cet été contre un montant pas encore justifié de huit millions d'euros, malgré les convoitises de certains ténors d' Eredivisie. En privé, Arnesen aimait se vanter de son salaire royal, obtenu au sein d'un club auquel son réseau déclinant n'avait finalement plus grand-chose à offrir. Dès son arrivée, le Danois était d'ailleurs un plan B, puisque Michael Verschueren souhaitait attirer une figure de renommée internationale, amenée à devenir " le Leonardo du RSCA ". L'exemple du dirigeant parisien, souvent évoqué en privé, était cité à dessein par Verschueren junior, qui avait rencontré Nasser Al-Khelaïfi l'hiver dernier pour tisser des liens avec le PSG dans le cadre du prêt de jeunes promesses du club franco-qatari. Visiblement charmé par les connexions brésiliennes du côté du Parc des Princes, le directeur sportif d'Anderlecht avait tenté d'offrir le costume de DT à Gilberto Silva, l'ancien milieu de terrain d'Arsenal, avant de se rabattre sur une figure plus vieillissante, mais plus populaire auprès du public mauve, déjà dragué par le retour de Pär Zetterberg. Le Suédois, payé plusieurs centaines de milliers d'euros par an pour une fonction encore floue de " nouveau Jean Dockx ", avait initialement été approché par Luc Devroe pour un retour qui s'est finalement concrétisé au moment où l'ancien manager d'Ostende était déclassé, quelques semaines avant son licenciement. " Coucke sait que je suis populaire auprès des supporters. Si mon retour peut calmer les gens, il serait ridicule de ne pas profiter de l'occasion ", avait confié le Zet peu après son retour au bercail. Les premiers licenciements au sein de l'organigramme sportif, et donc les premiers profils engagés dans la foulée, permettent de suivre le fil conducteur du raisonnement du nouveau président des Mauves. Après avoir entamé l'aventure avec un homme de confiance qu'il avait déjà côtoyé à Ostende, Marc Coucke suit la logique d'un dirigeant en quête de l'insaisissable âme de son club. Comme Bruno Venanzi ou Bart Verhaeghe l'ont fait avant lui, le Gantois se tourne vers les icônes locales pour construire l'avenir du RSCA. Avant Arnesen et Zetterberg, il confie les clés du club à Michael Verschueren, fils de l'historique bras droit de Constant Vanden Stock dont le nom suffit à rappeler les années de grandeur du club .Tapi dans l'ombre du Conseil d'administration depuis près de dix ans, grâce à ses 10% de parts au sein du club, Michael travaille sa cote de popularité auprès des supporters, qu'il n'hésite jamais à rencontrer dans son bureau ou autour d'un verre. Au mois d'août, il fanfaronnait même en public en évoquant l'arrivée future d'un Diable rouge au Sporting, devant une foule forcément enthousiaste. Devenu proche de Marc Coucke à l'occasion d'un match passé ensemble dans les loges de l'Etihad Stadium en 2013, il est aujourd'hui l'un des rares à échanger régulièrement avec un président de moins en moins présent dans les bureaux de Neerpede. Nommé directeur sportif à l'automne dernier, Verschueren Junior prend les clés du Sporting, expose ses projets dans un ambitieux plan " RSCA International " qui s'inspire profondément d'un Ajax qu'il aime citer en modèle, rappelant par la même occasion ses excellentes relations avec Edwin Van der Sar. Le fils de Mister Michel, qui semble parfois démesurément animé par la volonté de laisser une trace encore plus importante que celle de son père, expose au grand jour ses idées oranje lors de la quête du successeur d' Hein Vanhaezebrouck. Qu'importe si l'idée de jeu de Phillip Cocu est loin d'être ajacide, ou si celle de Frank De Boer est aujourd'hui raillée par les connaisseurs d'Amsterdam : l'objectif prioritaire semble être de faire venir un grand nom à Neerpede. Face aux refus, c'est finalement Fred Rutten qui débarque, plan de secours activé après la rupture des négociations pour la venue de Kasper Hjulmand, piste favorite d'Arnesen mais retenu au Danemark par le million et demi d'euros réclamé par Nordsjaelland. Une excentricité que ne pouvait pas se permettre Anderlecht, dont les comptes font grise mine depuis de longs mois. Au rayon des coupables, on recense les cadavres laissés dans les placards par l'ancienne direction, mais aussi les millions impulsifs dégainés par Marc Coucke, qui pose huit millions d'euros sur la table pour un défenseur central ou offre un contrat en or à Adrien Trebel pour faire disparaître la clause de départ à six millions qui figurait dans son contrat précédent. Aujourd'hui, à titre amical, Jo Van Biesbroeck a fait son retour dans les bureaux de Neerpede pour tenter de sabrer dans les coûts de fonctionnement. Parler d'argent est tellement tabou que le slide comprenant certains chiffres-clés du club aurait été subtilement supprimé d'une récente présentation sur la situation financière du Sporting. S'il est déjà axé autour des jeunes, et du trésor de guerre qu'ils représentent, depuis que Marc Coucke a offert des contrats à onze joueurs du centre de formation en mai 2018, parmi lesquels Jérémy Doku (alors sur le départ vers l'Angleterre) et Yari Verschaeren, le projet mauve prend un virage inattendu au printemps dernier. Partis de l'autre côté de la Manche pour réseauter et chercher des collaborations potentielles avec des clubs du top européen, Arnesen, Coucke et Verschueren s'installent dans une loge de l'Etihad Stadium pour le huitième de finale de Ligue des Champions entre Manchester City et Schalke 04. Après la rencontre, Vincent Kompany échange avec le trio, et séduit tellement le président par sa vision du football et du Sporting que Coucke voit en lui l'incarnation rêvée de son projet RSCA. Avec Verschueren, il se met alors en tête de convaincre l'icône de faire son retour à la maison, un coup qui assurerait la postérité du duo auprès des fans du RSCA. L'enthousiasme autour de l'intronisation du Prince est contagieux. À tous les étages du club, on se félicite de ce projet qui doit mettre en exergue les talents de la maison autour d'un football d'inspiration guardiolesque. Les jeunes joueurs sont rapidement impressionnés par les connaissances tactiques de leur nouveau mentor, mais certains choix étonnent au sein du petit milieu des formateurs de l'élite du Royaume. Adversaires récurrents, d'aucuns peinent par exemple à expliquer le rôle en vue offert à Killian Sardella, jamais vraiment au-dessus du lot dans les catégories d'âge et loin d'être prédestiné à une carrière au sommet du football national. Les mêmes doutes ont longtemps entouré l'évolution de Sieben Dewaele ou de Francis Amuzu, aujourd'hui titulaires récurrents du projet Kompany. Intégré au comité des transferts, au sein duquel il rejoint Verschueren, Zetterberg, Arnesen et Jean Kindermans, le directeur du centre de formation, Kompany s'accapare rapidement le marché. Si Vlap est un coup d'Arnesen, c'est le Prince qui convainc Philipp Sandler, Nacer Chadli et Samir Nasri de se joindre à son projet, avec plus de difficultés pour le Français qui tentait encore de se ménager une pré-retraite dorée dans les championnats du Golfe persique quelques heures avant d'accepter l'offre bruxelloise. De son côté, Verschueren s'affaire en compagnie de Christophe Henrotay - bien introduit au Galatasaray - pour s'offrir les services de Mbaye Diagne, avant d'être finalement doublé par Bruges. Surtout, il doit dégraisser un noyau pléthorique, mission pour laquelle il regrette rapidement de s'être brouillé avec un Mogi Bayat qui n'a pas d'égal dans le domaine particulier du recasage de joueurs excédentaires. Au sein d'un club installé avec conviction dans le sillage du projet du Prince, qui semble être le premier fil conducteur suivi par Anderlecht depuis de très longues années, les seules critiques entendues à l'égard de Kompany concernent l'importance prise par son entourage. Ami fidèle, comme il l'a encore prouvé en rouvrant les portes de Neerpede à Anthony Vanden Borre quelques années après l'épisode des jeannettes, Vince a souvent fait confiance à son entourage proche pour mener les projets qui lui tenaient à coeur, parfois au détriment des compétences nécessaires pour faire du bon travail. Une particularité qui permet d'assister à des scènes surréalistes, comme quand les alentours du stade Roi Baudouin voient débarquer de concert Marc Coucke, Simon Davies et l'immense Rodyse Munienge, ami de toujours de Kompany, à l'occasion du match des Diables contre le Kazakhstan en juin dernier. Dans des zones pourtant réservées aux rares personnes pouvant montrer patte mauve et blanche, on voit ainsi de plus en plus souvent Klaas Gaublomme, CEO de Bonka Circus (société qu'il co-détient avec Kompany). Responsable de la communication et du branding du manager des Mauves, Gaublomme pourrait prendre le relais d' Aaron Kanwar, chargé en décembre dernier de travailler l'image du RSCA hors des frontières belges dans le cadre du projet " RSCA International ". Après dix mois, une seule réunion avec Marc Coucke et l'ébauche d'une tournée aux États-Unis en pré-saison finalement tombée à l'eau, Kanwar a été remercié. Gaublomme tente, de son côté, de rapprocher le Sporting de Roc Nation, la société du rappeur Jay-Z qui gère les intérêts de Romelu Lukaku ou de Kevin De Bruyne. En privé, il affirme que Kompany et lui sont là pour au moins trois ans, et qu'ils vont permettre à l'aura d'Anderlecht de traverser l'Atlantique. Marc Coucke, lui, s'est effacé. Les premières crises l'ont probablement refroidi, et il a envoyé au front un Michael Verschueren qui a reçu l'amour des spotlights en héritage génétique. S'ils ont confié l'avenir du Sporting aux idées ambitieuses de Kompany, les deux hommes gardent malgré tout le fil de leur projet initial : des jeunes, un dépassement des frontières, et une modernisation d'un club qui était toujours géré à l'ancienne avant leur arrivée. Reste à retrouver les résultats. Dans le discours de Michael Verschueren, l'homme du trio qui se retrouve le plus souvent face aux caméras, l'optimisme reste toujours de mise. Every crisis is an opportunity, aime répéter celui dont même le prénom se prononce à l'américaine. Pas sûr que Devroe, Vanhaezebrouck, Rutten ou Arnesen partagent son amour pour les citations dans la langue de Shakespeare.