Johan Timmermans, ex-président du YRFC Malines, a toujours défendu la position de Dejan Veljkovic dans son club, rejetant les suspicions qui pesaient sur l'agent à la réputation sulfureuse et disant que les joueurs amenés par Veljkovic avaient rapporté beaucoup d'argent à Malines. Mais pour lucrative qu'elle fut, cette entente avec le Serbe a fini par coûter cher à Malines. La chambre d'appel de la Commission des Litiges de l'Union belge de football a déclaré Malines coupable de falsification du match face à Waasland Beveren du 11 mars 2018.
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Johan Timmermans, ex-président du YRFC Malines, a toujours défendu la position de Dejan Veljkovic dans son club, rejetant les suspicions qui pesaient sur l'agent à la réputation sulfureuse et disant que les joueurs amenés par Veljkovic avaient rapporté beaucoup d'argent à Malines. Mais pour lucrative qu'elle fut, cette entente avec le Serbe a fini par coûter cher à Malines. La chambre d'appel de la Commission des Litiges de l'Union belge de football a déclaré Malines coupable de falsification du match face à Waasland Beveren du 11 mars 2018. Une histoire dans laquelle Veljkovic a joué un rôle essentiel. Malines, champion de D1B, ne pourra pas rejoindre la D1A. Ni jouer en Europa League. Il perd ainsi tellement d'argent que les millions ramenés par Veljkovic par le passé sont désormais très relatifs. De plus, on a l'impression que certains dirigeants malinois se sont enrichis personnellement grâce au Serbe. Surtout Thierry Steemans, ex-directeur financier du club. Mais le dossier de l'Union belge tend à démontrer qu'il n'est sans doute pas le seul. Malines est sanctionné sportivement dans le cadre de l'affaire de falsification de match parce que la Commission des Litiges a estimé qu'en mars 2018, quatre administrateurs du club ont faussé un résultat. Outre Steemans et Timmermans, il s'agit de l'actionnaire principal Olivier Somers et du responsable sportif Stefan Vanroy. Ils écopent de longues suspensions : sept ans pour Vanroy, dix ans pour les autres. Les transcriptions d'écoutes téléphoniques les concernant sont accablantes. Le parquet fédéral les a obtenues par le biais de l'enquête pénale et les a transmises au coordinateur de l'enquête de l'Union belge. Le jeudi 8 mars, Steemans s'entretient au téléphone avec Timmermans et lui dit qu'il s'est réuni avec Olivier Swolfs, directeur financier de Waasland-Beveren : Steemans dit à Timmermans que Swolfs lui a dit que Waasland-Beveren était prêt à collaborer dimanche. Le lendemain, Steemans téléphone à Vanroy pour lui demander s'il s'intéresse encore à Olivier Myny, un attaquant de Waasland-Beveren. Vanroy répond timidement mais quand Steemans lui dit que c'est " en fonction de dimanche ", il répond : " Nous sommes très intéressés. " Le 11 mars, Malines bat Waasland-Beveren 2-0 mais il est tout de même rétrogradé parce qu'Eupen bat Mouscron 4-0. Somers s'énerve. Dans une des loges du stade de Malines, il agresse verbalement le président de Waasland-Beveren, Dirk Huyck : " Tu n'as pas de couilles, crapule. Les Wallons ont pu s'arranger et toi... " Il téléphone également à Vanroy. Dans le résumé de cet appel, on peut lire : " Somers dit qu'il a été trop gentil et qu'il aurait dû téléphoner à Davy Roef ( gardien de Waasland-Beveren, ndlr) pour lui dire de tout laisser passer, un point c'est tout. " Pour la commission des Litiges, il s'agit clairement de l'expression d'une frustration sur le fait que la falsification de match n'a pas donné le résultat escompté et qu'il aurait fallu s'y prendre autrement. En mettant tous les enregistrements ensemble, on se dit que Steemans et Veljkovic ont tout manigancé et que c'est, en premier lieu, Veljkovic qui a approché Huyck. Après quoi, dans la cuisine de la boutique de sa femme, Huyck a dit à Steemans : " La cuisine est commandée ". Un code qui signifiait : l'affaire est conclue. Plus le match en question approchait, plus Timmermans s'est mêlé activement aux entretiens concernant la corruption. Malines espérait que les faux-pas des administrateurs seraient mis uniquement sur le compte des individus, pas sur celui du club. Mais la Commission des Litiges estime qu'il serait alors trop facile pour les clubs de falsifier des résultats, qu'il leur suffirait de sacrifier quelques administrateurs. La Commission des Litiges a aussi tordu le cou aux espoirs malinois en matière de prescription de l'affaire. Le club faisait état d'un point du règlement fédéral disant qu'en matière de corruption, le procureur devait requérir avant le 15 juin de la saison concernée. Pour Malines, la saison concernée était celle des faits, 2017-2018. Il aurait donc fallu requérir avant le 15 juin 2018 alors que, ce jour-là, on ne savait pas encore que ce match était suspect. Cette interprétation semblait illogique mais Malines s'appuyait sur un précédent : dans les années '80, lors de l'affaire Standard-Waterschei, la fédération avait interprété la saison concernée de la même façon que Malines. La Commission des Litiges a donc vu les choses différemment. Malines se consolera - en tout cas actuellement - en se disant que la Commission des Litiges ne l'a pas renvoyé en D1 amateur, comme Tubize le demandait. La lanterne rouge de D1B espérait ainsi échapper à la relégation et on a longtemps cru qu'elle y arriverait. Le règlement fédéral parle en effet de relégation pour un club coupable de falsification de match, même s'il joue déjà dans une division inférieure à l'époque du jugement par rapport à celle des faits, ce qui est le cas de Malines. À l'époque des faits, le club jouait en D1A. Actuellement, il est en D1B car la montée ne sera effective que le 1er juillet. On se disait donc que, si Malines était condamné à la relégation avant le 1er juillet, il descendrait en D1 amateur. Mais la Commission des Litiges a trouvé un point du règlement qui avait échappé à tout le monde : si, à la fin de la saison au cours de laquelle le jugement définitif est rendu, le club descend sur base de ses résultats, il est rétrogradé de deux divisions. Si, à la fin d'une saison, on doit tenir compte d'une relégation, il en va de même pour une montée. Un argument qui tiendra sans doute la route en appel devant la Commission Belge d'Arbitrage du Sport (CBAS). Tubize est donc hors-jeu et Malines évite le scénario le plus terrible. Plus que les sanctions infligées à Malines, c'est le volet Waasland-Beveren de l'affaire qui étonne. La Commission des Litiges n'a puni Huyck et Swolfs que parce qu'ils n'ont pas informé la fédération de ce qu'il se passait, alors qu'ils ont tout de même discuté avec Veljkovic. Il est donc étonnant qu'ils ne soient pas condamnés pour corruption. Cela ne correspond d'ailleurs pas à l'enregistrement d'une conversation téléphonique que les deux hommes ont eues le 12 mars 2018, au lendemain de la défaite 2-0 à Malines. Swolfs dit : " Si on avait su, on aurait dû jouer à fond. " Huyck réplique : " Nous aussi, ingrat. " Étrangement, la Commission des Litiges s'épanche très peu sur le sujet. Il s'agit d'une information sur le match en question : Il est juste dit que Malines aurait dû mieux jouer. Lors des plaidoiries, aucun des avocats de Waasland-Beveren n'avait réfuté cet entretien de façon convaincante. Devant le procureur, Kristof De Saedeleer avait parlé de " vision étroite. "Au lendemain du match, Huyck a aussi téléphoné à l'agent Walter Mortelmans. Dans le résumé de la conversation, on peut lire : " Au cours de l'entretien, Huyck affirme qu'avant le match, il a donné pour consigne de ne pas gagner mais de ne pas trop encaisser ". Même si la Commission des Litiges constate que Huyck a soufflé le chaud et le froid, une telle phrase ressemble tout de même fortement à un deuxième aveu de corruption. Mais les joueurs de Waasland-Beveren ont déclaré ne pas avoir été approchés par la direction du club et qu'on ne leur a rien demandé concernant ce match. À la fin de la procédure disciplinaire, De Saedeleer a même dit qu'il ne savait pas quels faits on reprochait à Waasland-Beveren en matière de falsification de match. Les administrateurs de Waasland-Beveren ont réfléchi concrètement à la façon " d'aider " Malines et Swolfs a dit qu'il s'occuperait de tout. Mais la Commission des Litiges constate que le fait d'envisager ou de promettre ne constitue pas un fait de corruption. Si on compare le onze de base de Waasland-Beveren lors du match contre Malines à l'équipe alignée une semaine plus tôt, le changement le plus important est l'absence du capitaine, Rudy Camacho. Parce qu'il allait partir à Montréal Impact, dit Waasland-Beveren. C'est l'élément le plus suspect. Dans le rapport chronologique du coordinateur fédéral de l'enquête, on peut lire : " Le vendredi 9 mars 2018 à 7h30, Huyck a téléphoné à Swolfs et lui a dit que l'entraîneur ( Sven Vermant, ndlr) n'était pas d'accord. Camacho devait jouer. L'entraîneur était un ami de l'agent de Camacho et Huyck pensait que l'entraîneur avait reçu une enveloppe ". Avec un complément d'enquête, la Commission des Litiges aurait peut-être pu savoir pourquoi Camacho n'a pas joué. Alors que la Commission des Litiges décrétait que Steemans, Timmermans, Vanroy et Somers avaient tous commis des actes répréhensibles ayant des conséquences pour Malines, cette même Commission estimait que le fait de ne pas avoir dénoncé l'affaire comme le règlement l'y oblige ne constituait pas une manoeuvre destinée à protéger Waasland-Beveren des problèmes. Selon elle, il s'agissait avant tout de manquements personnels. Il n'y a ainsi pas de preuve que les deux dirigeants ont parlé des conséquences éventuelles pour le club s'ils parlaient de cette rencontre avec Veljkovic. Huyck dit depuis longtemps qu'il ne savait pas qu'il était obligé de dénoncer. Il est le seul à avoir reconnu son erreur sur ce plan. Ses déclarations remplies d'émotions devant la Commission des Litiges n'ont pas manqué leur effet. La Commission estime donc qu'il peut s'en tirer avec une suspension d'un an avec sursis. Swolfs, qui ne s'est pas défendu sur le fond et n'a pas comparu devant la Commission des Litiges, est suspendu pour un an. En ce qui concerne les Waeslandiens, les sanctions s'arrêtent donc là. Il faut dire que faire descendre Waasland-Beveren aurait constitué un problème : cela impliquait le maintien de Lokeren, lanterne rouge de D1A. Or, il y a également eu des perquisitions à Lokeren dans le cadre de l'Opération Mains Propres, même si elles concernaient plutôt l'aspect blanchiment d'argent. Et l'enquête est toujours en cours. Pourtant, Van Steenbrugge, l'avocat de Lokeren, n'a fait preuve d'aucune réserve dans l'affaire de falsification de match, traitant Huyck & Cie de " collaborateurs ". John Maes n'a pas manqué de répliquer : " Vous savez où Veljkovic était reçu comme chez lui ? À Lokeren ! " La Commission des Litiges a aussi donné raison aux quatre agents cités dans cette affaire et qui prétendaient ne pas pouvoir être poursuivis pour ne pas avoir dénoncé la corruption puisqu'ils ne sont pas affiliés à l'Union Belge. Evert Maeschalck, le seul à qui cela était reproché, est donc acquitté pour ce point. Mais la Commission des Litiges affirme qu'elle peut sanctionner les agents pour falsification de match. Donc, Veljkovic est suspendu pour dix ans. Une sanction qu'on peut difficilement remettre en cause. Walter Mortelmans et Thomas Troch, les deux associés d' International Sport Management, n'échappent pas à une sanction non plus, même si leur participation à l'affaire est d'un autre ordre. On leur reproche d'avoir approché Myny sur demande de Steemans. Myny a d'abord dit au juge d'instruction que Troch lui avait demandé de se contenir. Plus tard, il a dit au coordinateur fédéral de l'enquête que Troch lui avait demandé de ne pas fêter son but car Malines s'intéressait encore à lui. Quelle que soit la version exacte, la Commission des Litiges estime que, vu son expérience dans le monde du football, Troch devait savoir qu'un tel coup de fil à Myny à la veille d'une rencontre n'était pas tout à fait innocent et désintéressé. Même si son intervention était limitée et sophistiquée, il savait de quoi il parlait, selon la Commission des Litiges. Celle-ci interdit également à Mortelmans de s'affilier pendant trois ans, dont deux avec sursis. Troch est également interdit d'affiliation pendant trois ans, dont un avec sursis. Mais bien qu'elle estime que Troch a approché Myny, la Commission des Litiges ne sanctionne pas le joueur pour ne pas avoir dénoncé la manoeuvre. Elle estime qu'un " élément moral " entre en jeu. Autrement dit : il aurait fallu qu'il y ait une intention de commettre la faute. Franchir le feu rouge parce qu'on est aveuglé par le soleil n'est pas pareil que le faire consciemment. Dans le cas de Myny, la Commission des Litiges a estimé qu'il n'y avait pas d'intention de tricher. Au cours d'un plaidoyer plein d'émotion, le joueur a dit à la Commission qu'il ne savait pas qu'il était obligé de dénoncer. Et il a éclaté en larmes. Le verdict concernant Myny soulève une question : les autres joueurs doivent-ils désormais craindre quoi que ce soit s'ils ne dénoncent pas une tentative de corruption. Manifestement, l'ignorance peut parfois servir. Et pourquoi ne pas avoir appliqué avec Huyck le même raisonnement qu'avec Myny puisque lui aussi avait juré qu'il ne se savait pas obligé de dénoncer. La Commission des Litiges a peut-être estimé qu'un administrateur devait mieux connaître le règlement. Par Kristof De Ryck