Ça se passe à Tubize, entre les déplacements des Diables à Copenhague et Saint-Pétersbourg. Kevin De Bruyne est un des deux joueurs convoqués au point presse. L'autre, c'est Jason Denayer. Pendant que le héros malheureux de Copenhague discute avec les médias écrits et tente de justifier sa passe suicidaire qui aurait pu nous coûter cher, le vrai héros du même match se confie aux télés. L'armée de photographes se désintéresse de Denayer, préférant scruter l'arrivée de De Bruyne, qui va quitter les containers des chaînes de télé pour venir dans la tente réservée à la presse écrite. On a beau être le meilleur défenseur central de Ligue 1, on ne pèse plus bien lourd quand le meilleur joueur de Premier League est dans les parages.
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Ça se passe à Tubize, entre les déplacements des Diables à Copenhague et Saint-Pétersbourg. Kevin De Bruyne est un des deux joueurs convoqués au point presse. L'autre, c'est Jason Denayer. Pendant que le héros malheureux de Copenhague discute avec les médias écrits et tente de justifier sa passe suicidaire qui aurait pu nous coûter cher, le vrai héros du même match se confie aux télés. L'armée de photographes se désintéresse de Denayer, préférant scruter l'arrivée de De Bruyne, qui va quitter les containers des chaînes de télé pour venir dans la tente réservée à la presse écrite. On a beau être le meilleur défenseur central de Ligue 1, on ne pèse plus bien lourd quand le meilleur joueur de Premier League est dans les parages. Tout un symbole. KDB est plus hot que jamais. Et dès qu'il met le nez dehors, le bruit des rafales d'appareils photo est impressionnant. "C'est sympa qu'il n'ait pas mis de masque, ça nous permet d'avoir des chouettes clichés, on voit bien son expression", dit un photographe. Une expression rarement débordante, mais il a toujours été comme ça, dans la retenue. Il s'installe face aux médias écrits et les déclenchements en rafale reprennent. Un peu plus tard, on s'installe au bord d'un terrain d'entraînement avec Thorgan Hazard pour une interview. On évoque Kevin De Bruyne et son retour dans l'équipe. Obligé. La conversation dévie sur l'attribution du prochain Ballon d'Or. "Il le mérite", lâche le joueur de Dortmund. "C'est dommage qu'il n'ait pas gagné la Ligue des Champions, ça aurait pu faire pencher la balance pour beaucoup de votants. Si on gagne l'EURO, il aura énormément de chances. Ce serait incroyable pour la Belgique." Trois joueurs encore en activité ont déjà reçu la récompense individuelle suprême: Lionel Messi, Luka Modric et Cristiano Ronaldo. Aucun des trois ne sort d'une saison exceptionnelle à leur échelle. Et si KDB devenait le 45e lauréat? Et si Thorgan Hazard devait voter, de façon indépendante? "Sur mon podium, je mettrais, dans le désordre, Kevin De Bruyne, Romelu Lukaku et N'Golo Kanté. Je mets Kevin devant Romelu simplement parce que l'Inter n'a pas été très loin en Ligue des Champions alors que Kevin a failli la gagner." MarcWilmots a signalé récemment que De Bruyne était dans les candidats et il voit prioritairement, pour lui barrer la route, Kylian Mbappé, Karim Benzema, Erling Haaland et Robert Lewandowski. KDB lui-même sait qu'il devra compter sur les autres Diables pour avoir une chance: "Parfois, vous pouvez être brillant dans un match et être du côté des perdants. Pour être dans la course pour une récompense individuelle comme le Ballon d'Or, vous devez gagner des titres. J'essaie d'être le meilleur possible dans tout ce que je fais. Je ne sais pas ce que ça va donner, mais je suis déjà fier d'être cité parmi les favoris. On parle là du trophée remis au meilleur du monde!" Si De Bruyne devient le premier Ballon d'Or belge, il le devra notamment à ce qu'il fait de mieux: distribuer des caviars. Une marque de fabrique, un aspect du foot qu'il maîtrise comme personne. Thorgan Hazard en a bénéficié à Copenhague pour égaliser, son frère a déjà transformé cinq passes décisives de KDB en équipe nationale. Et le champion toutes catégories est Lukaku qui a encore profité de la précision de son pourvoyeur pour en mettre une au fond contre la Finlande et est largement en tête du classement des buteurs belges servis par le génie ( voir encadré). L'assist pour l'égalisation par Thorgan Hazard contre le Danemark était un cas d'école. Au bout de l'effort extraordinaire du tank Lukaku, un De Bruyne à deux pas du but aurait pu frapper. Mais il a préféré passer à Thorgan, mieux positionné. Il explique son choix décidé en une fraction de seconde: "Je me dis directement que si j'essaie de marquer moi-même, il y a une chance que le ballon soit arrêté par un Danois. Tout aussi directement, je raisonne comme ceci: le back droit vient me presser, donc ça veut dire qu'il n'est plus disponible pour tenir Thorgan. Je vois effectivement que Thorgan est démarqué, donc c'était logique de lui faire la passe." Ça semble si simple. Si on visionne la phase au ralenti, ce n'est effectivement pas bien compliqué. Le hic, c'est qu'une phase pareille se déroule à du cent à l'heure. On en revient à cette notion de fraction de seconde. Parce que c'est une donnée qui impressionne de plus en plus les observateurs du foot international: on a l'impression que Kevin De Bruyne pense plus vite que n'importe quel autre joueur. Comme s'il avait, dans un coin de la tête, un logiciel accélérateur de traitement de données. Il est conscient qu'il a un avantage énorme sur ce plan-là, peut-être un don inné. "Je ne sais pas d'où ça me vient", rigole-t-il. "Aucune idée, vraiment. À l'entraînement et en match, j'essaie de reconnaître les situations, de les comparer à des phases que j'ai déjà vécues. En une fraction de seconde, j'arrive à voir où sont les coéquipiers et où se trouvent les adversaires. J'essaie d'avoir le plus grand nombre possible de données à l'avance et de prendre les meilleures décisions le plus vite possible. Tout dépend aussi des qualités spécifiques de mes coéquipiers. Je ne donne pas le ballon de la même façon à Eden Hazard ou à Raheem Sterling. Eden préfère le recevoir dans les pieds, Raheem préfère dans la profondeur. Je m'adapte. J'essaie de lire dans la tête de celui à qui je vais passer la balle." L'homme est un désorientateur de haut vol. Il n'y a pas plus fort pour déstabiliser une défense complète, pour la mettre en porte-à-faux. Et pour la faire douter. "Je ne sais pas si j'arrive à faire douter les équipes adverses, mais je peux comprendre qu'elles doutent quand je construis une action!" On peut comprendre qu'il soit soulagé de pouvoir jouer sans masque suite à son opération au visage. Histoire de ne pas limiter son champ de vision. "J'avais peur aussi d'être irrité." On ne savait pas dans quel état physique il était quand Roberto Martínez l'a lancé en deuxième mi-temps à Copenhague. Il avait dû brosser les entraînements pendant une dizaine de jours et devait toujours faire l'impasse sur les duels de la tête. On a vite été rassuré. Un but, un assist, une victoire, merci bonsoir. "En le regardant jouer, on ne pouvait pas imaginer qu'il avait subi récemment une intervention", analyse le coach. Autre analyse, à l'étranger. Une chroniqueuse de L'Équipe TV a remarqué qu'il avait subitement pris son teint rougeaud, synonyme de grosse dépense physique. "L'entrée de De Bruyne est ouf. Il s'est mis en mode couleur framboise. Quand il change de couleur, on sait qu'il est parti." De Bruyne a récupéré. Physiquement. Et mentalement. Il reconnaît que ça a été compliqué, mais relativise: "On a perdu la Ligue des Champions, mais ce n'est pas comme si je n'avais rien gagné cette saison." Relativiser... Encore un art qu'il maîtrise. "Ce qu'il a vécu après sa blessure me fait penser à ce que mon frère a vécu les derniers mois", nous explique Thorgan Hazard. "Que ce soit Eden, Kevin, moi, d'autres joueurs de l'équipe nationale, on a une vie bien rangée avec femme et enfants. Quand tu es dans le dur parce que tu es blessé ou parce que tu te prends plein de critiques, tu arrives à tourner le bouton dès que tu rentres à la maison parce que tu as d'autres choses auxquelles tu peux te raccrocher. Tu passes du bon temps avec ta famille, tu oublies tes soucis du foot. Eden est comme ça, Kevin aussi. Si tu es seul, si tu n'as pas d'autres centres d'intérêt, c'est là que ça peut devenir très compliqué."