Le large sourire, la psychologie, les quatre trophées de meilleur arbitre de la saison, tout ça c'était hier. En avril de l'année passée, Jérôme Efong Nzolo a tranché : stop ! Trois échecs en quelques mois aux tests physiques, ça l'a cassé, découragé. On coince l'homme à Charleroi pour un long entretien, entre deux avions. Parce qu'il n'a pas seulement quitté le monde de l'arbitrage. Il a aussi déserté la Belgique. Il y revient plus ou moins régulièrement pour voir ses deux enfants, mais pour le reste, sa vie est dans son pays natal, le Gabon où il est conseiller du ministre des sports.

Tu as sifflé ton dernier match sans le savoir. Pas de match d'adieu, pas d'applaudissements, pas de fleurs, pas de remerciements, rien. Il n'y a pas un manque ? Tu n'as pas l'impression de ne pas avoir eu la sortie que tu méritais ?

NZOLO : Un match d'adieu... Je sais relativiser tout ça... Je n'ai jamais rêvé d'une sortie glorieuse. Quand on sort, on sort. Pour tout te dire, je ne me souviens même plus du dernier match que j'ai dirigé chez les pros. Je sais que c'était en play-offs 1, mais pour le reste... Par contre, mon tout dernier match, je m'en souviens très bien. C'était la finale de la Young Cup pour Minimes, dans le Hainaut. Chaque année, je la sifflais. Et c'était chaque fois mon meilleur moment de la saison. Je sais que quand je dis ça, je déçois les gens qui m'interrogent sur mes meilleurs souvenirs ! A cet âge-là, les gamins sont purs, bruts. Il n'y a pas de tricherie et de coups bas chez les Minimes.

Le stress, l'adrénaline, les télés, le bruit dans des stades remplis, les trophées, ça ne te manque pas ?

NZOLO : Absolument pas. Je continue à faire beaucoup de sport. Je n'ai plus le match du week-end mais ce n'est pas un souci. Je reçois toujours les programmes d'entraînement de l'UEFA et je les suis à la lettre. Des gens me demandent pourquoi je me dépense toujours autant. Mais j'en ai besoin. Le gars qui a fumé, il aura toujours envie de fumer. Moi, j'aurai toujours envie de faire beaucoup d'exercice. Je ne peux pas m'imaginer avec un gros ventre !

On revient à tes fameux tests ratés... C'était quoi, le souci ?

NZOLO : La première fois, on est en pleine canicule. Les médecins conseillent de ne pas faire de sport, on le dit à la radio et à la télé, il y a des risques pour la santé. Mais l'examen est maintenu. J'y vais. Je commence la série de sprints, puis j'arrête de moi-même. J'estime que c'est trop dangereux. Là, j'entends et je lis des commentaires extraordinaires. Style : -C'est un Africain, les fortes chaleurs, il connaît. De quoi il se plaint ? Tu imagines. D'autres personnes signalent que je suis en Belgique depuis vingt ans et que j'ai quand même eu le temps de m'acclimater.

On dit aussi que j'ai arbitré des matches par moins dix dans des pays de l'Est et que je dois savoir maîtriser les températures extrêmes. Bon... Je repasse le test, et là, je me blesse à la cuisse. Après ça, je m'entraîne comme un malade pour revenir. Pendant deux mois. Je suis suivi par des médecins, des kinés. Je suis prêt pour un troisième examen. Mais ma cuisse lâche encore une fois. Là, j'ai un déclic. Je ne m'étais jamais blessé, puis j'ai deux soucis en peu de temps. Je me dis que c'est un signe. Je me pose les bonnes questions et je tire les bonnes conclusions. Pour être bon dans l'arbitrage, il faut être parfaitement bien dans sa tête. Je ne le suis plus. Je n'ai plus la flamme. C'est mieux d'arrêter définitivement.

Revenir... j'aurais pu revenir. Mais s'il n'y a plus le plaisir, on commence à arbitrer avec le frein à main. Un footballeur peut jouer avec le frein à main, il peut se cacher. Un arbitre, non. Si j'avais continué simplement pour le salaire et éventuellement le trophée de meilleur arbitre en fin de saison, je n'aurais plus fait mon boulot correctement, ça n'aurait pas été honnête vis-à-vis des équipes. Et j'aurais pris le risque de donner une piètre image de moi-même. A ce moment-là, je crois que j'avais une très bonne image dans le monde du foot et dans le public, et je tenais à la conserver. Je n'étais plus sûr moi-même de pouvoir encore siffler des affiches en étant à 100%. Bref, c'était mieux de partir. Une fois de plus, je ne me suis pas trompé ! Je suis croyant, je pensais bien que Dieu allait m'ouvrir d'autres portes... Et ça n'a pas traîné.

Par Pierre Danvoye

Retrouvez l'intégralité de l'interview de Jérôme Efong Nzolo dans votre Sport/Foot Magazine

Le large sourire, la psychologie, les quatre trophées de meilleur arbitre de la saison, tout ça c'était hier. En avril de l'année passée, Jérôme Efong Nzolo a tranché : stop ! Trois échecs en quelques mois aux tests physiques, ça l'a cassé, découragé. On coince l'homme à Charleroi pour un long entretien, entre deux avions. Parce qu'il n'a pas seulement quitté le monde de l'arbitrage. Il a aussi déserté la Belgique. Il y revient plus ou moins régulièrement pour voir ses deux enfants, mais pour le reste, sa vie est dans son pays natal, le Gabon où il est conseiller du ministre des sports.Tu as sifflé ton dernier match sans le savoir. Pas de match d'adieu, pas d'applaudissements, pas de fleurs, pas de remerciements, rien. Il n'y a pas un manque ? Tu n'as pas l'impression de ne pas avoir eu la sortie que tu méritais ?NZOLO : Un match d'adieu... Je sais relativiser tout ça... Je n'ai jamais rêvé d'une sortie glorieuse. Quand on sort, on sort. Pour tout te dire, je ne me souviens même plus du dernier match que j'ai dirigé chez les pros. Je sais que c'était en play-offs 1, mais pour le reste... Par contre, mon tout dernier match, je m'en souviens très bien. C'était la finale de la Young Cup pour Minimes, dans le Hainaut. Chaque année, je la sifflais. Et c'était chaque fois mon meilleur moment de la saison. Je sais que quand je dis ça, je déçois les gens qui m'interrogent sur mes meilleurs souvenirs ! A cet âge-là, les gamins sont purs, bruts. Il n'y a pas de tricherie et de coups bas chez les Minimes.Le stress, l'adrénaline, les télés, le bruit dans des stades remplis, les trophées, ça ne te manque pas ?NZOLO : Absolument pas. Je continue à faire beaucoup de sport. Je n'ai plus le match du week-end mais ce n'est pas un souci. Je reçois toujours les programmes d'entraînement de l'UEFA et je les suis à la lettre. Des gens me demandent pourquoi je me dépense toujours autant. Mais j'en ai besoin. Le gars qui a fumé, il aura toujours envie de fumer. Moi, j'aurai toujours envie de faire beaucoup d'exercice. Je ne peux pas m'imaginer avec un gros ventre !On revient à tes fameux tests ratés... C'était quoi, le souci ?NZOLO : La première fois, on est en pleine canicule. Les médecins conseillent de ne pas faire de sport, on le dit à la radio et à la télé, il y a des risques pour la santé. Mais l'examen est maintenu. J'y vais. Je commence la série de sprints, puis j'arrête de moi-même. J'estime que c'est trop dangereux. Là, j'entends et je lis des commentaires extraordinaires. Style : -C'est un Africain, les fortes chaleurs, il connaît. De quoi il se plaint ? Tu imagines. D'autres personnes signalent que je suis en Belgique depuis vingt ans et que j'ai quand même eu le temps de m'acclimater. On dit aussi que j'ai arbitré des matches par moins dix dans des pays de l'Est et que je dois savoir maîtriser les températures extrêmes. Bon... Je repasse le test, et là, je me blesse à la cuisse. Après ça, je m'entraîne comme un malade pour revenir. Pendant deux mois. Je suis suivi par des médecins, des kinés. Je suis prêt pour un troisième examen. Mais ma cuisse lâche encore une fois. Là, j'ai un déclic. Je ne m'étais jamais blessé, puis j'ai deux soucis en peu de temps. Je me dis que c'est un signe. Je me pose les bonnes questions et je tire les bonnes conclusions. Pour être bon dans l'arbitrage, il faut être parfaitement bien dans sa tête. Je ne le suis plus. Je n'ai plus la flamme. C'est mieux d'arrêter définitivement.Revenir... j'aurais pu revenir. Mais s'il n'y a plus le plaisir, on commence à arbitrer avec le frein à main. Un footballeur peut jouer avec le frein à main, il peut se cacher. Un arbitre, non. Si j'avais continué simplement pour le salaire et éventuellement le trophée de meilleur arbitre en fin de saison, je n'aurais plus fait mon boulot correctement, ça n'aurait pas été honnête vis-à-vis des équipes. Et j'aurais pris le risque de donner une piètre image de moi-même. A ce moment-là, je crois que j'avais une très bonne image dans le monde du foot et dans le public, et je tenais à la conserver. Je n'étais plus sûr moi-même de pouvoir encore siffler des affiches en étant à 100%. Bref, c'était mieux de partir. Une fois de plus, je ne me suis pas trompé ! Je suis croyant, je pensais bien que Dieu allait m'ouvrir d'autres portes... Et ça n'a pas traîné.Par Pierre DanvoyeRetrouvez l'intégralité de l'interview de Jérôme Efong Nzolo dans votre Sport/Foot Magazine