Chris Van Puyvelde: " Nous avons écrit l'histoire, et nous avons effleuré le rêve ultime du bout des doigts. Un centimètre, pas plus. Ce n'est pas un hasard, car j'ai vu une équipe qui avait faim. La sélection était représentative, et certains joueurs à propos desquels des doutes subsistaient se sont révélés. Je pense à Dedryck Boyata. D'autres ont confirmé : Eden Hazard a joué un très grand tournoi. Kevin De Bruyne est un peu resté en retrait, il a commencé le tournoi très bas car nous étions alors en possession du ballon, puis a avancé sur l'échiquier. Mais, dans l'ensemble, ce fut une prestation très homogène. Notre match référence fut celui contre le Brésil. C'était vaincre ou mourir. Nous avons vaincu et nous nous sommes affirmés aux yeux du monde entier. Ceux qui s'estiment déçus par la prestation des Diables Rouges sont des rabat-joie, je ne m'en formalise pas. J'ai reçu des réactions positives de toutes les parties du monde. Le président du Japon m'a serré dans ses bras. Il m'a dit qu'il se souvenait encore très bien du moment où je m'étais adressé à un auditoire de 2.000 personnes - tout le gratin du football asiatique - à Hiroshima.
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Chris Van Puyvelde: " Nous avons écrit l'histoire, et nous avons effleuré le rêve ultime du bout des doigts. Un centimètre, pas plus. Ce n'est pas un hasard, car j'ai vu une équipe qui avait faim. La sélection était représentative, et certains joueurs à propos desquels des doutes subsistaient se sont révélés. Je pense à Dedryck Boyata. D'autres ont confirmé : Eden Hazard a joué un très grand tournoi. Kevin De Bruyne est un peu resté en retrait, il a commencé le tournoi très bas car nous étions alors en possession du ballon, puis a avancé sur l'échiquier. Mais, dans l'ensemble, ce fut une prestation très homogène. Notre match référence fut celui contre le Brésil. C'était vaincre ou mourir. Nous avons vaincu et nous nous sommes affirmés aux yeux du monde entier. Ceux qui s'estiment déçus par la prestation des Diables Rouges sont des rabat-joie, je ne m'en formalise pas. J'ai reçu des réactions positives de toutes les parties du monde. Le président du Japon m'a serré dans ses bras. Il m'a dit qu'il se souvenait encore très bien du moment où je m'étais adressé à un auditoire de 2.000 personnes - tout le gratin du football asiatique - à Hiroshima. Il m'a dit : ' Maintenant que je vous vois à l'oeuvre aujourd'hui, je comprends mieux ce que vous vouliez dire lorsque vous parliez de créativité.' J'ai regardé leur échauffement et je me suis dit : il savent tout faire. Gauche, droite, extérieur, intérieur, pivoter. Mais ils n'avaient peut-être pas ce que nous avons : la créativité. Prendre la bonne décision au bon moment. Notre dernier but... Garder le ballon au centre le plus longtemps possible, adresser une passe à l'extérieur dans le dernier tiers, avant que quelqu'un - dans ce cas Romelu Lukaku, et dans le cas du but de Kevin De Bruyne c'était Thomas Meunier - ne plonge dans l'espace afin de créer de l'espace pour le buteur. Devant les Japonais, j'ai un jour commis l'erreur de parler de kamikaze pendant ma présentation, ils m'ont regardé d'un drôle d'air. Lors des exposés ultérieurs, je n'ai plus utilisé ce mot. Mais en fait, ces dix secondes recelaient toutes les phases que l'on enseigne aux jeunes lors de leur formation. La grande qualité de Roberto Martínez, c'est qu'il ose s'entourer de gens qui ont des capacités. Il discute de tout, y compris avec les joueurs. C'est normal : si tout le monde ne réfléchit pas de la même manière sur le terrain, on peut crier et gesticuler autant que l'on veut le long de la touche, on ne parviendra pas à faire passer son message. Rob discute avec le staff, avec les joueurs, avec tout le monde, mais au bout du compte c'est quand même lui qui prend la décision (il rit). Parfois, il l'a déjà prise avant, mais par sa façon de parler, il convainc tout un chacun de se rallier à son idée. Roberto est aussi un excellent psychologue. En tant qu'équipe, nous avons aussi progressé en phase de récupération du ballon : dans les cinq premières secondes, nous avons su opérer des reconversions très rapides. Pas de pressing, mais une récupération rapide. Jouer la possession du ballon, nous en étions déjà capables, tout comme jouer la contre-attaque. Les doutes concernant la flexibilité tactique ont été évacués. Les joueurs assimilent rapidement les nouvelles données tactiques, parce qu'ils y sont habitués dans leur club. Ils n'ont pas besoin de trois ou quatre jours pour préparer le match contre le Brésil. " " Il y a deux ans, nous nous sommes posé la question : quelles leçons devons-nous tirer des deux tournois précédents et comment pouvons-nous apporter une solution ? Car, soyons clairs : une très bonne base existait déjà. On a construit à partir de là. Beaucoup d'efforts ont été consentis dans la préparation, car tous les détails sont importants : un deuxième réseau wifi dans l'hôtel, des douches modernes, les matelas... S'il y avait des irritations, nous avons essayé de les gommer. Les joueurs ont beaucoup apprécié le fait que toute la préparation se soit déroulée à Tubize. Nous n'étions pas obligés de beaucoup voyager, à cette période-là. Nous avons assez voyagé ici, en Russie. A Tubize, nous avons travaillé tant en intérieur qu'à l'extérieur, nous avons eu des discussions intéressantes avec les joueurs, nous avons renforcé l'esprit de groupe. Pendant le mois passé en Russie, j'ai rarement entendu les joueurs se plaindre, même pas durant la septième semaine. Les deux journées de visite familiale ont aussi fait beaucoup de bien, car durant la dernière semaine on sentait bien que tout le monde était sur les dents. Après la petite finale, je ferai encore une évaluation, car tout sera alors encore bien frais dans la mémoire, puis je me rendrai dans les clubs pour leur expliquer les leçons tirées du tournoi. Ce qui me surprend de plus en plus : toutes les équipes se tiennent de très près. L'importance des analyses et du visionnage des images devient donc primordial. Dans ce domaine, nous devons encore progresser, mieux utiliser les informations. Il faut encore plus de professionnalisme dans l'encadrement et l'approche, convaincre de jeunes férus de technologie de faire carrière dans le football. En Ouzbékistan, j'ai un jour fait un exposé de notre approche, et j'ai demandé à tout le monde de se lever. J'ai alors dit : celui qui possède un écran à la maison - téléphone, ordinateur, télévision, tablette, etc., tout est écran pour moi - peut se rasseoir. Puis celui qui possède deux écrans, et ainsi de suite. Ce n'est que lorsque nous sommes arrivés à cinq que tout le monde s'est assis. Et dire que nous sommes encore occupés avec des dessins, et pas seulement dans la formation... Ici, j'ai vu tous les matches avec une caméra grand angle. On peut tout y voir. Nous aurions aimé filmer les entraînements avec un drone, mais on nous l'a interdit. Le centre d'entraînement était une zone qu'il était interdit de survoler. " " Nos amateurs restent la base, mais nous devons encore davantage professionnaliser notre formation. Comme nos U15 peuvent désormais signer également un contrat, nous devons nous y intéresser. Mon grand rêve, c'est d'avoir quatre ou cinq coaches à plein temps qui rendraient visite aux clubs. Toutes les deux ou trois semaines, une cellule football se réunirait afin de rechercher des innovations. En matière d'infrastructures, nous devons aussi progresser, mais c'est en marche : le Club Bruges construit un nouveau complexe, Gand fournit un sérieux effort, Anderlecht a déjà un centre d'entraînement performant, Genk en a toujours eu un et le Standard aussi. Charleroi est en pleine phase de rénovation, Lokeren aussi. Le bourgmestre de Lokeren s'est déjà adressé à Roger Lambrecht et lui a dit : " Chris a plein de projets, cela va nous coûter beaucoup d'argent... " Alors, je me suis dit : nous sommes sur la bonne voie. Cette génération des Diables Rouges a, en grande partie, été formée à l'étranger, car nous n'avions pas encore toutes les infrastructures actuelles à l'époque. Eden est parti à Lille, parce qu'Anderlecht n'avait pas de projet. Aujourd'hui, c'est différent. Toutes nos équipes nationales recrutent dans les cinq ou six clubs principaux. S'ils fournissent des efforts, l'avenir s'annonce radieux. Car le reste suivra. Existe-t-il des garanties pour la succession ? Il y aura une continuité dans la gestion, je peux déjà vous l'assurer. Mais, à cause de nos limites démographiques, nous continuerons - tout comme les Pays-Bas - à connaître plus de hauts et de bas que l'Allemagne ou la France avec nos 11 millions d'habitants. Je ne peux pas vous garantir que, dans dix ans, nous aurons encore une génération dorée comparable à la génération actuelle. Si j'habitais en Allemagne, je pourrais vous le garantir. Ou en France. Les Chinois me demandent : notre pays est tellement grand, comment pouvons-nous construire une équipe forte ? Ils peuvent réussir, mais il faudra un changement d'attitude sur le plan mental. " " Où perd-on le plus de joueurs ? Durant la transition entre le talent et la performance. Je suis heureux de constater que des joueurs qui étaient partis à l'étranger, reviennent : Senna Miangue, Zinho Vanheusden, Zakaria Bakkali... La célèbre génération '96 à propos de laquelle Johan Boskamp se montrait si élogieux... Nous devons analyser ce qu'il s'est passé et ne pas trop encenser les autres garçons qui suivent. Nous devons leur apprendre à gagner. En France, dans les centres de formation, ils commencent avec les U13. Marc Coucke a offert un contrat à tous ses joueurs U17 qui partaient au Championnat d'Europe. Auparavant, cela n'aurait jamais été le cas. Youri Tielemans et Romelu Lukaku ont été bien formés, ils ont joué un nombre important de matches en Pro League et ils n'ont franchi le pas qu'après. Nous sommes un pays formateur, dit l'UEFA, tout comme les Pays-Bas. Nous devons encore mieux collaborer avec les universités. Sur une demi-heure, nous pouvons mesurer le degré de maturité de quelqu'un en équipe nationale. Précoce, tardif, ou normal. Dries Mertens, à 15 ans, avait la maturité d'un garçon de 13 ans. Il faut le savoir, car nous ne pouvons pas nous permettre de perdre un talent. On ne peut pas prévoir si un joueur de 16 ans va réussir ou pas. Même pas dans le cas de Hazard. Car pour chaque Hazard, il y a un Charly Musonda Jr. Je pourrais donner dix exemples. Nous avons montré notre ADN : du beau football, soigné. Notre diversité est importante. Créativité, flexibilité et travail d'équipe. De bons analystes, de bons scouts, de bons entraîneurs, de bons préparateurs physiques : il faut introduire tout cela dans la licence. Sans oublier l'accompagnement social. La cellule sociale d'Anderecht a fait la différence, pour passer du talent à la performance. Nous possédons encore trop peu de diversité dans nos entraîneurs, nous devons davantage recruter. " " Nous avons déjà souvent parlé de Thierry Henry. Combien de joueurs ne proviennent-ils pas des banlieues de Paris ? Là, c'est la jungle, le plus fort survit. On y trouve encore souvent des joueurs spéciaux. Leur diversité, la nôtre, nous devons la conserver, et la confronter aux gens qui connaissent le milieu. Le football réunit les gens, nous l'avons déjà constaté en Belgique également. Lorsque Vincent Kompany arrêtera, il nous incombera d'utiliser son expérience. Nous devons intégrer ces Diables Rouges dans le gestion de notre football. Les jeunes Français jouent en CFA, nous devons aussi nous en inspirer. Intégrer les nôtres aux amateurs, puis en 1B. La génération Z est différente, elle joue avec des consoles de jeu, il faut le savoir. Relever le défi. J'ai eu un jour un Marocain dans mon équipe. Il avait une technique fantastique, mais un caractère compliqué. J'en ai fait mon entraîneur technique. Chaque jour, il devait donner dix minutes d'entraînement. Il a cessé de faire le fou, car il a reçu des responsabilités. Il faut stimuler pour recueillir le meilleur de chaque personne. Je pense que nous nous sommes trop longtemps préoccupés de la formation, tout comme les Pays-Bas, et peut-être pas assez de la victoire, de l'efficacité. La passe de transition, l'interception. Nous devons revenir aux bases du football. La majorité de nos entraînements sont donnés entre les deux rectangles, a constaté Roberto, alors que c'est précisément à l'intérieur de ces rectangles qu'un match se décide. J'ai longtemps travaillé avec Trond Sollied. Tous les entraînements étaient basés sur la finition dans les 16 mètres, le positionnement. C'était répété encore et encore. Tout le monde se demandait : pourquoi marquent-is autant ? Eh bien, pour cela ! "