J'ai plutôt tendance à apprécier les statistiques. Elles sont un outil de travail pour les clubs. Une clé de compréhension pour les journalistes. Une raison de pester ou de s'enthousiasmer pour les supporters. Elles sont rassurantes, aussi. Quand elles viennent corroborer ce que vos yeux vous disent, il y a un côté satisfaisant. Comme par exemple ce dimanche, quand sont sortis les chiffres de Xavier Mercier en championnat. Comme chacun sait, le Louvaniste est le meilleur passeur d'Europe, devant monsieur Harry Kane. Comme on le sait moins, il utilise ses petites jambes pour marcher allègrement sur la plupart des stats qui le concernent en Pro League, comme les passes clés ou les "passes intelligentes", "passes créatives qui permettent de casser la ligne défensive adverse et de gagner un avantage en attaque". À ce petit jeu, le numéro 10 d'OHL en compte 86, soit plus du double de son dauphin Stef Peeters, d'Eupen. Voilà pour les chiffres. Mais il y a au...

J'ai plutôt tendance à apprécier les statistiques. Elles sont un outil de travail pour les clubs. Une clé de compréhension pour les journalistes. Une raison de pester ou de s'enthousiasmer pour les supporters. Elles sont rassurantes, aussi. Quand elles viennent corroborer ce que vos yeux vous disent, il y a un côté satisfaisant. Comme par exemple ce dimanche, quand sont sortis les chiffres de Xavier Mercier en championnat. Comme chacun sait, le Louvaniste est le meilleur passeur d'Europe, devant monsieur Harry Kane. Comme on le sait moins, il utilise ses petites jambes pour marcher allègrement sur la plupart des stats qui le concernent en Pro League, comme les passes clés ou les "passes intelligentes", "passes créatives qui permettent de casser la ligne défensive adverse et de gagner un avantage en attaque". À ce petit jeu, le numéro 10 d'OHL en compte 86, soit plus du double de son dauphin Stef Peeters, d'Eupen. Voilà pour les chiffres. Mais il y a aussi les lettres. Ce dimanche toujours, j'ai eu le plaisir d'aller constater que je ne supportais toujours pas le froid. C'était à Gand, dans les tribunes vide de la très jolie Ghelamco Arena. Par curiosité, après avoir retrouvé l'usage de mes doigts, j'ai profité de la chaleur d'un café en salle de presse pour aller consulter un site que beaucoup connaissent: whoscored.com. Moins analytique que WyScout, ce site propose des résumés de match, quelques datas et une notation des joueurs à la virgule près. Au petit jeu du meilleur élève, c'est Noë Dussenne qui repart avec les félicitations du jury. Battu mais buteur, le Liégois chope un 7,6/10. Le moment où mon chemin et celui des ordinateurs se séparent. Je m'étais déjà dit ça, mais je n'avais jamais eu la chance de m'en rendre compte au stade. Je crois que c'était lors d'un Saint-Étienne - La Gantoise en fin d'année 2019. Moins initié au football national belge qu'aujourd'hui, je regardais Vadis Odjidja avec les yeux de l'amour. Je me souviens avoir demandé à Alex Teklak "ce qu'il foutait là", pas par manque de respect aux Buffalos, mais plus par surprise de voir ce milieu de terrain jouer exactement le football qui me plaît et qu'on peine parfois à retrouver, même dans les meilleurs championnats du monde. On m'a répondu qu'il avait été brièvement international en 2010. J'ai opiné du chef puis je suis passé à autre chose. Le foot va vite. Beaucoup de matches, beaucoup de joueurs, beaucoup de chiffres. Pas le temps d'apprécier, encore moins de tomber amoureux. Puis est arrivé ce moment de me geler les miches à Gand, devant un La Gantoise - Standard d'apparence triste, comme en témoignent les deux premiers buts de la rencontre. Mais j'y ai trouvé mon compte, pour une raison assez simple. J'ai pu me rendre compte de ce que j'avais entre-aperçu dernière mon écran il y a maintenant plus d'un an. Vu des tribunes, la deuxième mi-temps de Vadis Odjidja était une ode à mon foot, de A à Z. D'abord dans les déplacements. Toujours disponible entre les lignes, toujours la bonne course, à la bonne vitesse, au bon moment. À défaut d'être le plus rapide, il est celui qui court le plus avec sa tête. C'est comme ça, ça ne s'explique pas. Pas plus que sa qualité technique. La finition aurait pu être meilleure, mais sur les deux actions qu'il s'est offert, le premier contrôle emmène toujours le ballon exactement où il doit être pour 1. empêcher l'adversaire de s'en saisir sans faire faute, 2. favoriser la qualité de la seconde touche. La prise de balle, la marque des bons joueurs de foot. Alors quand on y ajoute une appétence pour la feinte de corps et la passe cachée, le plaisir est total. Enfin, la gouaille. Son brassard bien serré autour du bras, Odjidja a autant parlé à ses partenaires qu'à l'arbitre, parfois en pestant, mais sans jamais dépasser les bornes. Le genre de joueur que je pourrais regarder des heures sans aucun souci. Vadis, comme l'excellent Niklas Dorsch, sont les principaux responsables du revers du Standard. Un revers certes dû, comme l'a évoqué le coach Philippe Montanier après la rencontre, à "de grosses erreurs défensives" qui débouchent sur un but. Mais aussi au fait que les Rouches ont manqué de qualité technique et de liant au milieu, où ils ont perdu de trop nombreux ballons, avec un Samuel Bastien en difficulté face à Sven Kums ce dimanche et un Nicolas Raskin bien pris par un Dorsch qui a passé la soirée à lui coller aux crampons. Sur whoscored.com, Odjidja s'en est tiré avec un 7,1/10. Soit la même note que Nicolas Gavory, dont l'après-midi en compagnie de l'intenable Osman Bukari ne fut pas une partie de plaisir. Alors n'oubliez jamais que les stats sont un outil, mais que les notes sont trompeuses. Croyez vos yeux, ils ne mentent pas. Vos convictions non plus.