Deux situations de match symbolisent l'évolution de Noa Lang en tant que footballeur. Retour le 18 décembre 2019, lors d'un match de Coupe entre Telstar et l'Ajax (3-4). En première mi-temps, Dusan Tadic envoie un long ballon à Lang, mais celui-ci sort en touche. Les deux hommes se disputent. Le Serbe estime que Lang aurait dû partir en profondeur, alors que le Néerlandais demandait le ballon dans les pieds. Erik ten Hag, l'entraîneur, s'en mêle et s'en prend à Lang devant tout le monde. "Écoute ce qu'on te dit et arrête. Ce n'est pas ton match." À la télévision, il en remet une couche. "Quand le grand Tadic parle, on l'écoute. Il n'a pas toujours raison, mais il faut savoir la fermer et continuer."
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Deux situations de match symbolisent l'évolution de Noa Lang en tant que footballeur. Retour le 18 décembre 2019, lors d'un match de Coupe entre Telstar et l'Ajax (3-4). En première mi-temps, Dusan Tadic envoie un long ballon à Lang, mais celui-ci sort en touche. Les deux hommes se disputent. Le Serbe estime que Lang aurait dû partir en profondeur, alors que le Néerlandais demandait le ballon dans les pieds. Erik ten Hag, l'entraîneur, s'en mêle et s'en prend à Lang devant tout le monde. "Écoute ce qu'on te dit et arrête. Ce n'est pas ton match." À la télévision, il en remet une couche. "Quand le grand Tadic parle, on l'écoute. Il n'a pas toujours raison, mais il faut savoir la fermer et continuer." On avance sur la bande, pour se retrouver le 17 janvier 2021, durant un match de championnat entre le Beerschot et Bruges. À 0-2, après la blessure de Krepin Diatta, Philippe Clement lui demande de prendre le flanc droit à son compte. Après un coup franc qui ne donne rien, il pique un sprint pour venir combler le trou côté droit. Il a enfin compris... Huit scouts travaillent actuellement pour le Club Bruges. Huit connaisseurs, entre jeunesse et expérience, qui scrutent le marché mondial à la recherche de jeunes talents, sur base de conseils et de données. Leur tâche? Anticiper les départs éventuels. "Ne rien laisser au hasard", disait Bart Verhaeghe la semaine dernière. "Je sais déjà qui partira l'été prochain et nous cherchons les remplaçants." Au printemps dernier, lorsqu' Emmanuel Dennis et Krepin Diatta annoncent vouloir partir (et que Bruges s'aperçoit qu'il lui manque quelqu'un sur l'aile gauche), le Club se met au travail. Il a déjà trouvé son bonheur aux Pays-Bas avec Limbombe et Danjuma, et le profil de Noa Lang, un ailier de 21 ans, lui paraît intéressant. Lui veut du temps de jeu à Amsterdam, pas un transfert. À quatre reprises, il dit non à Bruges. "Je voulais réussir à l'Ajax", explique-t-il à la radio néerlandaise Fun X. "Et si ce n'était pas possible tout de suite, je voulais qu'on me prête." Mais pour Ten Hag, c'est jouer (et donc prendre la place de Tadic) ou partir. C'est pourquoi il finit par accepter de discuter avec Bruges. À Noël, Lang explique à Voetbal International ce qui le décide à signer. "À Bruges, j'ai tout de suite senti qu'on m'appréciait. Ces gens savaient tout de moi et ils ont tout fait pour que je vienne. Ils s'étaient renseignés sur le joueur, mais aussi sur l'homme. Et ils avaient un plan. Pendant des jours, ils m'ont envoyé des messages: l'entraîneur, le président, tout le monde. Le numéro 10 t'attend, nous avons besoin de toi. Alors, j'ai dit à mon agent de repousser toutes les autres offres: je voulais aller à Bruges. L'Ajax ne voulait cependant pas collaborer, j'ai dû attendre le dernier jour à 23h30 pour signer de façon électronique, car j'étais en équipe nationale espoirs." Au final, il coûtera 6,5 millions d'euros. À l'Ajax, il avait pourtant raté son début de saison, et n'avait joué que huit minutes en trois matches. Un message on ne peut plus limpide... Dimanche, Bruges accueille le Standard. C'est à Sclessin que Lang effectue ses débuts belges, quand il remplace Dennis à la mi-temps. Dans un match moyen, il apporte un peu de couleurs au jeu des Blauw en Zwart. Au Zenit, où il est à nouveau remplaçant, il aide le Club à s'imposer 1-2 grâce des buts de Vanaken et Vormer. En une bonne heure, il démontre qu'il peut apporter quelque chose à son nouveau club dans les combinaisons. Il est bien plus prévisible que Dennis, dont on ne sait jamais où il va s'arrêter quand il commence à dribbler. Ses amis sont soulagés: son leitmotiv dream, believe, achieve (rêver, croire, résussir en VF) se vérifie enfin. De quoi a-t-il besoin? De chaleur, de respect, d'encouragements et de liberté. Comme tout le monde, quoi... Le reste, il en fait son affaire. Il déborde d'intelligence de jeu. Sa mère a joué au foot au plus haut niveau, mais n'aime pas qu'il en parle parce qu'il en rigole. Son honnêteté est parfois désarmante. Le garçon a une bonne tête et déteste le politiquement correct. Ses réponses sont toujours spontanées et il n'élude aucune question. Même pas celles au sujet de son beau-père, Nourdin Boukhari, de sa mère (à qui il a offert un cadeau avec son premier salaire de joueur), de son père, de son passage de Feyenoord à l'Ajax, de la crainte des médecins pour la suite de sa carrière après de petites fractures dans le bas du dos (il est resté sept mois sans jouer et est suivi régulièrement). On lui demande souvent si, avec un tel talent, il ne devrait pas être plus loin. En fait, il a seulement pris un peu de retard. Les journalistes néerlandais sont surpris par son évolution depuis qu'il est à Bruges. Ten Hag estimait déjà que, lors de son prêt à Twente, il avait déjà gagné en maturité. Loin de Rotterdam et d'Amsterdam, il apprend à se débrouiller seul, même si des amis lui rendent régulièrement visite. Sur le terrain, il se montre ambitieux et discipliné. Avec le numéro 10 dans le dos, "le plus beau qui soit." Ceux qui le connaissent disent qu'il n'est pas du genre dilettante. Il court quand il le faut et ne zappe pas le passage par la salle de fitness, même s'il ne suit pas toujours le programme imposé. À l'Ajax, il y avait de la concurrence et le système était rigide. À Bruges, il dispose de plus de liberté et il en profite. Alors, il ne rechigne pas à l'effort. Dimanche, contre Genk, il s'est farci plus de douze kilomètres et s'est montré omniprésent. Clement l'aligne à plusieurs positions, où il se débrouille toujours bien. Même en tant que meneur de jeu. Au début, il souffre physiquement, mais au fil du temps, il se montre de plus en plus efficace. Il inscrit son premier but à Louvain, sur penalty. Une semaine plus tard, il marque contre Malines. Entre le 5 et le 13 décembre, il délivre trois assists en trois matches. Au lendemain de Noël, contre Eupen, il signe son premier doublé. Puis se montre décisif au Beerschot et à Saint-Trond, avant d'être élu Homme du Match contre Genk. Huit buts et quatre assists en vingt matches avec Bruges, c'est énorme, mais lui-même n'est pas surpris: "J'ai toujours su que je pouvais y arriver." Dans une interview accordée au vlogueur Brahim Lakhal, il se définit comme Surinamien à 50% (la nationalité de son père biologique), Néerlandais à 50% (par sa mère), mais aussi 25% Marocain grâce à son beau-père, Nourdin Boukhari. 125% donc! Lang fait d'ailleurs le ramadan. Pas parce qu'il est musulman, mais parce qu'il veut partager cela avec ses demi-soeurs et ses amis marocains. Et il tient le coup, malgré les entraînements et les bonnes odeurs de repas préparés par Boukhari. Celui-ci a vécu avec sa mère pendant une douzaine d'années. Il a joué un rôle important dans la carrière de Lang, qui était déjà fan de l'Ajax. À l'âge de douze ans, le club s'est présenté une première fois. Noa jouait depuis cinq ans à Feyenoord et sa mère trouvait que c'était trop loin. "S'ils pensent que tu es si fort que ça, ils reviendront", disait-elle. Et effectivement, l'Ajax est revenu à deux reprises. À quatorze ans, Lang a pu partir. C'est Nourdin qui le lui a appris, car il ne savait pas qu'il y avait eu un contact. Bruges n'est pas la première expérience de Lang à l'étranger. Lorsque Boukhari a été transféré à Nantes, Noa y a joué en équipes d'âge. Il a aussi porté le maillot de Besiktas lorsque Boukhari est parti à Kasimpasa. Tout en restant affilié à Feyenoord, avec qui il jouait des tournois. Cela a fait de lui un citoyen du monde. Aujourd'hui, il parle anglais et français. Dream, believe, achieve. Telle est sa maxime et Lang la partage au maximum. Il a toujours rêvé d'être joueur professionnel. C'est son père qui l'inscrit dans son premier club. Il n'a encore que trois ou quatre ans et il faut insister pour qu'on lui permette de montrer ce dont il est capable. À chaque fois qu'il en parle, ses yeux brillent: "Ils ont fini par me laisser une chance et après quelques minutes, l'entraîneur m'a demandé de jouer le dimanche suivant." Son rêve peut démarrer, mais du rêve à la réalité, le chemin est long. Il passe par Feyenoord et l'Ajax. Et bute sur des obstacles, car Lang n'a pas sa langue en poche. Il affirme que sa mère a souvent été convoquée à l'Ajax. Une fois, on lui a même parlé de "dernier avertissement." "Ils disaient qu'il était temps que je comprenne." En fait, le jeune Noa est une forte tête. Comme tous les ados, au final. Lorsque les fans de Feyenoord le sifflent, notamment, il adore ça, car ça le rend plus fort. Lang est sûr de lui. D'aucuns diront arrogant. "Je suis fait pour ça", dit-il fin 2019, après un match à Lille en Ligue des Champions. Avant cette rencontre, en septembre 2019, alors qu'il vient à peine d'avoir vingt ans, il déclare dans une vidéo: "Si je pouvais dessiner moi-même ma carrière, je serais une star à l'Ajax, je remporterais beaucoup de trophées et, à l'âge de 24 ou 25 ans, je partirais au Real Madrid pour beaucoup d'argent." Beaucoup de joueurs en rêvent en silence. Lui, il l'affirme. Parfois, il énerve. Lorsque nous appelons plusieurs Néerlandais qui le connaissent pour parler de lui, on nous répond: "En Belgique, on parle de lui pour ses qualités et d'ici, on a l'impression que Philippe Clement sait le motiver. Mais à l'Ajax, tout est plus strict, il y a des règles à suivre. Et Noa semble meilleur lorsqu'on lui laisse un peu de liberté." En Belgique, aucun événement n'a encore suscité la controverse. Lang marque, a confiance en lui, il s'amuse et fait preuve de discipline, y compris en perte de balle. Bruges le laisse même parler à la presse. Il se fiche de son image, de ce que les gens pensent de lui. Seuls ses amis le connaissent vraiment. Et il est là pour eux. Avec eux, il s'amuse. Son meilleur ami n'est autre que Justin Kluivert. "Mon frère", disait-il avant le Nouvel An, dans une interview accordée à Voetbal International. Kluivert et Lang se connaissent depuis dix ans, ils sont partis un grand nombre de fois en vacances ensemble et, quand c'est possible, ils fêtent également Noël entre eux. Deux bons vivants, doués pour le foot qui, ados, rêvaient de remplir la Johan Cruijff Arena. Aujourd'hui, ils ont laissé Amsterdam derrière eux. Lang impressionne Bruges et Kluivert tente de réussir à l'AS Rome, qui l'a prêté au Red Bull Leipzig. Ils avaient tous les deux horreur de l'école, et préféraient regarder des vidéos sur YouTube que faire leurs devoirs. Mais ils avaient un objectif commun: atteindre les sommets européens. Ensemble, si possible. "J'ai peut-être mis un peu plus de temps que prévu, mais j'ai joué en Ligue des Champions", dit Lang dans Voetbal International. "Je n'ai pas peur, j'ai confiance en moi. Ce transfert va me faire du bien. Et Justin? On dit que tous les chemins mènent à Rome. Lui a pris un vol direct depuis Amsterdam. Mais nous y arriverons, tous les deux, croyez-moi..."