Les Buffalos ont déjà connu des jours meilleurs. Leur saison ne se déroule pas du tout comme ils l'espéraient. Cela vaut aussi pour le milieu de terrain Niklas Dorsch. L'Allemand, qui vient d'avoir 23 ans ce mois-ci, est arrivé l'été dernier en provenance de Heidenheim, en deuxième Bundesliga. Et il affiche une sacrée personnalité. Durant cette interview, il n'a pas peur de dire les choses.
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Les Buffalos ont déjà connu des jours meilleurs. Leur saison ne se déroule pas du tout comme ils l'espéraient. Cela vaut aussi pour le milieu de terrain Niklas Dorsch. L'Allemand, qui vient d'avoir 23 ans ce mois-ci, est arrivé l'été dernier en provenance de Heidenheim, en deuxième Bundesliga. Et il affiche une sacrée personnalité. Durant cette interview, il n'a pas peur de dire les choses. Vous avez été formé au Bayern Munich, mais il y a deux ans, vous avez quitté le club bavarois pour rejoindre Heidenheim, un club de deuxième division plutôt anonyme. Vous ne l'avez jamais regretté? NIKLAS DORSCH: Jamais. On dit que la deuxième division allemande est la meilleure D2 de tous les grands championnats. Elle est comparable au championnat de Belgique: très physique, très tactique, avec beaucoup de bons jeunes joueurs. Quand on jouait à Hambourg ou à Stuttgart, il y avait souvent 50 ou 60.000 spectateurs. À Heidenheim, seulement 15.000. Mais bon, c'était convivial, dans un petit stade très compact. Bref, vous avez pris votre pied là-bas? DORSCH: Ce furent deux années fantastiques. La saison dernière, le club a disputé les barrages pour la montée en Bundesliga, contre le Werder Brême. La Gantoise s'était déjà intéressée à moi il y a deux ans, mais à l'époque, l'affaire ne s'était pas concrétisée. Là, j'ai estimé que le moment était venu de franchir un palier supplémentaire. Qu'avez-vous appris, durant ces deux années en D2, que vous ne saviez pas encore après six saisons au Bayern? DORSCH: Qu'en tirant tous sur la même corde, on pouvait atteindre bien des objectifs. À Heidenheim, on jouait l'un pour l'autre, même s'il n'y avait pas autant de talents individuels qu'ici, à La Gantoise. Mais on formait un vrai groupe, pas uniquement sur le terrain, mais aussi en dehors. Heidenheim était une grande famille. Chaque semaine, on allait manger en ville, tous ensemble. Tout le monde s'était demandé pourquoi je ne prolongeais pas mon contrat pas au Bayern et pourquoi j'allais m'enterrer dans un club de deuxième division relativement anonyme. Mais je savais que, d'un point de vue personnel, ce serait une très bonne expérience. Sur le plan purement footballistique, j'avais déjà tout appris: la tactique, la technique, comment résister à la pression. Mais, pour le développement de ma personnalité et de ma mentalité, Heidenheim a été une super expérience. Lorsque je suis arrivé, j'avais vingt ans et je me suis retrouvé au milieu de trentenaires. Mais j'ai rapidement compris que je devais me faire respecter et prendre mes responsabilités. Le Bayern n'a pas essayé de vous retenir? DORSCH: Je pouvais signer un nouveau contrat de trois ans. Mais pour un jeune talent du cru, c'est très compliqué de percer. Aujourd'hui, c'est un peu plus facile grâce à Hansi Flick. Mais ce n'était pas le cas avec Niko Kovac, à l'époque. Avec Jupp Heynckes, j'ai fait une apparition en Bundesliga, contre l'Eintracht Francfort. Et j'étais sur le banc en Champions League contre le Real Madrid. Mais le moment était venu de partir. Si j'étais resté, j'aurais continué à jouer avec la deuxième équipe. Certes, j'ai joué des matches mémorables à ce niveau-là, comme le derby contre Munich 1860, en quatrième division. Mais je voulais démontrer que je pouvais aussi être à la hauteur à un niveau supérieur. Vous étiez en concurrence avec Thiago et Goretzka: pas vraiment un cadeau... DORSCH: Effectivement. Lorsque Thiago était indisponible, l'entraîneur ne le remplaçait pas par Dorsch, mais par Leon Goretzka, Joshua Kimmich, Javi Martínez ou Corentin Tolisso. Quatre joueurs passaient devant moi. Comment l'entraîneur pouvait-il justifier à Goretzka ou à Martínez qu'il donnait la préférence à Dorsch? Qu'avez-vous retenu de ces six saisons au Bayern? DORSCH: Qu'il ne fallait pas avoir peur de s'affirmer, de jouer des coudes. Qu'il ne fallait pas être impressionné lorsqu'on se retrouvait à côté de Robert Lewandowski dans le vestiaire. J'ai débarqué au Bayern à quatorze ans. Dès le premier jour, la pression était intense. Il fallait gagner tous les matches. Simplement parce qu'on s'appelait le Bayern Munich, et encore plus lorsqu'on jouait avec la deuxième équipe. Y compris lorsqu'on jouait au FV Illertissen, devant 800 spectateurs. Car on le savait: si on ne gagnait pas, on se moquerait de nous. C'est sans doute pareil lorsqu'on joue au Real Madrid. Les coaches parlaient-ils avec vous, ou avec d'autres jeunes talents? DORSCH: Je n'oublierai jamais mon premier entraînement avec Pep Guardiola. Il a interrompu la séance pendant vingt minutes pour expliquer ce que je devais faire, alors que les autres attendaient. Guardiola voulait retirer le maximum de chaque joueur, jeune ou vieux. Carlo Ancelotti s'occupait moins des jeunes joueurs. Heynckes parlait lui aussi avec les jeunes. Qu'est-ce qui vous a le plus surpris, en Belgique? DORSCH: Le fait que beaucoup d'équipes dont je ne connaissais même pas le nom, possèdent beaucoup de qualités. Comme en deuxième Bundesliga, tout le monde peut battre tout le monde. Je pensais qu'en dehors de quelques grands clubs, comme Bruges, Anderlecht, le Standard, La Gantoise et Genk, on ne trouvait que des équipes très moyennes. Mais ce n'est pas le cas. Je m'en suis rendu compte dès la première journée, lors du déplacement à Saint-Trond. Je n'avais encore jamais joué sur un terrain synthétique. J'ai aussi été agréablement surpris par la manière dont Gand vit pour son équipe. La ville respire le football. Je suis curieux de découvrir comment ça se passe lorsqu'on joue dans un stade comble. Le départ de Jonathan David a-t-il pesé lourd? DORSCH: Il venait de partir lorsque je suis arrivé. Mais le monde ne peut quand même pas s'écrouler suite à la perte d'un seul joueur, aussi bon soit-il. Surtout lorsqu'il y a autant de qualité dans l'équipe. À Heidenheim, les meilleurs partaient aussi chaque année. Et pourtant, on arrivait toujours à reformer une véritable équipe, très performante. Beaucoup dépend de la rapidité avec laquelle les nouveaux s'intègrent, pour former un groupe soudé. Ici, ce processus peut prendre plus de temps, car il y a de nombreuses nationalités, de nombreuses langues et différentes cultures. En Allemagne, la langue véhiculaire est l'allemand. Chacun s'adapte à la mentalité locale. Ici, certains réagissent différemment face aux contretemps ou à une remarque qu'on leur adresse. Un sentiment négatif reste présent plus longtemps. Parfois, on se croit battu d'avance au moindre grain de sable, alors qu'en Allemagne on passe outre. Gand a engagé un psychologue, je trouve que c'est une bonne idée. Le mental est très important dans le football de haut niveau. Il ne faut plus apprendre aux joueurs comment frapper un ballon, mais bien comment réagir après une défaite, une mauvaise passe ou une occasion ratée. La pression était-elle trop intense, à Gand? DORSCH: Je l'ignore. Moi, je considère que la pression est positive. C'est une chose que j'ai apprise au Bayern. Lorsqu'on sait qu'on est bon, la pression doit vous stimuler. La pression négative, c'est quand on joue pour son maintien en sachant qu'on n'a pas assez de qualité. Mais ce n'est pas la qualité qui manque, à Gand. Vous aussi, vous avez eu besoin d'un temps d'adaptation. DORSCH: J'ai dû trouver ma place, dans un contexte nouveau pour moi. Observer qui prend ses responsabilités lorsque ça tourne mal, et qui se cache. À qui puis-je adresser une remarque? Qui ne l'accepte pas? J'ai essayé de motiver mes partenaires, comme je le faisais en Allemagne. Mais j'ai directement vu les réactions: "Il est fâché sur moi?" J'ai donc dû expliquer: "Je n'ai rien contre toi personnellement." En Allemagne, lorsque je ne faisais pas ce qu'on attendait de moi, les autres ne me rataient pas. Mais après, ils étaient les premiers à m'encourager. Pourquoi La Gantoise est-elle passée à côté de sa saison? DORSCH: Un problème mental, car il y a du talent en suffisance. Quelques joueurs pourraient tirer leur épingle du jeu en Bundesliga, s'ils acquièrent la mentalité allemande. Les matches se jouent souvent dans la tête. Avoir quatre entraîneurs en une saison n'a évidemment pas aidé. On avait à peine compris ce que l'un voulait, qu'il fallait découvrir ce que l'autre demandait. Aujourd'hui, tout le monde sait qui est le patron, et ce qu'on attend de nous. Tout est clair. Enfin, le calme est revenu. C'était nécessaire. Il n'y a plus personne qui se dit: "À la prochaine défaite, un nouvel entraîneur va encore débarquer, sans doute?" Vanhaezebrouck est un adepte du football de Guardiola. DORSCH: Lorsqu'il est arrivé, c'était la catastrophe, ici. Dans ces conditions-là, on ne peut pas exiger que nous pratiquions le football de Guardiola. Contre le Beerschot, nous avons eu 70% de possession, mais nous avons perdu. Dans ce cas-là, il faut faire ce que l'entraîneur a fait: nous montrer une vidéo avec tous les buts que nous avons encaissés, pour qu'on comprenne quelles erreurs nous avons commises. Qu'est-ce qui fait la différence, dans le football de haut niveau? Les détails! Ce que nous devons faire, pour commencer, c'est rester compacts, former un bloc. Et tourner le bouton, mentalement. Je le répète: les matches se jouent dans la tête. Il faut montrer un engagement total et un grand coeur, ça vaut pour les défenseurs comme pour les attaquants. Mon ancien coéquipier de Heidenheim, Tim Kleindienst, qui m'a accompagné à Gand, a parcouru quatorze kilomètres, comme attaquant, lors des barrages pour la montée face au Werder Brême. Je ne connais pas les chiffres de Gand, mais si tout le monde affichait une telle mentalité, nous serions bien plus loin que nous ne le sommes actuellement. À condition d'y croire. Lorsqu'on est mené 2-0, il faut se dire qu'on peut encore revenir. Un entraîneur peut-il faire la différence entre une équipe qui gagne et une équipe qui perd? Ou la responsabilité incombe-t-elle surtout aux joueurs? DORSCH: L'entraîneur, c'est le capitaine du navire. C'est lui qui doit donner le cap et fixer les objectifs. Si l'entraîneur a un bon plan et que les joueurs parviennent à l'exécuter, la victoire n'est pas très loin. Si les idées du coach ne sont pas claires, les joueurs n'en feront qu'à leur tête. Et on est voué à l'échec. Comment avez-vous vécu cette période, seul à l'étranger, en période de pandémie, pendant que l'équipe se cherchait et était battue à domicile par le Slovan Liberec? DORSCH: ( Visiblement ému) Ce n'était pas très agréable, j'en conviens. J'ai parfois téléphoné à mon père pour lui demander: "Papa, qu'est-ce que je fais ici, dans un club qui fait 0 sur 18 en Europa League?" Mais il m'a directement calmé et m'a dit: "Tu en sortiras plus fort, on apprend toujours de ce genre d'expérience."