Le luxe d'avoir le temps, c'est de faire durer le plaisir. Alors, Nicolas Penneteau regarde le paysage, s'informe auprès de notre photographe sur la spécificité de ces anciennes usines Cockerill devenues, dans le monde d'avant, un haut lieu de la vie culturelle underground carolo. De ce monde du passé, le gardien français jure ne rien regretter. Pas d'amertume pour les vrais gars, pas de regret pour les quadras. Le tout frais numéro 2 carolo, qui a quitté définitivement la trentaine samedi dernier, n'est pas de ceux qui pestent sur le passé ou refont l'histoire. Tout juste y apporte-t-il désormais le contexte d'un glissement sur le banc de toute façon rendu inexorable par le temps qui passe. Celui contre lequel on ne se bat pas, mais qu'on accompagne.
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Le luxe d'avoir le temps, c'est de faire durer le plaisir. Alors, Nicolas Penneteau regarde le paysage, s'informe auprès de notre photographe sur la spécificité de ces anciennes usines Cockerill devenues, dans le monde d'avant, un haut lieu de la vie culturelle underground carolo. De ce monde du passé, le gardien français jure ne rien regretter. Pas d'amertume pour les vrais gars, pas de regret pour les quadras. Le tout frais numéro 2 carolo, qui a quitté définitivement la trentaine samedi dernier, n'est pas de ceux qui pestent sur le passé ou refont l'histoire. Tout juste y apporte-t-il désormais le contexte d'un glissement sur le banc de toute façon rendu inexorable par le temps qui passe. Celui contre lequel on ne se bat pas, mais qu'on accompagne. Nicolas, quand tu es arrivé à Charleroi à l'été 2014, tu sortais de deux années compliquées à Valenciennes. Est-ce que tu aurais pu imaginer une seule seconde à l'époque que sept ans plus tard, tu serais encore là? PENNETEAU: À aucun moment. En signant, j'avais d'ailleurs, à l'inverse, tout de suite dit à Mehdi ( Bayat, ndlr) que si c'était pour retomber dans le même genre d'ambiance qu'à Valenciennes, je préférais stopper les frais. Je lui avais même précisé que si au bout de quelques mois, je ne le sentais pas, je ne m' interdisais pas de faire marche arrière. Depuis ce moment-là, ce qui me guide, c'est la notion de plaisir. Et en sept ans ou presque, elle ne m'aura jamais quitté. Est-ce vrai que quand Felice Mazzù est parti il y a un an et demi, et avant l'arrivée de Cédric Berthelin, Mehdi Bayat t'a proposé de combiner le poste d'entraîneur des gardiens avec celui de joueur? PENNETEAU: Oui, c'est vrai, c'est une idée qu'il avait eue au début, mais qui a été vite balayée. Pour moi, ce n'était pas possible d'assurer les deux statuts en même temps. Je ne me voyais pas organiser les séances et m'inclure dedans. Ce genre de choses, cela ne se voit que dans les clubs amateurs. Et puis, je lui ai aussi tout de suite dit que ce n'était pas du tout dans mon idée d'arrêter à ce moment-là. Par rapport à ça, tu as toujours été clair sur le fait que tu préférerais faire la saison de trop que de garder un goût de trop peu. Ça reste d'actualité? PENNETEAU: Oui, parce que j'ai toujours peur d'arrêter trop tôt et d'ensuite me rendre compte que j'aurais pu donner un peu plus. Je préfère aller au bout des choses, me rendre compte que ça devient trop compliqué, finir sur le banc, plutôt que d'avoir des regrets. Tu ne parles pas au passé. C'est-à-dire que là, à tout juste quarante ans, tu ne fermes pas la porte à une possible prolongation d'une saison? PENNETEAU: L'envie est toujours là, oui, mais il faut qu'on en discute avec le club. Parce que pour que ça marche, il faut que l'envie soit présente des deux côtés. Tu serais prêt à prolonger d'une saison en sachant que tu serais promis à un rôle doublure? PENNETEAU: Oui, je n'ai pas envie d'arrêter. Vous savez, lors de la première discussion que j'ai eue avec le coach quand il est arrivé, je lui ai dit: "Que je sois titulaire ou remplaçant, je serai le même. Dans le travail, dans l'esprit d'équipe." Et il a pu s'en apercevoir récemment. Donc à un moment donné, si tu es moins performant, tu dois pouvoir accepter certaines choses. Si je suis sur le banc maintenant, c'est parce que l'équipe était en manque de résultat et qu'on prenait beaucoup de buts. J'étais le premier à ne pas me sentir assez décisif. D'autant que dans ma tête, je suis dans un projet de club, pas dans un projet individuel. Évidemment, peut-être qu'à 25 ans, je ne l'aurais pas vécu de la même manière. Cet été déjà, il paraît que Karim Belhocine vous avait mis toi et Rémy Descamps sur un pied d'égalité en début de préparation. Tu confirmes? PENNETEAU: Initialement, on avait en tout cas une répartition juste de temps de jeu lors des amicaux. Après, Rémy a eu un petit problème physique et donc j'ai enchaîné un peu plus que lui. Mais il ne faut pas se raconter n'importe quoi non plus. Je pense que je partais avec une longueur d'avance avec la saison que je venais de faire. Je vois mal quel coach remettrait tout en cause après ça. D'autant que Rémy et moi, on n'a jamais eu besoin de ça pour rester compétitifs. On s'est toujours dit que notre but, c'était de se mettre la misère à l'entraînement, mais avec une saine concurrence. Ton début de saison canon, tes quatre clean sheets en cinq matches, ne disaient rien de ce qu'il allait se passer par la suite. Est-ce que toi, à un moment donné, tu as senti que tu étais sur la corde raide? PENNETEAU: Personnellement, quand ça a commencé à moins bien aller, je sortais d'une période compliquée où j'avais eu le Covid. Pas de gros symptômes, mais un affaiblissement au niveau musculaire. Ça s'est passé pendant la trêve internationale d'octobre, donc on n'en a pas trop parlé, mais je l'ai ressenti. Le problème, c'est que Rémy ( Descamps, ndlr) a eu le Covid en même temps. C'était un peu particulier, je ne sais pas si j'aurais dû jouer ou pas, mais comme je suis un compétiteur et que je veux toujours aider l'équipe, sur le moment, je ne me suis même pas posé la question. Même avec un poignet cassé, je les aurais joués, ces matches. Ce qui a été plus compliqué, c'est la période de janvier, après que je sois revenu dans le onze fin décembre contre Anderlecht ( 1-0, ndlr). Dans la foulée, à la veille du match contre Ostende ( 3-2, le 9 janvier, ndlr), il y a la naissance de ma fille et des nuits qui deviennent d'un coup très courtes. Combiné à l'enchaînement des matches tous les trois jours, ça a été une période assez rude, je dois dire. Et là, Rémy a eu un petit souci à la cuisse qui faisait qu'il n'était pas à 100%... Honnêtement, si Rémy avait été apte, j'aurais demandé à ne pas jouer ces matches-là parce que j'étais fatigué. Lors de ses quatre premiers matches comme titulaire, Rémy prend six buts, se troue trois fois. Quel a été ton rôle à cet instant précis? PENNETEAU: Déjà, je trouve qu'il a eu une bonne analyse de ce qu'il a bien fait et de ce qu'il a peut-être moins bien fait. Il a compris qu'il a peut-être voulu en faire trop au début. C'est sans doute normal aussi. Quand on est gardien, ce sont des moments difficiles. Il n'y a pas grand-chose à faire, du coup, moi, j'ai juste essayé modestement de lui apporter mon soutien. Rémy, il sait que s'il veut parler, je suis là. Après, le seul truc que toi tu peux faire en pareil cas, c'est de ne pas commencer à lui faire la gueule parce qu'il est passé à travers. Du coup, j'essayais de lui faire garder le sourire, d'amener la bonne humeur à l'entraînement. Eric Gelard, ancien entraîneur des gardiens de Rémy à Clermont, nous confiait que tu étais sans doute la meilleure chose qui pouvait arriver à Rémy lors de sa signature ici, il y a 18 mois. Qu'à ton contact, il allait apprendre à combler son "déficit de niaque". À quarante ans, tu restes ce gardien qui s'arrache sur tous les ballons à l'entraînement, qui veut gagner tous les petits jeux? PENNETEAU: Je crois que j'ai construit ma carrière comme ça. Je suis comme ça, c'est inné. Pour moi, les entraînements sont aussi importants que les matches. Si tu es performant le lundi, tu seras bon le samedi, je le pense vraiment. Et je déteste perdre, c'est vrai. Donc je suis toujours à fond. D'autres sont plus dans la gestion. Cela n'a jamais été mon cas et je suis toujours là à quarante ans. Si en ça je peux servir d'exemple, alors je serai content. Felice Mazzù a toujours répété qu'il voyait en toi un futur grand coach. Or, à quarante ans, tu n'as toujours pas entrepris les démarches pour passer ta licence. Ça reste quelque chose chose qui t'anime? PENNETEAU: C'est d'abord un beau compliment de Felice. Ça vient sans doute du fait que j'aime bien l'aspect collectif, que je m'intéresse à la tactique. Après, je n'ai jamais voulu me lancer dans mes diplômes, parce que je trouvais qu'en tant que gardien titulaire, c'était quelque chose de trop prenant. Et qu'avec la pression inhérente aux matches chaque semaine, ce n'était pas une bonne chose de me mettre ça en plus. En étant remplaçant aujourd'hui, j'ai un autre discours, je crois que je pourrais le gérer. Je vais y réfléchir. Tu as été international français chez les jeunes, tu as joué avec Djibril Cissé, Philippe Mexès ou Patrice Evra. À l'époque, le PSG était aussi prêt à débourser une grosse somme pour toi. Quel est le gap entre le bon gardien de L1 et de Pro League que tu es devenu, et ces gars-là, qui ont fait une plus grande carrière encore? PENNETEAU: Il faut être honnête, moi, j'ai toujours été dans des clubs qui jouaient le maintien. Or, pour franchir un palier, il faut aller dans des clubs plus huppés. Et pour ça, à mon époque, il fallait au minimum prester à un haut niveau pendant deux ou trois ans. Moi, sur une saison pleine, j'avais toujours un petit creux à un moment ou l'autre. J'étais un très bon espoir, j'ai même été champion d'Europe U18 à l'époque avec cette génération-là, j'avais de grosses qualités, mais j'ai aussi eu des moments plus durs, ce que tout bon petit gardien connaît. Il n'y a que les très grands qui ne se trouent jamais. Tu es toujours du genre à regarder dix matches de foot par semaine? PENNETEAU: Oui, souvent. Un peu moins avec ma fille maintenant, mais souvent. Je regarde tout. Le championnat espagnol, italien, français... Je reste un amoureux du jeu. Savoir comment les équipes jouent, c'est super enrichissant. Dans le foot, en Europe et dans le monde, il n'y a pas qu'une manière de gagner et c'est ça qui est génial. Dans le foot, tu peux jouer comme l'aime Guardiola, tu peux avoir un jeu direct comme Klopp, tu peux être très tactique comme Ancelotti. Il y a plein de systèmes qui sont très enrichissants. On a l'impression que la Pro League est un peu devenue un laboratoire pour jeunes coaches. Will Still, Vincent Kompany, Mbaye Leye, Karim Belhocine, évidemment... Ça te donne des idées? PENNETEAU: Je trouve ça bien, en tout cas. Et c'est ce qu'il manque peut-être un peu en France: donner la chance à des entraîneurs qui ont une vision nouvelle que ce qui se fait depuis trente, quarante ans. Je crois qu'en Belgique, c'est une des raisons pour lesquelles toutes les équipes jouent au ballon. Je lis beaucoup de choses, je regarde, je vois. C'est vrai que quand on analyse les résultats des gros comme le Standard ou Anderlecht, on peut se dire que le championnat se nivelle vers le bas. Personnellement, je pense que ce sont les équipes "moyennes-bonnes" qui se sont améliorées. Quand je vois comment les équipes du bas jouent par rapport à il y a sept ans, ça a fondamentalement changé. Toutes les équipes repartent de l'arrière, elles essayent de poser des problèmes tactiquement, en mettant des joueurs offensifs. Et c'est une très bonne chose. On a un championnat où il y a beaucoup de buts, très peu de 0-0. Des équipes comme Ostende, Louvain, le Beerschot, ce sont de bonnes dynamiques. Et le vrai révélateur du niveau moyen élevé du championnat.