Pour savourer un brin de couleur locale, il fallait être à Ostende le week-end dernier. Vahid Halilhodzic, le sélectionneur du Japon, qui réside dans le nord de la France, à Marcq-en-Baroeul, a dû se demander s'il ne s'était pas trompé de date, surtout après le match de Ryota Morioka. Avant son remplacement à la 76e, il n'était que l'ombre de ce qu'il avait été à Waasland-Beveren. Le Japonais n'est pas près de faire oublier Sofiane Hanni.

Morioka a joué à l'image d'Anderlecht : avec nonchalance, sans audace, avec des oeillères. Jusqu'en janvier, le Sporting dépendait surtout d'Hanni pour marquer. " Il était capable de passer un adversaire et d'opérer une brèche dans la défense, ballon au pied ", raconte Dennis Appiah. " Morioka a peut-être ce don mais il ne l'a pas encore montré. "

À Ostende, le manque de mouvements et de profondeur des Mauves a encore été frappant alors que des joueurs comme Sven Kums et Morioka ne demandent qu'à lancer des coéquipiers. À Beveren, Morioka disposait d'un bataillon qui s'infiltrait les yeux fermés dans les lignes adverses. Le Sporting, lui, est prévisible. " Chacun essaie de réaliser une action avant de passer le ballon, en espérant qu'il arrive. Le jeu est trop latéral ", analyse Kums. " À une certaine hauteur, tout est bloqué. "

UN JOUEUR À L'ANCIENNE

Morioka doit théoriquement être la plaque tournante du RSCA en PO1. À moins que ses coéquipiers ne doivent le faire jouer ? Morioka doit s'habituer au fait que l'adversaire concède moins d'espaces. Il doit courir plus entre les lignes et trouver plus vite les solutions. " Nous devons le servir dans de meilleures conditions et il doit modifier son positionnement ", poursuit Appiah. " Ensuite, nous devrons revoir nos trajectoires pour qu'il puisse nous passer le ballon. "

Morioka pense plus vite que les autres. À Waasland-Beveren, tous les joueurs savaient qu'ils pouvaient l'atteindre en toutes circonstances, même quand il était mis sous pression. On lui offrait beaucoup de liberté au Freethiel alors qu'à Bruxelles, il est un joueur parmi d'autres. L'arrière droit Laurent Jans : " L'entraîneur nous disait de chercher Morioka. Il était difficile à freiner quand il se déplaçait entre les lignes. Dès qu'il avait le ballon, il l'envoyait vers l'avant. Il défendait peu ? C'est faux. Il opérait souvent un pressing de l'ombre et reprenait le ballon dans le dos du médian défensif. "

On a parfois l'impression de voir un joueur d'un autre temps. Toru Nakata, du site japonais Sports Navigation, le confirme : " J'ai grandi à l'époque des grands meneurs des années '80 : Michel Platini, Socrates, Enzo Scifo, Laszlo Bölöni. Morioka me les rappelle. Il n'est pas moderne. "

L'Allemand Mario Engels, passé du Slask Wroclaw à Roda JC, dépeint son ancien équipier comme un numéro dix à l'ancienne. " Il a de la vista, il passe des deux pieds et a des yeux dans le dos. Il n'y avait pas deux joueurs aussi doués que lui. Mais comment dire ? ... Ryo n'est pas un dix dynamique. Le championnat polonais ne lui convenait pas. Le Legia Varsovie et Lech Poznan étaient les seules équipes qui essayaient de jouer. Les autres taclaient, se battaient. Ses actions étaient souvent interrompues par des joueurs qui s'accrochaient à son maillot. On voyait bien qu'il n'était pas content mais il ne se plaignait jamais. "

À Beveren, Ibrahima Seck protégeait le Japonais. " Je jouais dans un fauteuil ", affirme-t-il. " Il se démarquait si intelligemment que je n'avais qu'à lui passer le ballon. À Anderlecht, entouré de meilleurs footballeurs, il va avoir la vie plus facile. Il lui faut seulement de la confiance. Et comment faire sentir son importance à un coéquipier ? En l'impliquant beaucoup dans le jeu. "

L'HYMNE JAPONAIS

Ryota Morioka n'a pas encore brillé avec les Mauves., BELGAIMAGE
Ryota Morioka n'a pas encore brillé avec les Mauves. © BELGAIMAGE

Reste à voir si Hein Vanhaezebrouck voulait réellement Morioka. Il avait demandé un avant prolifique et/ou un meneur d'hommes. Morioka est tout sauf un leader. Ses anciens clubs le décrivent comme un joueur réservé, difficile à cerner, discret dans le vestiaire comme dans la vie. Morioka est aux antipodes du glamour. Il vivait dans un appartement proche du Freethiel et les supporters ne le croisaient que quand il allait faire ses emplettes au Carrefour local, avec sa femme.

Son programme ? Entraînement, douche, dîner au club, retour au foyer. Son professionnalisme est phénoménal : toujours ponctuel, il n'a jamais raté une séance, il a participé sans râler à toutes les soirées des supporters et s'attarde avec plaisir pour une interview. " Il est resté professionnel jusqu'au dernier jour ", déclare Martijn De Jonge, le PR de Waasland. " Un exemple : avant et après une séance, les joueurs doivent indiquer comment ils se sentent via une app. Ce n'est pas obligatoire les jours de congé mais Morioka le faisait quand même. Même la veille de son transfert, un jour libre. "

Il ne se trouve personne à Vissel Kobe, Slask Wroclaw et Waasland-Beveren qui tienne des propos négatifs sur Morioka. Sauf sur ses talents de chanteur. En été, lors de son baptême, il a entonné l'hymne japonais avec beaucoup de conviction, provoquant la stupéfaction générale.

Par Alain Eliasy

Un footballeur oublié

Ryota Morioka avec l'équipe nationale japonaise., BELGAIMAGE
Ryota Morioka avec l'équipe nationale japonaise. © BELGAIMAGE

Ryota Morioka a peu de chances de disputer le Mondial. Depuis mars 2015, Vahid Halilhodzic dirige les Samurai Blues. Morioka n'a eu droit qu'à deux entrées au jeu : vingt minutes contre le Brésil et 28 contre la Belgique en novembre. Il espère être sélectionné en mars pour les matches contre le Mali et l'Ukraine : l'entraîneur va appeler 35 joueurs, un nombre qu'il réduira ensuite à trente. " Il n'a pas plus de 50 % de chances d'aller en Russie ", explique Toru Nakata, du site japonais Sports Navigation. " Il lui reste dix matches de PO1 pour mériter sa sélection. "

Les Japonais ont oublié Morioka dès qu'il a quitté Vissel Kobe. " Nous savions qu'il marquait beaucoup et délivrait des assists à Wroclaw mais c'est tout. Aucun journaliste ne lui a rendu visite en Pologne. Nous l'avons redécouvert à Waasland. "

Même son transfert à Anderlecht ne fait pas de lui une star au Japon. Les vedettes sont en Bundesliga. Nakata : " Trois chaînes suivent Shinji Kagawa au Borussia Dortmund et il y a de cinq à dix journalistes en tribune. Pour Morioka, il y en a deux, un seul si Yuya Kubo joue en même temps. "

Pour savourer un brin de couleur locale, il fallait être à Ostende le week-end dernier. Vahid Halilhodzic, le sélectionneur du Japon, qui réside dans le nord de la France, à Marcq-en-Baroeul, a dû se demander s'il ne s'était pas trompé de date, surtout après le match de Ryota Morioka. Avant son remplacement à la 76e, il n'était que l'ombre de ce qu'il avait été à Waasland-Beveren. Le Japonais n'est pas près de faire oublier Sofiane Hanni. Morioka a joué à l'image d'Anderlecht : avec nonchalance, sans audace, avec des oeillères. Jusqu'en janvier, le Sporting dépendait surtout d'Hanni pour marquer. " Il était capable de passer un adversaire et d'opérer une brèche dans la défense, ballon au pied ", raconte Dennis Appiah. " Morioka a peut-être ce don mais il ne l'a pas encore montré. " À Ostende, le manque de mouvements et de profondeur des Mauves a encore été frappant alors que des joueurs comme Sven Kums et Morioka ne demandent qu'à lancer des coéquipiers. À Beveren, Morioka disposait d'un bataillon qui s'infiltrait les yeux fermés dans les lignes adverses. Le Sporting, lui, est prévisible. " Chacun essaie de réaliser une action avant de passer le ballon, en espérant qu'il arrive. Le jeu est trop latéral ", analyse Kums. " À une certaine hauteur, tout est bloqué. " Morioka doit théoriquement être la plaque tournante du RSCA en PO1. À moins que ses coéquipiers ne doivent le faire jouer ? Morioka doit s'habituer au fait que l'adversaire concède moins d'espaces. Il doit courir plus entre les lignes et trouver plus vite les solutions. " Nous devons le servir dans de meilleures conditions et il doit modifier son positionnement ", poursuit Appiah. " Ensuite, nous devrons revoir nos trajectoires pour qu'il puisse nous passer le ballon. " Morioka pense plus vite que les autres. À Waasland-Beveren, tous les joueurs savaient qu'ils pouvaient l'atteindre en toutes circonstances, même quand il était mis sous pression. On lui offrait beaucoup de liberté au Freethiel alors qu'à Bruxelles, il est un joueur parmi d'autres. L'arrière droit Laurent Jans : " L'entraîneur nous disait de chercher Morioka. Il était difficile à freiner quand il se déplaçait entre les lignes. Dès qu'il avait le ballon, il l'envoyait vers l'avant. Il défendait peu ? C'est faux. Il opérait souvent un pressing de l'ombre et reprenait le ballon dans le dos du médian défensif. " On a parfois l'impression de voir un joueur d'un autre temps. Toru Nakata, du site japonais Sports Navigation, le confirme : " J'ai grandi à l'époque des grands meneurs des années '80 : Michel Platini, Socrates, Enzo Scifo, Laszlo Bölöni. Morioka me les rappelle. Il n'est pas moderne. " L'Allemand Mario Engels, passé du Slask Wroclaw à Roda JC, dépeint son ancien équipier comme un numéro dix à l'ancienne. " Il a de la vista, il passe des deux pieds et a des yeux dans le dos. Il n'y avait pas deux joueurs aussi doués que lui. Mais comment dire ? ... Ryo n'est pas un dix dynamique. Le championnat polonais ne lui convenait pas. Le Legia Varsovie et Lech Poznan étaient les seules équipes qui essayaient de jouer. Les autres taclaient, se battaient. Ses actions étaient souvent interrompues par des joueurs qui s'accrochaient à son maillot. On voyait bien qu'il n'était pas content mais il ne se plaignait jamais. " À Beveren, Ibrahima Seck protégeait le Japonais. " Je jouais dans un fauteuil ", affirme-t-il. " Il se démarquait si intelligemment que je n'avais qu'à lui passer le ballon. À Anderlecht, entouré de meilleurs footballeurs, il va avoir la vie plus facile. Il lui faut seulement de la confiance. Et comment faire sentir son importance à un coéquipier ? En l'impliquant beaucoup dans le jeu. " Reste à voir si Hein Vanhaezebrouck voulait réellement Morioka. Il avait demandé un avant prolifique et/ou un meneur d'hommes. Morioka est tout sauf un leader. Ses anciens clubs le décrivent comme un joueur réservé, difficile à cerner, discret dans le vestiaire comme dans la vie. Morioka est aux antipodes du glamour. Il vivait dans un appartement proche du Freethiel et les supporters ne le croisaient que quand il allait faire ses emplettes au Carrefour local, avec sa femme. Son programme ? Entraînement, douche, dîner au club, retour au foyer. Son professionnalisme est phénoménal : toujours ponctuel, il n'a jamais raté une séance, il a participé sans râler à toutes les soirées des supporters et s'attarde avec plaisir pour une interview. " Il est resté professionnel jusqu'au dernier jour ", déclare Martijn De Jonge, le PR de Waasland. " Un exemple : avant et après une séance, les joueurs doivent indiquer comment ils se sentent via une app. Ce n'est pas obligatoire les jours de congé mais Morioka le faisait quand même. Même la veille de son transfert, un jour libre. " Il ne se trouve personne à Vissel Kobe, Slask Wroclaw et Waasland-Beveren qui tienne des propos négatifs sur Morioka. Sauf sur ses talents de chanteur. En été, lors de son baptême, il a entonné l'hymne japonais avec beaucoup de conviction, provoquant la stupéfaction générale.Par Alain Eliasy