Trois semaines après que George Floyd a succombé dans les rues de Minneapolis sous le poids du policier Derek Chauvin, la petite ville danoise de Horsens a été confrontée pour la première fois au mouvement Black Lives Matter. Nous sommes le 16 juin 2020 et ce jour-là, le match AC Horsens - Esbjerg fB, comptant pour les play-downs, est programmé à la Casa Arena Horsens. Après exactement onze minutes et 27 secondes, Mohammed Dauda met un genou à terre et lève le poing droit. Il ferme les yeux, et dans sa tête, défilent les images des hommes et femmes qui, aux États-Unis, sont engagés dans une véritable lutte qui oppose la population noire aux forces de l'ordre. Le but qu'il vient d'inscrire, avec la complicité des défenseurs de Horsens Malte Kiilerich et Bjarke Jacobsen, passe au second plan. Dans la tribune de presse, la scène ne passe pas inaperçue. Le Ghanéen n'est pas du genre à focaliser l'attention sur lui. Il est plutôt discret dans les médias. Il sait que son geste va déclencher quelque chose. "Dauda m'a surpris ce jour-là. Je le considérais comme un garçon calme, qui gardait ses opinions pour lui", raconte Ole Bruun, qui suit Esbjerg depuis des années pour le journal JydskeVestkysten. "Après, il a déclaré que ce thème lui tenait à coeur. It matters to me."
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Trois semaines après que George Floyd a succombé dans les rues de Minneapolis sous le poids du policier Derek Chauvin, la petite ville danoise de Horsens a été confrontée pour la première fois au mouvement Black Lives Matter. Nous sommes le 16 juin 2020 et ce jour-là, le match AC Horsens - Esbjerg fB, comptant pour les play-downs, est programmé à la Casa Arena Horsens. Après exactement onze minutes et 27 secondes, Mohammed Dauda met un genou à terre et lève le poing droit. Il ferme les yeux, et dans sa tête, défilent les images des hommes et femmes qui, aux États-Unis, sont engagés dans une véritable lutte qui oppose la population noire aux forces de l'ordre. Le but qu'il vient d'inscrire, avec la complicité des défenseurs de Horsens Malte Kiilerich et Bjarke Jacobsen, passe au second plan. Dans la tribune de presse, la scène ne passe pas inaperçue. Le Ghanéen n'est pas du genre à focaliser l'attention sur lui. Il est plutôt discret dans les médias. Il sait que son geste va déclencher quelque chose. "Dauda m'a surpris ce jour-là. Je le considérais comme un garçon calme, qui gardait ses opinions pour lui", raconte Ole Bruun, qui suit Esbjerg depuis des années pour le journal JydskeVestkysten. "Après, il a déclaré que ce thème lui tenait à coeur. It matters to me." Dauda a été prêté par Anderlecht à Esbjerg en septembre 2019 et il n'avait jamais suscité autant l'attention des médias que lors de ce geste de protestation. Cela en dit long sur le passage de Dauda au Danemark. L'entraîneur néerlandais d'Esbjerg, John Lammers, avait pourtant de grands projets pour son attaquant ghanéen. Lammers a longtemps travaillé à Vitesse auparavant et les échos qu'il avait recueillis sur Dauda à Arnhem étaient positifs. À Esbjerg, il avait l'opportunité d'acquérir du temps de jeu et aurait dû percer. "J'ai vu en Dauda un garçon avec un énorme potentiel", explique Lammers. "Il était capable de conserver le ballon, était souvent disponible pour ses partenaires et recherchait la profondeur. Dans le 4-3-3 que je préconisais, je ne le trouvais pas encore assez mûr pour jouer en pointe. Mais je l'alignais comme milieu offensif ou comme ailier, car il se déplaçait bien entre les lignes. J'avais confiance en lui et ce n'était qu'une question de temps avant qu'il ne montre ses talents de buteur. Je n'ai malheureusement pas eu l'occasion de travailler longtemps avec lui." Deux semaines après l'arrivée de Dauda, Lammers a en effet été remercié. Esbjerg a utilisé quatre entraîneurs cette saison-là et après une belle troisième place à l'issue de la campagne précédente, le club n'a pu éviter la relégation de la Superliga danoise. L'agent de Dauda a essayé de susciter de l'intérêt pour son joueur au Danemark, mais il n'a jamais reçu de proposition concrète. Jimmi Nagel Jacobson, le directeur sportif d'Esbjerg, affirme pourtant que Dauda était taillé pour le championnat danois. "Au Danemark, le football est beaucoup plus physique qu'aux Pays-Bas, où Dauda avait joué la saison précédente. Chez nous, il a mis un peu de temps à rattraper son retard sur ce plan, mais ensuite, il a livré de bonnes prestations. Nous aurions aimé le conserver, mais avec la relégation ce n'était plus possible." Au total, Dauda a joué 25 matches pour le EfB. Dont trois rencontres de Coupe et cinq matches de Nedrykningsslutspil, un mini-championnat qui doit décider des clubs relégués. Il a inscrit cinq buts, mais avec toutes les occasions dont il a bénéficié, il aurait dû en inscrire trois fois plus. Les play-offs résument parfaitement l'histoire de Dauda à Esbjerg: il a trouvé le chemin des filets deux fois dans les deux premiers duels, mais dans le money time, il a raté des occasions incroyables. Il se donnait à fond à l'entraînement et a laissé entrevoir son potentiel, mais malgré toutes ses qualités, il ne pouvait dissimuler son manque d'efficacité dans le grand rectangle. "Dauda était apprécié des supporters. Vitesse, résistance, endurance: il disposait de tout un arsenal, mais devant le but, ça ne fonctionnait pas", se souvient Bruun. "Dans beaucoup de domaines, il était trop bon pour Esbjerg. La raison pour laquelle il n'a pas porté le maillot d'un plus grand club est simple: il manquait de sang-froid devant le but. On se souviendra de lui comme d'un remarquable footballeur, qui possédait un don particulier, mais qui n'avait pas le profil d'un buteur. C'est le genre de joueur qui peut apporter un plus à une bonne équipe, mais qui ne bonifiera pas une mauvaise équipe. Il a besoin d'avoir de bons joueurs autour de lui pour fonctionner." Lorsque Dauda est arrivé à Anderlecht en janvier 2017, en provenance de l'Asante Kotoko, il était connu comme un buteur impitoyable. Le bureau d'agents Spocs, qui a découvert Mo Salah dans le club égyptien d'Arab Contractors SC, a mis le grappin sur Dauda lorsqu'il figurait dans le top 10 des meilleurs buteurs de la Premier League ghanéenne, avec sept buts en championnat. Avec sa vitesse et son sens du but, les scouts de Spocs voyaient en lui un nouveau Samuel Eto'o. RenéWeiler n'avait pas besoin de Dauda dans son équipe qui a remporté le titre. Et même lorsqu'il a claqué 29 buts en 25 matches chez les Espoirs durant la saison 2017-2018, il n'a pas convaincu Hein Vanhaezebrouck. En janvier 2019, le dernier jour du mercato, Dauda s'est agrippé à la bouée de sauvetage lancée par Vitesse. Au GelreDome, l'équipe était privée depuis des mois de son trio offensif gravement blessé: Tim Matavz, Hilary Gong et Charly Musonda Jr. La direction s'est rabattue sur Dauda. Officiellement, c'est le directeur technique Marc Van Hintum qui s'occupait des transferts, mais en pratique, c'était l'entraîneur Leonid Slutsky qui réglait la plupart des transactions avec le propriétaire russe du club. Vitesse s'est qualifié pour les play-offs, mais sans se montrer convaincant sur toute la saison. "C'était très poussif", affirme Lex Lammers, qui suit Vitesse pour les journaux De Gelderlander et Algemeen Dagblad. "Le système de jeu constituait le principal problème. Toute l'équipe tournait autour de Martin Ødegaard et l'entraîneur optait pour un football de contre-attaque. À charge pour l'attaquant de faire bon usage des rares ballons qu'il recevait. Pour Dauda, les circonstances n'étaient donc pas idéales." Malgré une éthique de travail irréprochable et trois goals inscrits, l'option de trois millions d'euros n'a pas été levée par Vitesse. Le verdict était sans appel: Dauda était trop cher et n'avait pas laissé une impression fantastique. Avec Slutsky, chaque match s'assimilait à une grande loterie. Le Russe assemblait les pièces du puzzle et Dauda était souvent la victime. "Dauda jouait parfois dans l'entrejeu, puis passait comme attaquant et enfin sur le flanc", se souvient Lammers. "La fois suivante, Slutsky attendait de lui qu'il fasse le sale boulot pour soulager les défenseurs. Dauda n'était pas un mauvais footballeur, mais je ne vais pas non plus l'encenser, car je n'ai jamais vu de gestes fantastiques de sa part." Il y a trois ans, certains agents pensaient que Dauda quitterait un jour Anderlecht pour vingt millions d'euros. Aujourd'hui, selon Transfermarkt, il ne vaut plus que 900.000 euros. Anderlecht espère en obtenir quelques millions, plus tard. Mais actuellement, Peter Verbeke et Vincent Kompany ne savent que trop bien ce qu'ils peuvent attendre de leur attaquant de poche. Sa récente prolongation de contrat jusqu'en 2023 est un choix pragmatique de la direction, consciente qu'elle n'a pas les moyens d'acheter une meilleure version de Dauda, qui coûterait facilement entre 1,5 et 2,5 millions d'euros. Et donc, le Ghanéen représentait une opportunité que le club ne pouvait pas laisser passer, étant donné la situation financière. Dauda a le profil pour pratiquer le football préconisé par Kompany. Il est sans cesse en mouvement, apporte de l'intensité et peut exercer un pressing. Il doit simplement encore apprendre à effectuer les bons choix en possession de balle. "Dauda est un garçon qui a le coeur mauve", affirme un habitué des lieux. "Il aurait pu partir en Espagne cette saison, mais il espérait toujours qu'Anderlecht lui offre sa chance. Avec la manière dont on l'a traité, il aurait pu dire: C'est bon, je m'en vais. Mais il n'a pas fallu user de beaucoup d'arguments pour le convaincre de rester. Son coeur est à Anderlecht."