La voiture file sur l'autoroute. Le trajet n'est pas bien long. Une trentaine de minutes, tout au plus. Derrière le volant, Mogi Bayat se met en mode pilote automatique, les yeux rivés sur son téléphone. Il y a un transfert à finaliser, alors au diable la sécurité. À mesure que l'agent avance sur le dossier, le véhicule qu'il est censé conduire fait le yo-yo sur l'asphalte et flirte, à plusieurs reprises, avec la bande d'arrêt d'urgence. À chaque fois, il relève la tête, recentre l'engin et se replonge dans son écran. Avant même d'arriver à destination, l'affaire est bouclée. " J'ai failli mourir dix fois, mais je l'ai vu transférer un joueur en moins d'une demi-heure ", souffle un témoin de la scène, installé chaudement à la place du mort, entre crainte et admiration.
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La voiture file sur l'autoroute. Le trajet n'est pas bien long. Une trentaine de minutes, tout au plus. Derrière le volant, Mogi Bayat se met en mode pilote automatique, les yeux rivés sur son téléphone. Il y a un transfert à finaliser, alors au diable la sécurité. À mesure que l'agent avance sur le dossier, le véhicule qu'il est censé conduire fait le yo-yo sur l'asphalte et flirte, à plusieurs reprises, avec la bande d'arrêt d'urgence. À chaque fois, il relève la tête, recentre l'engin et se replonge dans son écran. Avant même d'arriver à destination, l'affaire est bouclée. " J'ai failli mourir dix fois, mais je l'ai vu transférer un joueur en moins d'une demi-heure ", souffle un témoin de la scène, installé chaudement à la place du mort, entre crainte et admiration. Toujours aussi hyperactif qu'incontournable malgré son implication dans le Footbelgate, l'aîné de la fratrie Bayat suscite autant les critiques qu'il alimente les fantasmes. Un lundi soir d'août, alors que Zulte-Waregem reçoit le Sporting de Charleroi, deux maisons qu'il connaît par coeur, il enfile le costume de conférencier, invité par le " Young Business Club Essevee ". Devant un parterre d'entrepreneurs flandriens, il parle de tout, n'élude rien. Ou presque. Sa famille, ses ambitions, le monde de l'immobilier, celui du ballon rond et l'opération " Mains Propres ", au sein de laquelle il se place en victime. Une belle soirée, en somme, qui résume parfaitement l'été du Franco-Iranien : libre, omnipotent et sur tous les fronts. En soi, le modus operandi de l'ancien directeur général carolo ne bouge pas d'un iota. Hyper-intermédiaire, super-agent, surtout fin facilitateur, le natif de Téhéran murmure à l'oreille des clubs qui veulent bien lui tendre la leur. Et ils sont nombreux. Pour sa vitesse d'exécution, son efficacité à la finition. Seulement, scandale oblige, il ajoute une corde à son arc : la discrétion. Quand Felice Mazzù rallie Genk, début juin, il ne place pas sa trogne sur la photo. Pourtant, en coulisses, il parvient à s'immiscer dans la signature du désormais ex-coach des Zèbres, qu'il ne se privait pas, fût un temps, d'injurier en tribunes ou dans le salon présidentiel du Mambour. Mandaté par le Sporting pour régler le départ d'un coach toujours sous contrat chez les Carolos, il serait intervenu plus loin dans les discussions, jusqu'au débat sur le salaire limbourgeois du coach sambrien. En tout cas, il est là. Et c'est un micro-évènement, puisque les Genkois se gargarisaient presque jusqu'alors de ne pas devoir faire appel aux services d'un homme gérant malgré tout la carrière de deux de ses éléments, Dieumerci Ndongala et Sébastien Dewaest. La prolongation de ce dernier, fin juin, satisfait les dirigeants, qui ne souhaitent pas lâcher leur capitaine. " La direction de Genk a apprécié son travail dans ce dossier ", souligne l'un de ses " sous-traitants ", soit l'un de ses collaborateurs. " On ne peut pas plaire à tout le monde. Il travaille peut-être différemment, il ne téléphone peut-être pas tous les jours, mais quand j'ai besoin, il est toujours là. Je lui fais confiance et il a toujours eu confiance en moi ", clamait à son sujet Sébastien Dewaest, il y a quelques mois. Si Arnaud, de son prénom français, rencontre le conseiller de Sander Berge, avec Karim Mejjati, associé aussi inquiété dans le Footbelgate, pour frayer un chemin, en vain, au talentueux norvégien vers un championnat plus huppé, il dépose la cerise sur le gâteau, mi-juillet. Ianis Hagi, convoité par plusieurs cadors du pays et du continent, rejoint le Limbourg via son entremise. Il réalise par la même occasion l'un des gros coups du mercato. Un tour de magie estimé à quatre millions d'euros. Bénéficiant d'une exclusivité sur la Belgique pour y placer les talents issus du Viitorul Constanta, entité fondée à proximité de la Mer noire par le père du joueur, Gheorghe Hagi, Mogi Bayat monte le dossier en compagnie de Pietro Chiodi. Le manager italien a déjà les faveurs du club roumain, auprès duquel il assurait auparavant la transmission avec le très influent Fali Ramadani, et dont le système de boîte aux lettres, notamment dans le passage fantôme du jeune Cristian Manea à Mouscron, avait été mis en lumière par les Football Leaks. En 2014, Pietro Chiodi représente Liverpool pour le compte de Lian Sports (l'agence de Ramadani) et négocie le transfert de Lazar Markovic, anderlechtois furtif aujourd'hui sans club, avec le Benfica Lisbonne. En 2017, le transalpin valide, seul, la venue de Razvan Marin au Standard. Deux ans plus tard, les règles du jeu ont changé, il sait à qui s'adresser pour faciliter l'expansion de son business au Royaume. Après le fils Hagi, Bayat et Chiodi, nouveaux partenaires en affaires, concluent en direct l'arrivée de Denis Dragus à Sclessin. Le jeune attaquant était pourtant listé parmi les potentielles recrues par l'ancienne cellule de recrutement rouche, depuis plusieurs mois. Olivier Renard parti, Mogi Bayat a le champ libre au Standard. Après avoir fait main basse sur plusieurs talents de l'Académie Robert Louis-Dreyfus, il parvient à s'inviter dans la danse du départ juteux de Moussa Djenepo vers Southampton, évalué à plus de quinze millions. Dans le sens inverse, Selim Amallah, Mërgim Vojvoda, Anthony Limbombe, Noë Dussenne et Denis Dragus, donc, débarquent en bords de Meuse. Une " bande de copains " ou " une grande famille ", selon des mots employés par Amallah lors de son époque mouscronnoise, qui aurait pu accueillir un nouveau membre en la personne de Lillo Guarneri sans le veto de Bruno Venanzi, voyant d'un mauvais oeil le retour d'un gardien, certes prometteur, mais parti l'an dernier au Milan en lui tournant le dos. Mogi aura beau essayer de le refourguer à Mouscron, pour remplacer Jean Butez, mais là non plus, la greffe ne prend pas. Par contre, le président du matricule 16 et le Franco-Iranien se mettent d'accord sur une chose : inclure d'autres intermédiaires dans les deals afin de masquer l'omniprésence à Liège de celui qui a été libéré sous caution ( voir encadré). Yuri Selak, ex-directeur sportif de Mouscron, se glisse ainsi dans le transfuge de Mërgim Vojvoda, officiellement conseillé par l'ancien joueur Adrian Aliaj. Les deux hommes partagent les bureaux luxembourgeois de l'aîné des Bayat et travaillent de concert avec Fali Ramadani, qui collabore également avec Herman Van Holsbeeck sur la Belgique et les Pays-Bas. Mogi, très proche de l'ex-manager général d'Anderlecht, s'était définitivement frayé un chemin chez les rivaux des Mauves dès le mois de janvier, grâce au retour de Nicolas Raskin, premier joueur né au XXIe siècle à évoluer en JPL sous les couleurs de La Gantoise. À Gand, les décisionnaires font fi des polémiques et ne se sont jamais cachés de leur proximité avec le mister fix-it du football belge. " Mogi nous a beaucoup aidés en vendant des joueurs et je ne l'ai jamais vu franchir la ligne ", justifie le président, Ivan De Witte, au début de l'année. Avant de poser une question rhétorique : " Est-il anormal d'avoir de bonnes relations avec un bon fournisseur ? " Encore ne faut-il pas se tromper sur la marchandise. L'acquisition de Sven Kums, sur une voie de garage au Parc Astrid, démontre les pleins-pouvoirs dont dispose Bayat chez les Buffalos. Alors qu' Uche Agbo doit remplacer Anderson Esiti, le club de Michel Louwagie prétexte une visite médicale manquée pour pouvoir faire croquer l'agent-maison et récupérer Kums par son intermédiaire, milieu qui n'affiche pas vraiment les mêmes qualités que son prédécesseur au poste. " Si tu veux dealer avec Gand, la condition sine qua non de Louwagie, c'est de passer par Mogi ", regrette un homologue dépité. Dylan Bronn a bien saisi le message. L'international tunisien, sous contrat avec un manager français, demande d'abord de se référer à un associé de Ramadani, puis impose Mogi Bayat pour forcer la porte de sortie. Rennes, intéressé par son profil, est vite refroidi par la multitude d'agents qui grouillent autour de lui, tandis que Reims lâche l'affaire quand La Gantoise annonce le prix de vente. Il ne reste alors plus que le FC Nantes, où Mogi Bayat tente vainement de le rapatrier, malgré qu'il y ait déjà transféré un défenseur central ( Molla Wagué, de Watford) après avoir envoyé Diego Carlos à Séville, avec le concours de Pietro Chiodi. Dans l'Ouest de la France, Bayat dicte clairement la météo estivale. Il reçoit un mandat exclusif des mains de la direction canarie pour s'occuper du mercato et se muer en espèce de directeur sportif officieux du club, ce qui participe à éloigner de potentiels repreneurs. Peu importe, il jouit pour l'instant d'un crédit sans faille au sein du clan Kita, composé de Waldemar, le président, et de son fils de directeur général, Franck. Une confiance affichée, gagnée en 2016, en leur servant Guillaume Gillet. L'année suivante, c'est au tour de Kalifa Coulibaly, Joris Kayembe et Yassine El Ghanassy. À l'heure actuelle, le premier tarde à devenir l'artilleur attitré de l'équipe, le deuxième n'a quasiment pas joué en raison de blessures à répétitions et le troisième ne s'entraîne plus avec les pros. La réussite relative de ses poulains n'effraie pas la direction nantaise, loin de là. Début juin, Mogi Bayat téléphone régulièrement à Philippe Mao, régional de l'étape à la tête de la cellule de recrutement nantaise. Ils évoquent un retour d' Adrien Trebel, idée qui enchante les Kita mais dont Vahid Halilhodzic ne veut pas entendre parler. Le Bosnien, lassé entre autres de l'influence du manager, part sans réclamer un centime, dix jours avant la reprise. Peuvent alors défiler Cristian Benavente, que Bayat avait voulu mettre à Genk en lieu et place de Théo Bongonda, et Moses Simon, buteur dès ses premières minutes en jaune, qui rejoignent ainsi Dennis Appiah et Alban Lafont, revenu Outre-Quiévrain grâce à ses connexions à la Fiorentina. En mauve toujours, Mogi parvient à se faire rouvrir les portes de Neerpede, rappelant à Marc Coucke et à ses associés qu'il est un précieux allié à l'heure de dégraisser un noyau trop bien garni. Les départs orientaux de KaraMbodj et d' Ivan Santini, initialement proposé ses soins à Trabzonspor avant de s'envoler pour la Chine, ont conforté le board bruxellois dans sa décision d'arrêter de se passer de ses services. " Si on laisse de côté les considérations éthiques, c'est le meilleur ", souligne un collaborateur occasionnel. " Tout simplement parce qu'il est le plus compétent dans son domaine. Et comme, en plus, c'est un milieu rempli d'incompétents, il fait encore plus la différence. " De retour sur l'autoroute du succès, Mogi Bayat a laissé la concurrence nationale dans le rétroviseur. À distance raisonnable. Comme pour éviter d'être à portée de ses coups de volant.