"C'est un super mec. " À l'autre bout du fil, c'est Paul Nardi, le gardien français dandy qui vient de s'engager à Lorient, en Ligue 2, après deux bonnes saisons au Cercle Bruges. Il était prêté par Monaco. Les gens du Rocher étaient allés le dénicher à Nancy, son club formateur.

Quand il parle de " super mec ", Nardi parle de Modou Diagne, le nouveau défenseur central de Charleroi. Ils sont tous les deux de la génération 1994, ils ont tous les deux fait leur écolage à Nancy, ils y sont tous les deux devenus professionnels.

" On doit avoir passé six ans ensemble, c'était vraiment un bon coéquipier. Le gars, il était toujours souriant, positif. Et c'était un tout bon joueur de foot... Avec sa grande taille, il était redoutable sur les ballons hauts. Et cette taille ne l'empêchait pas d'être assez rapide.

Ses relances étaient très propres. À l'occasion, il allait marquer son petit but. Au centre de formation de Nancy, il était considéré comme un des meilleurs espoirs, avec ClémentLenglet qui jouait aussi dans notre équipe. "

Nancy, c'est toute la vie de Modou Diagne, jusqu'ici. Il s'est retrouvé dans ce club dès l'âge de 13 ans, il vient d'y passer une douzaine d'années. " Je pense qu'il vise, à terme, le championnat d'Angleterre ", continue Paul Nardi.

" Alors, il a fait le meilleur choix en signant en Belgique. C'est un excellent tremplin pour les défenseurs qui ont envie de se retrouver en Premier League, il y a plein d'exemples qui le montrent. En Belgique, ils apprennent les bons gestes, les bons réflexes, le placement, les duels. "

Des Coqs aux Lions

Modou Diagne pointe le bout du nez au Sénégal, où son père est footballeur, carrément international, comme attaquant - " C'est mon conseiller le plus proche, il n'a pas raté un seul de mes matches depuis que je joue au foot ".

À huit ans, il débarque en France. Un jour, il va devoir choisir : FFF ou Fédération Sénégalaise de Football ? Il accepte d'abord une convocation des Coqs, il joue un bout de match avec ses U20. Puis, il bascule et opte pour son pays d'origine. Ça lui permet de disputer la CAN U23 en 2015 avec les Lions. En attendant mieux.

Parce que Charleroi peut lui permettre de se faire une place dans l'équipe A du Sénégal. Pour aller à la Coupe du monde 2018, le coup est déjà passé tout près. Quelques mois plus tôt, il a été appelé pour la première fois. Avec des étoiles dans les yeux. Il déclare à ce moment-là : " Quel honneur pour moi (...) Je dois être le seul joueur à venir de deuxième division. "

Son problème au niveau de la sélection, c'est la qualité des défenseurs centraux. Le Sénégal possède Kara Mbodj et Kalidou Koulibaly. En troisième choix, on trouve Salif Sané, un vrai titulaire en Bundesliga avec Schalke 04. Et, si besoin, Cheikhou Kouyaté peut toujours quitter l'entrejeu pour venir dépanner derrière.

Modou Diagne en lutte avec Idriss Ech-Chergui lors d'un match entre Nancy et le Paris FC en 2018., BELGAIMAGE
Modou Diagne en lutte avec Idriss Ech-Chergui lors d'un match entre Nancy et le Paris FC en 2018. © BELGAIMAGE

Diagne est donc lucide. Il sait qu'il doit grimper d'une division pour avoir une chance de faire un bout de chemin avec l'équipe sénégalaise. " Je joue en Ligue 2, je pars de très loin par rapport à des gars qui disputent la Ligue des Champions. Le coach national me dit que ce n'est pas ça qui sera déterminant, on verra. " Il a aussi remarqué que Mbodj, Koulibaly et Kouyaté ont vu leur carrière décoller grâce à notre championnat.

Les menaces de Correa

Il sort de six saisons pros avec Nancy. Toutes en Ligue 2, sauf la campagne 2016-2017, pendant laquelle il a goûté à la Ligue 1. Mais son équipe n'a fait qu'un bref passage au plus haut niveau du foot français et il a donc retrouvé la deuxième division. Une série qui peut être un mouroir si on s'y éternise.

En Lorraine, on n'entend que des commentaires positifs sur Diagne. On lui propose de prolonger. Encore et encore. Lors de l'été 2018, la direction lui tend une nouvelle prolongation. Cette fois, il la refuse parce qu'il a des envies d'autre chose.

Il reçoit quand même un temps de jeu presque maximum jusqu'en novembre. Parce que les patrons ne désespèrent pas de le faire changer d'avis. Puis ils comprennent que ça ne sert plus à rien d'insister, et du jour au lendemain, le joueur disparaît de l'équipe.

Nancy n'a pas envie de mettre en vitrine un gars appelé à partir gratuitement. Un jour où il était question de son départ, comme à chaque mercato depuis plusieurs années, son entraîneur, Pablo Correa, a montré les dents avec une menace qui symbolisait l'importance du Sénégalais sur son échiquier : " Si on vient maintenant m'annoncer que Modou Diagne s'en va, je vous promets que j'annule tous nos matches amicaux... "

" Je m'appelle Modou Diagne, je suis défenseur central et international sénégalais (...) Ma première qualité est ma rapidité dans les interventions (...) Je connaissais Charleroi de nom. Le club a une bonne réputation en Belgique. "

C'est le discours officiel de l'Africain, sur le site du Sporting, à son arrivée. Il est censé calmer un peu les supporters qui, à ce stade avancé du mercato, n'ont encore vu venir aucun autre renfort. JavierMartos est parti à Andorre pour une ultime pige et Gabriele Angella n'a pas trouvé d'accord financier avec la direction carolo pour une prolongation de sa location.

Apprentissage au côté de Lenglet

Les supporters de Charleroi ne devraient pas voir un bête défenseur central, simplement capable de catapulter aveuglément vers l'avant tous les ballons passant dans ses parages. Modou Diagne voit les choses autrement. Fruit de sa formation au sein d'un centre réputé dans toute la France.

" J'ai été formé comme milieu défensif, ce qui explique que j'aime participer au jeu balle au pied et pas seulement défendre. Je peux notamment m'appuyer sur ma vitesse et j'ai beaucoup travaillé mon placement. Aujourd'hui, au poste d'arrière central, il ne faut plus seulement savoir défendre en étant bon dans les duels, on doit être complet.

Il faut savoir se débrouiller dans le jeu aérien, dans les sorties avec le ballon. Un défenseur central, ce n'est pas seulement quelqu'un qui va au duel et casse le jeu. J'ai plusieurs années comme professionnel à mon compteur, je sais ce qu'il faut faire dans mon rôle. "

Et puis, il a appris le métier aux côtés d'un arrière pour qui l'AS Nancy est vite devenue trop petite : Clément Lenglet. Après quatre saisons comme pro avec ce club, Séville l'a transféré. Ensuite c'est le grand Barça qui l'a enrôlé. Pendant pas mal de matches, Nancy a donc aligné une paire centrale Lenglet - Diagne.

" J'ai vu un paquet de bons attaquants de Ligue 2 se casser les dents sur notre défense parce que Lenglet et Diagne prenaient tout dans l'axe et n'hésitaient pas à aller donner un coup de main sur un flanc ", se souvient Paul Nardi.

" C'était un duo qui avait une grosse cote en deuxième division, tout le monde savait qu'il fallait se farcir ces deux joueurs-là pour mettre des buts dans la cage de Nancy. Ils avaient aussi un apport offensif intéressant, ils aimaient bien sortir et accompagner nos relances. On savait qu'ils finiraient par aller bien plus haut que la Ligue 2. "

Un long bras de fer avec Nancy

Il y a donc un trou béant dans l'axe de la défense. Et une certaine pression sur les épaules de Diagne. Son statut de joueur gratuit, cet été, a clairement éveillé l'attention. Dans un premier temps, on a cru qu'il allait signer à Saint-Trond, dès le mois de juin. Tout semblait en ordre, puis le deal a subitement capoté.

En tout cas, il aurait clairement aimé quitter la Lorraine dans une autre ambiance. Un internaute a posté, au moment de l'officialisation de sa signature à Charleroi : " Bon vent Modou, j'aurais aimé que son histoire se termine différemment à Nancy. " Un bon résumé.

Dans le public nancéen, il était populaire. " Sa bonne humeur communicative se voyait à l'oeil nu, et puis s'il était populaire, c'était aussi dû à son niveau de jeu ", confirme Paul Nardi. Et donc, en juin dernier, quand il était clair qu'il ne serait plus dans ce club pour la reprise des entraînements, Diagne a lui aussi posté son message d'adieu : " J'aurais préféré que mon histoire à Nancy se termine autrement mais je garderai toujours le club dans mon coeur. "

La fin d'un long bras de fer avec sa direction. Il y a un an, déjà, il était fortement question de son départ. Et c'était plus concret que jamais parce que Modou Diagne semblait tout proche de son vieux rêve : rejoindre l'Angleterre. À ce moment-là, Toulouse essayait de l'avoir mais ce n'était pas le défi qui le faisait le plus fantasmer. À côté de ça, il avait des touches avec Stoke City, Reading et Middlesbrough.

Il restait, pour un de ces clubs, à trouver un arrangement financier avec la direction de Nancy. Très vite, on a compris que ça allait être compliqué parce que ses patrons n'avaient aucune intention de le brader. Diagne l'a jouée tranquille dans les médias : " Vous savez, moi, il me reste un an de contrat... Si je ne pars pas cet été, je l'honorerai (...) L'Angleterre est un pays qui m'attire beaucoup d'un point de vue footballistique. C'est un jeu qui peut très bien me correspondre par rapport à mes caractéristiques. "

"C'est un super mec. " À l'autre bout du fil, c'est Paul Nardi, le gardien français dandy qui vient de s'engager à Lorient, en Ligue 2, après deux bonnes saisons au Cercle Bruges. Il était prêté par Monaco. Les gens du Rocher étaient allés le dénicher à Nancy, son club formateur. Quand il parle de " super mec ", Nardi parle de Modou Diagne, le nouveau défenseur central de Charleroi. Ils sont tous les deux de la génération 1994, ils ont tous les deux fait leur écolage à Nancy, ils y sont tous les deux devenus professionnels. " On doit avoir passé six ans ensemble, c'était vraiment un bon coéquipier. Le gars, il était toujours souriant, positif. Et c'était un tout bon joueur de foot... Avec sa grande taille, il était redoutable sur les ballons hauts. Et cette taille ne l'empêchait pas d'être assez rapide. Ses relances étaient très propres. À l'occasion, il allait marquer son petit but. Au centre de formation de Nancy, il était considéré comme un des meilleurs espoirs, avec ClémentLenglet qui jouait aussi dans notre équipe. " Nancy, c'est toute la vie de Modou Diagne, jusqu'ici. Il s'est retrouvé dans ce club dès l'âge de 13 ans, il vient d'y passer une douzaine d'années. " Je pense qu'il vise, à terme, le championnat d'Angleterre ", continue Paul Nardi. " Alors, il a fait le meilleur choix en signant en Belgique. C'est un excellent tremplin pour les défenseurs qui ont envie de se retrouver en Premier League, il y a plein d'exemples qui le montrent. En Belgique, ils apprennent les bons gestes, les bons réflexes, le placement, les duels. " Modou Diagne pointe le bout du nez au Sénégal, où son père est footballeur, carrément international, comme attaquant - " C'est mon conseiller le plus proche, il n'a pas raté un seul de mes matches depuis que je joue au foot ". À huit ans, il débarque en France. Un jour, il va devoir choisir : FFF ou Fédération Sénégalaise de Football ? Il accepte d'abord une convocation des Coqs, il joue un bout de match avec ses U20. Puis, il bascule et opte pour son pays d'origine. Ça lui permet de disputer la CAN U23 en 2015 avec les Lions. En attendant mieux. Parce que Charleroi peut lui permettre de se faire une place dans l'équipe A du Sénégal. Pour aller à la Coupe du monde 2018, le coup est déjà passé tout près. Quelques mois plus tôt, il a été appelé pour la première fois. Avec des étoiles dans les yeux. Il déclare à ce moment-là : " Quel honneur pour moi (...) Je dois être le seul joueur à venir de deuxième division. " Son problème au niveau de la sélection, c'est la qualité des défenseurs centraux. Le Sénégal possède Kara Mbodj et Kalidou Koulibaly. En troisième choix, on trouve Salif Sané, un vrai titulaire en Bundesliga avec Schalke 04. Et, si besoin, Cheikhou Kouyaté peut toujours quitter l'entrejeu pour venir dépanner derrière. Diagne est donc lucide. Il sait qu'il doit grimper d'une division pour avoir une chance de faire un bout de chemin avec l'équipe sénégalaise. " Je joue en Ligue 2, je pars de très loin par rapport à des gars qui disputent la Ligue des Champions. Le coach national me dit que ce n'est pas ça qui sera déterminant, on verra. " Il a aussi remarqué que Mbodj, Koulibaly et Kouyaté ont vu leur carrière décoller grâce à notre championnat. Il sort de six saisons pros avec Nancy. Toutes en Ligue 2, sauf la campagne 2016-2017, pendant laquelle il a goûté à la Ligue 1. Mais son équipe n'a fait qu'un bref passage au plus haut niveau du foot français et il a donc retrouvé la deuxième division. Une série qui peut être un mouroir si on s'y éternise. En Lorraine, on n'entend que des commentaires positifs sur Diagne. On lui propose de prolonger. Encore et encore. Lors de l'été 2018, la direction lui tend une nouvelle prolongation. Cette fois, il la refuse parce qu'il a des envies d'autre chose. Il reçoit quand même un temps de jeu presque maximum jusqu'en novembre. Parce que les patrons ne désespèrent pas de le faire changer d'avis. Puis ils comprennent que ça ne sert plus à rien d'insister, et du jour au lendemain, le joueur disparaît de l'équipe. Nancy n'a pas envie de mettre en vitrine un gars appelé à partir gratuitement. Un jour où il était question de son départ, comme à chaque mercato depuis plusieurs années, son entraîneur, Pablo Correa, a montré les dents avec une menace qui symbolisait l'importance du Sénégalais sur son échiquier : " Si on vient maintenant m'annoncer que Modou Diagne s'en va, je vous promets que j'annule tous nos matches amicaux... " " Je m'appelle Modou Diagne, je suis défenseur central et international sénégalais (...) Ma première qualité est ma rapidité dans les interventions (...) Je connaissais Charleroi de nom. Le club a une bonne réputation en Belgique. " C'est le discours officiel de l'Africain, sur le site du Sporting, à son arrivée. Il est censé calmer un peu les supporters qui, à ce stade avancé du mercato, n'ont encore vu venir aucun autre renfort. JavierMartos est parti à Andorre pour une ultime pige et Gabriele Angella n'a pas trouvé d'accord financier avec la direction carolo pour une prolongation de sa location. Les supporters de Charleroi ne devraient pas voir un bête défenseur central, simplement capable de catapulter aveuglément vers l'avant tous les ballons passant dans ses parages. Modou Diagne voit les choses autrement. Fruit de sa formation au sein d'un centre réputé dans toute la France. " J'ai été formé comme milieu défensif, ce qui explique que j'aime participer au jeu balle au pied et pas seulement défendre. Je peux notamment m'appuyer sur ma vitesse et j'ai beaucoup travaillé mon placement. Aujourd'hui, au poste d'arrière central, il ne faut plus seulement savoir défendre en étant bon dans les duels, on doit être complet. Il faut savoir se débrouiller dans le jeu aérien, dans les sorties avec le ballon. Un défenseur central, ce n'est pas seulement quelqu'un qui va au duel et casse le jeu. J'ai plusieurs années comme professionnel à mon compteur, je sais ce qu'il faut faire dans mon rôle. " Et puis, il a appris le métier aux côtés d'un arrière pour qui l'AS Nancy est vite devenue trop petite : Clément Lenglet. Après quatre saisons comme pro avec ce club, Séville l'a transféré. Ensuite c'est le grand Barça qui l'a enrôlé. Pendant pas mal de matches, Nancy a donc aligné une paire centrale Lenglet - Diagne. " J'ai vu un paquet de bons attaquants de Ligue 2 se casser les dents sur notre défense parce que Lenglet et Diagne prenaient tout dans l'axe et n'hésitaient pas à aller donner un coup de main sur un flanc ", se souvient Paul Nardi. " C'était un duo qui avait une grosse cote en deuxième division, tout le monde savait qu'il fallait se farcir ces deux joueurs-là pour mettre des buts dans la cage de Nancy. Ils avaient aussi un apport offensif intéressant, ils aimaient bien sortir et accompagner nos relances. On savait qu'ils finiraient par aller bien plus haut que la Ligue 2. " Il y a donc un trou béant dans l'axe de la défense. Et une certaine pression sur les épaules de Diagne. Son statut de joueur gratuit, cet été, a clairement éveillé l'attention. Dans un premier temps, on a cru qu'il allait signer à Saint-Trond, dès le mois de juin. Tout semblait en ordre, puis le deal a subitement capoté. En tout cas, il aurait clairement aimé quitter la Lorraine dans une autre ambiance. Un internaute a posté, au moment de l'officialisation de sa signature à Charleroi : " Bon vent Modou, j'aurais aimé que son histoire se termine différemment à Nancy. " Un bon résumé. Dans le public nancéen, il était populaire. " Sa bonne humeur communicative se voyait à l'oeil nu, et puis s'il était populaire, c'était aussi dû à son niveau de jeu ", confirme Paul Nardi. Et donc, en juin dernier, quand il était clair qu'il ne serait plus dans ce club pour la reprise des entraînements, Diagne a lui aussi posté son message d'adieu : " J'aurais préféré que mon histoire à Nancy se termine autrement mais je garderai toujours le club dans mon coeur. " La fin d'un long bras de fer avec sa direction. Il y a un an, déjà, il était fortement question de son départ. Et c'était plus concret que jamais parce que Modou Diagne semblait tout proche de son vieux rêve : rejoindre l'Angleterre. À ce moment-là, Toulouse essayait de l'avoir mais ce n'était pas le défi qui le faisait le plus fantasmer. À côté de ça, il avait des touches avec Stoke City, Reading et Middlesbrough. Il restait, pour un de ces clubs, à trouver un arrangement financier avec la direction de Nancy. Très vite, on a compris que ça allait être compliqué parce que ses patrons n'avaient aucune intention de le brader. Diagne l'a jouée tranquille dans les médias : " Vous savez, moi, il me reste un an de contrat... Si je ne pars pas cet été, je l'honorerai (...) L'Angleterre est un pays qui m'attire beaucoup d'un point de vue footballistique. C'est un jeu qui peut très bien me correspondre par rapport à mes caractéristiques. "