Quand l'Antwerp a arraché son retour en D1A, sur le terrain de Roulers, après douze plus une années (le Beerschot, son rival, a le matricule treize, ce qui rend le chiffre tabou), il avait clairement besoin d'un nouveau gardien. Kevin Debaty et Nicaise Kudimbana s'étaient partagés les matches, Antonijo Jezina avait aussi joué un an mais personne ne s'érigeait en véritable numéro un.
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Quand l'Antwerp a arraché son retour en D1A, sur le terrain de Roulers, après douze plus une années (le Beerschot, son rival, a le matricule treize, ce qui rend le chiffre tabou), il avait clairement besoin d'un nouveau gardien. Kevin Debaty et Nicaise Kudimbana s'étaient partagés les matches, Antonijo Jezina avait aussi joué un an mais personne ne s'érigeait en véritable numéro un. Ce n'est pas un hasard si Luciano D'Onofrio et Laszlo Bölöni se sont tournés vers Sinan Bolat, alors âgé de 28 ans. L'entraîneur roumain avait déjà représenté beaucoup pour le Turc de Genk au Standard. Quand Bolat avait quitté le RC Genk pour Sclessin, en janvier 2009, il n'avait encore disputé qu'une poignée de matches pour les Limbourgeois mais il n'avait pas fallu deux semaines à Bölöni pour lui offrir sa chance. Ses liens avec Luciano D'Onofrio remontent également à cette période. D'Onofrio l'a transféré au Standard puis, cinq ans plus tard à Porto, alors que Bolat s'était déchiré les ligaments croisés et qu'après sa guérison, le président Roland Duchâtelet ne voulait plus qu'on l'aligne, puisqu'il refusait de prolonger son contrat : Eiji Kawashima devait jouer. Le propriétaire du Standard ne s'est à nouveau tourné vers Bolat que quand le Japonais a déçu. Trop tard. " Un homme spécial ", a dit Bolat à propos du politicien limbourgeois, ensuite. Son transfert au Portugal a été tout aussi spécial, après des mois sans jouer. Il a été compliqué par les droits économiques, les pourcentages sur la revente et la mise à l'écart de l'agent de Bolat, Kismet Eris. Présent aux négociations, celui-ci a eu des frais mais n'a jamais reçu un centime. D'Onofrio a joué son rôle en coulisses. Les tentatives de Bolat pour emmener au Portugal Guy Martens, l'entraîneur qui l'avait formé à Genk, ont échoué. Tout le monde savait que Bolat voulait revenir en Belgique, au printemps 2017. Le 20 avril, alors qu'il défendait le but d'Arouca, il avait déclaré au quotidien Het Laatste Nieuws : " Je veux retrouver ma famille après plusieurs années à l'étranger. Si je reçois une offre intéressante de Belgique, j'y réfléchirai sérieusement. De toute façon, s'il y a une chose que je veux éviter, c'est d'être loué. " Il a donc mis le cap sur Anvers. En juin 2017, Paul Gheysens a présenté son nouveau patron sportif, Luciano D'Onofrio, et celui-ci a sorti Bölöni de sa manche. Bolat : " Quand j'ai appris qu'il allait entraîner l'Antwerp, je n'ai plus hésité une seconde. J'ai même estimé devoir nouer moi-même le dialogue. " Le Roumain a accueilli son gardien à Doornwerth, en stage, par une plaisanterie : " En fait, je voulais Espinoza. " Le concurrent de Bolat au Standard, donc. Le lien entre les deux hommes est fort. Comme le respect qui les unit. Le gardien dit de son coach qu'il est " le meilleur avec lequel j'ai travaillé " et en août dernier, quand la Gazet van Antwerpen a demandé à l'entraîneur les renforts qu'il souhaitait, il a répondu sèchement : " Cinq Bolat, si c'est possible. " Les observateurs ont eu des doutes quant au gardien, qui n'avait disputé que 49 matches de 2013 à 2017. Propriété de Porto, Bolat a été ballotté partout : Arouca mais aussi Kayserispor, le club de sa ville natale, Galatasaray, avec lequel il a enlevé le titre et la coupe, le Nacional, mais aussi Bruges. Très brièvement. Il a tissé avec l'entraîneur des gardiens de l'Antwerp, Vedran Runje, un lien aussi fort qu'avec Guy Martens et Bölöni. Jamais il n'a eu pareil rapport avec le staff du Club Bruges. Or, Bolat a besoin de confiance. Il est arrivé dans la Venise du Nord avec une préparation insuffisante. Il souffrait d'une blessure. Le drame. 0-4 contre Manchester United lors de ses débuts, une gaffe contre Mouscron, un duel épouvantable contre Naples. Il n'a presque plus joué. Il a quand même accompagné l'équipe en stage en janvier mais a dû achever la saison en espoirs et n'a même pas participé à la fête du titre, faute d'envie. " Ma part était trop peu importante. " Bolat a ensuite déclaré ceci sur son passage à Bruges : " Je l'ai effacé de ma mémoire. Je suis arrivé trop tard en cours de préparation et jamais je n'ai pu refaire mon retard. Michel Preud'homme m'a placé trop vite dans le but. Il l'a admis. Quant à moi, j'avais trop envie de jouer à ce moment pour dire non. " Quand il a débuté à l'Antwerp, c'est avec l'image laissée à Bruges. Le club anversois était en chantier mais dès son premier match contre Anderlecht, Bolat a balayé tous les doutes. Cette saison-là, il a préservé ses filets à quinze reprises. Ses prestations ne sont pas passées inaperçues. Au printemps, il a été invité en équipe nationale turque, pour la première fois depuis cinq ans. Depuis, il a disputé cinq rencontres d'affilée. Les rumeurs n'ont cessé de tout l'été : Rayo Vallecano a offert, en vain, 800.000 euros. Kasimpasa, Galatasaray et le Besiktas se sont intéressés à lui. Ils vont sans doute le recontacter, surtout si le fortin de l'Antwerp reste imprenable. Car cette saison aussi, Bolat a aligné un nombre impressionnant de matches sans but. Il a été un roc après le Nouvel-An, pendant le passage à vide de l'Antwerp. Il est parfois arrogant sur le terrain, bien que ce soit contraire à sa nature. Il est le plus calme de sa famille, dans la vie. Mais, sur le terrain, il ne pense qu'à la victoire et il met tout en oeuvre pour l'arracher. Comme gagner du temps. Le gardien souffle le chaud et le froid quant à son avenir proche. Mi-août, il évoquait un départ dans les colonnes de la Gazet van Antwerpen : " J'ai déjà gagné pas mal d'argent. Je ne vais donc pas choisir le premier venu sous prétexte qu'il m'offre deux fois plus. Je veux être sûr de jouer. D'un autre côté, je suis titillé par l'envie de réussir à l'étranger. C'est peut-être le moment ou jamais. Je sens que j'en suis capable. " Dans d'autres entretiens, il vante l'Antwerp. " Le club est ambitieux, comme moi. L'EURO 2020 ? La route est encore longue mais il peut subitement devenir un objectif. Mon plan était clair quand j'ai signé ci : refaire de l'Antwerp un grand club. Je suis prêt à l'y aider. " Le 23 février passé, donc, le Laatste Nieuws lui a demandé si un billet européen pourrait le convaincre de prolonger son séjour à l'Antwerp. " Ce n'est même pas nécessaire. Si D'Onofrio vient demain avec une belle proposition portant sur plusieurs années, je ne refuserai pas. Je me sens bien ici et l'équipe est excellente. Je dois beaucoup à l'Antwerp et je veux l'aider à poursuivre sa progression mais je veux une certaine assurance sous la forme d'un contrat de trois ou quatre ans. " Bref, tout est possible. Une seule chose est certaine. Mi-janvier, peu avant la remise du Soulier d'Or, Bolat se réjouissait : " Ces derniers mois ont été des mois heureux. Et je n'en avais pas eu pendant trois longues années. "