Combien de fois avons-nous interviewé Michel D'Hooghe durant notre longue carrière? Quinze fois, vingt fois? Nous avons perdu le compte. Ce qui est frappant, c'est que nous l'avons souvent rencontré en décembre, juste avant les fêtes. Pour revenir sur l'année écoulée et parler de l'avenir, quelle que soit sa fonction, qu'il ait été président de la Ligue Pro et de la fédération belge de football, qu'il ait été dirigeant puis président du Club Bruges ou président de la commission médicale de la FIFA.
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Combien de fois avons-nous interviewé Michel D'Hooghe durant notre longue carrière? Quinze fois, vingt fois? Nous avons perdu le compte. Ce qui est frappant, c'est que nous l'avons souvent rencontré en décembre, juste avant les fêtes. Pour revenir sur l'année écoulée et parler de l'avenir, quelle que soit sa fonction, qu'il ait été président de la Ligue Pro et de la fédération belge de football, qu'il ait été dirigeant puis président du Club Bruges ou président de la commission médicale de la FIFA. Passer un moment dans la maison de maître de Michel D'Hooghe, le long des canaux brugeois, a toujours été une évasion. Durant les jours les plus sombres de l'année, entourés d'arbres effeuillés, ces canaux avaient un air tristounet, mais D'Hooghe était toujours prompt à déboucher une bouteille de champagne, à l'occasion d'un anniversaire ou pour donner le coup d'envoi des fêtes. En arrière-fond, on entendait des chansons d' Yves Montand. Cette atmosphère nostalgique étaient à cent lieues de la rude réalité du football belge. C'est que la musique a toujours occupé un rôle important dans la vie de D'Hooghe, comme il ne manque jamais de le rappeler. Il serait plus facile de le priver de sa télévision que de sa chaîne hi-fi. En fin d'année, il se plaisait aussi à philosopher. Il évoquait alors l'importance du bonheur familial, le socle de la vie. Pour reprendre ses propres termes: chaque fois qu'on rentre à la maison, on sait qu'on est chez soi. Michel D'Hooghe a eu une existence riche. Par moments, il a été un globe-trotteur en costume, allant de vol en vol, d'hôtel en hôtel. Il aime parler et fréquenter les gens. Il s'est parfois retrouvé dans l'oeil du cyclone, notamment quand, durant un passage difficile à la présidence de la fédération, il a demandé leur avis à d'autres sportifs, ce que certains médias se sont empressés d'étaler et de commenter alors qu'il trouvait que c'était un indice de modestie. Il insistait sur ce point: la médecine lui avait donné une leçon de modestie, qu'il appliquait aussi au sport. D'Hooghe parlait toujours avec plaisir de sa profession de médecin, comme il discutait passionnément de ses mandats en football. Ce travail correspondait aux objectifs qu'il s'était fixés dans la vie. Le facteur social l'avait toujours passionné. Par le contact direct qu'elle implique, les questions qu'elle suscite et les nouvelles réponses qu'elle apporte, la médecine le passionne. À peine un livre était-il refermé qu'il en ouvrait un autre. D'Hooghe usait volontiers de citations pour mieux toucher l'esprit et l'imagination humaine. Il s'est toujours dépeint comme un pur amateur de football, aussi. Au début de sa carrière, il pouvait réagir avec virulence quand il s'estimait mal traité. Il était encore trop émotif, mais ce trait a rapidement fait place à la raison. Il a appris à gérer les critiques, en essayant, disait-il, de rester au-dessus des personnes qui l'attaquaient. Même quand il était touché au plus profond de son âme. La vie footballistique de Michel D'Hooghe a évidemment été marquée par des moments difficiles, comme les suites de l'affaire Bosman. Confronté aux réactions du monde extérieur, il a parlé de sangsues. Il reste fier de la réalisation de l'EURO 2000, qui devait être la locomotive de l'avenir, un tremplin vers une meilleure formation des jeunes et une infrastructure plus moderne. Il s'est souvent énervé des lacunes des infrastructures ces dernières années. Dans ses tours du monde, il a découvert des stades magnifiques tout en devant bien constater qu'en Belgique, de nombreux projets de construction s'enlisaient dans des conflits politiques et des manoeuvres de ralentissement. Aucun dossier ne pouvait être rapidement traité dans ce pays, a-t-il conclu, l'indécision étant reine. Il se rappelle certainement les projets de construction d'un stade à Bruges et la première conférence de presse qu'il a organisée à ce sujet en janvier 2007, en sa qualité de président du Club. Est-ce parce qu'il était fatigué de se battre contre des moulins à vent qu'il a quitté ce poste, ce qui a entraîné le passage malheureux de Pol Jonckheere, rapidement remplacé par Bart Verhaeghe? Durant ses six années de présidence, D'Hooghe a assaini le Club d'une manière qui a parfois suscité quelque résistance. Lors de sa nomination, il a rédigé un document de onze pages. Il a dû prendre des décisions. Le Club avait alors un déficit annuel de quatre millions d'euros. Il allait droit vers la faillite. D'Hooghe y a posé de nouvelles fondations et lui a conféré une solide base financière, même si on lui a reproché des erreurs de jugement, comme l'embauche au poste d'entraîneur de Jan Ceulemans ou de Marc Degryse à celui de directeur sportif. Il ne voulait pas alimenter la polémique. Lors de ses adieux à la présidence du Club Bruges en juin 2009, il a déclaré avoir appris à encaisser et à se taire. Il y a dix ans, Michel D'Hooghe a dû reconnaître avoir maltraité son corps. Le 1er mai 2009, il a souffert d'une tumeur au cerveau. Il a réalisé qu'il devait lever le pied, retrouver un certain calme. Mais rester sans rien faire est un tourment pour lui. Donc, D'Hooghe a continué à s'engager, au titre de président de la commission médicale de la FIFA, le mandat qu'il préfère, parmi tous ceux qu'il a exercés. D'Hooghe a continué à prévenir des maux qui menacent les footballeurs, suite à une surcharge qui a fini par atteindre une limite inquiétante, du déséquilibre croissant entre sport et économie. Il se rend au Club Bruges en observateur. Il ne rompra jamais ce lien. D'ailleurs, c'est là que tout a commencé: petit garçon, Michel D'Hooghe était la mascotte du Club. Dans un certain sens, sa voie était déjà toute tracée.