Vous savez comment ça se passe. Et si vous ne le savez pas, c'est que vous vous en moquez et vous avez certainement raison. On ne dirait pas comme ça, mais avant un match, on travaille. Parfois, ça donne des ailes, alors on énonce une théorie qui s'apprête à s'écrouler avec l'assurance d' Eden Hazard qui s'élance sur penalty. Parfois, ça aide à anticiper le scénario d'une rencontre, à la comprendre et à la savourer encore plus. Un labeur d'autant plus utile pour moi qui découvre la Jupiler Pro League, et qui ai besoin, plus que ceux dont c'est le championnat national, de dépoussiérer un Courtrai-Beerschot. Ce moment d'archéologie a rythmé mon samedi matin.
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Vous savez comment ça se passe. Et si vous ne le savez pas, c'est que vous vous en moquez et vous avez certainement raison. On ne dirait pas comme ça, mais avant un match, on travaille. Parfois, ça donne des ailes, alors on énonce une théorie qui s'apprête à s'écrouler avec l'assurance d' Eden Hazard qui s'élance sur penalty. Parfois, ça aide à anticiper le scénario d'une rencontre, à la comprendre et à la savourer encore plus. Un labeur d'autant plus utile pour moi qui découvre la Jupiler Pro League, et qui ai besoin, plus que ceux dont c'est le championnat national, de dépoussiérer un Courtrai-Beerschot. Ce moment d'archéologie a rythmé mon samedi matin. Fort d'un café et de ma capacité de concentration d'enfant de six ans en plein confinement, je fouille et note avant de me perdre, comme tous les jeunes de ma génération, sur mon GSM. Je fais une capture d'écran de mon menu du jour que je partage à un groupe d'amis fans de foot. Eupen-Waasland en plat de résistance, Saint-Trond-Genk en dessert, et donc le fameux Courtrai-Beerschot en entrée. Évidemment, ça les fait marrer. Comme beaucoup de Belges, ces copains français aiment la Premier League, regarderont Dortmund-Bayern et me prêtent des souffrances que je ne subis pas vraiment à la vue de ce programme. Ma réponse fut la suivante: Courtrai-Beerschot, vous pouvez être sûrs qu'il va y avoir des buts. Pas vraiment un coup de génie quand on suit ce que fait l'équipe d' Hernán Losada depuis le début de la saison. Mais ce qu'il y a de bien avec le foot, c'est qu'on a beau travailler et essayer d'anticiper, jamais on n'aurait pu prédire ce que ce match dingue allait nous réserver. Et dans une journée où le football robotisé nous a offert des hors-jeu ridicules de Patrick Bamford à Leeds et de Robert Lewandowski pour le Bayern, un peu de n'importe quoi fait du bien. Je suis sûr qu'Hernán Losada ne m'en voudrait pas d'appeler ça du n'importe quoi. Son équipe est, depuis le début de la saison, celle qui dégage le plus d'insouciance. Plus qu'une valeur, un état d'esprit, que beaucoup jugeraient kamikaze dans un football où on ne compte plus les équipes qui jouent pour ne pas perdre. Des partitions où les fausses notes sonnent justes, pourvu que l'on soit capable de marquer un but de plus que l'adversaire. Ceci paraît être un îlot romantique dans un football toujours plus statistique, mais avoir une équipe comme ça dans son championnat, c'est l'assurance hebdomadaire d'un match que l'on regarde avec plaisir, même si ce n'est pas l'équipe que l'on supporte. Toutes proportions gardées, en termes de jeu, car il s'agit là de cadors, le Beerschot est notre Sassuolo ou notre Leeds. Une équipe capable d'être menée 0-2 à Courtrai en huit minutes, suite à un début de rencontre où le niveau d'implication défensive et d'agressivité flirtait avec celui de ma concentration du samedi matin. Une équipe capable d'offrir le scénario qui a suivi. Une réduction du score avant le retour aux vestiaires grâce à une phase arrêtée, alors qu'on avait un peu de mal à voir comment Suzuki et Tissoudali allaient ennuyer Jakubech. Puis un début de deuxième mi-temps complètement fou, où en l'espace de soixante secondes, la bande à Holzhauser a rendu la monnaie de sa pièce à Courtrai en scorant deux fois. À 3-2 pour le Beerschot après cinquante minutes, on a une pensée pour ses petites fiches. Notamment pour le passage où il y a inscrit "Beerschot: au moins cinq buts par rencontre lors des cinq derniers matches", puis on ose se dire, après l'égalisation de Mboyo sur penalty, que finalement, les neuf goals de Beerschot-Saint-Trond ne sont pas impossibles à atteindre. Menés à la pause, devant à la cinquantième minute, menés à nouveau à la 68e, les visiteurs repassent devant à la 88e grâce à un magnifique coup de boule de Frédéric Frans, et j'avoue m'être dit que c'était terminé. Que c'était fou, mais fini. Mais comment ce spectacle aurait-il pu se terminer autrement que par une égalisation de Courtrai sur une action aberrante. Une tentative du bloc défensif du Beerschot de mettre tout le monde hors-jeu. Tout le monde sauf Sainsbury, couvert par Halaimia, qui vient inscrire le dixième pion de cet après-midi de taré. Parce qu'il ne faut jamais analyser à outrance, il n'y avait pas grand-chose à dire de ce match si ce n'est de le vivre. Ces nonante minutes étaient suspendues dans le temps, un vrai moment de plaisir que nous a notamment permis de vivre un homme qui lui aussi, vole. Car les joueurs comme Rapha Holzhauser sont rares. Ces grands gaillards dont on ne sait pas s'ils sont lents ou rapides, s'ils ont 19 ou 42 ans, mais dont on palpe seulement l'immense influence sur une partie. C'est lui qui dicte les ballets complètement fous de ce Beerschot, d'une patte gauche qui touche à l'extraordinaire. Pour ces performances et paradoxes qui font du Beerschot une attraction de Pro League: merci, Hernán Losada.