En 1951, quand Pasquale Mazzù a quitté la Calabre, dans le sud de la Botte, pour les mines belges, il aurait aussi bien pu se retrouver à Genk qu'à Charleroi. À son arrivée, le père Mazzù ne parlait pas français, il savait à peine lire et écrire.

" Papa a travaillé tellement dur qu'il n'avait pas de temps pour nous et ce n'était pas facile pour notre mère, qui ne parlait qu'italien ", a déjà raconté Mazzù à ce sujet. Son père est descendu dans la mine pendant dix ans. Il n'y avait pas d'argent à consacrer aux loisirs. Jouer au football dans la rue était la seule possibilité.

Felice Mazzù est arrivé en D1 il y a six ans, en parfait nobody. Mehdi Bayat a offert sa chance à l'entraîneur, qui s'était distingué avec le White Star Woluwé, en D2. Jusqu'alors, il avait combiné pendant quinze ans un emploi de professeur avec un job d'entraîneur dans les divisions inférieures. À Charleroi, il a dû laisser partir ses meilleurs joueurs chaque année mais il n'a jamais cherché d'excuse et a toujours tenté de retirer le maximum de sa nouvelle équipe.

Plaisir et vécu

Felice Mazzù possède deux grandes qualités. D'abord, son approche humaine. Cherchez donc un joueur qui a travaillé avec lui et qui tient des propos négatifs à son égard. Vous ne trouverez personne, même pas auprès de ceux qui ont peu joué.

Cette approche remonte à l'époque où lui-même faisait souvent banquette sans savoir pourquoi. Il ne l'a pas oubliée et il fournit toujours des explications. " J'ai toujours pensé que si je devenais entraîneur, je m'intéresserais à tous les joueurs, au capitaine comme au numéro 25. "

Sébastien Dewaest, qui a travaillé avec lui à Charleroi, dit que Mazzù est proche des joueurs et trouve toujours les mots justes pour les inciter à s'entraider. " Il est presque comme un père pour ses joueurs ", résume l'ancien Carolo Clément Tainmont.

Le nouvel entraîneur de Genk avait lui-même décrit ses méthodes ainsi, lors d'une très agréable visite à notre rédaction en 2016 : " Je ne suis pas un dictateur. Je ne suis pas super sévère. On se fait respecter en respectant les autres. Je peux encore aller boire un verre avec mes joueurs. "

Interrogé sur sa philosophie, il avait répondu : " Plaisir et vécu. Je pars du principe que, quoi qu'on fasse dans la vie, il faut être heureux pour être productif. Je veux que les gens avec lesquels je travaille se sentent bien. "

Il sublime ainsi ses joueurs. Il peut présenter une longue liste de footballeurs qui ont quitté Charleroi avec une plus-value sportive et financière, après avoir travaillé avec lui, mais qui ont eu moins de succès ailleurs. Kaveh Rezaei (Club Bruges) est le dernier exemple en date.

L'ADN minier

Mazzù possède une deuxième grande qualité : il a l'art de former très vite une équipe. À Charleroi, il a perdu ses meilleurs éléments chaque année, parfois en plein milieu de saison, sans jamais se plaindre. Un entraîneur qui reforme aussi facilement une équipe chaque fois vaut de l'or.

Reste à voir s'il est capable de faire progresser les talents de Genk, qui ont déjà accompli un fameux chemin. Est-il en mesure de gérer le changement brutal qui s'annonce ? Sa seule grande crainte est que Genk ne subisse un exode massif. Il est aussi conscient qu'il sera la première victime d'un revers de fortune.

C'est pour cela qu'il aurait aimé emmener un membre de son staff carolo mais Genk ne le souhaitait pas et c'est ce qui a fait traîner en longueur les négociations. Mazzù n'a pas peur de ce défi, pas plus que du problème linguistique. Il râle depuis des années d'être dépeint comme un homme qui ne parle que français et italien.

À Charleroi déjà, il a souvent eu recours à l'anglais. Victor Osimhen ne parle pas un mot de français, ce qui ne l'a pas empêché d'effectuer un énorme bond en avant sous la direction de Mazzù. " Qu'on me laisse travailler et qu'on me juge là-dessus ", soupire-t-il chaque fois que revient la question de la langue.

Si Genk cherchait un entraîneur qui sache ce que signifient ses racines, qui comprenne l'ADN d'un club situé dans une région dont les habitants n'ont pas toujours grandi dans le luxe, il a trouvé l'homme idéal. Les supporters de Charleroi le portaient aux nues. Au terme d'un match, il n'était pas rare qu'il s'empare du mégaphone pour chanter avec le noyau dur.

Si Genk cherchait un entraîneur doté de qualités humaines, de chaleur, un homme proche de ses joueurs et apte à bien les coacher, il l'a trouvé. Mazzù a déjà révélé qu'il possédait une excellente lecture du jeu et était capable d'intervenir à bon escient pour renverser le cours d'un match.

Pas le droit à l'erreur

Le club cherchait aussi un entraîneur qui anticipe, qui aille de l'avant. C'est le seul aspect auquel il doit encore fournir une réponse. Mazzù a jadis déclaré qu'Arrigo Sacchi était son modèle car il avait introduit le football de zone, ce qui obligeait les joueurs à réfléchir par eux-mêmes.

À Charleroi, il a souvent misé sur la transition mais Genk n'a rien fait d'autre ces derniers mois sous la direction de Philippe Clement après le départ d'Alejandro Pozuelo. S'il a un faible pour le 4-4-2 avec des arrières qui montent vite, il a souvent procédé autrement à Charleroi, en entraîneur pragmatique : " Le principal objectif d'un entraîneur doit être l'élaboration d'un système qui convient aux joueurs dont il dispose. "

Genk constitue un beau défi pour Mazzu, qui a refusé un poste au Standard à deux reprises et qui a été cité à Gand après la démission de Hein Vanhaezebrouck et au Club Bruges après le départ de Michel Preud'homme.

Jusqu'à présent, Mehdi Bayat s'est toujours opposé au départ de son entraîneur. Cette fois, il le laisse partir. Le moment de franchir un palier supplémentaire est venu : Mazzù a 53 ans. La rapidité avec laquelle le Racing a posé son choix démontre à quel point il croit en lui.

Il a bien besoin de cette foi car lors de sa visite à notre rédaction, il avait reconnu que son absence de riche passé footballistique le fragilisait : " Je n'ai pas le droit d'échouer, de commettre des erreurs. Certains entraîneurs peuvent se le permettre car ils ont acquis un crédit supplémentaire quand ils jouaient. Pas moi. Si je commets des erreurs, ce sera toujours ma faute. C'est pour ça que mon plan doit toujours être bon. Car je ne suis personne en football. "

Par Geert Foutré et Guillaume Gautier

En 1951, quand Pasquale Mazzù a quitté la Calabre, dans le sud de la Botte, pour les mines belges, il aurait aussi bien pu se retrouver à Genk qu'à Charleroi. À son arrivée, le père Mazzù ne parlait pas français, il savait à peine lire et écrire. " Papa a travaillé tellement dur qu'il n'avait pas de temps pour nous et ce n'était pas facile pour notre mère, qui ne parlait qu'italien ", a déjà raconté Mazzù à ce sujet. Son père est descendu dans la mine pendant dix ans. Il n'y avait pas d'argent à consacrer aux loisirs. Jouer au football dans la rue était la seule possibilité. Felice Mazzù est arrivé en D1 il y a six ans, en parfait nobody. Mehdi Bayat a offert sa chance à l'entraîneur, qui s'était distingué avec le White Star Woluwé, en D2. Jusqu'alors, il avait combiné pendant quinze ans un emploi de professeur avec un job d'entraîneur dans les divisions inférieures. À Charleroi, il a dû laisser partir ses meilleurs joueurs chaque année mais il n'a jamais cherché d'excuse et a toujours tenté de retirer le maximum de sa nouvelle équipe. Felice Mazzù possède deux grandes qualités. D'abord, son approche humaine. Cherchez donc un joueur qui a travaillé avec lui et qui tient des propos négatifs à son égard. Vous ne trouverez personne, même pas auprès de ceux qui ont peu joué. Cette approche remonte à l'époque où lui-même faisait souvent banquette sans savoir pourquoi. Il ne l'a pas oubliée et il fournit toujours des explications. " J'ai toujours pensé que si je devenais entraîneur, je m'intéresserais à tous les joueurs, au capitaine comme au numéro 25. " Sébastien Dewaest, qui a travaillé avec lui à Charleroi, dit que Mazzù est proche des joueurs et trouve toujours les mots justes pour les inciter à s'entraider. " Il est presque comme un père pour ses joueurs ", résume l'ancien Carolo Clément Tainmont. Le nouvel entraîneur de Genk avait lui-même décrit ses méthodes ainsi, lors d'une très agréable visite à notre rédaction en 2016 : " Je ne suis pas un dictateur. Je ne suis pas super sévère. On se fait respecter en respectant les autres. Je peux encore aller boire un verre avec mes joueurs. " Interrogé sur sa philosophie, il avait répondu : " Plaisir et vécu. Je pars du principe que, quoi qu'on fasse dans la vie, il faut être heureux pour être productif. Je veux que les gens avec lesquels je travaille se sentent bien. " Il sublime ainsi ses joueurs. Il peut présenter une longue liste de footballeurs qui ont quitté Charleroi avec une plus-value sportive et financière, après avoir travaillé avec lui, mais qui ont eu moins de succès ailleurs. Kaveh Rezaei (Club Bruges) est le dernier exemple en date. Mazzù possède une deuxième grande qualité : il a l'art de former très vite une équipe. À Charleroi, il a perdu ses meilleurs éléments chaque année, parfois en plein milieu de saison, sans jamais se plaindre. Un entraîneur qui reforme aussi facilement une équipe chaque fois vaut de l'or. Reste à voir s'il est capable de faire progresser les talents de Genk, qui ont déjà accompli un fameux chemin. Est-il en mesure de gérer le changement brutal qui s'annonce ? Sa seule grande crainte est que Genk ne subisse un exode massif. Il est aussi conscient qu'il sera la première victime d'un revers de fortune. C'est pour cela qu'il aurait aimé emmener un membre de son staff carolo mais Genk ne le souhaitait pas et c'est ce qui a fait traîner en longueur les négociations. Mazzù n'a pas peur de ce défi, pas plus que du problème linguistique. Il râle depuis des années d'être dépeint comme un homme qui ne parle que français et italien. À Charleroi déjà, il a souvent eu recours à l'anglais. Victor Osimhen ne parle pas un mot de français, ce qui ne l'a pas empêché d'effectuer un énorme bond en avant sous la direction de Mazzù. " Qu'on me laisse travailler et qu'on me juge là-dessus ", soupire-t-il chaque fois que revient la question de la langue. Si Genk cherchait un entraîneur qui sache ce que signifient ses racines, qui comprenne l'ADN d'un club situé dans une région dont les habitants n'ont pas toujours grandi dans le luxe, il a trouvé l'homme idéal. Les supporters de Charleroi le portaient aux nues. Au terme d'un match, il n'était pas rare qu'il s'empare du mégaphone pour chanter avec le noyau dur. Si Genk cherchait un entraîneur doté de qualités humaines, de chaleur, un homme proche de ses joueurs et apte à bien les coacher, il l'a trouvé. Mazzù a déjà révélé qu'il possédait une excellente lecture du jeu et était capable d'intervenir à bon escient pour renverser le cours d'un match. Le club cherchait aussi un entraîneur qui anticipe, qui aille de l'avant. C'est le seul aspect auquel il doit encore fournir une réponse. Mazzù a jadis déclaré qu'Arrigo Sacchi était son modèle car il avait introduit le football de zone, ce qui obligeait les joueurs à réfléchir par eux-mêmes. À Charleroi, il a souvent misé sur la transition mais Genk n'a rien fait d'autre ces derniers mois sous la direction de Philippe Clement après le départ d'Alejandro Pozuelo. S'il a un faible pour le 4-4-2 avec des arrières qui montent vite, il a souvent procédé autrement à Charleroi, en entraîneur pragmatique : " Le principal objectif d'un entraîneur doit être l'élaboration d'un système qui convient aux joueurs dont il dispose. " Genk constitue un beau défi pour Mazzu, qui a refusé un poste au Standard à deux reprises et qui a été cité à Gand après la démission de Hein Vanhaezebrouck et au Club Bruges après le départ de Michel Preud'homme. Jusqu'à présent, Mehdi Bayat s'est toujours opposé au départ de son entraîneur. Cette fois, il le laisse partir. Le moment de franchir un palier supplémentaire est venu : Mazzù a 53 ans. La rapidité avec laquelle le Racing a posé son choix démontre à quel point il croit en lui. Il a bien besoin de cette foi car lors de sa visite à notre rédaction, il avait reconnu que son absence de riche passé footballistique le fragilisait : " Je n'ai pas le droit d'échouer, de commettre des erreurs. Certains entraîneurs peuvent se le permettre car ils ont acquis un crédit supplémentaire quand ils jouaient. Pas moi. Si je commets des erreurs, ce sera toujours ma faute. C'est pour ça que mon plan doit toujours être bon. Car je ne suis personne en football. " Par Geert Foutré et Guillaume Gautier