Le sang et l'or malinois s'annoncent au Mambour, où Felice Mazzù soigne les présentations en conférence de presse, un peu plus de vingt-quatre heures avant la représentation. La salle de spectacle s'annonce bien remplie, grâce à l'action annuelle " Tous au Stade " menée par les têtes pensantes du Sporting. Pourtant, pas question de promettre du show aux 12.000 paires d'yeux qui s'apprêtent à se river sur la pelouse. Le coach des Zèbres est catégorique : " C'est un match qui peut être dangereux si on manque d'intelligence. On va commettre une grosse erreur si on pense qu'on va être beau. "
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Le sang et l'or malinois s'annoncent au Mambour, où Felice Mazzù soigne les présentations en conférence de presse, un peu plus de vingt-quatre heures avant la représentation. La salle de spectacle s'annonce bien remplie, grâce à l'action annuelle " Tous au Stade " menée par les têtes pensantes du Sporting. Pourtant, pas question de promettre du show aux 12.000 paires d'yeux qui s'apprêtent à se river sur la pelouse. Le coach des Zèbres est catégorique : " C'est un match qui peut être dangereux si on manque d'intelligence. On va commettre une grosse erreur si on pense qu'on va être beau. " Le dirty Charleroi est assumé. Le match du lendemain se boucle avec moins de dix tirs au but en nonante minutes, mais aussi avec une nouvelle victoire. La troisième de rang après le match contre Ostende, à la suite duquel le coach carolo a décidé de laisser la possession et le football ambitieux aux vestiaires. Parce que " notre problème, c'est que quand on est plus beau dans le jeu et qu'on ne marque pas, l'adversaire en profite. " Au procès que les amateurs de football aiment faire aux partisans d'un jeu défensif, Felice Mazzù est rangé dans le camp des accusés. Les témoins se succèdent à la barre. Clinton Mata, appelé par la Dernière Heure à faire la comparaison avec son nouvel environnement, la joue simple : " Albert Stuivenberg est un coach offensif, très différent de Mazzù qui est plus défensif. " Quand vient le tour de Dorian Dessoleil, le défenseur des Zèbres affirme qu'en gardant " le zéro derrière, on est sûr d'empocher au moins un point. Ça reste notre caractéristique principale. " Installé sur son siège, qui surplombe l'assemblée, le juge appelle désormais Mazzù à la barre. Le coach des Zèbres prépare sa défense depuis longtemps, lui qui affirme déjà au début de l'année 2016 : " Je signale quand même qu'en deux saisons et demie, Charleroi a joué quatre, voire cinq fois plus souvent qu'Anderlecht avec deux attaquants. " Mais les arguments de l'accusation sont ravageurs. Ils pointent du doigt un Charleroi qui, la saison dernière, s'est qualifié pour les play-offs 1 avec 33 buts marqués, total le plus faible d'un membre du top 6 depuis la réforme du championnat, à l'été 2009. Alors, Felice semble passer aux aveux. Interrogé par Sport/Foot Magazine, il cède : " Je sais que je suis considéré comme un entraîneur défensif. C'est en tout cas ce que je vois un peu partout : sur les jeux vidéo, à gauche à droite ", affirme l'entraîneur des Zèbres, qui fait référence à un Football Manager qui le cataloguait défensif, avant de revoir paradoxalement son jugement sur sa nouvelle édition, décrivant Mazzù avec un style de jeu mixte et un état d'esprit aventureux. " Mais moi, j'estime que quand tu construis une maison, ce sont d'abord les fondations. " Le plaidoyer se fait plus nuancé. Les mots deviennent ceux d'un coach qui décrit son 5-2-1-2 de la saison dernière comme une défense à trois, et insiste sans cesse sur sa propension à jouer avec deux attaquants : " Pour les gens qui disent qu'on est une équipe défensive, le 4-4-2 est pour moi le système de jeu le plus offensif. " Et Felice poursuit dans le détail : " Pour moi, tout bâtir à partir de l'arrière ne veut pas dire que tu es un entraîneur défensif. " Mais les preuves déboulent, à nouveau. Des témoins racontent qu'un livre consacré à Diego Simeone trône sur la table de chevet de l'homme fort du Sporting carolo. La défense de Mazzù ressemble alors à celle d'Arrigo Sacchi, qu'il aime citer en exemple. À l'heure d'évoquer le football actuel, l'Italien aime dire qu'il retrouve ses idées dans le football de Pep Guardiola, alors que l'équipe qui applique le mieux les principes de son Milan impérial est sans doute l'Atlético d'El Cholo. Les faits sont là, mais la défense de Felice Mazzù reste vindicative. " Certains pensent que je suis un entraîneur défensif ", admet le coach des Zèbres. " Mais moi, je crève d'envie d'installer un football hyperoffensif, comme j'avais réussi à le faire au White Star. " Comme s'il voulait prouver qu'il en est capable. Comme s'il refusait d'être résumé au football affiché la saison dernière avec Charleroi, et ramené sur le devant de la scène depuis que son pressing plus ambitieux du début de saison lui a coûté des points à l'arrivée de l'automne. Est-ce si grave d'être considéré comme un entraîneur défensif ? Au moins pénalisant, pour un entraîneur qui rêve certainement, à terme, de s'installer sur le banc d'une des grosses écuries historiques du championnat. Et outre le Standard, où un entraîneur à vocation défensive dont le discours se base sur des valeurs d'effort collectif est toujours bien reçu, aucun club du " G5 " ne semble prêt à accepter durablement l'idée d'abandonner le ballon pour gagner des points. Le départ de René Weiler, quelques mois après avoir ramené le titre à Bruxelles, l'a encore rappelé. Tout comme le choix de Bruges pour Ivan Leko, qui n'avait pourtant " que " joué la finale des play-offs 2 au bout d'une saison au jeu léché mais au classement anonyme avec Saint-Trond. Mazzù était également cité dans les coulisses du stade Jan Breydel, adoubé par les louanges et les accolades publiques de Michel Preud'homme, mais Vincent Mannaert a préféré opter pour un coach capable de réinstaller un football dominant sur la pelouse des Gazelles. Quelques années plus tôt, c'est aussi le style ambitieux de Courtrai qui avait permis à Hein Vanhaezebrouck de s'ouvrir les portes de Genk, puis celles de Gand. Le jeu défensif - Mazzù dirait organisé - de Charleroi est pourtant un critère indispensable à ses résultats hors-normes obtenus depuis plusieurs saisons avec un noyau qualitativement inférieur à la concurrence. Des performances répétées au marquoir sans lesquelles la cote de Felice Mazzù ne serait certainement pas aussi élevée, car ce sont les deux qualifications en trois ans pour les play-offs 1 qui ont fait décoller sa courbe de popularité.Mais paradoxalement, c'est aussi ce style de jeu qui, plus encore que son attitude parfois débridée lors de la célébration de ses buts ou de ses victoires, l'empêche de pousser les portes des clubs historiques de l'élite. Battu par Charleroi la saison dernière, le directeur sportif d'un membre du G5 a ainsi quitté le stade en affirmant à la direction carolo qu'elle devait avoir bien du courage pour supporter chaque semaine une telle absence de spectacle sur la pelouse. Cette nouvelle saison pourrait être celle du palier enfin franchi pour Mazzù. Du côté de Gand, on rêvait déjà de l'attirer après le départ de Vanhaezebrouck. Le coach carolo a reçu des joueurs susceptibles d'apporter une dose de raffinement supplémentaire à son football : le virevoltant Nurio est un latéral taillé pour un style spectaculaire, Marco Ilaimaharitra offre plus de dynamisme et un jeu plus aventureux que Damien Marcq, tandis que la qualité technique du secteur offensif a été décuplée par les arrivées conjointes de Dodi Lukebakio et Kaveh Rezaei. C'est d'ailleurs dans cette optique que l'année a commencé. " Cette saison, on presse plus haut dans le camp adverse, donc les attaquants sont plus proches du but ", expliquait David Pollet à la fin de l'été. Une approche que Mazzù a abandonnée quand les bons résultats ont disparu, et que le fameux " Felice Time " s'est retourné contre les siens, devenus dindons de la farce en endossant le costume de l'équipe qui voulait tellement marquer un but supplémentaire qu'elle oubliait de penser à la protection des cages de Nicolas Penneteau. Pour sortir de sa mini-crise, Charleroi a donc abandonné le ballon, et profite de la qualité technique de son quatuor offensif pour augmenter l'efficacité de ses contres, menés à toute allure et avec une grande justesse pour accumuler les buts en reconversion rapide. La recette est idéale pour le présent de Charleroi, mais l'est-elle aussi pour l'avenir de Mazzù ? Bien défendre est aussi un art, que certains savent reconnaître à sa juste valeur. Catalogué défensif, José Mourinho enchaîne les piges sur les bancs les plus prestigieux d'Europe. Antonio Conte, quant à lui, a conquis l'Angleterre avec une défense à cinq et des offensives sommairement réparties entre les courses de Diego Costa et les pieds d'Eden Hazard. Si ces coaches en sont arrivés là, c'est avant tout parce qu'ils ont gagné des titres. Felice sait donc ce qu'il lui reste à faire. Parce que quand la salle des trophées se remplit, le style ne compte plus. Par Guillaume Gautier