On peut avoir attendu ses 25 ans pour jouer son premier match de Ligue 1, mais se retrouver à 31 ans titulaire d'un diplôme universitaire de gestion des organisations sportives (DUGOS), et partie prenante de la deuxième partie de saison sur courant alternatif de l'Antwerp de Franky Vercauteren. C'est le propre des hommes aux vies multiples. Capable de se réinventer et de passer en moins de deux ans d'un poste de titulaire en Premier League sous Claudio Ranieri à un statut de pompier de service en Pro League. Une double vie qui permet de comparer Hatem Ben Arfa à Didier Lamkel Zé, de rêver à un futur de directeur sportif et de côtoyer le plus sulfureux d'entre eux au quotidien en la personne de Lucien D'Onofrio. Rencontre avec un sac à souvenirs.
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On peut avoir attendu ses 25 ans pour jouer son premier match de Ligue 1, mais se retrouver à 31 ans titulaire d'un diplôme universitaire de gestion des organisations sportives (DUGOS), et partie prenante de la deuxième partie de saison sur courant alternatif de l'Antwerp de Franky Vercauteren. C'est le propre des hommes aux vies multiples. Capable de se réinventer et de passer en moins de deux ans d'un poste de titulaire en Premier League sous Claudio Ranieri à un statut de pompier de service en Pro League. Une double vie qui permet de comparer Hatem Ben Arfa à Didier Lamkel Zé, de rêver à un futur de directeur sportif et de côtoyer le plus sulfureux d'entre eux au quotidien en la personne de Lucien D'Onofrio. Rencontre avec un sac à souvenirs. Tu as fait tes débuts professionnels il y a onze ans avec le Havre, mais tu as attendu tes 25 ans pour faire tes débuts en Ligue 1 avec l'OGC Nice. Pourquoi pas avec le Stade Rennais, où tu as fait toute ta formation et remporté un championnat de France U19 en 2007, ainsi que la Coupe Gambardella en 2008? MAXIME LE MARCHAND: C'est vrai que j'ai d'abord été repéré par le Stade Rennais vers l'âge de neuf-dix ans. À l'époque, je jouais numéro 10 à l'US Saint-Malo, mais un éducateur de Rennes, que je n'oublierai jamais, est venu me voir à l'occasion d'un petit tournoi régional. Un certain Didier Le Bras. Il m'a fait confiance et m'a ouvert les portes de la formation de ce grand club français. C'était un choix fort de sa part, même sa direction n'était pas au courant, mais il croyait vraiment en moi. Ce transfert a forcé mon père à faire les allers-retours quotidiens entre Saint-Malo et Rennes. 45 minutes aller, 45 minutes retour. À la base, ça ne devait durer que deux ans. Parce qu'à douze ans, il y avait les tests pour rentrer en centre de formation et que ce n'était pas gagné que je les réussisse. Je ne pensais pas spécialement faire partie des plus doués de ma génération, mais j'ai décroché ma place. J'ai ensuite gravi les échelons naturellement. Les centres de formation à la française sont réputés pour la formation technique des joueurs tricolores, mais parfois un peu critiqués sur le cloisonnement qu'ils imposent. Qu'est-ce que tu en gardes comme souvenir? LE MARCHAND: Que des formidables. Ces années marquent en tant qu'adolescent, on évolue en tant qu'homme et joueur. C'est vrai que c'est un peu fermé, car on va à l'école ensemble, et pas dans une école publique, mais ça me plaisait de vivre dans ce petit microcosme. Et puis, je suis de la génération 1989. Pour comprendre un peu ce qu'on vit, il faut regarder "À la Clairefontaine" ( undocumentaire qui retrace le parcours de jeunes footballeurs formés à l'INF Clairefontaine, diffusé par Canal + en 2002, ndlr). J'adorais cette série, c'était un peu la référence de voir ces jeunes passer petit à petit dans le monde pro. Il y avait notamment Abou Diaby et Hatem ( Ben Arfa, ndlr). C'était presque ma génération, donc je m'y identifiais beaucoup. J'ai vécu la même chose, juste à moindre échelle parce que j'étais à Rennes et pas à l'INF Clairefontaine, qui regroupe vraiment la crème de la crème du football français. Mais à Rennes aussi, on avait une belle génération. Avec des joueurs comme Yacine Brahimi, Yann M'Vila et Damien Le Tallec. Moi, petit à petit, j'ai reculé dans le jeu. Milieu offensif, puis défensif. Puis latéral gauche. Et finalement défenseur central. Comment est-ce qu'à l'époque et après toutes ces années passées au Stades Rennais, le club te fait comprendre que tu ne vas pas percer en équipe première? LE MARCHAND: Je pense que je n'étais pas encore assez mature pour être au niveau de la Ligue 1. En tout cas pas au niveau nécessaire pour évoluer dans une équipe du calibre de Rennes. Et je n'avais aucun problème à l'admettre. Je suis donc assez naturellement parti au Havre, en Ligue 2, à 18 ans. Je ne considérais pas ça comme un échec, plutôt comme une étape. Et comme ça se passait bien et que c'était complètement bouché pour moi à Rennes, j'y suis resté un peu plus longtemps que prévu ( six saisons, entre 2009 et 2015, ndlr). Jusqu'à ce transfert à l'OGC Nice à l'été 2015. À l'époque, tu rejoins une équipe ambitieuse de Ligue 1, mais tu arrives surtout en même temps qu'un certain Hatem Ben Arfa. Au final, vous vivez une première saison formidable, achevée à la quatrième place du championnat français... LE MARCHAND: ( Il coupe) Oui, on avait vraiment une équipe incroyable. Avec des joueurs comme Hatem Ben Arfa, mais aussi Nampalys Mendy, Valère Germain, Vincent Koziello, Ricardo Pereira ou Alassane Pléa. Indépendamment de ces individualités, il y avait surtout une magnifique osmose entre nous et ça, je m'en suis souvent rendu compte par la suite, c'est souvent le plus dur à trouver dans un vestiaire. Ton premier match de Ligue 1, tu le disputes dans l'axe central à côté de Mathieu Bodmer, un joueur d'expérience passé avant ça par Lille, Lyon et le PSG. On est meilleur à côté des meilleurs? LE MARCHAND: Je me suis vraiment rendu compte cette saison-là de l'importance de former un binôme avec le défenseur avec lequel on partage l'axe central. Mathieu m'a apporté la sérénité et toute son expérience. Ça m'a véritablement beaucoup aidé. J'ai compris l'importance pour un jeune de pouvoir commencer avec un joueur comme ça à ses côtés, plutôt que de devoir faire la paire avec un joueur qui panique et qui ne sait pas trop comment faire. Mathieu, c'est une vraie force tranquille. Il connaissait ses qualités et les utilisait très bien. C'était très important pour Nice et pour moi. L'équipe pouvait parfois douter, mais lui ramenait cette expérience et cette sérénité. Cette saison-là, Hatem Ben Arfa inscrit 18 buts et délivre sept passes décisives. Est-ce que quand une équipe peut compter sur des joueurs de cette trempe, elle est forcément contrainte de se mettre au service de celui-ci? LE MARCHAND: On ne jouait pas vraiment pour lui. On avait une force collective assez impressionnante. Après, bien sûr, Hatem amenait ce plus, ce coup d'éclat qui débloquait certaines situations. C'est pour ça que ça a bien marché. Il y avait autant de force collective qu'individuelle. Hatem a été important pour nous cette année-là, mais on a aussi été importants pour lui. Toutes proportions gardées, le parallèle est tentant avec un joueur comme Didier Lamkel Zé cette saison à l'Antwerp... LE MARCHAND: Oui, il y a une part de génie chez lui comme chez Hatem. Il peut faire la différence sur un match comme pouvait le faire Hatem, mais tout de même à une moindre échelle. Didier Lamkel Zé est plus clivant? LE MARCHAND: J'avais entendu beaucoup de choses sur lui avant d'arriver, mais finalement, il n'y a rien de très surprenant. Des joueurs comme lui, qui arrivent en retard et qui ont beaucoup d'états d'âme, j'en ai connu quelques-uns dans ma carrière. Il y en a dans toutes les équipes. J'ai joué avec des gars comme Mario Balotelli, Allan Saint-Maximin, des personnages avec une personnalité un peu particulière. Ça ne m'a pas plus choqué que ça. Ceux-là, tant qu'ils répondent sur le terrain, il n'y a pas de problème. Les ennuis, ils commencent quand ce n'est plus le cas. Ici, tant que Didier marquera ses buts, il n'y aura pas de souci. Reste que ça ne doit pas toujours être facile à vivre au quotidien dans un vestiaire. On dit que celui de l'Antwerp est fort partagé sur le sujet, c'est le cas? LE MARCHAND: Personnellement, je considère que le plus important reste le sportif. Tant que Mario ( Balotelli, ndlr) répondait présent et donnait tout pour l'équipe, je n'avais pas de problème avec tout l'extra-sportif, les retards, les bêtises à droite et à gauche. On peut donc tout pardonner à un joueur s'il est efficace et qu'il porte l'équipe sur le terrain? LE MARCHAND: Je ne suis pas sûr. Parfois, ça ne peut pas durer. On verra comment ça va tourner dans les prochaines semaines, mais pour l'instant il n'y a pas de souci. Avec Mario, j'ai vu que ça pouvait devenir plus compliqué sur la durée. Ça marche pendant un temps, mais à un moment parfois, ça explose. Avec Didier, je croise les doigts pour que ça dure le plus longtemps possible. On verra. Tactiquement, l'Antwerp de Franky Vercauteren ne ressemble plus en rien à celui d'Ivan Leko. Beaucoup d'observateurs pointent la disparition de tout ce qui faisait le sel de cette équipe. Toi qui n'as pas connu le Croate, comment as-tu l'impression que le groupe vit cette transition? LE MARCHAND: Je ne crois pas qu'il y ait de frustration par rapport au style de jeu. Il y en a sans doute un peu plus par rapport aux résultats. Et je crois que c'est tout à fait normal. Après, je n'étais pas là pendant la première partie de saison, donc je ne sais pas tout, mais je trouve que le groupe s'adapte plutôt bien à ce changement drastique de système. Ce qui n'est quand même pas évident à mi- saison. Quel est le point sur lequel le coach insiste le plus au quotidien? LE MARCHAND: Il a beaucoup regardé au début. Puis petit à petit, aux entraînements, il a apporté ses spécificités. Il insiste souvent sur la verticalité du jeu. Il ne veut pas prendre de risques insensés et je crois que c'est bien pour l'équipe, parce que c'est vrai qu'au début, on avait tendance à tenter des choses compliquées. Notre jeu s'est simplifié. Cette défaite contre Anderlecht (1-4) peut-elle constituer un électrochoc avant le début des play-offs 1? LE MARCHAND: Elle doit. Parce que c'était un avant-goût des play-offs et qu'on n'a strictement rien montré. Pourtant, contrairement à ce qu'on a pu dire, la consigne n'était pas de laisser la balle à l'adversaire ou d'être attentiste, mais simplement d'être en place. Mais dans les faits, on n'a jamais cessé de reculer et ce n'était pas ce que le coach nous demandait. On est passé complètement à côté parce qu'on a manqué d'impact dans le bloc. Le point positif là-dedans, s'il doit y en avoir un, c'est que j'ai l'impression que ça a eu le mérite de nous remettre la tête à l'endroit. Le lendemain, à l'entraînement, tout le monde était concerné. J'espère que rétrospectivement, on pourra se dire que ça a constitué un coup de boost. Reste que cette défaite devait être particulièrement amère pour Franky Vercauteren vu son passé récent chez les Mauves. Comment le coach a réagi? LE MARCHAND: Très honnêtement, il est resté très calme. Je crois que le coach a assez de recul et d'expérience pour se dire que ce n'était qu'un match. C'est ce que j'aime bien chez lui. Il est conscient que ça a été un non-match, mais il ne s'est pas particulièrement énervé non plus. Il a senti qu'il n'y en avait pas le besoin, que le groupe était conscient de ce qu'il avait mal fait. Est-ce que ce genre de leçon reçue par un adversaire que vous pourriez retrouver en PO1 vous incite à penser que les play-offs pourraient mal tourner pour l'Antwerp? LE MARCHAND: Je suis en tout cas mitigé sur le système des play-offs. À la fois, c'est génial et ça apporte une adrénaline différente et en même temps, je trouve qu'un club comme le nôtre, qui sort d'une super saison, n'a pas grand-chose à gagner là-dedans. Ce sera intéressant de voir ce que le groupe a dans le ventre par rapport à ça. En cela, le match de dimanche contre Genk risque d'être décisif. En fonction du résultat, la dynamique des play-offs sera forcément différente.