A la fin du mois de juin de l'année dernière, Matz Sels endossait le rôle de première doublure de Thibaut Courtois lors de l'Euro. Le natif de Lint, qui avait déjà profité du forfait de Koen Casteels, l'habituel numéro 3 contraint de passer sur le billard avant la compétition, pour s'offrir une place parmi les 26 Diables amenés à participer à ce championnat d'Europe voyait Simon Mignolet contraint de renoncer à la suite du tournoi en raison d'une blessure au genou.
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A la fin du mois de juin de l'année dernière, Matz Sels endossait le rôle de première doublure de Thibaut Courtois lors de l'Euro. Le natif de Lint, qui avait déjà profité du forfait de Koen Casteels, l'habituel numéro 3 contraint de passer sur le billard avant la compétition, pour s'offrir une place parmi les 26 Diables amenés à participer à ce championnat d'Europe voyait Simon Mignolet contraint de renoncer à la suite du tournoi en raison d'une blessure au genou. Si seulement trois gardiens sont normalement repris dans une sélection pour une compétition internationale, Roberto Martinez a pris l'habitude depuis son entrée en fonction de convoquer systématiquement quatre portiers. Non seulement pour des questions pratiques afin de préparer certains exercices préparés par la paire de coaches Erwin Lemmens et Inaki Bergara, mais sans doute aussi pour ne pas avoir un réserviste débarqué de nulle part et sans repères si d'aventure l'un des trois premiers de la hiérarchie devait renoncer à une compétition. "Thibaut n'a pas besoin de moi pour savoir ce qu'il doit faire.", expliquait avec un grand sourire Matz Sels lors du point presse qui suivait cette promotion temporaire dans l'ordre des gardiens du temple diabolique. Celui qui défend aussi les perches strasbourgeoises en club était déjà bien content d'être de la partie après avoir manqué la Coupe du monde et surtout après avoir été victime d'une rupture du tendon d'achille onze mois avant l'entame du tournoi. Le Flamand n'était d'ailleurs revenu aux entraînements de son club qu'à la fin mars. Donc forcément, se retrouver dans l'ombre de Courtois trois mois plus tard était une grande satisfaction pour lui.Mais cette saison, l'ambition a peut-être évolué alors que Mignolet et Casteels lui sont repassés devant dans la tête de Roberto Martinez. Pendant que Big Sim' enchaîne les prestations en dents de scie dans la Venise du Nord entre matches où il semble infranchissable et grosses approximations, Koen Casteels vit une saison moins brillante que la précédente à Wolfsburg. Les Loups , qui s'étaient qualifiés pour la Champions League, ont longtemps traîné dans les parages de la zone rouge et restent sur un peu envieux 4 sur 15 en Bundesliga. Mais il ne faut pas pour autant jeter à la poubelle les prestations individuelles de Casteels qui garde la tête hors de l'eau. Avant de se blesser à la hanche et de manquer les deux derniers duels de sa formation, l'Anversois défendait les cages lors de la dernière victoire de son club. Il reste une valeur sûre avec 86% du temps de jeu possible cette saison.De son côté, Matz Sels réalise une saison plutôt aboutie au sein d'un Strasbourg complètement revigoré depuis l'arrivée sur le banc de Julien Stephan à la place du caractériel Thierry Laurey.Sous la houlette du jeune coach que l'on avait d'abord connu au Stade de Rennes, les Alsaciens occupent la cinquième place de Ligue 1, synonyme de billet européen, et devancent le champion en titre Lille. Ils peuvent même toujours ambitionner plus vu qu'ils n'accusent jamais que cinq et quatre points de retard sur deux des trois détenteurs actuels des billets pour la Champions League, Marseille et le Stade Rennais de Jérémy Doku. Et Matz Sels n'est pas étranger à ces succès. "Si le Racing en est là aujourd'hui, c'est entre autres grâce à lui ", estimait Gaëtan Huard, ancien gardien des Girondins de Bordeaux et de Marseille.Pourtant, l'Anversois formé au Lierse aurait pu changer d'employeur lors du dernier été. Son nom avait circulé pendant un certain temps du côté du champion lillois qui devait remplacer Mike Maignan parti à l'AC Milan. "Cela fait toujours plaisir quand tu sais que de grandes équipes pensent à toi. Cela veut dire que j'ai réussi à me faire remarquer en réalisant de belles choses. C'est flatteur, mais il n'y a rien de concret avec Lille. J'ai un contrat jusqu'en 2024 avec le Racing, et je suis déjà concentré sur la première journée contre Angers, qu'il faut bien préparer.", expliquait Matz Sels lors qu'il avait dû commenter les rumeurs.Il faut dire qu'en plus de la durée de son contrat, le quatrième gardien des Diables rouges touche un salaire agréable en Alsace. Il est le deuxième joueur le mieux payé du Racing puisqu'il touche 100.000 euros mensuels brut tout comme Ludovic Ajorque, Adrien Thomasson, Habib Diallo. Seul Kevin Gameiro perçoit des émoluments supérieurs (120.000 euros). Formé au RCSA, l'ancien joueur du PSG est revenu au bercail l'été dernier après huit années en Liga ponctuées de 118 buts sous les couleurs du FC Séville, de l'Atlético Madrid et de Valence. De quoi lui offrir logiquement un salaire plus important malgré ses 34 ans. Matz Sels n'a pas non plus débarqué à la Meinau pour des clopinettes. Lors de sa venue en provenance de Newcastle, il était devenue la deuxième recrue la plus onéreuse (4 millions d'euros) de l'histoire de Strasbourg derrière un autre gardien, la légende paraguayenne José Luis Chilavert. Il a depuis lors été dépassé dans ce classement par Alexander Djiku (4,5 millions en 2019-20) et surtout par Habib Diallo qui a pulvérisé tous les records avec un montant de transfert de 10 millions la saison dernière. Cependant, la dynamique comptable des Alsaciens est moins bonne ces dernières semaines puisqu'ils n'ont remporté qu'un seul de leur cinq derniers duels. Mais ils ne sont pas inclinés dans les autres. Strasbourg, c'est avant tout une défense de fer, même si elle n'est pourtant que la huitième meilleure de l'élite française. C'est surtout au niveau des clean-sheets que le portier de Strasbourg se distingue. Seul le Niçois Walter Benitez a réussi à préserver ses filets plus souvent que lui (12). Matz Sels a gardé le zéro à 10 reprises, tout comme Pau Lopez (Marseille) et Pedrag Rajkovic (Stade Reims). Le gardien espagnol de la cité phocéenne fait cependant un peu mieux puisqu'il a atteint ce score en moins de présences. En 2022, Sels a cependant augmenté sa cadence de clean-sheets puisqu'il a gardé cinq fois ses filets vierges lors des sept derniers matches. Il n'a aussi encaissé que 4 buts en 9 rencontres. Cette année, seul le Monégasque Alexander Nübel fait mieux que Sels avec six clean-sheets. Mais paradoxalement, dans leur confrontation directe qui a eu lieu le 13 mars dernier, c'est bien le Belge qui a préservé ses filets inviolés. Strasbourg l'avait emporté 1-0 à la Meinau contre la bande de Philippe Clément.Pas le plus efficace au niveau des arrêtsPenchons-nous maintenant plus en détail sur les statistiques de celui qui défendait les perches de La Gantoise lorsqu'elle remporta son premier titre de champion. Si l'on regarde le nombre d'arrêts effectués, Sels n'est pas celui qui doit en effectuer le plus par match. Il n'apparaît qu'à la 18e place de la Ligue 1 (en tenant compte de tous les gardiens ayant joué au moins 10 matches) avec 2,1 arrêts par match, soit pratiquement la moitié de ceux que doit réaliser le Suisse Jonas Omlin de Montpellier (4). Les données calculant les buts prévus post-tirs moins les buts encaissés donnent un indice qui, s'il est positif, indique une chance ou une capacité supérieure à arrêter les tirs. A ce petit jeu, Sels n'occupe que la 14e place de la Ligue 1 avec un score négatif (-0,05). Il se trouve derrière des garçons comme Benitez (0,31), Nübel et Donnaruma (0,20), Lopez (0,14) et Lafont (0,05), tous avec un indice positif.Malgré ses clean-sheets, Matz Sels ne semble pas se distinguer particulièrement de ses rivaux par ses capacités défensives. Sa défense joue aussi un rôle important dans cette capacité stransbourgeoise à garder le zéro derrière. Du coup, le trentenaire, qui était connu pour la qualité de son jeu au pied, apporterait-il surtout à son équipe au niveau de la relance. C'est en tout cas l'avis de Julien Stéphan. "Matz est notre premier relanceur", analyse le coach du Racing quand on lui demande l'importance et le rôle de son gardien . "C'est un joueur supplémentaire, je dis bien un joueur. Il doit être capable de lire si la sortie courte est possible, si la sortie mi-longue est la meilleure solution ou si la sortie longue doit être privilégiée. Il doit lire ça par rapport à notre position et la stratégie de l'adversaire : est-ce qu'on a une supériorité numérique ou pas ? Si on ne l'a pas alors il faut aller attaquer l'espace profond. Si on l'a, alors il faut relancer court et créer les conditions du déséquilibre, c'est sa première mission lorsqu'on a le ballon.", poursuit l'ancien technicien de Rennes.Une philosophie de jeu qui se ressent très fort pendant les matches. On l'a d'ailleurs vu de manière frappante contre Lyon à l'occasion de la cinquième journée de Ligue 1. Lors d'une première mi-temps où les Gones ont pressé très haut leur adversaire, on a vu le portier strasbourgeois chercher à relancer long. Lorsque lors du second acte, le bloc adverse a joué beaucoup moins haut, Sels s'est directement adapté en relançant beaucoup plus court à partir de ce changement de physionomue. "Matz, il est meilleur qu'Anthony Lopes, le gardien de Lyon ! Il est décisif tout le temps et très rassurant pour ses défenseurs.", estimait d'ailleurs son coéquipier Abdallah Ndour."Un nouveau coach, c'est une nouvelle philosophie. Julien Stéphan demande autre chose que Thierry Laurey.", explique de son côté le gardien belge pour décrire les nouvelles tâches qui lui incombent. "Il veut que je soutienne l'équipe, que je joue haut. Si ça vient dans le dos, je dois intervenir. Et on doit combiner plus, partir de derrière avec le ballon."Le Racing strasbourgeois essaie en tout cas de relancer proprement en partant de sa défense comme en atteste la longueur moyenne des relances de son gardien. Matz Sels n'atteint que 44 mètres, bien loin des 60 du duo de Metz Marc-Aurèle Caillard et Alexandre Oukidja. Une illustration évidente du projet de jeu que l'on sait plus dans la verticalité dans le chef de Fréderic Antonetti, le T1 des Lorrains."Techniquement, dans les sorties de balle, il est très important, avec ce que demande le coach. Il apporte beaucoup de sérénité, c'est un leader.", estime Adrien Thomasson, l'un des partenaires de Sels à Strasbourg.Malgré ces mots, le Belge n'est pas celui qui tente le plus de passes en un match (19,1 en moyenne). Dans ce domaine aussi, il se trouve loin derrière le Marseillais Pau Lopez, leader incontesté avec 40,4 passes tentées en moyenne par duel. D'autres gardiens d'équipes importantes comme Nübel et Donnarumma affichent des chiffres de 23.1 et 21.9. Même si les chiffres ne confirment pas toujours l'importance de Matz Sels dans son équipe, L'Equipe semble apprécier la qualité de ses prestations. A la fin de l'année écoulée, il occupait même la troisième place du classement des moyennes attribuées par les journalistes du quotidien sportif. Avec un 5.72, il était devancé par Anthony Lopes de l'OL (6.06) et Alban Lafont de Nantes (5.95). Il devançait cependant Ivo Grbic de Lille (5,71) et Gauthier Gallon de Troyes (5.58).Peut-il dès lors envisager bousculer l'ordre établi derrière Thibaut Courtois avec la Coupe du monde qui se profile ? Il est difficile de le penser car l'on sait Roberto Martinez parfois très conservateur. Mignolet et Casteels ne l'ont jamais vraiment déçu en sélection nationale et l'Espagnol n'est pas du genre à laisser tomber un élément qui éprouverait quelques difficultés en club. Malgré un profil qui correspond parfaitement aux demandes de Martinez pour un dernier rempart, Sels devra impressionner tout le monde à l'occasion des deux prochains amicaux où il recevra sa chance vu les absences de ses concurrents."J'étais à l'Euro, mon objectif c'est la Coupe du monde l'an prochain, et pour ça je dois continuer à travailler, pour être encore meilleur.", expliquait Matz Sels lors d'une interview accordée aux médias français en décembre dernier après un match contre Nice où il avait particulièrement brillé.