Une anecdote révèle parfaitement le caractère de Marco Kana, prénommé ainsi en hommage à son grand-père, Marc. Nous sommes fin septembre et après plusieurs semaines de rééducation suite à une blessure musculaire, Kana est enfin déclaré bon pour le service. Au lendemain de Club Bruges - Anderlecht en U18, il rencontre Stéphane Stassin, son entraîneur, à Neerpede.

" La première chose que Marco m'a demandée, c'est pourquoi je ne l'avais pas repris pour le match à Bruges ", se souvient Stassin. " Il était déjà une valeur sûre du noyau A mais il était prêt à jouer en U18. Parce qu'il aime jouer et s'identifie totalement à Anderlecht. "

Kana fréquente Neerpede depuis toujours. De ce point de vue, il est le successeur naturel de Youri Tielemans et Vincent Kompany, des gamins qui, en équipes d'âge, n'ont joué qu'à Anderlecht. Lui, c'est au Maccabi Brussels et au FC Forest qu'il a effectué ses premiers dribbles, à l'âge de quatre ans.

Tandis que son père, Guéry, entraînait ces deux équipes dans le cadre de ses cours d'entraîneur UEFA B, le petit Marco jouait avec un ballon le long de la ligne de touche. Il ne cessait de répéter à son père qu'il voulait jouer dans un " vrai " club. À l'âge de six ans, il obtient gain de cause : il passe un test à Anderlecht. En voyant ce garçon robuste pas stressé pour un sou, les entraîneurs ont ouvert de grands yeux.

" Marco était si costaud qu'on me demandait s'il avait réellement cinq ans et demi ", rigole Guéry. " À l'âge de deux ans, déjà, il portait des vêtements de garçon de cinq ans. C'est de famille. J'étais comme ça aussi et un de ses frères a la même morphologie. C'est à la puberté que ça a changé. "

Sobre et efficace

En équipes d'âge, Kana ne sortait pas nécessairement du lot. Il n'avait pas le dribble d'un Jérémy Doku, l'endurance d'un Remco Evenepoel ou le sens du but d'un Romelu Lukaku. Bref, c'était un joueur ordinaire. Et c'est toujours le cas.

" Les joueurs offensifs doivent être un peu fous ", dit Stassin. " Mais ce qu'on demande à Kana, c'est de récupérer le ballon et de le donner proprement. Il ne prend pas le risque de le perdre. C'est un joueur sobre et efficace. "

Kana personnalise le footballeur anderlechtois. Sa technique et son intelligence de jeu trahissent le fait qu'il a été formé à Anderlecht depuis son plus jeune âge. " Nous apprenons à nos joueurs à ne pas paniquer en possession de balle et à toujours tenter de construire, de chercher l'homme libre et de ne pas dégager aveuglément dans l'espoir qu'un équipier remporte le duel ", dit Mohamed Ouahbi, qui a entraîné Kana en U17. " Marco est le prototype du joueur que nous formons. "

Les entraîneurs qui ont travaillé avec le Bruxellois manquent de superlatifs pour décrire leur poulain. Stassin n'a même pas été surpris de voir Kana inscrire son premier but en D1A de la tête face à Saint-Trond. " En équipes d'âge, déjà, il était toujours dangereux sur corner. Je ne dirais pas qu'il a une bonne détente. Pas du tout même. Il se place bien et sait parfaitement où le ballon va arriver. Regardez son but : il attaque le ballon, il fait deux pas en retrait parce qu'il voit que le ballon va passer au-dessus de sa tête et saute plus haut que son défenseur. Il sait où il doit se trouver. Et à quel moment. C'est un don. "

Officier de liaison

À l'origine, Kana est un médian défensif. À cette place, il a appris à jouer vite, à être mis sous pression et à orienter le jeu. De plus, dans l'axe central, son manque d'explosivité sur les premiers mètres ne se voyait pas trop. Ouahbi a fait de lui son officier de liaison. C'était à lui de faire remonter le bloc, d'assurer la reconversion et de dire lorsqu'il fallait presser.

Avec sa personnalité, il a vite pris de la place dans le vestiaire et ce n'est pas par hasard qu'il a toujours été capitaine en équipes d'age. La seule crainte, à Neerpede, concernait son évolution sur le plan physique. " Juger un joueur sur sa taille, c'est typiquement belge ", dit Ouahbi.

" Je sais que les gens disent que Kana ne réussira pas en tant que défenseur car il est trop petit. Mais combien mesure Marquinhos, du PSG ? Pas beaucoup plus qu'un mètre quatre-vingt ! Je vois les choses différemment : Marco doit avoir des caractéristiques particulières pour compenser ses lacunes. Les consultants se demandent si les jeunes alignés actuellement sont vraiment prêts à être titulaires.

Il ne faut pas oublier qu'un garçon comme Kana est encore en pleine phase de post-formation. La saison dernière, il jouait en U18 et soudain, il doit s'habituer au rythme de l'élite. Il est donc normal qu'il ne prenne pas toujours les bonnes décisions mais sa marge de progression est énorme et personne ne peut dire où il s'arrêtera."

Kana a endossé tellement de responsabilités sur le terrain et en dehors au cours des dernières années que personne ne peut imaginer à quel point il est réservé. Il cache ses émotions derrière un visage d'ange. Même le fait que Kompany l'ait appelé dans le noyau A ne semble pas l'avoir déstabilisé.

Parfait polyglotte

" Pour lui, c'était juste une étape dans sa carrière, pas un objectif en soi ", dit son père. " C'est pour ça qu'il n'en a pas fait tout un plat. Dans ces moments-là, il préfère ne pas parler. Parfois, je dois vraiment lui tirer les vers du nez pour savoir comment ça s'est passé à l'entraînement. "

Kana ne craint pas de prendre la parole devant le groupe, comme il l'a fait l'an dernier à l'EURO U17, lorsque Roberto Martinez s'est adressé aux joueurs en anglais. C'est lui qui a traduit le discours du sélectionneur fédéral, en néerlandais et en français. Comme s'il avait fait cela toute sa vie.

À Neerpede, on est convaincu que si Kana a réussi, ce n'est pas seulement grâce à ses pieds. Les joueurs qui percent à Anderlecht on généralement un profil similaire au sien. Ce sont des gens qui vivent sainement et peuvent compter sur un entourage stable. " Je connais à peine le père de Marco, c'est toujours bon signe ", dit Stassin. " Il assistait aux matches mais il se montrait très discret. Je ne crois pas qu'il serait venu me trouver si j'avais mis Marco sur le banc. Il aurait plutôt dit à son fils qu'il ne méritait pas de jouer. "

Papa Kana n'est sorti qu'une fois de son rôle. " J'ai vu 90 % des matches de Marco mais il y en a un que je n'oublierai jamais. C'était en U9, face à la RUSA Schaerbeek. Anderlecht avait perdu et, après le match, Marco pleurait. Quelqu'un lui a demandé pourquoi et il a répondu : Parce que mon papa a l'air fâché. Ça m'a tellement fait mal que, depuis, quand je vais le voir jouer, j'essaye de me contenir. "

English blues

La rapide ascension de Marco Kana a pris un coup dans l'aile lorsque, début 2017, il est apparu qu'en raison de problèmes administratifs, il ne pouvait pas porter le maillot de l'équipe nationale belge. Il avait été présélectionné pour deux matches amicaux des U15 face à l'Angleterre mais à quelques jours du départ, le team manager a constaté qu'il était né au Congo et ne possédait pas de passeport belge.

" Ce fut un moment très dur pour Marco ", dit Guéry Kana, son papa, venu en Belgique pour poursuivre ses études supérieures et qui a fait venir Marco à Bruxelles après deux ans chez nous. " Il était très ennuyé. Surtout lorsque ses amis sont revenus d'Angleterre et lui ont raconté comment ça s'était passé en équipe nationale. Il voulait vivre ça. "

En principe, Kana aurait dû attendre son 18e anniversaire pour obtenir automatiquement la nationalité belge mais avec l'aide d'Anderlecht, la procédure a été accélérée. À Neerpede, on savait parfaitement que sans cela, il n'aurait pas pu signer un contrat pro à l'âge de 16 ans puisqu'il n'était pas ressortissant de l'Union européenne.

Plus d'un an plus tard, Kana était officiellement belge. Le 16 mars 2018, il effectuait ses débuts sous le maillot national, en U16 face à l'Islande. Et après une demi-heure, il inscrivait même le deuxième but.

Kana personnalise le joueur anderlechtois. Sa technique et son intelligence de jeu trahissent qu'il a été formé au Sporting depuis son plus jeune âge., BELGAIMAGE
Kana personnalise le joueur anderlechtois. Sa technique et son intelligence de jeu trahissent qu'il a été formé au Sporting depuis son plus jeune âge. © BELGAIMAGE
Une anecdote révèle parfaitement le caractère de Marco Kana, prénommé ainsi en hommage à son grand-père, Marc. Nous sommes fin septembre et après plusieurs semaines de rééducation suite à une blessure musculaire, Kana est enfin déclaré bon pour le service. Au lendemain de Club Bruges - Anderlecht en U18, il rencontre Stéphane Stassin, son entraîneur, à Neerpede. " La première chose que Marco m'a demandée, c'est pourquoi je ne l'avais pas repris pour le match à Bruges ", se souvient Stassin. " Il était déjà une valeur sûre du noyau A mais il était prêt à jouer en U18. Parce qu'il aime jouer et s'identifie totalement à Anderlecht. " Kana fréquente Neerpede depuis toujours. De ce point de vue, il est le successeur naturel de Youri Tielemans et Vincent Kompany, des gamins qui, en équipes d'âge, n'ont joué qu'à Anderlecht. Lui, c'est au Maccabi Brussels et au FC Forest qu'il a effectué ses premiers dribbles, à l'âge de quatre ans. Tandis que son père, Guéry, entraînait ces deux équipes dans le cadre de ses cours d'entraîneur UEFA B, le petit Marco jouait avec un ballon le long de la ligne de touche. Il ne cessait de répéter à son père qu'il voulait jouer dans un " vrai " club. À l'âge de six ans, il obtient gain de cause : il passe un test à Anderlecht. En voyant ce garçon robuste pas stressé pour un sou, les entraîneurs ont ouvert de grands yeux. " Marco était si costaud qu'on me demandait s'il avait réellement cinq ans et demi ", rigole Guéry. " À l'âge de deux ans, déjà, il portait des vêtements de garçon de cinq ans. C'est de famille. J'étais comme ça aussi et un de ses frères a la même morphologie. C'est à la puberté que ça a changé. " En équipes d'âge, Kana ne sortait pas nécessairement du lot. Il n'avait pas le dribble d'un Jérémy Doku, l'endurance d'un Remco Evenepoel ou le sens du but d'un Romelu Lukaku. Bref, c'était un joueur ordinaire. Et c'est toujours le cas. " Les joueurs offensifs doivent être un peu fous ", dit Stassin. " Mais ce qu'on demande à Kana, c'est de récupérer le ballon et de le donner proprement. Il ne prend pas le risque de le perdre. C'est un joueur sobre et efficace. " Kana personnalise le footballeur anderlechtois. Sa technique et son intelligence de jeu trahissent le fait qu'il a été formé à Anderlecht depuis son plus jeune âge. " Nous apprenons à nos joueurs à ne pas paniquer en possession de balle et à toujours tenter de construire, de chercher l'homme libre et de ne pas dégager aveuglément dans l'espoir qu'un équipier remporte le duel ", dit Mohamed Ouahbi, qui a entraîné Kana en U17. " Marco est le prototype du joueur que nous formons. " Les entraîneurs qui ont travaillé avec le Bruxellois manquent de superlatifs pour décrire leur poulain. Stassin n'a même pas été surpris de voir Kana inscrire son premier but en D1A de la tête face à Saint-Trond. " En équipes d'âge, déjà, il était toujours dangereux sur corner. Je ne dirais pas qu'il a une bonne détente. Pas du tout même. Il se place bien et sait parfaitement où le ballon va arriver. Regardez son but : il attaque le ballon, il fait deux pas en retrait parce qu'il voit que le ballon va passer au-dessus de sa tête et saute plus haut que son défenseur. Il sait où il doit se trouver. Et à quel moment. C'est un don. " À l'origine, Kana est un médian défensif. À cette place, il a appris à jouer vite, à être mis sous pression et à orienter le jeu. De plus, dans l'axe central, son manque d'explosivité sur les premiers mètres ne se voyait pas trop. Ouahbi a fait de lui son officier de liaison. C'était à lui de faire remonter le bloc, d'assurer la reconversion et de dire lorsqu'il fallait presser. Avec sa personnalité, il a vite pris de la place dans le vestiaire et ce n'est pas par hasard qu'il a toujours été capitaine en équipes d'age. La seule crainte, à Neerpede, concernait son évolution sur le plan physique. " Juger un joueur sur sa taille, c'est typiquement belge ", dit Ouahbi. " Je sais que les gens disent que Kana ne réussira pas en tant que défenseur car il est trop petit. Mais combien mesure Marquinhos, du PSG ? Pas beaucoup plus qu'un mètre quatre-vingt ! Je vois les choses différemment : Marco doit avoir des caractéristiques particulières pour compenser ses lacunes. Les consultants se demandent si les jeunes alignés actuellement sont vraiment prêts à être titulaires. Il ne faut pas oublier qu'un garçon comme Kana est encore en pleine phase de post-formation. La saison dernière, il jouait en U18 et soudain, il doit s'habituer au rythme de l'élite. Il est donc normal qu'il ne prenne pas toujours les bonnes décisions mais sa marge de progression est énorme et personne ne peut dire où il s'arrêtera." Kana a endossé tellement de responsabilités sur le terrain et en dehors au cours des dernières années que personne ne peut imaginer à quel point il est réservé. Il cache ses émotions derrière un visage d'ange. Même le fait que Kompany l'ait appelé dans le noyau A ne semble pas l'avoir déstabilisé. " Pour lui, c'était juste une étape dans sa carrière, pas un objectif en soi ", dit son père. " C'est pour ça qu'il n'en a pas fait tout un plat. Dans ces moments-là, il préfère ne pas parler. Parfois, je dois vraiment lui tirer les vers du nez pour savoir comment ça s'est passé à l'entraînement. " Kana ne craint pas de prendre la parole devant le groupe, comme il l'a fait l'an dernier à l'EURO U17, lorsque Roberto Martinez s'est adressé aux joueurs en anglais. C'est lui qui a traduit le discours du sélectionneur fédéral, en néerlandais et en français. Comme s'il avait fait cela toute sa vie. À Neerpede, on est convaincu que si Kana a réussi, ce n'est pas seulement grâce à ses pieds. Les joueurs qui percent à Anderlecht on généralement un profil similaire au sien. Ce sont des gens qui vivent sainement et peuvent compter sur un entourage stable. " Je connais à peine le père de Marco, c'est toujours bon signe ", dit Stassin. " Il assistait aux matches mais il se montrait très discret. Je ne crois pas qu'il serait venu me trouver si j'avais mis Marco sur le banc. Il aurait plutôt dit à son fils qu'il ne méritait pas de jouer. " Papa Kana n'est sorti qu'une fois de son rôle. " J'ai vu 90 % des matches de Marco mais il y en a un que je n'oublierai jamais. C'était en U9, face à la RUSA Schaerbeek. Anderlecht avait perdu et, après le match, Marco pleurait. Quelqu'un lui a demandé pourquoi et il a répondu : Parce que mon papa a l'air fâché. Ça m'a tellement fait mal que, depuis, quand je vais le voir jouer, j'essaye de me contenir. "