Ça devait être un topper. Pour Anderlecht, c'est un flopper. Si, un jour, Roger Vanden Stock consigne ses mémoires, il risque d'avouer que ce dimanche de mai 2015 a été un des jours les plus compliqués de sa vie de dirigeant. Et pour Herman Van Holsbeeck idem.
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Ça devait être un topper. Pour Anderlecht, c'est un flopper. Si, un jour, Roger Vanden Stock consigne ses mémoires, il risque d'avouer que ce dimanche de mai 2015 a été un des jours les plus compliqués de sa vie de dirigeant. Et pour Herman Van Holsbeeck idem. Comme si une misère (un championnat poussif, un jeu indigne) ne suffisait pas... Avant ce match à Bruges, en huitième journée des play-offs, Marc Wilmots a annoncé son groupe (23 élus d'office et 7 réservistes) pour l'EURO. Pas un seul Mauve dans la bande ! Et ça, c'est historique. La dernière fois qu'Anderlecht n'a pas eu un Diable dans un tournoi, ça remonte à 1938 ! Tout un symbole de la période difficile que vit le club. Il réagit dans la presse : " On trouve ça très dommage mais c'est le coach fédéral qui décide. Avec Romelu Lukaku dans la sélection, il y a quand même un peu du Sporting d'Anderlecht. Et nous sommes persuadés que les Diables Rouges du futur sont dans notre club. Des garçons comme Dennis Praet, Leander Dendoncker et Youri Tielemans seront présents dans les prochains tournois. " Oui mais voilà, justement, ces noms-là terminent une saison pendant laquelle ils ont eu la tête plus souvent sous l'eau que dans les étoiles. Comme tous leurs coéquipiers, ou presque. Comme BesnikHasi, un entraîneur sans boussole. En fin de phase régulière, Anderlecht était troisième, à neuf points de Bruges avant la division. Ce match est programmé le jour de la Pentecôte. Anderlecht, deuxième, n'est entre-temps plus qu'à trois points du Club. Mais personne ne croit aux chances mauves. Personne ! Si Bruges gagne, le titre sera dans la poche. Onze ans, jour pour jour, après son dernier sacre.Preuve que les gens du Club se voient champions à coup sûr, ils dévoilent le dispositif mis en place pour fêter le grand jour. Balade des joueurs à vélo dans les rues de la ville (au lieu d'une promenade en bateau sur les canaux), un clin d'oeil à l'organisation du Tour des Flandres qui voudrait délocaliser le départ de la course vers Anvers. Écran géant. Accueil des joueurs à l'hôtel de ville. Concerts. Avec juste cette petite réserve, dans la bouche du bourgmestre, Renaat Landuyt : " Le programme peut facilement être décalé d'une semaine. Après tout, on attend ce titre depuis onze ans, alors patienter une semaine de plus, ça n'a pas vraiment d'importance. " Le Club de Michel Preud'homme est d'abord un collectif. Illustration : à la fin de cette saison-là, il n'a pas un joueur sur le podium des meilleurs buteurs et des meilleurs donneurs d'assists. Le meilleur puncheur de Bruges sera Abdoulay Diaby, seulement quatrième. Qu'importe, la Belgique entière voit Bruges favori de ce topper malgré les trois victoires mauves dans les trois matches précédents. Et après tout, les Flandriens restent sur un bilan de 51 points sur 54 dans leur stade. En préface, Hasi s'est confié : " Ce serait une douleur supplémentaire pour Anderlecht si Bruges était sacré champion à la fin d'un match contre nous. Il faudra qu'ils me passent sur le corps. " Message reçu : les Brugeois marchent sur les Mauves pendant tout ce match. Diaby réussit sa prestation la plus aboutie depuis son arrivée. Un premier but pendant que le public applaudit pour la traditionnelle minute réservée à François Sterchele. Puis rapidement un deuxième. Hans Vanaken et Timmy Simons alourdissent la note en deuxième mi-temps : 4-0, c'est la fête. Le plus frappant dans ce titre brugeois et cet échec anderlechtois, c'est la manière dont le Sporting se fait démolir au cours des jours qui suivent. On assiste à un vrai matraquage médiatique. Déjà, le retour du car à Neerpede se passe mal. Quelques supporters excités sont là. Hasi réussit à leur échapper. Pas Stéphane Badji qui, en plus d'insultes racistes, prend ceci à la face : " Vous n'en avez rien à foutre de ce club. On se saigne pour suivre les matches et on ne reçoit rien en retour. " ImohEzekiel, snobé par le coach depuis plusieurs mois, en prend aussi pour son grade : " Retourne à Liège, sale Standardman. " Dans la presse, donc, c'est l'assassinat d'une institution, des constats sans concession, des mots très durs, des images chocs, aussi bien en Flandre qu'en Wallonie. Alors que Preud'homme est encensé pour avoir préparé son groupe en vue des play-offs (en faisant tourner pendant la phase classique et en snobant l'Europa League), Hasi se fait démonter. On lit qu'il n'a " jamais été l'homme de la situation ". Et aussi : " Combien d'Anderlechtois ont progressé cette saison ? Aucun ou presque. " Puis : " Anderlecht a joué à Bruges comme il l'a trop souvent fait cette saison, de façon indigne pour un club de son standing (...) Il a joué comme une équipe slovène qui se déplace à Manchester United. Battue d'avance. " Pour la direction, les mots sont encore plus durs. Les médias évoquent " un manque de vision à long terme ", " les limites de Herman Van Holsbeeck ", un club qui est " comme un navire privé de gouvernail ". En conclusion : " Anderlecht a perdu la main. Certes, la façade, le prestige, les ors sont toujours présents mais le club a tendance à courir derrière les faits plutôt qu'à les provoquer. Cette saison, son rapport qualité/prix a frisé la correctionnelle. " Un journal flamand adresse une lettre ouverte à Alexandre Van Damme : " Monsieur Van Damme, vous êtes un homme sans visage et sans voix mais j'imagine que vous êtes un homme qui prend ses responsabilités. Si des gens aussi respectés que Marc Degryse, Paul Van Himst, Jan Mulder et GilleVan Binst sont aussi durs vis-à-vis de l'Anderlecht actuel, ça veut quand même dire qu'il y a un problème dans le club où on dit que vous avez une grande influence - puisque vous êtes le financier. " On finit avec des extraits piquants de ce constat dressé par Hugo Camps dans Het Laatste Nieuws : " Les joueurs transférés en janvier semblent plutôt avoir le niveau du White Star Bruxelles. Reste à voir si Alexander Büttner aurait sa place dans le groupe là-bas (...) Stefano Denswil et Ruud Vormer ont donné des ailes à Bruges. Anderlecht avait autrefois l'art de dénicher du talent aux Pays-Bas. Aujourd'hui, soit les caisses sont vides, soit ses scouts préfèrent passer leur temps au Club Med. En tout cas, on ne les voit plus aux Pays-Bas. "