L'ultime journée de Pro League pointe le bout de son nez et les premiers bilans suivent ses pas. Le mien est assez évident: cette année, j'ai appris et surtout, je me suis rappelé comme il était agréable d'apprendre. Je suis fils unique, mais j'ai grandi avec un grand frère qu'on appellera "football français". Il était tout le temps là avec moi, on partageait la même chambre, la même télévision, le même salon. De lui, je ne sais pas tout, mais presque. Ses stades que j'ai fréquentés, ses anciens joueurs dont j'ai collé le visage de travers dans mes albums Panini, ou encore l'identité de ses clubs, dont je pourrais dresser un portrait aussi fidèle que celui d'un ami proche. Quand un gamin amoureux du foot grandit, il oublie. Il oublie que d'autres footballs existent et que la Ligue des Champions, la Ligue Europa, les EUROS et Coupes du monde ne sont que de magnifiques échantillons qui aident à fleurer l'odeur d'innombrables championnats nationaux....

L'ultime journée de Pro League pointe le bout de son nez et les premiers bilans suivent ses pas. Le mien est assez évident: cette année, j'ai appris et surtout, je me suis rappelé comme il était agréable d'apprendre. Je suis fils unique, mais j'ai grandi avec un grand frère qu'on appellera "football français". Il était tout le temps là avec moi, on partageait la même chambre, la même télévision, le même salon. De lui, je ne sais pas tout, mais presque. Ses stades que j'ai fréquentés, ses anciens joueurs dont j'ai collé le visage de travers dans mes albums Panini, ou encore l'identité de ses clubs, dont je pourrais dresser un portrait aussi fidèle que celui d'un ami proche. Quand un gamin amoureux du foot grandit, il oublie. Il oublie que d'autres footballs existent et que la Ligue des Champions, la Ligue Europa, les EUROS et Coupes du monde ne sont que de magnifiques échantillons qui aident à fleurer l'odeur d'innombrables championnats nationaux. Cela fait 29 ans que j'habite Paris, je n'en suis jamais parti. Cette année, en arrivant chez Eleven, je me suis lancé un sacré défi: arriver à appréhender un championnat que je ne voyais que de loin, grâce aux fameux échantillons. De cela a découlé cette impression d'apprendre. De découvrir des joueurs, des coaches, des couleurs, des maillots. De ce rite de passage, j'espère garder le rapport que j'entretiens aux clubs belges. Un mélange de respect pour le passé, que je n'ai pas vécu, et de naïveté pour le présent, que je découvre jour après jour. Des morceaux que j'étais censé connaître, Anderlecht était l'un des plus gros, mais aussi l'un des plus énigmatiques. Ce dimanche, j'ai encore appris. J'ai rencontré les Mauves. Vu de France, Anderlecht fait partie de ces clubs belges que l'on connaît. Enfant, je comprenais que c'était le club qui gagnait tout le temps et qu'en bonus, on avait le droit de regarder des dribbles de Christian Wilhelmsson pourvu qu'on ait déjà une connexion internet. À la vingtaine, je comprenais que c'était le club qui gagnait souvent et qui avait formé un phénomène nommé Romelu Lukaku. Puis à l'aube de ma trentaine, alors que ma rencontre avec les Mauves allait devenir réelle, je ne comprenais plus rien. On a essayé de m'expliquer, j'ai décidé d'observer. Depuis la première journée, j'ai voulu considérer Anderlecht comme quelqu'un dont on vous a beaucoup parlé, mais que vous voyez pour la première fois: avec respect, sans jugement, mais sans attente particulière. De fait, je n'ai jamais eu les attentes que les Belges ont logiquement de l'un des piliers de leur football, et je n'ai jamais eu l'envie de monter dans les tours quand la situation sportive n'était pas celle escomptée. J'ai toujours préféré parler de ce que je vois et de ce que j'ai vécu, alors sans aucune volonté de faire un pied de nez à l'histoire, pour moi, les Mauves sont cette belle bande de jeunes. Et si quelques bons druides bruxellois ont bien voulu me conter la magnifique histoire d'Anderlecht, que je range soigneusement dans un coin de mon cerveau, à l'onglet "culture foot", j'avais envie de parler de la première équipe d'Anderlecht que je connais en tant que "travailleur belge". Ils s'appellent Sambi, Yari, Anouar ou Lukas. Ils sont entraînés par quelqu'un qui m'était familier en tant que joueur et que j'observe en tant que coach. Ils portent un maillot que l'on verrait parmi tant d'autres et ce week-end face à Bruges, j'ai l'impression qu'on a arrêté de faire connaissance. On se connaît. L'Anderlecht que je maîtrise est donc celui de l'exercice 2020-2021. C'est celui qui a battu Bruges ce week-end, l'Antwerp celui d'avant et qui, sauf si je me transforme en porte-malheur en l'espace de quelques jours, jouera les play-offs 1. L'Anderlecht que je connais ne sera pas champion. Mais l'Anderlecht que j'ai découvert aura été, sans aucun doute, l'une des équipes qu'il était nécessaire de suivre cette saison. Pour comprendre que dans le football belge comme partout dans le monde, le temps est nécessaire, même quand on est un grand club. L'Anderlecht que ces sympathiques anciens brusseleirs m'ont conté était omnipotent, élégant et reconnu. L'Anderlecht que je connais mange des pizzas dans les couloirs après les matches, enroule des frappes à l'entrée de la surface après un crochet et reçoit des conseils tactiques de sa maman qui aime bien les frappes de loin. Ces deux Anderlecht sont un seul et même club. Un club dont je respecte le brillant passé, tout en étant tout à fait heureux de le rencontrer seulement cette année. C'est toujours agréable d'être là quand on est l'impression d'être au début de quelque chose.