Luis Campos s'exprime en sept langues et bute rarement sur un mot. L'homme qui a le premier cru en Kylian Mbappé s'exprime aussi bien avec les mains, mais ne tremble jamais quand il prend des risques. Et il en prend quand même de temps en temps. Comme quand il mise 27 millions d'euros sur Jonathan David, par exemple.

Vous avez longtemps étudié le football belge avant de décider de vous y investir. Pourquoi était-ce le bon moment pour Lille de venir à Mouscron ?

Luis Campos: J'ai longtemps cassé la tête de Gérard Lopez pour faire quelque chose avec Mouscron. Pour moi, c'était important d'être implanté en Belgique. Si chaque pays a sa culture, parfois plusieurs cultures au sein d'un même pays, comme en Belgique, c'est pareil pour le football. La France et l'Espagne sont voisines, mais jouent un jeu complètement différent. En Belgique, au sein d'un même petit pays, beaucoup d'équipes ont des styles complètement différents. C'est un vivier très riche, très mélangé, qui n'est absolument pas fermé. Les pays qui sont réfractaires à une ouverture à d'autres cultures, d'autres footballs, ce sont eux qui vont souffrir dans les années à venir. Pour moi, la Belgique n'en fait pas partie. Si vous regardez la composition des staffs techniques aujourd'hui dans les plus grands clubs, ils sont de plus en plus éclatés. Un Allemand, un Anglais, un Espagnol, ce sont des mélanges, mais ça demande d'avoir une ouverture d'esprit très importante. La Belgique a cela.

Vous êtes devenu une référence mondiale à votre poste. Acheter un Victor Osimhen douze millions, le revendre près de quatre fois plus cher douze mois plus tard, ce sont des coups comme ceux-là qui font la qualité d'un directeur du recrutement ?

Campos : L'économique est connecté au sportif. Celui qui aujourd'hui dit le contraire est un menteur. Mais un bon recruteur, c'est quelqu'un avec une sensibilité spéciale. La sensibilité, tu l'as ou tu ne l'as pas. Si je vais voir un match avec mon frère, après une heure de jeu, il va pouvoir me dire quel est le meilleur joueur sur le terrain. Normalement, il aura raison, mais il ne pourra pas me dire quel est le profil dont moi j'ai besoin pour mon équipe. Chaque match a une charge tactique extraordinaire. Le travail physique, c'est plus facile, le travail technique, c'est la base, mais les nuances tactiques, c'est plus difficile à comprendre. Des très bons joueurs, il y en a beaucoup, mais ce qui fait la différence, c'est la compréhension du jeu. Si tu ne comprends pas le jeu, tu es perdu. Ma force, c'est que je fais l'effort tous les jours de regarder des footballs très différents et de comprendre le jeu. Parfois, on n'aime pas le jeu d'une équipe, mais il y a une explication. Cela demande une grande ouverture d'esprit de pouvoir trouver un grand talent dans ce contexte-là.

Jonathan David, le dernier pari de Luis Campos., PRESSE SPORTS (ALAIN MOUNIC)
Jonathan David, le dernier pari de Luis Campos. © PRESSE SPORTS (ALAIN MOUNIC)

L'année où vous recrutez Victor Osimhen à Charleroi, par exemple, l'équipe joue à dix derrière et avec le seul Osimhen devant. C'est plus difficile de repérer un talent dans un contexte comme celui-là ?

Campos : Une équipe qui joue avec un bloc bas, qui défend beaucoup, qui évolue principalement en contre-attaque, c'est difficile. Parce que tu ne vois pas le joueur dans sa plénitude. C'est dur en tant que scout d'aller voir ce genre de matches, ça demande un travail plus important, une sensibilité spéciale. Mais dans le cas de Victor, je l'avais déjà vu avant, au Nigeria. J'avais déjà essayé de le faire venir du temps où j'étais encore à Monaco, mais économiquement, c'était compliqué et risqué à l'époque comme transaction. J'ai continué de le suivre, comme je le fais avec beaucoup de talents, et je me suis posé les bonnes questions : ce joueur-là peut-il réussir dans un football très offensif en 4-4-2 à Lille ? Ce joueur-là est-il capable de faire ce que j'appelle "l'effet sandwich" ? Le joueur est alors capable de défendre devant lui, mais aussi dans son dos. C'est une exigence du modèle de jeu de Christophe Galtier. Dans les deux cas, la réponse a été positive.

Jonathan David, ce n'est pas le même profil, mais il a en plus cette qualité de ne pas disparaître quand son équipe n'a pas le ballon. Est-ce dire selon vous que son acclimatation se passera aussi bien que celle de Victor Osimhen ?

Campos : Ce sont deux styles complètement différents, avec des histoires de vie aux antipodes l'une de l'autre. On ne peut pas comparer. Victor est plus dans l'émotionnel, Jonathan est plus froid. L'agressivité défensive n'est pas la même, mais au final, les deux donnent des chiffres impressionnants devant le but. Reste qu'on ne peut pas demander aujourd'hui à Jonathan de faire le même travail défensif que ce que Victor faisait chez nous. Mais c'est pour ça qu'on est là. Pour créer un contexte propice à la progression.

Luis Campos s'exprime en sept langues et bute rarement sur un mot. L'homme qui a le premier cru en Kylian Mbappé s'exprime aussi bien avec les mains, mais ne tremble jamais quand il prend des risques. Et il en prend quand même de temps en temps. Comme quand il mise 27 millions d'euros sur Jonathan David, par exemple.Vous avez longtemps étudié le football belge avant de décider de vous y investir. Pourquoi était-ce le bon moment pour Lille de venir à Mouscron ?Luis Campos: J'ai longtemps cassé la tête de Gérard Lopez pour faire quelque chose avec Mouscron. Pour moi, c'était important d'être implanté en Belgique. Si chaque pays a sa culture, parfois plusieurs cultures au sein d'un même pays, comme en Belgique, c'est pareil pour le football. La France et l'Espagne sont voisines, mais jouent un jeu complètement différent. En Belgique, au sein d'un même petit pays, beaucoup d'équipes ont des styles complètement différents. C'est un vivier très riche, très mélangé, qui n'est absolument pas fermé. Les pays qui sont réfractaires à une ouverture à d'autres cultures, d'autres footballs, ce sont eux qui vont souffrir dans les années à venir. Pour moi, la Belgique n'en fait pas partie. Si vous regardez la composition des staffs techniques aujourd'hui dans les plus grands clubs, ils sont de plus en plus éclatés. Un Allemand, un Anglais, un Espagnol, ce sont des mélanges, mais ça demande d'avoir une ouverture d'esprit très importante. La Belgique a cela.Vous êtes devenu une référence mondiale à votre poste. Acheter un Victor Osimhen douze millions, le revendre près de quatre fois plus cher douze mois plus tard, ce sont des coups comme ceux-là qui font la qualité d'un directeur du recrutement ?Campos : L'économique est connecté au sportif. Celui qui aujourd'hui dit le contraire est un menteur. Mais un bon recruteur, c'est quelqu'un avec une sensibilité spéciale. La sensibilité, tu l'as ou tu ne l'as pas. Si je vais voir un match avec mon frère, après une heure de jeu, il va pouvoir me dire quel est le meilleur joueur sur le terrain. Normalement, il aura raison, mais il ne pourra pas me dire quel est le profil dont moi j'ai besoin pour mon équipe. Chaque match a une charge tactique extraordinaire. Le travail physique, c'est plus facile, le travail technique, c'est la base, mais les nuances tactiques, c'est plus difficile à comprendre. Des très bons joueurs, il y en a beaucoup, mais ce qui fait la différence, c'est la compréhension du jeu. Si tu ne comprends pas le jeu, tu es perdu. Ma force, c'est que je fais l'effort tous les jours de regarder des footballs très différents et de comprendre le jeu. Parfois, on n'aime pas le jeu d'une équipe, mais il y a une explication. Cela demande une grande ouverture d'esprit de pouvoir trouver un grand talent dans ce contexte-là.L'année où vous recrutez Victor Osimhen à Charleroi, par exemple, l'équipe joue à dix derrière et avec le seul Osimhen devant. C'est plus difficile de repérer un talent dans un contexte comme celui-là ?Campos : Une équipe qui joue avec un bloc bas, qui défend beaucoup, qui évolue principalement en contre-attaque, c'est difficile. Parce que tu ne vois pas le joueur dans sa plénitude. C'est dur en tant que scout d'aller voir ce genre de matches, ça demande un travail plus important, une sensibilité spéciale. Mais dans le cas de Victor, je l'avais déjà vu avant, au Nigeria. J'avais déjà essayé de le faire venir du temps où j'étais encore à Monaco, mais économiquement, c'était compliqué et risqué à l'époque comme transaction. J'ai continué de le suivre, comme je le fais avec beaucoup de talents, et je me suis posé les bonnes questions : ce joueur-là peut-il réussir dans un football très offensif en 4-4-2 à Lille ? Ce joueur-là est-il capable de faire ce que j'appelle "l'effet sandwich" ? Le joueur est alors capable de défendre devant lui, mais aussi dans son dos. C'est une exigence du modèle de jeu de Christophe Galtier. Dans les deux cas, la réponse a été positive.Jonathan David, ce n'est pas le même profil, mais il a en plus cette qualité de ne pas disparaître quand son équipe n'a pas le ballon. Est-ce dire selon vous que son acclimatation se passera aussi bien que celle de Victor Osimhen ?Campos : Ce sont deux styles complètement différents, avec des histoires de vie aux antipodes l'une de l'autre. On ne peut pas comparer. Victor est plus dans l'émotionnel, Jonathan est plus froid. L'agressivité défensive n'est pas la même, mais au final, les deux donnent des chiffres impressionnants devant le but. Reste qu'on ne peut pas demander aujourd'hui à Jonathan de faire le même travail défensif que ce que Victor faisait chez nous. Mais c'est pour ça qu'on est là. Pour créer un contexte propice à la progression.