Dans les dernières heures du mercato estival, Silvio Proto adresse le message suivant à Luc Devroe. " Je veux absolument aller à l'Olympiacos et je vais tout faire pour y aller ! Il est hors de question que je reste à Ostende vu que le club me bloque pour partir. Je trouve que c'est un manque de respect. " Réponse sèche de son directeur sportif, le 31 août : " Entraînement demain à 17 h avec le noyau B. "
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Dans les dernières heures du mercato estival, Silvio Proto adresse le message suivant à Luc Devroe. " Je veux absolument aller à l'Olympiacos et je vais tout faire pour y aller ! Il est hors de question que je reste à Ostende vu que le club me bloque pour partir. Je trouve que c'est un manque de respect. " Réponse sèche de son directeur sportif, le 31 août : " Entraînement demain à 17 h avec le noyau B. " Finalement, le bon sens (ou le fatalisme, c'est selon) finira par triompher. Proto s'envolera pour la Grèce après seulement une seule saison à Ostende où il avait paraphé un contrat de quatre ans, à hauteur de 880.000 euros de salaire brut annuel. Luc Devroe digère d'ailleurs assez mal ce chantage orchestré par l'ex-gardien d'Anderlecht et son nouvel agent, Mogi Bayat. Mais l'homme a la peau dure. Depuis ses 16 ans, il fait le tour des appartements de la côte en compagnie d'acheteurs potentiels pour la société immobilière familiale. La dureté et les coups bas dans le business, ça le connaît. À 52 ans bien sonnés, il en a vu d'autres. Comme en novembre 2010, quand il se fait dribbler par Lucien D'Onofrio lors du transfert de Jelle Van Damme, en ces temps à Wolverhampton, alors que l'actuel gaucher anversois avait pourtant donné son accord, à l'aéroport de Birmingham, pour rejoindre Bruges. Deux mois plus tard, le 17 janvier 2011, Devroe est licencié de son poste de directeur sportif du Club où il était arrivé près de 4 ans plus tôt, en mars 2007. " Même si Vincent Mannaert et Bart Verhaeghe ne l'ont pas bien traité, il a oublié et pardonné, il n'est pas rancunier. Avec eux, il a désormais une relation très professionnelle. Mais ça lui a fait mal. Ça a été une cicatrice. ", raconte son meilleur ami, Guido Dekuyper, CEO de Dekuyper products (société de produits d'entretien). Un duo d'inséparables né il y a 35 ans quand tous deux évoluaient chez les Espoirs du Club Bruges. Pendant près de quatre ans, Devroe, successeur de Marc Degryse, va mordre sur sa chique et ramasser quelques gifles au coeur d'un Club qui cherche son second souffle, sous le peu charismatique président Pol Jonckheere. " Quand il était en poste à Bruges, ce n'était pas la période la plus joyeuse ", reconnaît Mannaert, devenu en mars 2011, manager sportif du Club Bruges avant d'en devenir CEO. Le même os à ronger pour deux, ça n'a jamais fait bon ménage. Et pour Verhaeghe, Mannaert représentait le futur, la modernité, l'homme qui monte parmi les managers du football belge, celui qu'Anderlecht a cherché à débaucher. Tandis que Devroe représentait un foot à l'ancienne, le parcours de celui qui n'a compté que sur lui-même pour grimper les échelons. À l'image des reproches adressés aujourd'hui à Herman Van Holsbeeck, Devroe les a essuyés, lui aussi, du temps de Bruges. Des connexions étroites avec certains agents, notamment. Les contrats ficelés lors des arrivées d' Ivan Perisic, puis de Thomas Meunier, garantissant un gros pourcentage pour l'agent, Didier Frenay, en cas de revente (on parle de 40 à 50%), auraient signé son arrêt de mort à Bruges. " C'est complètement faux ", rétorque Frenay. " D'ailleurs, le contrat de Thomas Meunier, c'est Bart Verhaeghe qui l'a signé ", poursuit le boss de la société de management, Star Factory. " Et enfin, je rappelle que quand vous achetez Meunier pour 150.000 euros ou Perisic pour 200.000 euros et que ce dernier vous rapporte 5 millions en caisse ( Dortmund aura dépensé plus de 8 millions d'euros pour le joueur croate, ndlr), c'est que vous avez réalisé un très beau coup... " Depuis son arrivée à Ostende, Devroe n'a que rarement été pris dans la tourmente médiatique, le personnage semble s'être adouci même. Pendant son périple brugeois, Devroe se heurte à l'entraîneur Adrie Koster, est pris en grippe par les supporters, se montre virulent envers l'arbitre, Johan Verbist (" On ne le veut plus. Il y a d'autres clubs qui récusent des arbitres, et apparemment, ça marche ") ou n'hésite pas à flinguer les pratiques en vigueur à l'Union Belge, voire le rival gantois (" Ce sont des doubles casquettes dans tous les sens. Et dire, qu'en plus, le président de Gand, Ivan De Witte, est aussi président de la Ligue Pro. C'est n'importe quoi ! ") Aujourd'hui, ces épisodes semblent bien loin. " Heureusement, la presse ne m'a jamais démoli ", reconnaît aujourd'hui Devroe, dans nos colonnes. " On a juste dit et écrit que j'étais fait pour un club familial, pas pour une multinationale. On m'a souvent reproché de tout vouloir faire tout seul. Je comprends. Je suis un peu solitaire, je suis un self-made-man. " Un loup solitaire sur le plan sportif mais qui compte un cercle d'amis solide. David Steegen fait partie de celui-ci. " C'est un ami de jeunesse de mon beau-frère ", précise le directeur de la communication d'Anderlecht. " On se connaît depuis 20 ans. C'est un véritable ami. Et un homme droit, un homme de principes. Un homme de football. Herman (Van Holsbeeck) le porte en haute estime également, il avait déjà essayé de le faire venir à Anderlecht avant qu'il ne débarque à Ostende. " Cet ancien supporter du RWDM, qui a grandi 10 ans à Bruxelles avant d'émigrer vers la Flandre occidentale, est réputé pour trancher dans le vif. Avec lui, c'est noir ou blanc, alors que le culture anderlechtoise des dernières années est bien plus entourloupée. " Il te fait aussi comprendre ce qu'il veut ou quand quelque chose le dérange. C'est une des raisons pour lesquelles Marc Coucke l'apprécie autant ", assure son grand ami, Guido Dekuyper. L'arrivée du patron sportif du KVO au sein du Sporting bruxellois va faire naître une véritable rivalité familiale en haut du classement. Le manager sportif de Gand, Patrick Turcq, et Luc Devroe sont cousins germains. " Deux hommes issus du béton ", comme le souligne Turcq. " Je connais Luc depuis qu'il est né puisque je suis de sept ans son aîné. Il a même travaillé dans l'entreprise immobilière de mon père. On le considère comme le quatrième fils de la famille. " Les deux hommes ont pourtant rarement fait affaire ensemble, sauf lors du passage du fantasque Glenn Verbauwhede, arrivé en prêt en provenance du Club Bruges à Courtrai, où officiait Turcq. " Mais je n'hésite jamais à lui demander conseil ", poursuit Turcq. " Luc est un obstiné, un têtu. Quand il veut quelque chose, il va jusqu'au bout. Et il ne se cache pas, il vous dit les choses en face. Il dit ses vérités quand il sent un malaise. " Comme lors du transfert de Silvio Proto à l'Olympiacos. " Oui, il n'est pas du genre à dire dans la presse : je suis content pour le club, l'agent, et le joueur quand il se sent lésé. Ce n'est pas un faux-cul. " Luc Devroe a toujours fonctionné comme un homme du terroir, un homme de terrain, qui avait notamment demandé que ses bureaux soient déplacés au centre d'entraînement d'Ostende, pour observer, sentir ce qui se tramait au quotidien. Un homme qui a pas mal bourlingué aussi : " Je passe ma vie en auto, en avion. C'est une existence passionnante mais je commence à sentir le poids des années... Depuis trois ans, j'ai une nouvelle hanche, j'ai mal aux genoux et quand je vais courir, j'ai de l'inflammation aux tendons d'Achille. " " C'est lui qui va visionner des joueurs et qui les évalue ", enchaîne Guido Dekuyper. " Il travaille avec des agents qui, par le passé, n'ont pas trahi sa confiance. Il ne vend pas du vent. " " Je travaille toujours comme il y a vingt ans ", répète Devroe. " Je possède un bon réseau et je collabore avec des gens en qui j'ai confiance. " Et ceux-ci sont nombreux. Même si certains sont là depuis plus longtemps que d'autres. On pense à Jacques Lichtenstein (impliqué notamment dans les passages de Franck Berrier, Silvio Proto, ou Gohi Bi Cyriac), à Patrick De Koster (agent de Kevin De Bruyne, mais aussi de William Dutoit, Ibrahima Conté, Bruno Godeau, ou Zinho Gano, passés par Ostende). " Je crois que mon premier transfert avec Luc remonte au passage de Fred Vanderbiest à Roulers, début 2000. Luc est une véritable machine de guerre. Quelqu'un qui ose prendre ses responsabilités ", raconte De Koster. Didier Frenay est, lui, en première ligne de ce réseau. Que ce soit Meunier, Perisic, du temps de Bruges, ou Landry Dimata et le dernier arrivé en date à Ostende en provenance cet hiver de Mouscron, Aristote Nkaka, tous portent sa griffe. " On est de la même génération, on a joué l'un contre l'autre, on se connaît depuis plus de 20 ans ", rappelle Frenay (ex-CS Bruges et Seraing). " Je crois qu'il me fait confiance car on est tous issus du sérail, que ce soient mes associés, Nico Vaesen, Alain Denil, Tonci Martic, ou moi-même, on a tous joué au ballon. " Quand Marc Coucke prend le pari de miser sur des joueurs bankable comme Yassine El Ghanassy, Nicolas Lombaerts, ou Silvio Proto, Devroe rumine un temps très court mais accepte la décision, hiérarchie oblige. Sa porte n'est d'ailleurs fermée, ou presque, à aucun agent. À l'étranger, son réseau l'a amené en Amérique du Sud et dans de nombreux pays africains. C'est notamment via l'agent Paul Courant (ex-directeur sportif de Malines) que débarquent Knowledge Musona et Andile Jali. En Europe, les passages de Jordan Lukaku et d' Adam Marusic vers la Lazio Rome lui ont permis de nouer des liens très étroits avec son directeur sportif, Igli Tare. " Il va apporter une nouvelle personnalité à Anderlecht. Un nouveau dynamisme. On jugera évidemment sur pièce ", précise cousin Turcq. " Mais ce qui est sûr avec Luc, c'est qu'il ira d'abord chercher le joueur avant d'aller chercher l'agent du joueur. Et ça ne peut être qu'une bonne chose. " Le monopole Mogi touche à sa fin, assurément. " Mais Luc est quelqu'un d'intelligent. Il ne va pas se mettre à dos l'agent du coach et de plusieurs joueurs du noyau. Il sera obligé de se mettre à table avec Bayat pour le bien du club ", confie l'un de ses proches. Didier Frenay, qui noue d'excellents rapports tant avec Mogi Bayat qu'avec le nouveau patron sportif des Mauves, pourrait faire figure de tampon. Et même si le boss de Star Factory est le premier à reconnaître : " Qu'Anderlecht était devenu une caricature, en ne fonctionnant quasi exclusivement qu'avec un agent. Ça ne pouvait pas leur rendre service. J'espère que Luc aura le contrôle total sur les décisions. Car on peut se permettre un transfert comme Lombaerts à Ostende, car ça permet de mettre la lumière sur le club, mais pas dans un club de la dimension d'Anderlecht. " Où beaucoup de choses sont à reconstruire. " Quand j'ai vu Mogi récemment, il m'a dit " Anderlecht, c'est le Titanic, il faut quelqu'un comme Herman pour le naviguer. Sauf que le Titanic a déjà coulé ", conclut Frenay. Et ça risque de prendre du temps pour le remettre à quai.