Marc Degryse
Opinion

05/03/19 à 13:30 - Mise à jour à 13:30

Lokeren, la crevaison lente

Pour Marc Degryse, le chroniqueur de Sport/Foot Magazine, les interventions artificielles pour maintenir Lokeren en vie ne pouvaient pas fonctionner.

Lokeren, la crevaison lente

Roger Lambrecht et Lokeren ne peuvent désormais plus rêver que d'un sauvetage extra-sportif. © BELGA

Tout mon respect pour Roger Lambrecht. Pour son âge. Pour tout ce qu'il a fait pour Lokeren. Mais là, sur la fin, notre marchand de pneus s'est complètement planté. Ces dernières saisons, il a continué à gérer un club comme on dirigeait un club il y a x années. Il n'a jamais rien voulu renouveler, améliorer, moderniser. Lokeren est resté coincé dans des structures et une façon de fonctionner d'un autre temps. Alors, cette chute en D1B qui est maintenant officielle, c'est clair qu'on la sentait arriver.

Cette saison a été une parfaite illustration de tout ce que ce président n'est plus capable d'assumer. Il n'a pas su construire un noyau assez doué pour vivre une saison tranquille, alors il a changé deux fois d'entraîneur en cours de route, comme s'il croyait que ça allait être suffisant. Peter Maes, Trond Sollied, Glen De Boeck, ils ont été tous les trois confrontés aux mêmes lacunes sportives. Le patron a fait des interventions artificielles pour maintenir son club en vie, ça ne pouvait pas fonctionner. Lambrecht et Lokeren, c'est un mariage qui a beaucoup trop duré.

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"Roger Lambrecht et Lokeren, c'est un mariage qui a beaucoup trop duré."

Maintenant, la direction parle d'une bouée de sauvetage. Et si Mouscron était rétrogradé à cause de sa situation extra-sportive ? Ou alors, Waasland-Beveren pourrait être condamné dans l'affaire des matches arrangés ? Ou ça pourrait être Malines, qui alors ne monterait pas en D1A même s'il battait le Beerschot dans les barrages pour le titre en D1B ? À Lokeren, on affirme qu'on suit attentivement tous ces dossiers qui pourraient permettre au club de quand même se maintenir. De toute façon, D1A ou D1B la saison prochaine, il est urgent de mettre Lokeren dans des mains jeunes. Il faut un coup de boost, une fracture nette avec tout ce qu'on a observé ces dernières années. Aujourd'hui, les fondements pour rester professionnel ne sont plus présents, ça saute aux yeux.

De ce week-end à Lokeren, je retiens aussi le beau baroud d'honneur contre Anderlecht. L'équipe savait avant le coup d'envoi qu'elle était plus que probablement morte mais on a encore vu de l'engagement, de l'envie, et ça aurait pu se terminer sur un match nul. Parce que, oui, même contre cette équipe cliniquement morte, Anderlecht a encore réussi à trembler, à se faire peur. Au bout du compte, les Mauves s'en sortent bien. Et finalement, ils sont remontés dans le car avec plusieurs motifs de satisfaction : trois points, une bonne opération dans l'optique de la qualification pour les play-offs 1, deux beaux buts et même des assists de Dennis Appiah et Antonio Milic... C'est Byzance, finalement. Ils doivent maintenant terminer le boulot contre Courtrai et Ostende. C'est faisable mais rien n'est sûr, étant donné ce qu'on voit depuis le début de la saison. Pour Anderlecht, il n'y a jamais aucun match qui est gagné d'avance. On connaît Yves Vanderhaeghe, il ne va pas se priver s'il peut ennuyer son ancien club, il va trouver les bons mots pour gonfler ses troupes.

Logiquement, il reste maintenant trois équipes pour les deux dernières places en play-offs : Saint-Trond, Anderlecht, Gand. Mon pronostic : Anderlecht y sera, Saint-Trond mériterait d'y être pour le beau football montré depuis l'été, Gand y a sa place si on tient compte de la qualité de son noyau ! Ce serait moche pour Saint-Trond de rater le train. Si cette équipe avait pris un point à Bruges le week-end passé, on n'aurait pas crié au scandale. Mais maintenant, elle doit se farcir un déplacement à Mouscron (qui a encore confirmé au Standard) puis recevoir Gand. Ce match entre Saint-Trond et Gand, ça devrait être la vraie finale de la phase régulière. Tous les changements d'entraîneurs ne sont pas des réussites, c'est une vieille rengaine, mais Jess Thorup a clairement apporté quelque chose à La Gantoise. Un système de jeu reconnaissable et une transformation mentale du groupe.