" Si De Boeck sauve Lokeren, il sera l'entraîneur du semestre ", a déclaré Filip Joos, un commentateur flamand. Lokeren a un programme indigeste : il va affronter Courtrai, l'Antwerp, le Standard, Mouscron, Anderlecht, Genk et le Cercle Bruges d'ici la fin du championnat régulier.

" Une mission impossible, faute de talent ", a-t-on entendu dans les catacombes du stade, de la bouche des joueurs et du staff. Après 22 saisons en première division, Lokeren est sérieusement menacé de relégation. Il compte à présent huit points de retard sur Waasland-Beveren, le quinzième du classement.

" En première mi-temps, nous avons fait preuve de suffisamment de grinta ", a déclaré Glen De Boeck (47 ans), tentant de digérer l'uppercut reçu dès ses débuts. " Mais nous avons été trop peu menaçants dans le rectangle. Nous aurions pu jouer comme ça pendant deux jours sans marquer. " Ses prédécesseurs Peter Maes (6 sur 36), Arnar Vidarsson (1 sur 3) et Trond Sollied (7 sur 27) étaient parvenus à la même conclusion.

Vingt buts en 23 matches. Mehdi Terki et Marko Miric sont les meilleurs réalisateurs avec trois goals chacun. Ça en dit long sur la force de frappe du Sporting. De Boeck les a placés sur le banc, comme José Cevallos. Le médian offensif de 24 ans a été transféré pour un million il y a un an et a été convaincant, délivrant buts et assists en... PO2.

Cette saison, le numéro dix, qui est chargé d'approvisionner l'attaque, n'est absolument plus décisif et a rapidement perdu sa place. Contre Zulte Waregem, De Boeck a fait appel à Lukas Marecek pour diriger l'entrejeu, espérant aussi que l'avant-centre Jakub Reznicek (30) soit plus opportuniste qu'Anton Saroka et Djordje Jovanovic, même pas repris sur la feuille de match. Las, l'expérimenté Tchèque a fait mentir le proverbe " vouloir, c'est pouvoir ".

De Boeck a aussi modifié la tactique de Trond Sollied. Il a mué son 4-3-3 en 4-2-3-1, accordant un rôle crucial aux extérieurs Steve De Ridder et Guus Hupperts, suite à l'absence de Knowledge Musona, qui a la varicelle et sera sans doute indisponible le reste de la saison. Problème : le duo a souvent manqué de vista et d'efficacité devant le but. Mickaël Tirpan a été posté au milieu défensif, aux côtés du capitaine Killian Overmeire, pour sa puissance. Un bon choix pour les duels mais manifestement pas pour les passes. De même que Bambo Diaby n'a pas de profondeur à l'arrière droit : c'est un défenseur central posté là faute d'alternatives.

Même le DJ sent que ça va mal. Il a lancé le morceau " Intoxicated " de Martin Solveig, symbole de l'état comateux dans lequel se trouve le Sporting Lokeren. Seul un miracle peut encore sauver du déclin le club du président Roger Lambrecht (87 ans), qui a quitté prématurément le stade samedi, par peur de la vox populi, dit-on. En 25 ans, l'homme qui a usé 25 entraîneurs, sent manifestement que cette saison se terminera en eau de boudin. Il aurait été nettement plus inspiré de vendre son club il y a quelques années, quand celui-ci jouait encore les terreurs à Daknam.

Par Frédéric Vanheule