Lior Refaelov rejoint Bruges durant l'été 2011. À l'époque, il est un peu timide et son anglais n'est pas excellent. Son pote de la première heure? Victor Vázquez. Un Espagnol à l'anglais tout aussi approximatif. Malgré ça, les deux compères se trouvent rapidement. Deux hommes du sud, deux footballeurs très techniques, qui ont besoin d'une tape sur l'épaule et de beaucoup de confiance pour prester dans le froid du nord de l'Europe. Des conditions qui les contraignent à redoubler d'efforts au niveau physique, qu'ils marient aux valeurs qui règnent au sud, où la possession du ballon leur permet d'étaler leur bagage technique. Tous deux possèdent une large marge de progression sur le plan athlétique. Le courant passe bien, donc, et ça se reflète dans les statistiques, avant que l'Espagnol ne traverse l'Atlantique en 2016. Après Maxime Lestienne, c'est avec Vázquez le Catalan que l'Israélien atteindra son meilleur rendement.
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Lior Refaelov rejoint Bruges durant l'été 2011. À l'époque, il est un peu timide et son anglais n'est pas excellent. Son pote de la première heure? Victor Vázquez. Un Espagnol à l'anglais tout aussi approximatif. Malgré ça, les deux compères se trouvent rapidement. Deux hommes du sud, deux footballeurs très techniques, qui ont besoin d'une tape sur l'épaule et de beaucoup de confiance pour prester dans le froid du nord de l'Europe. Des conditions qui les contraignent à redoubler d'efforts au niveau physique, qu'ils marient aux valeurs qui règnent au sud, où la possession du ballon leur permet d'étaler leur bagage technique. Tous deux possèdent une large marge de progression sur le plan athlétique. Le courant passe bien, donc, et ça se reflète dans les statistiques, avant que l'Espagnol ne traverse l'Atlantique en 2016. Après Maxime Lestienne, c'est avec Vázquez le Catalan que l'Israélien atteindra son meilleur rendement. À l'époque, les résultats sont encore irréguliers. Au début, Refaelov occupe surtout le flanc, généralement le gauche, et son comparse évolue comme meneur de jeu. Les deux joueurs disposent chacun d'une brillante technique de frappe, précieuse sur phases arrêtées. Ce qui pousse Rudi Verkempinck, l'adjoint de Christoph Daum, à travailler les coups francs avec les joueurs à l'issue de l'entraînement. Bruges dispose également d'un excellent gardien, et Refaelov convertit quatre coups francs directs sur dix. Des chiffres brillants, car Verkempinck procède à ces exercices dans d'autres clubs et seul Branko Karacic, un Croate qui a joué au Cercle, a fait mieux. Il n'empêche, l'Israélien a du pain sur la planche sur le plan physique. Il débarque tard en Europe, à 24 ans, car il poursuit d'abord l'objectif d'être champion avec le Maccabi Haïfa. À son arrivée, il n'est pas aussi solide qu'aujourd'hui dans les duels. Ses coaches successifs le remarquent: Daum, avec lequel il se montre brillant, Garrido, avec lequel le courant passe moins bien, et Preud'homme. Le Club change constamment de visage, d'entraîneur, manque de stabilité, et Refaelov est à son image. Il dispute rarement un match dans son intégralité. Son temps de jeu moyen par match le prouve: 72 minutes la première saison, 66 la deuxième, 61 la troisième. L'ailier n'est pas toujours disponible non plus: 32 matches la première année, puis 28 et 33 la suivante. Il lui arrive de faire banquette: cinq entrées au jeu la première saison, six la deuxième, sept la troisième. Lior Refaelov est comme notre météo: imprévisible. On lui colle vite une étiquette peu enviable: brillant dans les petits matches, mais invisible dans les duels plus disputés contre les grandes équipes. Mais Refaelov, c'est aussi une certitude d'avoir des buts. C'est un avant en décrochage, qui peut évoluer sur l'aile sans être un véritable extérieur qui vit de ses passes, mais qui peut aussi être placé en attaque, sans être un pur 9. Et qui doit assurer au niveau statistique. Il y parvient, avec six buts et cinq assists la première année, dix + cinq la deuxième, quatre + huit la troisième, dix + dix la quatrième. Des états de service qui lui valent des éloges, d'autant qu'il est un rayon de soleil dans le vestiaire. Il faut vraiment le vouloir pour se disputer avec Refaelov, répète-t-on depuis dix ans, car l'homme affiche un quotient intellectuel élevé, une forte personnalité et énormément d'empathie. Avec lui, on peut parler de tout: de religion, de la violence, du Moyen-Orient, de tout. Seule ombre au tableau: ses qualités n'ont jamais été reconnues dans un référendum comme le Soulier d'Or ( voir encadré). Ce qu'on a vu sur le terrain a rarement été récompensé par de bons points dans ce vote basé sur la régularité. Pourquoi? Probablement parce qu'il manque justement de régularité, et que sa constitution physique ne lui permet pas d'aligner de bonnes performances sur le long terme. Ses collègues l'estiment pourtant énormément. Ils votent massivement pour lui au Footballeur Pro de l'Année, dont il termine deuxième, derrière Vázquez en 2015, et Sofiane Hanni en 2016. Avec 21 voix d'écart... La disparition de Vázquez, l'éclosion de Hans Vanaken et de José Izquierdo, l'arrivée de Ruud Vormer, des blessures: tous ces facteurs déplacent Refaelov à l'arrière-plan durant la seconde partie de sa carrière à Bruges. La superbe campagne européenne, qui mène le Club en quarts de finale de l'Europa League et qui voit Refaelov claquer un superbe but, marque son chant du cygne: son corps souffre de la succession de matches. Il est ensuite confronté à Ivan Leko, un entraîneur au jeu différent, qui veut que ses attaquants courent beaucoup sans ballon, sprintent dans les espaces. Malgré son intelligence de jeu, l'Israélien joue de moins en moins et ne trouve plus le chemin des filets. La Venise du Nord devient un endroit froid. Son fils n'assiste même plus aux matches: voir son père se morfondre sur le banc lui fait trop mal. Il file à l'Antwerp au coeur de l'été 2018. Une destination logique pour un homme qui investit dans le secteur du diamant, qui a beaucoup d'amis dans la ville et est marié à une bijoutière. Mais un choix moins évident pour le footballeur: va-t-il convenir au football puissant prôné par Laszlo Bölöni, qui n'est pas le plus chaleureux des coaches? Nul ne peut le prédire. Il est donc d'abord prêté au Bosuil. Mais de quoi hérite l'Antwerp? D'un joueur intelligent, qui a certes besoin de se sentir apprécié, mais est toujours très ambitieux et s'adapte au jeu et son évolution. Il s'acquitte également de ce que souhaite Leko: plonger davantage dans les brèches, sans ballon. Son expérience lui permet de les déceler comme nul autre. De même que sa connaissance de son propre corps. Il modifie son style de vie, en allant se coucher plus tôt, en dosant mieux ses entraînements. Subitement, on découvre un autre aspect de l'élégant Lior: le travailleur. Pas seulement parce que le boss l'exige, mais parce que son équipe en a besoin. C'était d'ailleurs logique: si le Club joue énormément dans le camp adverse, en monopolisant le ballon, l'Antwerp n'est pas dans le même mood. Bölöni juge la rapidité de la transition plus importante que la possession du ballon. Il faut donc courir beaucoup plus. Refaelov se trouve en outre deux copains de jeu au Bosuil: Diemerci Mbokani et Simen Juklerod. L'Antwerp l'aligne parfois sur le flanc droit, mais en général, il évolue surtout dans l'axe et le courant passe sans souci avec Dieu, qui aime jouer en profondeur et trouve en lui le relais parfait. Si les statistiques de Refaelov sont plus ou moins équilibrées à Bruges (quarante buts et 38 assists en championnat), elles penchent vers les buts au Bosuil: dix durant la première saison, onze la suivante, six déjà durant l'exercice en cours. Côté passes dé', on en est à trois par saison jusqu'à présent. En d'autres termes, Refaelov a gagné en importance à la finition. Il continue de travailler ses coups francs après l'entraînement collectif et peut botter plus de coups de réparation qu'à Bruges, mais ce n'est pas la seule explication. Il profite certainement de l'attention que les adversaires portent à Mbokani. Malin, Refaelov se place bien, se démarque, est toujours prêt à réceptionner le ballon. Son but contre Tottenham, un chef-d'oeuvre de maîtrise et de technique, en constitue l'exemple parfait. Alors qu'à Bruges, des avants comme Lestienne, Tom De Sutter ou Joseph Akpala profitaient de ses passes, les chiffres du duo s'inversent au Great Old. Évidemment, Refaelov joue davantage. Après son excellente saison 2014-2015 à Bruges, l'Israélien était de moins en moins aligné. Cette courbe descendante remonte à l'Antwerp. Cette saison, par exemple, Leko ne le ménage guère, et il n'entame qu'un match sur le banc, à Courtrai, où le jeu est tellement mauvais que Leko le fait monter à la mi-temps. Ce jour-là, Refaelov fait basculer le match. Le joueur est aussi plus stable physiquement, et court beaucoup sans ballon. Comme quoi, on peut donc encore progresser à 34 ans, à l'automne de sa carrière. D'autant plus surprenant qu'un avant a besoin d'explosivité, une qualité qui s'étiole au fil des années. Refaelov compense cette perte par un meilleur dosage des séances et son expérience, qui lui apprend à se livrer à fond au bon moment. Le vestiaire l'écoute de plus en plus. Au Club, son impact sur le noyau brugeois avait diminué durant ses dernières saisons, tandis que Timmy Simons, Vanaken et Vormer se faisaient de plus en plus entendre. Évidemment, ceux qui jouent moins ont aussi moins à dire, et Refaelov n'est pas du genre à taper du poing sur la table. À Bruges, Leko confie le brassard à Vormer quand Simons met un terme à sa carrière. Un choix plutôt éloquent. C'est différent à l'Antwerp, dont il n'est pas non plus le capitaine, Faris Haroun restant le relais entre l'attaque et la défense, de même qu'entre tous les joueurs dans le vestiaire. Richie De Laet, vice-capitaine, est la figure de proue anversoise par excellence, mais Refaelov se fait également entendre. Et sa voix porte de plus en plus, grâce à ses prestations. Le quatrième vieux briscard du lot, Dieumerci Mbokani, se tient à l'écart. Il fait son boulot - marquer des buts - mais s'intéresse beaucoup moins au reste alors que Refaelov est l'un des trois leaders qui soudent le noyau. Ivan Leko a été agréablement surpris quand il a retrouvé Lior Refaelov: il a constaté que son ailier avait mûri physiquement et opéré un switch mental. Refaelov a disputé 80% du temps de jeu en compétitions nationales cette saison. Jamais encore il n'avait atteint une telle moyenne. Franky Vercauteren ne peut qu'en profiter.