Tout s'est bousculé en quelques dizaines d'heures. D'abord, on a appris que l'homme d'affaires hispano-luxembourgeois Gérard Lopez était obligé de céder Lille parce qu'il n'était plus en mesure d'assumer ses obligations financières là-bas. Ensuite, la direction de Mouscron a rassuré par communiqué: " Gérard Lopez confirme son implication dans le projet mouscronnois. Son intérêt pour le championnat belge et ses possibilités de faire éclore des jeunes reste inchangé. "
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Tout s'est bousculé en quelques dizaines d'heures. D'abord, on a appris que l'homme d'affaires hispano-luxembourgeois Gérard Lopez était obligé de céder Lille parce qu'il n'était plus en mesure d'assumer ses obligations financières là-bas. Ensuite, la direction de Mouscron a rassuré par communiqué: " Gérard Lopez confirme son implication dans le projet mouscronnois. Son intérêt pour le championnat belge et ses possibilités de faire éclore des jeunes reste inchangé. " Il fallait rassurer parce que dès la revente du LOSC, on a craint que le businessman se débarrasse aussi de l'Excel qu'il a racheté l'été dernier pour en faire un club partenaire de Lille. Et ça, ce serait le pire scénario parce que ça voudrait dire que Mouscron devrait une fois de plus chercher un nouvel investisseur / propriétaire. Une vieille rengaine qui ne fait plus rire personne. Ce club en est à son cinquième actionnaire principal depuis 2014: le LOSC, deux fonds d'investissements maltais qui se sont relayés, le Thaïlandais Pairoj Piempongsant, Lopez. On tente d'y voir plus clair en répondant aux questions clés. Gérard Lopez n'a pas eu le choix. Il avait racheté le club français en 2017 à Michel Seydoux, et pour finaliser l'opération, emprunté 225 millions à un fonds de pension américain. Entre-temps, il n'a pas été en mesure de respecter les échéances de remboursement. Il n'avait encore remboursé qu'une petite moitié de cette somme et les Américains ne voulaient plus attendre. Il était aussi acculé par d'autres créanciers. Seule solution pour Lopez: revendre le LOSC et, avec cet argent, rembourser le fonds de pension. Il y avait aussi la pression de la DNCG (Direction Nationale du Contrôle de Gestion), gendarme financier du foot français. Les comptes du LOSC étaient profondément dans le rouge, il fallait d'urgence trouver un investisseur. Le LOSC passe dans les mains d'un fonds d'investissement basé au Luxembourg, qui a nommé un nouveau PDG: Olivier Létang, qui a fait une bonne partie de sa carrière de joueur au Stade de Reims, est ensuite devenu directeur sportif du PSG, puis président de Rennes. Lors de sa conférence de presse de présentation, il a déclaré que " Lille aurait probablement été en cessation de paiement début janvier " s'il n'y avait pas eu cette revente. Lopez a fait son bilan: " J'ai atteint mon objectif avec le LOSC, il est maintenant temps pour un nouveau propriétaire de prendre la relève, et pour moi de me concentrer sur d'autres entreprises sportives. " Cette dernière partie de phrase peut rassurer à Mouscron. Lopez ne dit pas qu'il quitte le monde du football. Mouscron a une douzaine de joueurs de Lille dans son noyau, la plupart prêtés (sans option d'achat). Logiquement, ils rentreront dans le Nord à la fin de la saison. Le but avoué de Lopez quand il a racheté l'Excel était d'aguerrir des jeunes Lillois au foot de haut niveau, dans un vrai championnat. Olivier Létang a déclaré qu'il n'y avait " aucune relation juridique entre Lille et Mouscron, pas de liens filiaux. " Il y a simplement " une convention qui expire le 30 juin 2021. " Entre-temps, il a signalé qu'il ne fermait pas la porte à une éventuelle prolongation du partenariat. Mais ça ne semble pas du tout être une priorité pour le LOSC. La solution viendra peut-être du Portugal. En juillet dernier, Gérard Lopez avait créé un fonds d'investissement pour acheter l'Excel. Récemment, ce fonds a acheté le club portugais de Boavista. L'homme d'affaires veut le positionner dans la roue des locomotives traditionnelles de ce championnat. On peut imaginer que Lopez mette en place, avec Boavista, le même genre de partenariat qu'avec Lille. Il caserait à Mouscron, en prêt, des joueurs du noyau de Boavista pas encore assez mûrs pour jouer les premiers rôles dans le championnat portugais. Si l'Excel s'est bien relevé depuis le remplacement de Fernando Da Cruz par Jorge Simao au poste de T1, il y a unanimité sur un point au Canonnier: il faudra faire venir l'un ou l'autre renforts en janvier. Et pour que ça se fasse, il est impératif que Lopez ouvre à nouveau son portefeuille. Ce sera un bon baromètre. S'il accepte de sortir de l'argent, ça voudrait peut-être dire qu'il envisage toujours un séjour à long terme dans notre championnat. S'il ne le fait pas, ça pourrait signifier qu'il prépare déjà son départ. Dans ce cas, il lui resterait à trouver un repreneur pour récupérer son investissement. En fin de semaine dernière, l'Union Belge a communiqué que la Commission des Licences avait rendu un avis positif sur les dossiers de tous les clubs de D1A et D1B lors du traditionnel examen de mi-saison. Pour recevoir la licence valable cette saison, Mouscron avait dû compter sur les garanties apportées par Gérard Lopez au moment du rachat. S'il n'était pas venu à ce moment-là, le club aurait peut-être été déclaré en faillite. Pour la licence 2021-2022, il faudra de nouvelles garanties. À ce moment-là, on y verra beaucoup plus clair sur les intentions à plus long terme de Gérard Lopez. S'il ne donne pas les garanties exigées par la Commission des Licences, Mouscron sera reparti pour une nouvelle crise institutionnelle.