Il y a eu les signaux d'alarme. À commencer par l'hécatombe du printemps 2020. Celle qui avait amené les clubs à se succéder devant une CBAS plus médiatisée que jamais suite à la comparution d'un Standard recalé par la Commission des Licences. Sont ensuite arrivés les stades vides, les salaires impossibles à recaser et les bilans comptables qui rougissent aux quatre coins du Royaume. En coulisses, certains prédisent un bain de sang sans précédent au début de l'année 2021, quand l'effet de la pandémie rendra encore plus insupportable le train de vie démesuré de la plupart des clubs du pays.
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Il y a eu les signaux d'alarme. À commencer par l'hécatombe du printemps 2020. Celle qui avait amené les clubs à se succéder devant une CBAS plus médiatisée que jamais suite à la comparution d'un Standard recalé par la Commission des Licences. Sont ensuite arrivés les stades vides, les salaires impossibles à recaser et les bilans comptables qui rougissent aux quatre coins du Royaume. En coulisses, certains prédisent un bain de sang sans précédent au début de l'année 2021, quand l'effet de la pandémie rendra encore plus insupportable le train de vie démesuré de la plupart des clubs du pays. Finalement, l'addition est presque une bonne surprise. Sur les 26 dossiers déposés à l'Auditorat des Licences, rebaptisé suite à sa réforme, seuls deux ont reçu un feu rouge. Mouscron et Ostende iront sauver leur peau devant la Cour d'arbitrage, espérant y éviter la relégation jusqu'en D2 Amateurs. De quoi laisser l'inévitable impression d'une guillotine financière bien plus indulgente qu'à l'accoutumée. Là aussi, il y avait des signes annonciateurs. À commencer par le report de l'entrée en vigueur du fair-play financier belge, qui devait limiter à trente millions d'euros sur trois ans les augmentations de capital autorisées pour un club belge. La pandémie sert d'alibi pour permettre à certains puissants propriétaires de masquer les dégâts d'une gestion déséquilibrée. À l'Antwerp, l'ambitieux Paul Gheysens injecte ainsi près de cinquante millions d'euros sur les comptes du Great Old au cours de l'année 2020, alors que les investisseurs étrangers éteignent les incendies partout ailleurs: quatorze millions au Cercle, 18 à Louvain ou 17 à Saint-Gilles, avant de voir Anderlecht passer à la caisse une deuxième fois après les trente millions amenés par Marc Coucke en 2019. Tout cela est désormais autorisé sans limite, parce que c'est la seule bouée de sauvetage pour éviter qu'une trop grande partie du bateau coule. Puisque tout le monde n'a pas les reins assez solides pour sortir la tête de l'eau grâce à une pile de billets, il doit encore y avoir une autre explication. Elle trouve sa source au coeur de l'hiver, période choisie par la Fédération belge pour présenter sa réforme du système des Licences. Les épisodes de la fin de saison dernière, où tous les verdicts rendus par la Commission avaient été jetés à la poubelle par la Cour d'arbitrage, avaient amené les membres de la Pro League à se pencher sur une refonte en profondeur d'un système qui avait même sauvé Mouscron, occasionnant un communiqué débordant d'émotion d'une Fédé désabusée. La réflexion a accouché d'une réforme, basée sur un système accompagnant les clubs tout au long de l'année plutôt que de les sanctionner sèchement au mois de juin pour quelques écarts plus ou moins importants. Presque comme à l'école, l'Auditorat des Licences a décidé de se pencher sur le travail journalier, n'attendant pas seulement l'examen pour recaler ses étudiants. Le printemps n'offre, en outre, pas le timing idéal pour statuer sur la santé financière d'un club. Surtout pas dans un championnat qui a fait de l'import-export de talents son principal fonds de commerce, et qui compte donc démesurément sur le mercato pour équilibrer ses finances, plombées par des salaires de plus en plus importants offerts pour attirer des joueurs prometteurs. Un cercle vicieux qui oblige souvent à vendre en été pour soulager sa trésorerie le temps de quelques mois, le temps de remettre le doigt dans l'engrenage. Plus novatrice, et surtout plus compréhensive que jamais vu les temps économiquement incertains, la Commission des Licences a donc délivré le feu vert à plusieurs clubs en échange d'une promesse plus ou moins concrète de diminuer la masse salariale et d'engranger des millions par transferts interposés dans les mois à venir. Dans le rapport concernant La Gantoise, on lit ainsi que les Buffalos prévoient une rentrée de quinze millions d'euros lors du prochain mercato, sans savoir s'il s'agit d'une tranche encore impayée du départ de Jonathan David vers Lille ou d'un deal sortant déjà planifié. Malines ou Courtrai tablent sur des ventes déjà conclues, le Standard s'équilibre sur les millions promis par l'Inter pour le rachat de Zinho Vanheusden, et des clubs comme Saint-Trond ou l'Antwerp promettent des plus-values dans les prochains mois. Dans le cas du matricule 1, le rapport précise qu'une telle promesse avait déjà été avancée un an plus tôt, sans jamais se vérifier au cours de la saison. Quant aux Trudonnaires, on précise qu'aucune offre écrite n'est actuellement sur la table des Canaris pour confirmer cette prévision. Grâce aux nouvelles mesures prévues par le département des Licences, la plupart des clubs passent donc au feu orange. Le vert est réservé à Bruges, aussi souverain dans les bureaux que sur le terrain, mais aussi à un Genk devenu champion des plus-values exceptionnelles et à un Charleroi qui fait office de modèle de gestion financière et administrative depuis la reprise du club. Pour tous les autres, l'octroi de la licence est assujetti à des promesses, voire soumis à un contrôle mensuel du paiement des salaires, des plans d'apurement et autres dettes. Très nombreux sont ceux qui sont ainsi soumis à l'article P 7.38 du règlement fédéral, lequel stipule que le club sera convoqué par l'Auditorat des Licences, dirigé par le rigoureux Nils Van Brantegem, en cas de défaillances persistantes lors de ces contrôles récurrents. Si la licence est systématiquement accordée pour l'ensemble de la saison, des écarts répétés à la ligne de conduite fixée lors de son octroi pourraient occasionner toute une série de sanctions. Celles-ci peuvent aller de l'amende de 50.000 euros au handicap de points, en passant par une amende plus sévère pouvant s'élever à 10% des droits TV, une limitation du nombre de joueurs de plus de 21 ans présents sur la feuille de match ou une interdiction temporaire de recrutement. Au Beerschot, par exemple, la lettre de confort des propriétaires saoudiens n'a pas suffi à éviter ce contrôle mensuel. Tout comme à Eupen, où la dépendance à l'actionnaire principal (les Qataris d'Aspire) est jugée trop importante en sus des pertes cumulées de ces dernières années. Même chose pour le promu unioniste, où l'examen révèle que les salaires équivalent à plus de 300% des revenus opérationnels du club. Dans ces clubs, et dans beaucoup d'autres possédés par des investisseurs étrangers souvent qualifiés de "fiables" dans leurs promesses financières, les promesses de masse salariale réduite à la sortie du prochain mercato seront examinées de près au mois de septembre prochain, date où de premières sanctions de cette nouvelle mouture des licences pourraient tomber. À Ostende et à Mouscron, les largesses permises par le nouveau règlement n'ont pas suffi pour éviter le feu rouge. La sanction était attendue chez des Hurlus dont les problèmes financiers sont publics depuis de nombreuses semaines, quand la révélation dans la presse des retards dans le paiement des salaires avait agité l'avant-match contre le Standard. La nébuleuse qui entoure Jogo Bonito, la société propriétaire du club et montée par un Gérard Lopez qui a fait des labyrinthes fiscaux sa spécialité, amène la Commission à écrire qu'elle "ne peut pas se prononcer sur l'exactitude de l'organigramme du club". Tout aussi floue est l'origine des 8,5 millions prêtés par des sociétés tierces à Jogo Bonito, alors que la lettre de confort du propriétaire du club n'est pas considérée comme effective, puisque Lopez est entre-temps devenu détenteur du club de Boavista au Portugal, et voit par conséquent son apport potentiel à Mouscron diminuer. En plus de cette origine de fonds "douteuse", la Commission mentionne que l'apport de 6,2 millions budgétisé par le club ne s'est actuellement concrétisé qu'à hauteur de 700.000 euros. Tout cela, et un litige avec Crotone concernant le paiement des droits du club italien sur la revente de Noë Dussenne au Standard, orientent le verdict vers un renvoi en D2 Amateurs avec un handicap de trois points. Avant l'entrée en scène de l'avocat du Canonnier, impérial face à la Cour d'arbitrage au printemps dernier. À la Côte, c'est également l'incertitude de l'origine des fonds de Pacific Media Group qui est pointée du doigt. Les sociétés derrière le KVO sont majoritairement basées à Hong Kong, pas vraiment réputé pour sa transparence en matière financière, et la Commission estime qu'elle n'a pas reçu les documents nécessaires pour lever le doute sur la source qui abreuve la révélation de la saison en Pro League. Au cas où un club échouerait dans son recours face à la Cour d'arbitrage, qui devrait rendre ses verdicts au cours du mois de mai prochain, aucun montant supplémentaire ne serait accueilli au sein de l'élite, qui descendrait ainsi à dix-sept ou à seize unités. Une décision validée la saison dernière au moment de la réforme du système des play-offs, qui doit à terme mener à une élite nationale plus allégée, conformément aux souhaits d'une partie des grands clubs du pays.