Il y a deux semaines, Hein Vanhaezebrouck aurait-il jeté un regard de convoitise au banc de son collègue Ivan Leko ? Le banc brugeois était occupé par Horvath, Cools, Decarli, Mechele, Peres, Amrabat, Openda et Schrijvers.

Vanhaezebrouck, lui, avait dû y installer quatre youngsters - Delcroix, Kayembe, Sambi Lokonga et Dauda - qui n'ont pas joué cinq matches au plus haut niveau - plus quelques joueurs plus ou moins prêts.

L'occupation a été doublée pendant l'intersaison mais une épidémie de blessures (Najar, Kums, Saief) et l'intégration difficile de certains au système de jeu (Bakkali, Adzic, Abazaj) ont limité les choix d'Anderlecht.

Au Jan Breydel, Vanhaezebrouck a dû se contenter du traditionnel remplacement de Musona par Gerkens - ils ont déjà permuté trois fois. Depuis l'intronisation de HVH à Anderlecht, Gerkens a été remplacé à treize reprises.

Seul Lukasz Teodorczyk, sorti prématurément à onze reprises, approche ce chiffre. Des extérieurs comme Amuzu, Onyekuru et Appiah ont sans douté été retirés contre leur gré. Vanhaezebrouck ne s'occupe pas des noms mais des positions.

Pieter Gerkens: le plus souvent remplacé., belgaimage
Pieter Gerkens: le plus souvent remplacé. © belgaimage

Les joueurs les plus souvent remplacés

Pieter Gerkens: 13

Lukasz Teodorczyk: 11

Sofiane Hanni: 9

Ryota Morioka: 9

Adrien Trebel: 8

Alexis Saelemaekers: 7

Henry Onyekuru: 5

Dennis Appiah: 5

Francis Amuzu: 5

Lazar Markovic: 4

Sven Kums : 4

Dans le système du Flandrien, les deux ailiers et le faux numéro dix - ou comme l'année dernière les deux distributeurs derrière un avant-centre - effectuent la plupart des runs et ils se fatiguent donc plus rapidement. De ce point de vue, il n'est donc pas anormal que les extérieurs Amuzu et Bruno aient été remplacés dix fois. Amuzu est même celui qui est remplacé le plus tôt.

Money time

Les réserves - un terme que n'apprécie pas Vanhaezebrouck - ne s'étonnent plus depuis longtemps de devoir entamer leur échauffement aux alentours de la demi-heure de jeu. L'objectif ? Ne pas risquer de blessure tout en n'étant pas à bout de souffle en montant au jeu. Vanhaezebrouck veut que ceux qui font banquette approchent du niveau du match. Ce qui implique un long échauffement.

Hein Vanhaezebrouck donne quelques conseils à Bubacarr Sanneh, la dernière recrue d'Anderlecht., BELGAIMAGE
Hein Vanhaezebrouck donne quelques conseils à Bubacarr Sanneh, la dernière recrue d'Anderlecht. © BELGAIMAGE

Sur les 112 remplacements qu'il a effectués jusqu'au match contre l'Antwerp, 51 ont eu lieu dans le dernier quart d'heure du match. À treize reprises, un joueur a été remplacé avant l'heure de jeu. HVH mise tout sur le money time. Reste qu'il donne l'impression de ne pas aimer les changements. On l'a encore vu contre le Club Bruges.

Comme Anderlecht ne parvenait pas à sortir sur ses flancs, un changement offensif s'imposait mais il a laissé tous ses pions en place, hormis Musona. "Je n'ai pas vu de raison à remplacer Amuzu et Saelemaekers", a expliqué Vanhaezebrouck à l'issue de la partie. "Ils étaient bien dans le match. Si j'ai finalement dû les faire sortir, c'est parce qu'ils souffraient."

Le coach des Mauves ne redispose ses pions qu'en cas de nécessité absolue, une blessure, un retard au score. L'équipe mène ? Dans ce cas, il n'envisagera un échange de joueurs que dans le dernier quart d'heure mais il n'effectuera pas de remplacement pour permettre à un joueur d'acquérir du rythme.

Les matches amicaux et les parties disputées à l'entraînement y sont destinés. Il y a une idée derrière chaque remplacement. Un joker doit apporter de l'élan à l'équipe. Changer pour changer n'est pas une option. Lancer un joueur dans les arrêts de jeu pour gagner quelques secondes et casser le rythme du match ? Ce n'est pas le genre de Vanhaezebrouck. Il n'a effectué que six remplacements au-delà de la 90'. "Hein préfère une approche positive jusqu'au coup de sifflet final", dit-on au Parc Astrid.

Les automatismes avant tout

Un chiffre saute aux yeux : cette saison, le temps de jeu moyen d'un joker a diminué de sept minutes. La saison passée, les réserves disposaient en moyenne de vingt minutes contre treize maintenant. En plus, cette moyenne est fortement influencée par l'entrée au jeu de Delcroix. Contre Ostende, il a été lancé à la mi-temps, Milic étant blessé.

Dans l'esprit de Vanhaezebrouck, il n'y avait aucune raison de modifier son équipe de base durant les quatre premiers matches de la compétition. Anderlecht jouait convenablement, voire bien, marquait à la chaîne et l'équipe avait bien besoin de toutes ses minutes de jeu pour améliorer ses automatismes.

Musona a obtenu quatre minutes à Courtrai, Amuzu n'est entré que dans les arrêts de jeu contre Ostende et Gerkens a obtenu une misérable petite minute contre Mouscron. Le match était plié depuis longtemps quand ils sont entrés au jeu mais Vanhaezebrouck ne souhaitait pas, pour autant, accorder davantage de temps de jeu à certains footballeurs.

Ognjen Vranjes est sorti prématurément du terrain face à Mouscron. Non pas parce que son coach le voulait mais en raison d'une carte rouge..., BELGAIMAGE
Ognjen Vranjes est sorti prématurément du terrain face à Mouscron. Non pas parce que son coach le voulait mais en raison d'une carte rouge... © BELGAIMAGE

Il ne faut donc pas s'étonner que même Bakkali ait dû patienter jusqu'à la cinquième journée pour entrer au jeu. Le Liégeois a obtenu onze minutes pour se montrer, juste assez pour énerver Vanhaezebrouck. Alors que l'adrénaline giclait encore dans ses artères, HVH a haché Bakkali devant les caméras francophones : "Il n'a pas été dangereux une seule fois."

Une fois calmé, il a toutefois pris la défense du joueur, international belge à une reprise, devant la presse : "J'ai lancé Bakkali pour mieux joueur et bénéficier de ses actions homme contre homme mais il a vu les ballons voler. Il aurait tout aussi bien pu rester à côté de moi sur le banc. L'entrée de Bakkali et de Najar n'a pas apporté grand-chose. Ils étaient en spectateurs."

Ça s'appelle manier le bâton et la carotte. Mais ça en dit long sur ce qu'il attend d'un joueur qu'il fait monter. Vanhaezebrouck l'avait déjà dit pendant la préparation : il place la barre au niveau des joueurs qui sautent le plus haut.

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Top cinq des matches dans lesquels les remplaçants ont reçu le plus de temps de jeu

Anderlecht 1 - Charleroi 3 (10/12/17)

Remplaçants : Teodorczyk à la minute 29, Sa à la minute 46 et Bruno à la minute 61

Total : 155 minutes

GAND 1 - Anderlecht 0 (13/05/18)

Remplaçants : Amuzu à la minute 15, Danté à la minute 78' et Morioka à la minute 82.

Total : 105 minutes

Anderlecht 2 - KV Malines 2 (04/02/18)

Remplaçants : Chipciu à la minute 46', Gerkens à la minute 46 et Sa Morioka à la minute 89.

Total : 91 minutes

Ostende 2 - Anderlecht 0 (10/02/18)

Remplaçants : Teodorczyk à la minute 46, Amuzu à la minute 62 et Sa à la minute 76.

Total : 87 minutes

PSG 5 - Anderlecht 0 (31/10/17)

Remplaçants : Sa à la minute 46, Teodorczyk à la minute 60 et Stanciu à la minute 79.

Total : 86 minutes

Top cinq des matches dans lesquels les remplaçants ont reçu le moins de temps de jeu

Zulte Waregem 2 - Anderlecht 3 (03/02/18)

Remplaçants : Amuzu à la minute 79, Ganvoula à la minute 90 et Sa à la minute 94.

Total : 11 minutes

Eupen 2 - Anderlecht 3 (28/10/17)

Remplaçants : Chipciu à la minute 75 et Obradovic à la minute 86.

Total : 19 minutes

Anderlecht 0 - Standard 1 (29/11/17)

Remplaçants : Kums à la minute 70.

Total : 20 minutes

Lokeren 1 - Anderlecht 2 (02/12/17)

Remplaçants : Dendoncker à la minute 79 et Harbaoui à la minute 81.

Total : 20 minutes

Les remplaçants ont eu 21 minutes pour faire leurs preuves lors de trois matches : Anderlecht - Mouscron (17/08/18), KV Malines - Anderlecht (13/10/17) et Anderlecht - Gand (01/04/18).

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PAR ALAIN ELIASY

Il y a deux semaines, Hein Vanhaezebrouck aurait-il jeté un regard de convoitise au banc de son collègue Ivan Leko ? Le banc brugeois était occupé par Horvath, Cools, Decarli, Mechele, Peres, Amrabat, Openda et Schrijvers. Vanhaezebrouck, lui, avait dû y installer quatre youngsters - Delcroix, Kayembe, Sambi Lokonga et Dauda - qui n'ont pas joué cinq matches au plus haut niveau - plus quelques joueurs plus ou moins prêts. L'occupation a été doublée pendant l'intersaison mais une épidémie de blessures (Najar, Kums, Saief) et l'intégration difficile de certains au système de jeu (Bakkali, Adzic, Abazaj) ont limité les choix d'Anderlecht. Au Jan Breydel, Vanhaezebrouck a dû se contenter du traditionnel remplacement de Musona par Gerkens - ils ont déjà permuté trois fois. Depuis l'intronisation de HVH à Anderlecht, Gerkens a été remplacé à treize reprises. Seul Lukasz Teodorczyk, sorti prématurément à onze reprises, approche ce chiffre. Des extérieurs comme Amuzu, Onyekuru et Appiah ont sans douté été retirés contre leur gré. Vanhaezebrouck ne s'occupe pas des noms mais des positions. Dans le système du Flandrien, les deux ailiers et le faux numéro dix - ou comme l'année dernière les deux distributeurs derrière un avant-centre - effectuent la plupart des runs et ils se fatiguent donc plus rapidement. De ce point de vue, il n'est donc pas anormal que les extérieurs Amuzu et Bruno aient été remplacés dix fois. Amuzu est même celui qui est remplacé le plus tôt. Money time Les réserves - un terme que n'apprécie pas Vanhaezebrouck - ne s'étonnent plus depuis longtemps de devoir entamer leur échauffement aux alentours de la demi-heure de jeu. L'objectif ? Ne pas risquer de blessure tout en n'étant pas à bout de souffle en montant au jeu. Vanhaezebrouck veut que ceux qui font banquette approchent du niveau du match. Ce qui implique un long échauffement. Sur les 112 remplacements qu'il a effectués jusqu'au match contre l'Antwerp, 51 ont eu lieu dans le dernier quart d'heure du match. À treize reprises, un joueur a été remplacé avant l'heure de jeu. HVH mise tout sur le money time. Reste qu'il donne l'impression de ne pas aimer les changements. On l'a encore vu contre le Club Bruges. Comme Anderlecht ne parvenait pas à sortir sur ses flancs, un changement offensif s'imposait mais il a laissé tous ses pions en place, hormis Musona. "Je n'ai pas vu de raison à remplacer Amuzu et Saelemaekers", a expliqué Vanhaezebrouck à l'issue de la partie. "Ils étaient bien dans le match. Si j'ai finalement dû les faire sortir, c'est parce qu'ils souffraient." Le coach des Mauves ne redispose ses pions qu'en cas de nécessité absolue, une blessure, un retard au score. L'équipe mène ? Dans ce cas, il n'envisagera un échange de joueurs que dans le dernier quart d'heure mais il n'effectuera pas de remplacement pour permettre à un joueur d'acquérir du rythme. Les matches amicaux et les parties disputées à l'entraînement y sont destinés. Il y a une idée derrière chaque remplacement. Un joker doit apporter de l'élan à l'équipe. Changer pour changer n'est pas une option. Lancer un joueur dans les arrêts de jeu pour gagner quelques secondes et casser le rythme du match ? Ce n'est pas le genre de Vanhaezebrouck. Il n'a effectué que six remplacements au-delà de la 90'. "Hein préfère une approche positive jusqu'au coup de sifflet final", dit-on au Parc Astrid. Les automatismes avant tout Un chiffre saute aux yeux : cette saison, le temps de jeu moyen d'un joker a diminué de sept minutes. La saison passée, les réserves disposaient en moyenne de vingt minutes contre treize maintenant. En plus, cette moyenne est fortement influencée par l'entrée au jeu de Delcroix. Contre Ostende, il a été lancé à la mi-temps, Milic étant blessé. Dans l'esprit de Vanhaezebrouck, il n'y avait aucune raison de modifier son équipe de base durant les quatre premiers matches de la compétition. Anderlecht jouait convenablement, voire bien, marquait à la chaîne et l'équipe avait bien besoin de toutes ses minutes de jeu pour améliorer ses automatismes. Musona a obtenu quatre minutes à Courtrai, Amuzu n'est entré que dans les arrêts de jeu contre Ostende et Gerkens a obtenu une misérable petite minute contre Mouscron. Le match était plié depuis longtemps quand ils sont entrés au jeu mais Vanhaezebrouck ne souhaitait pas, pour autant, accorder davantage de temps de jeu à certains footballeurs. Il ne faut donc pas s'étonner que même Bakkali ait dû patienter jusqu'à la cinquième journée pour entrer au jeu. Le Liégeois a obtenu onze minutes pour se montrer, juste assez pour énerver Vanhaezebrouck. Alors que l'adrénaline giclait encore dans ses artères, HVH a haché Bakkali devant les caméras francophones : "Il n'a pas été dangereux une seule fois." Une fois calmé, il a toutefois pris la défense du joueur, international belge à une reprise, devant la presse : "J'ai lancé Bakkali pour mieux joueur et bénéficier de ses actions homme contre homme mais il a vu les ballons voler. Il aurait tout aussi bien pu rester à côté de moi sur le banc. L'entrée de Bakkali et de Najar n'a pas apporté grand-chose. Ils étaient en spectateurs." Ça s'appelle manier le bâton et la carotte. Mais ça en dit long sur ce qu'il attend d'un joueur qu'il fait monter. Vanhaezebrouck l'avait déjà dit pendant la préparation : il place la barre au niveau des joueurs qui sautent le plus haut. PAR ALAIN ELIASY