Tout est d'abord une histoire de bruit. On ne perçoit plus celui du ballon, parce qu'on entend à nouveau celui du football. Des supporters qui rythment les échanges, même s'ils restent en petit comité, s'enflammant à l'entame d'une reconversion offensive ou remettant une couche de pression quand l'adversaire tire la langue. Ce sont les bruits de Sclessin, si caractéristiques au moment de soutenir leurs héros. Après l'ovation réservée aux services de secours, éprouvés par des jours passés avec les pieds et les yeux noyés, les chants et les cris sont pour les hommes de Mbaye Leye, tout proches de l'exploit face au vice-champion de Belgique.
...

Tout est d'abord une histoire de bruit. On ne perçoit plus celui du ballon, parce qu'on entend à nouveau celui du football. Des supporters qui rythment les échanges, même s'ils restent en petit comité, s'enflammant à l'entame d'une reconversion offensive ou remettant une couche de pression quand l'adversaire tire la langue. Ce sont les bruits de Sclessin, si caractéristiques au moment de soutenir leurs héros. Après l'ovation réservée aux services de secours, éprouvés par des jours passés avec les pieds et les yeux noyés, les chants et les cris sont pour les hommes de Mbaye Leye, tout proches de l'exploit face au vice-champion de Belgique. Sur le papier, l'opposition parait pourtant déséquilibrée. Maarten Vandevoordt ne met que quelques secondes à le rappeler, en envoyant un long ballon vers Paul Onuachu. Le géant nigérian, 35 buts toutes compétitions confondues la saison dernière et dont la tête est mise à prix au-delà des vingt millions d'euros, est pourtant devancé dans les airs par Ameen Al Dakhil, qui dispute ses premières secondes professionnelles. Contraste saisissant entre un Genk devenu une machine à faire du cash et un Standard qui se relance à moindre coût. Entre des Limbourgeois vantés pour leur formation, mais qui ne présentent que deux produits de leur académie au coup d'envoi (Vandevoordt et Bryan Heynen) et des Rouches qui alignent de concert Al Dakhil, Arnaud Bodart, Hugo Siquet et Nicolas Raskin. Au bout des nonante premières minutes de la saison, seul Ostende présente d'ailleurs une moyenne d'âge inférieure aux 23,1 ans liégeois. Depuis l'arrivée de Philippe Montanier l'été dernier, onze joueurs nés après le 1er janvier 2000 ont au moins disputé une minute en championnat sous le maillot liégeois. L'un d'entre eux est même déjà parti, rapportant au passage des millions bienvenus pour l'équilibre des comptes principautaires. "C'est la réalité économique et financière du moment", précise Benjamin Nicaise la semaine dernière dans les colonnes de la Dernière Heure, décrivant en quelques mots l'inéluctabilité d'une situation liégeoise où les joueurs classés "invendables" sont de plus en plus rares. À Sclessin, plus personne ne cache que le mercato gargantuesque de l'été 2019 est à l'origine d'une bonne partie des maux. Des dépenses déjà audacieuses, devenues carrément déraisonnables quand le Covid a frappé le quotidien financier de l'élite nationale, et surtout une masse salariale grimpée à des hauteurs inédites, que le club tente aujourd'hui de ramener à un plafond plus en phase avec la réalité rouche. Le départ de Michel Preud'homme, de moins en moins discrètement ciblé par ceux qui ont hérité des conséquences de ses choix omnipotents, est une première économie d'importance, complétée depuis quelques temps par les départs de joueurs aux salaires majeurs, de Paul-José Mpoku à Duje Cop en passant par Sébastien Pocognoli ou, prochainement, Obbi Oulare. "Tout ce qui coûte cher et qui ne joue pas", résumait-on déjà en Principauté il y a plus d'un an, en faisant le constat de cette masse salariale envolée aux hauteurs de celle de Bruges. En linguistique comme en football, économies et ambitions sont loin de constituer une rime harmonieuse. En bords de Meuse, la T4 clairsemée entame pourtant la saison avec une banderole particulièrement explicite: "Cette année, fini la transition, on veut des résultats et de la motivation." La deuxième requête ne semble négociable à aucun échelon du club, à commencer par un Mbaye Leye qui se déclare ravi, après le coup de sifflet final, d'avoir vu plusieurs de ses joueurs quitter la pelouse avec des crampes, préférant y voir l'indice d'un dépassement mental plutôt que celui d'une insuffisance physique. Pour les résultats, par contre, les discours sont plus divergents. En fin de saison dernière, le CEO Alexandre Grosjean fixe ainsi comme ambition sportive de "décrocher un ticket européen le plus vite possible", au sein d'un triangle d'objectifs qui comprend également le retour à l'équilibre financier et la poursuite de la formation et de l'éclosion des jeunes. En prélude au premier match de la saison, Nicaise parle prudemment dans la DH de "récolter les fruits de notre travail actuel d'ici un à deux ans", alors que du côté du vestiaire, Jackson Muleka affirme que "le Standard est obligé d'être dans le top 5 chaque saison, c'est une des exigences de son statut." Si le discours semble flou à court terme, c'est peut-être parce qu'il est encore audacieux d'esquisser le croquis du Standard de la fin du mois d'août. La liste d'indésirables établie par Mbaye Leye est particulièrement longue, et son choix d'un 3-5-2 pourrait être rapidement remis en question par le départ potentiel d'Hugo Siquet. Très convoité suite à ses premiers mois professionnels, le neveu de Thierry a semblé plus survolté qu'impressionné par sa découverte du public de Sclessin, mais sa déclaration d'amour d'après-match s'est accompagnée de points d'interrogation autour de son avenir. Sans la précision de ses centres, la double occupation de la surface par Muleka et João Klauss perd une bonne partie de ses atouts. Surtout, il est difficile d'imaginer le percutant ailier Aron Donnum, arrivé de Valerenga au bout de longues négociations, s'intégrer à un poste de ce système pourtant choisi comme référence pendant la majeure partie d'une préparation exigeante. Le profil correspond néanmoins à un voeu ouvertement exprimé par Leye, celui de pouvoir compter sur un joueur de percussion et de déséquilibre pour pallier la baisse de régime d'un Mehdi Carcela qui n'entre vraisemblablement plus dans les plans malgré un contrat prolongé (à la baisse) en cours de saison dernière. Et ce même si le Sénégalais aime rappeler que les portes ne sont jamais définitivement fermées. L'entrée vers les petits papiers du coach est visiblement surveillée par l'une de ces portes coulissantes qui se referment parfois à l'improviste sur celui qui tente d'entrer. Cas symbolique, le jeune Allan Delferriere s'est retrouvé titulaire à quatre reprises lors des play-offs de fin de saison dernière, après avoir tapé dans l'oeil de Leye lors d'une rencontre des U18 des Rouches. Pas spécialement considéré comme l'un des talents majeurs de l'Académie, en tout cas pas au point d'obtenir ce surclassement soudain, le joueur est aujourd'hui prêté au MVV Maastricht en compagnie de Lucas Kalala et Mitchy Ntelo, le moral indéniablement atteint par les montagnes russes des derniers mois. La gestion humaine du Sénégalais pose des questions et les réponses devront se traduire en résultats positifs après le choix d'une prolongation de l'aventure entamée en janvier qui ne faisait pas l'unanimité en bords de Meuse. Avec un partage contre un Genk étonnamment fébrile, bousculé par des Rouches ambitieux et pleins d'assurance au retour des vestiaires après avoir souffert lors des 45 premières minutes, le premier point de la saison a une saveur contrastée. Le goût d'inespéré avant le match se mêle à la déception d'une égalisation concédée tardivement. Malgré tout, les tribunes déversent plus d'applaudissements que de regrets après le coup de sifflet final, réservant une bonne partie de leur joie à un Hugo Siquet impressionné par l'ambiance dont il rêvait depuis des mois. Dans un stade aux deux tiers vide, Sclessin a déjà joué son rôle. Au faîte du temps fort liégeois en seconde période, Genk avait probablement l'impression de jouer à onze contre douze, tant les bruits des tribunes accéléraient les courses rouches. "L'impact du public est énorme", reconnaît d'ailleurs Mbaye Leye dans la foulée du match. "C'est un avantage gigantesque pour nos joueurs et c'est important dans notre style de jeu, avec beaucoup de pressing." ZinhoVanheusden a un jour, dans Het Nieuwsblad, évalué l'impact des tribunes liégeoises à quinze points par saison. Ni Aron Donnum ni ce Kyogo Furuhashi dont Benjamin Nicaise et ses équipes rêvaient depuis de longs mois n'auraient sans doute pu en garantir autant. La meilleure nouvelle tête de Mbaye Leye cet été, c'est donc peut-être celle de ses supporters.