" Sclessin, c'est magnifique, c'est un stade qui vous oblige à tout donner, qui vous empêche de calculer vos efforts. " Aleksandar Jankovic a ré-embrasé un stade devenu triste à force de manque de résultats et d'engagement. Genk n'a guère existé, dimanche soir. " Pourtant, Peter Maes en a fait une machine ", continue le nouveau coach du Standard. " On va essayer de faire ça chaque fois. " Le Serbe a aimé " la prestation généreuse de toute l'équipe, la mentalité, le caractère, l'agressivité, la gestion, l'organisation presque impeccable, la communion avec le public. " Réaction dépitée de Tino-Sven Susic dans le camp d'en face : " A cause du nouveau coach, ils voulaient tous se montrer. "
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" Sclessin, c'est magnifique, c'est un stade qui vous oblige à tout donner, qui vous empêche de calculer vos efforts. " Aleksandar Jankovic a ré-embrasé un stade devenu triste à force de manque de résultats et d'engagement. Genk n'a guère existé, dimanche soir. " Pourtant, Peter Maes en a fait une machine ", continue le nouveau coach du Standard. " On va essayer de faire ça chaque fois. " Le Serbe a aimé " la prestation généreuse de toute l'équipe, la mentalité, le caractère, l'agressivité, la gestion, l'organisation presque impeccable, la communion avec le public. " Réaction dépitée de Tino-Sven Susic dans le camp d'en face : " A cause du nouveau coach, ils voulaient tous se montrer. "C'est une dure loi du foot pro : on est très vite oublié. Avant ce match, le Standard a mis à l'honneur ses 160 stewards et ses 120 contrôleurs, trois supporters décédés ont eu leur minute d'applaudissement. Et pour Yannick Ferrera ? Nada ! Pas une banderole, rien. Tout un stade est déjà passé à autre chose. Il a revu une équipe conforme à ce que Jankovic avait prédit deux jours plus tôt : " Le premier objectif n'est certainement pas de proposer du football champagne pour séduire le public, mais de tout faire pour gagner. Si on commence à penser en termes de séduction, on va perdre l'idée principale qui est de construire une équipe avec une mentalité exemplaire. "Le président reconnaît qu'il a fait barrage au duo Olivier Renard / Daniel Van Buyten cet été. Ils voulaient déjà remplacer Yannick Ferrera et avaient déjà avancé le nom de Jankovic. Bruno Venanzi a estimé que son coach avait été handicapé, la saison passée, par le fait de ne pas avoir pu diriger la préparation, par le fait d'avoir dû reconstruire dare-dare sur les ruines laissées par Slavo Muslin. Dès que le championnat a repris, Renard et Van Buyten ont continué à dire à leur employeur que Ferrera n'était plus l'homme de la situation. Ils ont donc fini par le convaincre.Bruno Venanzi est-il encore le patron du Standard ? Il a repris le club en martelant qu'il visait un retour à la stabilité. Mais le Standard actuel est l'exemple le plus frappant d'instabilité dans le foot belge. En un peu plus d'un an, la nouvelle direction en est à son troisième coach, tandis que chaque période des transferts voit l'Académie se transformer en gigantesque moulin, en auberge espagnole où des footballeurs arrivent en tant que parfaits inconnus et s'en vont en étant toujours aussi anonymes. Autre incohérence dans le discours du président : le dégraissage. Il a hérité d'un noyau XXL quand il a racheté le Standard. Dans un premier temps, il a fait partir pas mal de joueurs. Mais entre-temps, le noyau a repris des proportions inquiétantes. On dénombre aujourd'hui près de 35 hommes. Sept attaquants, par exemple. Où est la logique ? Le Standard semble miser sur la quantité et des bons coups sur le marché des transferts mais les échecs sont bien plus nombreux que les réussites jusqu'à présent. Et, la semaine dernière, il a fallu ajouter rapidement quelques casiers supplémentaires dans le vestiaire de l'Académie, vu que Jankovic a décidé de travailler avec tout le monde.Reste que le timing du changement d'entraîneur est étonnant. Voire maladroit ? L'explication officielle du C4 remis à Yannick Ferrera est celle-ci : " Il y a plusieurs raisons. D'abord les résultats, puis la manière, ensuite l'évolution du groupe. On doit voir que les joueurs sont meilleurs que la saison dernière mais on constate que, pour la plupart, ce n'est pas le cas. " La direction ne tient donc pas compte du point arraché à Bruges, où on avait vu un bon Standard. Elle ne tient pas compte non plus de la large victoire contre Marseille pendant la trêve internationale. Et puisque la décision de licencier Yannick Ferrera était prise depuis un bon moment, il aurait été plus judicieux de passer à l'acte plus tôt. Bien avant la fermeture du mercato. S'il avait signé ne fût-ce qu'une semaine plus tôt, Jankovic aurait pu désigner les joueurs sur lesquels il ne compte pas, certains auraient pu être casés ailleurs et le Standard ne serait pas confronté, au moins jusqu'en janvier, à un groupe pro aussi important en nombre.Yannick Ferrera l'avait confié en privé dès la reprise des entraînements : il avait l'assurance de commencer la saison (Bruno Venanzi le lui avait promis) mais il savait qu'il ne passerait pas le mois de septembre si les résultats ne suivaient pas. Il savait aussi que les renforts allaient arriver au dernier moment (ce qui a été confirmé) et ça ne lui facilitait pas la tâche. Pour lui, c'était presque perdu d'avance mais il raisonnait comme ceci : " J'y vais à fond avec mon raisonnement et je mourrai avec mes idées. " En envoyant Renaud Emond et Mohamed Yattara dans le noyau B, il a commandé un des derniers clous de son cercueil. Il était de plus en plus isolé. Sa relation avec le président restait correcte mais il n'y avait plus que ça. Yannick Ferrera n'avait presque plus de rapports avec Daniel Van Buyten, et sa relation avec Olivier Renard était conflictuelle et depuis longtemps.Dans le staff, il n'avait plus que son analyste vidéo William Still et son T2 Yann Daniélou comme soutiens. Avec le reste de la troupe (Eric Deflandre, Philippe Vande Walle et Eric Roex), c'était glacial. Trois collaborateurs qu'on lui avait mis dans les pattes, sans lui demander son avis.Après la Supercoupe perdue contre Bruges, des joueurs avaient signalé que le groupe n'était nulle part physiquement. Une pique à Roex, le nouveau physicalcoach, et cette pique n'avait pas déplu à Yannick Ferrera. Simplement, Roex a sa méthode. Il n'a pas tué les joueurs dès la reprise, il les a programmés piano pour arriver en pleine forme un peu plus tard dans la saison.Quand il est arrivé à Malines, club habitué à rater les play-offs 1 pour peu de choses, Aleksandar Jankovic a dit à ses joueurs : " Maintenant, on se tait et on travaille ". Deux ans plus tard, ce club n'a toujours pas connu l'ivresse des PO1. Tout le monde n'est pas convaincu par l'apport sportif du Serbe. Par contre, sa personnalité fait l'unanimité. Il faut dire que l'homme sait s'y prendre pour soigner sa communication. Question d'hérédité sans doute. Son père est l'un des journalistes sportifs les plus populaires de Serbie.A son époque malinoise, Aleksandar Jankovic nous explique ce qu'il pense des relations avec la presse : " Rentrer à la rédaction sans avoir pu avoir une réaction du coach de l'équipe qu'on couvre, je sais ce que c'est. Je sais que ça peut poser des problèmes au journaliste, qu'il risque d'avoir un souci avec son rédacteur en chef. La presse mérite qu'on la respecte. Un entraîneur doit être conscient et accepter que tout ce qu'il fait, tout ce qu'il dit, ça intéresse les gens. Il fait un métier public et il doit assumer. Je le sais, et donc, je suis toujours correct et respectueux. "Le gars est un vrai globe-trotter. Il a joué en Australie, en France et aux Etats-Unis. Il a entraîné en Bulgarie, en Ukraine et en Russie. Comme son maître Slavo Muslin, il part du principe qu'il faut parler au plus vite la langue locale, et donc il y consacre du temps. Dès son arrivée à Malines, il s'attaque au néerlandais et nous explique les raisons : " Il y a des gens qui embrassent le blason de leur nouveau club pour montrer leur attachement. Moi, je ne fonctionne pas comme ça. J'ai d'autres manières pour montrer mon respect. Apprendre la langue, ça en fait partie. Je me suis inscrit aux cours de néerlandais avec certains joueurs, je leur ai dit : -On va tous faire plein d'erreurs mais ce n'est pas un problème. Quand je parle en néerlandais à la télé pour analyser un match, il faut sous-titrer et il y a deux millions de personnes qui rigolent mais je m'en moque. J'ai au moins envoyé un signal de respect. "Olivier Renard apprécie vite ces efforts ainsi que sa conception du jeu. " On a la même vision. Jankovic n'aime pas les duels et les longs ballons. Dès notre première rencontre à Malines, j'ai été séduit par son discours. Il a coaché les Espoirs serbes, dont près de 15 joueurs sont montés en équipe nationale A. C'est révélateur. Tout comme le fait que sa Fédération ait ensuite voulu lui confier cette équipe A. "Au moment où Malines est dans le creux, Jankovic est mis en cause. Là encore, il a le soutien total de son directeur sportif : " Tu dois agir quand tu ressens des ondes négatives dans le vestiaire, mais il n'y a rien de tout ça chez nous. Il y a des entraîneurs qui gardent leurs joueurs quatre heures par jour sur le terrain, on dit qu'ils travaillent bien. Jankovic, ce n'est pas ça. On voit qu'il fait progresser tout le monde, c'est ça qui importe pour nous. Et quand ton coach a 90 ou 95% des joueurs derrière lui, ça veut dire que c'est un bon. "Et pour ce qui est de la bougeotte maladive du nouvel entraîneur du Standard, qui se pose rarement pour une longue période, Olivier Renard a cette remarque : " A part Alex Feruguson et Francky Dury, qui reste encore plus de deux saisons dans le même club ? "Aleksandar Jankovic a fait ses premiers pas d'analyste et de futur coach quand il n'avait que 21 ans. Il a regardé à la télévision un match France - Brésil et l'a debriefé à Miljan Miljanic, ex-entraîneur de l'Etoile Rouge Belgrade, du Real Madrid, de Valence et de la sélection yougoslave. Ce Miljanic a fondu pour la précision de son analyse et lui a dit : " Sacha, tu seras entraîneur. "Par Pierre DanvoyeRetrouvez l'intégralité du dossier à propos du Standard dans votre Sport/Foot Magazine