A elles trois, Aline Zeler (34 ans), Janice Cayman (28 ans) et Tessa Wullaert (24 ans) cumulent 213 sélections chez les Red Flames. Bientôt, elles enrichiront leur palmarès d'une première participation à un grand tournoi. Mais elles poursuivent un objectif plus élevé dans leur carrière : promouvoir le football féminin en Belgique et séduire des jeunes filles qui, jusqu'ici, avaient tendance à préférer le volley ou la gymnastique.
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A elles trois, Aline Zeler (34 ans), Janice Cayman (28 ans) et Tessa Wullaert (24 ans) cumulent 213 sélections chez les Red Flames. Bientôt, elles enrichiront leur palmarès d'une première participation à un grand tournoi. Mais elles poursuivent un objectif plus élevé dans leur carrière : promouvoir le football féminin en Belgique et séduire des jeunes filles qui, jusqu'ici, avaient tendance à préférer le volley ou la gymnastique. " Au début des années 90, lorsque j'ai commencé à jouer au football, j'ai surtout dû convaincre mes parents ", se souvient Zeler. " Je suis originaire de la province du Luxembourg, et parfois, j'avais l'impression que j'étais la seule fille à jouer au football. " TESSA WULLAERT : Le football féminin est devenu plus attractif et c'est plus facile pour les jeunes filles de s'adonner à ce sport. Mais elles doivent encore surmonter pas mal de préjugés. Les parents qui veulent inscrire leur fille au football se posent toujours la question : doivent-ils l'inscrire dans un club spécifiquement féminin ou dans une équipe de garçons ? Et, dans ce dernier cas, ne risque- t-elle pas de se sentir isolée ? Sera-t-elle de taille à se mesurer à ces petits bouts d'homme ? ALINE ZELER : Heureusement, la mentalité des parents évolue. Grâce, en partie, aux Flames. Chaque joueuse doit prendre conscience que nous avons aussi un rôle à jouer en dehors du terrain. ZELER : Nous sommes, en quelque sorte, des ambassadrices. JANICE CAYMAN : Maintenant que nous avons atteint le Championnat d'Europe, la succession est assurée. Mais, en fonction des résultats, notre sport gagnera encore en popularité. C'est agréable de faire partie d'une génération qui a initié un processus. ZELER : Je travaille pour la fédération et, lorsque je suis en mission à l'étranger, je constate que les pays scandinaves ont une autre conception du football féminin. Cela se traduit en chiffres : la Norvège compte 110.000 affiliées, nous 30.000. Nous avons progressé de 30 % au cours des dernières années, mais la différence reste énorme. WULLAERT : (elle acquiesce) Récemment, j'ai lu un article qui soulignait que les filles qui jouent au football étaient plus sûres d'elles dans la vie de tous les jours. Cela paraît un peu cliché, mais c'est la réalité. Une fille qui pratique un sport, ose davantage. Dans la vie quotidienne, elle est aussi plus prompte à faire entendre sa voix. La campagne We play strong que vient de lancer l'UEFA incitera peut-être davantage de filles belges à se lancer dans le football. ZELER : Je vois de nombreuses filles qui jouent sur les pleines de jeux. Plus qu'avant, en tout cas. Et surtout à Bruxelles. WULLAERT : Autrefois, je ne faisais rien d'autre que de jouer au football dans la rue. C'est là qu'on apprend les bases, et aussi qu'on apprend à s'affirmer. Je me souviens que les garçons m'embêtaient souvent. Lorsqu'on est une fille, il faut montrer ce dont on est capable. On n'est acceptée que lorsque les garçons éprouvent des difficultés à vous dribbler ou lorsque vous démontrez vous-même votre habileté, ballon au pied. Il faut développer le football de rue chez les filles, mais les garçons doivent aussi accepter d'être opposés à des adversaires de l'autre sexe. ZELER : Dans ma fonction de DevelopmentManager à la fédération, je veux donner une chance à toutes les filles de jouer au football. Même les moins douées. CAYMAN : Sur papier, nous sommes les Petits Poucets du groupe. Mais nous avons déjà battu ces trois équipes au cours des dernières années. Nous ne partons donc pas battues d'avance. Si nous avions été balayées lors des affrontements précédents, nous aurions pu penser que c'était une mission impossible. Mais ce n'est pas le cas. WULLAERT : Autrefois, lorsque nous étions appelées à affronter la Norvège, notre première réaction était : zut. Aujourd'hui, nous entamons le match avec un autre état d'esprit. A mes yeux, la Norvège n'est d'ailleurs pas le favori incontesté. J'estime que l'Allemagne, la France et l'Espagne ont plus de chances de remporter la victoire finale. ZELER : Non ! Je pense me faire la porte-parole du groupe en déclarant que c'est le meilleur groupe dans lequel nous puissions tomber. CAYMAN : Lorsqu'on est une compétitrice, on veut affronter les meilleures mais ne pas être éliminée prématurément du tournoi (elle rit). WULLAERT : Et puis, on peut aussi affronter les meilleures dans un match amical ! Nous avons, par exemple, affronté l'Espagne et la France en préparation, et ce furent deux excellents tests qui ont permis de nous jauger. CAYMAN : Je peux déjà affirmer que ce sera un match très engagé. J'ai déjà convenu avec Anouk Dekker, ma coéquipière à Montpellier, de mettre notre amitié au placard pendant 90 minutes. Mais je sais que les Néerlandaises nous verraient d'un bon oeil au deuxième tour. WULLAERT : Vraiment ? Je ne pense pas qu'elles nous feront le moindre cadeau, si nous avions encore besoin d'un point. Certes, nous nous connaissons toutes, depuis l'époque de la BeNe League. Il y a quelques années, nous les dévisagions encore avec envie et un peu de crainte - la différence de niveau était alors beaucoup plus grande - mais aujourd'hui nous les regardons droit dans les yeux. CAYMAN : Sur le terrain, en tout cas, on les entend beaucoup. Et elles n'hésitent pas à mettre le pied. Elles restent des Hollandaises, hein ! ZELER : Des provocations verbales, des coups bas... Lors d'un match amical en novembre, nous avons eu un petit aperçu de ce qui nous attendait. ZELER : Un peu plus d'importance que pour la jeune garde, probablement. L'équipe avait déjà un certain potentiel à l'époque de Femke Maes, mais nous ne nous entrainions que deux fois par semaine. Lorsque nous affrontions les meilleures nations, notre tactique était simple : nous restions dans nos 16 mètres, nous tentions de survivre et nous espérions pouvoir marquer sur une contre-attaque. Aujourd'hui, je m'amuse mieux sur un terrain. Janice et moi avons vécu toute l'évolution. ZELER : Jadis, une même personne se chargeait de l'organisation des voyages, de la communication, etc. Nous partions la veille d'un match et nous avions les jambes lourdes au coup d'envoi. Après le match, nous devions prendre notre douche le plus rapidement possible pour rentrer en Belgique. Et, le lendemain, nous étions attendues au travail. C'était de la folie. CAYMAN : Je suis partie très tôt aux Etats-Unis pour combiner les études au football. J'ai alors dû renoncer à l'équipe nationale parce qu'il n'y avait pas d'argent pour me payer mes billets d'avion. Depuis, nous avons évolué, comme les autres pays. Sans cela, nous n'aurions jamais pu nous qualifier pour un Championnat d'Europe. Rien qu'en constatant le nombre de personnes qui composent désormais notre staff, j'ouvre de grands yeux. WULLAERT : Aux Pays-Bas, l'encadrement sera parfait. J'ai même entendu qu'une pédicure sera présente. CAYMAN : Nous ne pourrons plus évoquer ce genre d'excuse. Il ne nous manque plus qu'une coiffeuse (elle fait un clin d'oeil). ZELER : Ben oui ! C'est mon avis, en tout cas. Et je ne suis pas la seule à penser de la sorte. J'estime que Tessa fait partie des dix meilleures joueuses du monde. WULLAERT : (elle fait non de la tête) Suis-je meilleure qu'Ada Hegerberg ? CAYMAN : Avec la Norvège, elle est toujours servie sur un plateau. Sa saison à Lyon n'a pas été extraordinaire. ZELER : Tu es plus complète que certaines joueuses qui avait été nominées la saison dernière pour le titre de Joueuse de l'Année en Europe. WULLAERT : Je ne me sous-estime pas, mais je trouve qu'il y a de bien meilleures joueuses que moi sur le Vieux Continent. Eugénie Le Sommer est encore d'un tout autre calibre. WULLAERT : A-t-on mené une étude à ce sujet ? (elle sourit) Je ne sais pas combien de personnes me suivent sur Twitter. CAYMAN : Femke Maes était aussi très médiatisée en son temps. Elle a eu la malchance d'évoluer dans une mauvaise équipe. ZELER : Des joueuses comme Tessa, qui rendent l'équipe populaire, sont toujours les bienvenues. D'autant que sa popularité ne provoque aucune jalousie dans le groupe. Vous l'avez peut-être déjà remarqué : nous parlons toujours de l'équipe entière. C'est tout de même normal, non ? Chez nous, c'est un réflexe naturel. Nous n'avons pas une mentalité individualiste. ZELER : Intégrer les jeunes, veiller à ce que les filles se couchent à l'heure, ôter la pression, donner un coup de main et mettre de l'ambiance. Avec Janice, la vice-capitaine, j'aurai aussi un oeil sur les jeunes. Nous voulons prévenir tout écart avant que le coach ne s'en aperçoive. CAYMAN : Elle est notre maman à toutes... WULLAERT : Elle ne s'est jamais comportée autrement. Elle s'est occupée de moi dès le premier jour. Et elle a réussi à me dompter. J'ai l'habitude de râler sur mes partenaires. Même si, avec l'âge, cela s'est atténuée. ZELER : Nous avons joué trois saisons ensemble au Standard et elle avait encore un sacré caractère ! Pendant l'échauffement, je devais marchander avec elle. Je lui disais : si tu ne te plains que trois fois, je t'offre un verre ou des chips. Depuis, elle s'est tout de même calmée. Son transfert à Wolfsburg lui a sans doute fait du bien. PAR ALAIN ELIASY