Curaçao

TAHITH CHONG: "Je suis né à Curaçao. Comment c'était, là-bas? ( Il rit) Ça me paraît évident, non? Le soleil, une famille chaleureuse, un endroit agréable pour grandir. Ma mère a déménagé à Sint-Maarten lorsqu'elle était jeune et a grandi là-bas. Plus tard, elle est retournée à Curaçao. Mon père a déménagé aux Pays-Bas lorsqu'il était encore enfant, y a habité quelques années, et est ensuite revenu. À la maison, on parlait le papiamentu et j'ai appris le néerlandais à l'école, car Curaçao a longtemps été une colonie néerlandaise. Aujourd'hui, nous sommes indépendants, mais les Pays-Bas apportent encore un peu d'aide, je pense. Le papiamentu a un lien avec l'espagnol et le portugais, ce qui explique que je comprends l'espagnol et que je le parle un peu. J'ai aussi des notions de portugais. Curaçao reste quand même mon île. Chaque été, j'essaie d'y retourner en vacances dans ma famille. Il faut neuf ou dix heures de vol, mais à la longue, on s'y habitue.
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TAHITH CHONG: "Je suis né à Curaçao. Comment c'était, là-bas? ( Il rit) Ça me paraît évident, non? Le soleil, une famille chaleureuse, un endroit agréable pour grandir. Ma mère a déménagé à Sint-Maarten lorsqu'elle était jeune et a grandi là-bas. Plus tard, elle est retournée à Curaçao. Mon père a déménagé aux Pays-Bas lorsqu'il était encore enfant, y a habité quelques années, et est ensuite revenu. À la maison, on parlait le papiamentu et j'ai appris le néerlandais à l'école, car Curaçao a longtemps été une colonie néerlandaise. Aujourd'hui, nous sommes indépendants, mais les Pays-Bas apportent encore un peu d'aide, je pense. Le papiamentu a un lien avec l'espagnol et le portugais, ce qui explique que je comprends l'espagnol et que je le parle un peu. J'ai aussi des notions de portugais. Curaçao reste quand même mon île. Chaque été, j'essaie d'y retourner en vacances dans ma famille. Il faut neuf ou dix heures de vol, mais à la longue, on s'y habitue. Si l'on habite là-bas et que l'on veut jouer au football, c'est généralement vers les Pays-Bas que l'on se dirige. En matière de formation des jeunes, c'est l'une des meilleures nations. Guus Hiddink est pour l'instant notre sélectionneur. Ces dernières années, notre équipe nationale a beaucoup progressé, c'est beau à voir. Celui qui veut jouer au baseball, un sport presque aussi populaire que le football chez nous, se rend souvent aux États-Unis. Ou à Saint-Domingue. Je n'ai jamais essayé le baseball, j'ai toujours joué au foot. Mon père y a aussi joué, en première division, mais jusqu'à mes six ans, je n'étais pas fan. Mon père a toujours prétendu qu'il était aussi très rapide, et ses amis le confirment, mais je n'ai jamais pu le constater de mes propres yeux ( Il rit). C'est alors qu'est arrivée la Coupe du monde 2006, c'est la première que j'ai suivie. Zinédine Zidane, son coup de tête... En finale, je supportais la France. C'est à ce moment-là que j'ai commencé à apprécier le football et j'ai voulu essayer. J'ai dû attendre plusieurs mois avant de pouvoir le faire, car mon père a d'abord cru que c'était un caprice passager. On va voir combien de temps ça durera, a-t-il réagi. Jusqu'à ce que ma mère intervienne: Laisse-le faire, on verra bien." "Un oncle de mon père habitait aux Pays-Bas. John de Wolf était son entraîneur et un jour, il l'a contacté. J'ai un petit footballeur dans la famille et il n'est pas maladroit. Peut-il venir en stage à Feyenoord? John ne m'avait jamais vu jouer et voulait avoir des certitudes. Sa réputation était en jeu. Il a demandé si j'étais vraiment bon. Finalement, j'ai pu venir en stage pendant quelques semaines. Ensuite, je suis retourné à Curaçao pour terminer mes études. Tout a pourtant failli capoter à Feyenoord. Lorsqu'on a définitivement déménagé aux Pays-Bas, d'abord avec mon père et ma mère, puis avec ma soeur également, Feyenoord a subitement précisé: On voudrait quand même encore le voir à l'oeuvre un peu plus longtemps. On a eu une petite frayeur. Mes parents avaient tout laissé derrière eux à Curaçao. Comme le feu vert se faisait attendre plus longtemps que prévu, j'ai passé un test au NEC Nimègue et je pouvais m'y engager après mon premier entraînement. Je voulais aller à Nimègue, mais mes parents trouvaient que Feyenoord était quand même d'un niveau supérieur. Lors d'un match amical contre le PSV, j'ai finalement réussi à convaincre le club rotterdamois. J'avais huit ans quand on a déménagé. Pour moi, c'était chouette, j'allais jouer à Feyenoord. Pour mes parents, c'était différent. Ils avaient tout laissé derrière eux, ils devaient trouver un logement et un travail aux Pays-Bas, toutes ces choses-là... Ils ont pris sur eux et m'ont épargné tous leurs soucis. Pour moi, il n'y avait aucune pression. Je pouvais me concentrer sur le football. On a finalement emménagé à Ypenburg, un quartier de La Haye. Notre vie était celle de tout un chacun: rapidement manger un bout après l'école, puis se glisser dans les files sur l'autoroute qui mène à Rotterdam où j'allais m'entraîner. Et le lendemain, rebelote. Mon idole était alors Cristiano Ronaldo, à l'époque où il jouait à Manchester United. Ryan Giggs aussi. À cet âge-là, je n'observais pas encore spécialement les joueurs qui jouaient à la même position que moi. C'est venu plus tard. On observe alors qui joue où et quels mouvements il réalise. À Feyenoord, Noa Lang est devenu mon équipier et aussi mon premier pote. Le week-end, on allait dormir l'un chez l'autre, j'ai rapidement appris à connaître sa famille, le courant passait bien entre nous. Lorsqu'on a appris qu'on allait se retrouver à Bruges, on a trouvé ça complètement fou. Le fait que Noa soit déjà à Bruges a influencé mon choix, mais ce n'est pas non plus l'élément déterminant. D'autres facteurs entrent en ligne de compte. Ce n'est qu'après qu'on regarde qui seront vos équipiers. Plus tard, Noa est parti à l'Ajax. Une trahison? Pour moi c'était normal, à Feyenoord tout le monde savait que Noa était fan de l'Ajax. Il ne s'en est jamais caché. On a continué à se parler, même après son départ. Et on s'est affrontés. Chez les jeunes, Feyenoord joue souvent contre l'Ajax. C'était de bons moments. Lequel de nous deux était le meilleur? Il jouait comme numéro 10, j'étais un ailier, mais on ne se faisait pas concurrence pour être le meilleur. À cet âge-là, on voulait surtout s'amuser. Lorsque je suis arrivé aux Pays-Bas, j'avais surtout des lacunes tactiques. Là-bas, les enfants commencent souvent à jouer au football vers cinq ou six ans. Je suis arrivé plus tard et j'ai dû trouver mes marques. Il m'a fallu un ou deux ans pour réellement comprendre ce qu'était le football. Au début, je montais sur le terrain et lorsque je recevais le ballon, j'essayais surtout de montrer de belles choses. Je ne pensais pas à me démarquer ou à ce que j'allais faire après ces belles choses. J'avais beaucoup de liberté. Vas-y, montre ce que tu sais faire. Ce n'est que lors de ma dernière année à Feyenoord que j'ai appris à changer de côté. Feyenoord jouait avec des ailiers classiques et je commençais toujours à gauche, mais durant ma dernière année, je pouvais parfois passer à droite. Ça m'a aidé, car comme footballeur la polyvalence peut être un atout. Ce n'est qu'en Angleterre que j'ai commencé à jouer plus à droite qu'à gauche." "Je n'ai pas trouvé que passer en Angleterre à seize ans était si compliqué. J'ai toujours eu une bonne relation avec mes parents, ça m'a aidé lors des négociations. Bien sûr, j'étais jeune, mais on avait déjà connu un déménagement avant ça. Le voyage de Curaçao vers les Pays-Bas était plus long, plus compliqué, que ce petit saut de puce des Pays-Bas vers l'Angleterre. C'était simplement une étape supplémentaire dans mon évolution et tout le monde a donné son avis. Il y avait des pour et des contre. Aujourd'hui, je persiste à croire que la décision qui a été prise était la bonne. J'ai beaucoup appris à Manchester United. Et j'appartiens toujours à ce club... Certains réussissent, d'autres pas. On ne peut jamais avoir de garanties. Je n'ai pas non plus la garantie que si j'étais resté à Feyenoord, je jouerais aujourd'hui en équipe première. Je ne regarde jamais les autres joueurs. Chacun suit sa voie. L'un est déjà un grand joueur à 21 ans, l'autre a besoin de plus de temps pour percer. Et tout le monde a son avis sur la manière dont il faut procéder et à partir de quand on peut dire que l'on a réussi. Si vous demandez à Mats Rits si c'était une bonne idée pour lui d'aller à l'Ajax, il vous répondra aussi qu'il a appris des choses là-bas. Dans la vie en général, tout le monde connaît un moment où il traverse une période difficile. En football, c'est pareil. Certains joueurs en sortent, d'autres pas. C'est aussi ce qui fait la beauté du football. On se dit: Hé, tu te souviens encore où tu étais il y a deux ans? Et aujourd'hui, tu es ici. Tu en as fait, du chemin.Manchester United est l'un des plus grands clubs du monde. C'est le dernier pas qui est le plus compliqué, on est en concurrence avec les meilleurs. Il faut faire ses preuves tous les jours à l'entraînement, face à des gars qui se trouvent là où vous voudriez être quelques années plus tard. Que font-ils à l'entraînement? S'adonnent-ils à des séances supplémentaires? Font-ils des exercices spécifiques en salle de musculation? Discutent-ils avec l'entraîneur? Quelles lignes de courses suivent-ils? Quels mouvements réalisent-ils? Il faut tout assimiler. Lorsqu'on est footballeur, on a toujours un petit sac à dos, où l'on range toutes ses expériences. Je continue à remplir mon sac à dos. Même maintenant à Bruges. Et plus tard, lorsque je me retrouverai encore dans une telle situation, j'ouvrirai ce sac à dos, pour voir ce qui s'y trouve déjà. ManU est réputé pour donner leur chance aux jeunes. Regardez l'équipe actuelle: Marcus Rashford est devenu un grand aux yeux de tout le monde, mais il provient des équipes de jeunes. Scott McTominay, Moses Greenwood, Brandon Williams... J'ai joué avec ces deux derniers, ce n'est donc pas mission impossible. En même temps, c'est compliqué aussi, mais c'est le défi de tout joueur. Je suis toujours en train d'apprendre. Mon plus beau moment? Contre le PSG en Ligue des Champions ( ses débuts européens avec une victoire 1-3, ndlr). Normalement, on est à la maison lors de ce genre de match et on regarde le match à la télé, mais cette fois-là, j'étais repris dans la sélection. J'étais nerveux avant le coup d'envoi, mais mon stress a un peu disparu lorsque je suis monté sur le terrain, car je devais me concentrer. Exceptionnellement, je jouais au milieu. Romelu Lukaku savait que je parlais le néerlandais et m'a donné de bons conseils. Il s'occupe beaucoup des jeunes joueurs et n'hésite jamais à les coacher. J'ai travaillé avec José Mourinho durant un stage d'entraînement. Il m'a placé sur le banc pour un match. C'est l'un des meilleurs entraîneurs de l'histoire du football, je suis heureux d'avoir pu faire sa connaissance." "Plusieurs équipes se sont intéressées à moi et j'ai averti United que je voulais être prêté. Le club a directement accepté. Il a alors fallu bien réfléchir et en parler à la maison pour définir ce qui était le mieux pour moi. C'est ainsi que j'ai atterri au Werder Brême. Tout le monde trouvait que ça pouvait être une bonne solution. Un nouveau pays, mais pas trop éloigné non plus. J'ai beaucoup appris. Un autre environnement, une autre mentalité. L'année précédente, ils avaient failli descendre, ça aurait été différent. Il aurait fallu se battre pour les points, jouer de façon plus attentiste. Je n'aurais plus touché cinquante fois le ballon, mais peut-être cinq ou dix fois. J'ai trouvé ces six mois très instructifs, c'était intéressant de découvrir un autre pays et un autre football. Je n'avais pas la garantie de beaucoup jouer, mais je le savais avant de signer. On n'a jamais de garanties." "J'ai trouvé le choix de Bruges très intéressant pour une nouvelle étape. Je connaissais le club depuis un an, lorsqu'il a disputé l'Europa League. Et on suit quand même un peu le football belge. Je connaissais pas mal de choses de l'équipe. Sur le plan personnel, j'ai encore des hauts et des bas. L'équipe m'aide beaucoup dans mon intégration, mais il faudra se battre jusqu'à la fin de la saison. Je dois m'habituer au rythme: jouer cinq ou six matches de suite... je ne l'avais encore jamais fait. Un autre football, d'autres équipes, de la puissance, des duels physiques... Lors des derniers matches, on y est allé franchement. Contre Louvain, j'ai été confronté à un aspect que je n'avais pas encore connu: le marquage individuel, homme contre homme. Généralement, je trouve quelqu'un dans ma zone, mais cette fois-là, il y avait quelqu'un qui me suivait partout, même quand je changeais de côté. L'entraîneur nous avait averti, mais je ne m'attendais pas à ce que ce soit à ce point-là. Dans cette situation-là aussi, on apprend beaucoup. Il faut actionner son cerveau et se demander: comment puis-je me sortir de cette situation?"