Il y a deux semaines, au retour de Daknam, un débat s'est tenu dans un des cars de supporters d'Anderlecht. D'un côté, une minorité qui croit toujours que tout va finir par s'arranger et qui était contente d'avoir vu les joueurs se battre pour obtenir les trois points, assurant ainsi quasiment leur participation aux play-offs 1.
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Il y a deux semaines, au retour de Daknam, un débat s'est tenu dans un des cars de supporters d'Anderlecht. D'un côté, une minorité qui croit toujours que tout va finir par s'arranger et qui était contente d'avoir vu les joueurs se battre pour obtenir les trois points, assurant ainsi quasiment leur participation aux play-offs 1. De l'autre, ceux qui n'y croyaient plus et se demandaient ce qu'Anderlecht allait faire dans un tour final avec les six meilleurs clubs du pays. Tout au long de la saison, il a en effet été démontré que quatre clubs au moins (Genk, le FC Bruges, le Standard et l'Antwerp) étaient supérieurs aux Bruxellois. L'équipe de Fred Rutten devrait donc se contenter d'une cinquième ou sixième place. Anderlecht louperait ainsi l'Europe pour la première fois depuis 1964. D'aucuns se disaient donc qu'il serait peut-être plus facile de décrocher un ticket européen en passant par les play-offs 2. Si les supporters du club le plus fier du pays en arrivent à échafauder de telles stratégies pour conserver l'espoir, l'heure est grave. Mais depuis dimanche, le plan B n'a plus lieu d'être. Face aux autres équipes du top 6, Sven Kums et les siens n'ont pris qu'onze points sur trente. Par contre, ils sont encore capables de battre Courtrai. Anderlecht est donc the best of the rest. Après le premier but de Kums face à Courtrai, une caméra a fait un gros plan sur Marc Coucke. Sur son visage, on pouvait lire un mélange de soulagement, de joie contenue et d'acharnement qui en disait long. Comme si ses épaules venaient d'être soulagées d'un fardeau. Soulagés, les joueurs l'étaient aussi. Après le match, Rutten leur a donné 24 heures pour savourer leur victoire. En conférence de presse, le coach a même fait preuve, par moments, d'un optimisme prudent. " Au cours de mes trois premiers matches, on attendait beaucoup de l'équipe. Elle avait pratiquement touché le fond mais elle est parvenue à s'en sortir. Dès lors, c'est sûr qu'on se sent mieux. On m'a dit qu'en play-offs 1, tout était possible. Vous voyez : j'essaye de positiver. " Sans les interventions de Thomas Didillon, que de nombreux supporters considèrent comme le meilleur transfert de la saison, Anderlecht serait dans les cordes. Didillon a évité bien des déboires à son employeur. Dimanche, il a rendu une septième clean sheet en championnat, la troisième en quelques semaines. À moins qu'il ne s'effondre totalement lors des play-offs, le Français sera le MVP d'Anderlecht. Il a dû ouvrir de grands yeux en découvrant ce qui se passait devant lui. Un nouveau au moins a été surpris par le niveau général de l'équipe. Et le verdict est implacable : trop peu de talent et des jeunes qui ne sont pas encore prêts. Début octobre, avant le match à Zulte Waregem, Marc Coucke avait garanti à quelques supporters rebelles qu'il rectifierait le tir au cours du mercato d'hiver. Aujourd'hui, une partie des fans lui reproche de ne pas avoir respecté son engagement. Voici peu, lors de la réception du Nouvel An avec des représentants des clubs de supporters, il a été confronté à ses promesses. Contrairement à son habitude, il n'avait pas de réponse toute prête. Il faudra donc attendre que Zakaria Bakkali, Peter Zulj et Ivan Santini, arrivés cette saison, éclatent définitivement. À moins que le sauveur ne soit Landry Dimata. Après avoir longtemps hésité à se faire opérer, il espère qu'une longue période de repos aura suffi à soigner son genou. L'international espoir a déclaré à des proches qu'il voulait jouer un rôle important lors des play-offs. À Neerpeede, on prétend que Dimata et Rutten ne sont pas les meilleurs amis du monde mais, pour le bien du club, ils mettront leur ego dans leur poche. Il est quand même frappant que l'attaquant de 21 ans ne soit pas sur la même longueur d'onde que la direction. Pareil pour Adrien Trebel, d'ailleurs, dont tout le monde sait qu'Anderlecht a marre. Le mélange d'un Dimata en pleine possession de ses moyens, d'un Yannick Bolasie en forme et d'un Trebel qui en veut ne pourrait faire que du bien au jeu d'Anderlecht. Car Rutten sait que le football proposé par son équipe ne plaît guère. Le match face au Standard, le troisième de l'ère Rutten, était intéressant mais par la suite, le niveau n'a fait que baisser. Avec dix buts inscrits et sept encaissés en huit matches, le bilan offensif de Rutten est maigre, même si la seule mission qu'Anderlecht ait confié au Néerlandais est de qualifier l'équipe pour les play-offs 1. Rutten fait donc ce pour quoi on le paye, il s'occupera du reste plus tard. C'est pourquoi personne ne lui reproche des prestations lamentables comme celle de Lokeren. Anderlecht est devenu un club qui doit se contenter de quelques envolées par match mais, et c'est tout à son honneur, Rutten ne cherche jamais à fuir ses responsabilités. Lors des interviews d'après-match, il reconnaît qu'il prône le réalisme avant tout. " Notre jeu progresse mais ce n'est pas facile ", dit-il. " Le plus important, c'est que, sur le terrain, je vois onze joueurs qui travaillent ensemble et l'un pour l'autre. Si cela amène des résultats, pourquoi pas ? " Par contre, personne ne semble enclin à assumer le leadership du groupe. Sur le terrain, il y Kums, auteur des deux buts et homme du match contre Courtrai. " C'était le match à gagner et, en tant que capitaine, il m'appartenait de montrer la voie à suivre ", dit-il. Mais dans le vestiaire, la place de leader est à prendre et ça fait des années que ça dure. En théorie, Kara est l'homme tout indiqué pour ce job mais, la saison dernière, il s'est rendu compte que tout le monde n'acceptait pas son autorité. Mais il est certain que, s'il avait été à Neerpede à ce moment-là, King Kara n'aurait pas laissé passer certaines choses.