Les secondes viennent à peine de commencer à s'égrener. Le temps de compter jusqu'à vingt, et le ballon se promène déjà dangereusement aux abords du rectangle du Cercle. Le centre d' Alejandro Pozuelo traverse la surface, jusqu'aux pieds de Joakim Maehle. La reprise est aussi fulgurante qu'une porte qui claque en plein courant d'air. Paul Nardi n'a aucune chance. On joue depuis 24 secondes, et le Danois a enfin marqué son premier but sous les couleurs de Genk.
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Les secondes viennent à peine de commencer à s'égrener. Le temps de compter jusqu'à vingt, et le ballon se promène déjà dangereusement aux abords du rectangle du Cercle. Le centre d' Alejandro Pozuelo traverse la surface, jusqu'aux pieds de Joakim Maehle. La reprise est aussi fulgurante qu'une porte qui claque en plein courant d'air. Paul Nardi n'a aucune chance. On joue depuis 24 secondes, et le Danois a enfin marqué son premier but sous les couleurs de Genk. Quelques jours plus tôt, Maehle avait déjà été l'un des grands artisans du succès européen contre Malmö, avec une passe décisive. Un genre de spécialité maison, puisque le latéral avait déjà régalé ses attaquants à quatre reprises la saison précédente. Dans le Limbourg, on commence progressivement à reconnaître celui que certains supporters ont longtemps confondu avec Jelle Vossen, avec lequel il partage les mêmes traits anguleux. La comparaison aurait pu aller plus loin si Joakim avait conservé le poste de numéro 9, auquel il a longtemps évolué lors de ses jeunes années danoises. Né dans le nord du pays, là où les métropoles suédoises sont à quelques minutes de bateau tandis que rejoindre Copenhague demande un long périple en voiture, Joakim Maehle Pedersen opte pour le nom de sa mère (le Danemark permet de choisir son nom de famille entre celui des parents), histoire d'éviter un patronyme paternel bien trop répandu au pays d' Andersen. Sportif compulsif, dans une famille où l'effort physique est érigé en vertu quotidienne entre un père footballeur et une mère handballeuse, Maehle touche à tout avant de se diriger vers le ballon rond, et de rejoindre Aalborg. Au sein du centre de formation de l'un des plus grands clubs du nord du pays, Joakim ne sort pas du lot. Il est mis sous contrat presque par hasard, alors qu'il reste un poste à pourvoir dans le noyau pro et que les cinq plus grands talents des U19 ont déjà été promus. Presque résigné, l'enfant d'Östervra s'était déjà renseigné pour traverser les mers et rejoindre les États-Unis, pour y mener de concert des études universitaires et sa carrière de footballeur. Deux ans, une vingtaine de matches et quatre passes décisives plus tard, Genk dépose pourtant plus d'un million d'euros sur la table d'Aalborg pour installer le Danois sous une tunique bleue. Maehle, qui connait la réputation d'un club alors engagé en quarts de finale de l' Europa League, prend ses renseignements. Il contacte Henrik Dalsgaard, qui a quitté Aalborg pour Zulte Waregem quelques mois plus tôt. Son compatriote, entre-temps transféré à Brentford, enchaîne les éloges sur la compétition belge et le jeu du Racing. Les valises sont prêtes. L'autre côté de l'Atlantique attendra. Dans les bureaux de la Luminus Arena, on tombe rapidement sous le charme de ce latéral qui a distillé quatre passes décisives lors de sa première saison chez les pros au Danemark. " C'est un arrière très offensif, comme Brian Priske ", détaille alors Dimitri De Condé, évoquant le souvenir du latéral droit danois du début des années 2000. Maehle ne tarde pas à confirmer les dires de son directeur sportif. Censé grandir dans l'ombre de Timothy Castagne, il est contraint d'accélérer son adaptation quand l'Arlonnais prend la route de Bergame, suite aux tests médicaux ratés par Thomas Foket à l'Atalanta. Face à Waasland-Beveren, pour la première journée de championnat, Maehle monte au jeu, offre une passe décisive à Ally Samatta, puis est à l'avant-dernière passe sur le but de Siebe Schrijvers en réalisant une louche géniale depuis la ligne de touche. Héros de la folle remontée limbourgeoise, il est ensuite à la base de l'égalisation waeslandienne, oubliant Zinho Gano qui s'en va fixer les chiffres à 3-3. " J'ai été formé comme ailier, je devais donc mieux apprendre à maîtriser les principes défensifs ", reconnaît Maehle quelques mois plus tard. Pour lui permettre de grandir à l'ombre, Genk s'offre les services provisoires de Clinton Mata. De quoi faciliter l'adaptation, pas toujours aisée, aux réalités des terrains belges. " Au niveau du physique et de la vitesse, les joueurs qui viennent de certains championnats ont besoin de temps pour s'adapter ", explique Dimitri De Condé. Il est rejoint dans l'analyse par Dirk Schoofs, responsable du recrutement limbourgeois, qui justifiait les difficultés initiales de Marcus Ingvartsen en évoquant les spécificités du football danois : " C'est un championnat où les matches sont très lents et très tactiques. " Physiquement, Joakim est au-dessus du lot dans la compétition scandinave. Il écrase la concurrence lors des tests physiques. Il admet pourtant avoir eu besoin de " quelques mois d'adaptation au football belge, plus rapide et plus physique que le danois. " Même à Genk, rares sont ceux qui peuvent se mesurer avantageusement à la locomotive danoise au moment de faire parler l'endurance ou la VMA. Les progrès, sous la houlette d'un Philippe Clement qui lui offre plus de liberté qu'Albert Stuivenberg dans son couloir, sont fulgurants. Une caractéristique commune à tous les membres de la colonie scandinave de Genk, issus d'un marché qu'apprécie particulièrement De Condé : " Ce sont souvent des garçons très cools, très respectueux, et qui marquent une volonté de progresser chaque jour. " En convoquant le souvenir de ses années brugeoises, le coach de Genk en arrive forcément à une comparaison. Impossible de ne pas penser à Thomas Meunier quand on voit Joakim Maehle rentrer dans le jeu balle au pied, et provoquer une défense adverse effrayée par les courses folles d'un latéral qui semble à la fois illisible et inarrêtable. Si le jeu de Genk se construit à gauche, il aime aussi courir à droite, là où la menace de Dieumerci Ndongala en profondeur est complétée par les runs de cet arrière latéral à l'avenir radieux. Pas seulement sur le flanc, mais aussi vers l'axe du terrain, comme le font les plus modernes des défenseurs de couloir. Difficile de prédire l'avenir, et donc la carrière de Joakim Maehle. Connaîtra-t-elle la même ascension folle que celle de Thomas Meunier ? Elle devrait, en tout cas, décoller plus haut que celle de Brian Priske.