À l'heure où le réveil sonne, il y a ceux qui peinent à sortir de leur cauchemar et ceux qui sont déjà prêts à se jeter sous la douche. Les premiers pensent à l'Italie, les seconds à Turin. Deux mois après l'EURO, un avant la Ligue des Nations, la Belgique est à un carrefour qu'elle doit franchir avec le moins de dégâts possibles, malgré une circulation dense qui annonce trois matches en six jours. Au moment de prendre le volant, Roberto Martinez jette un oeil dans l'habitacle et constate que six des titulaires de la défaite de Munich ne monteront pas sur la pelouse de Tallinn. Pas question pour autant de parler de changement de règne. Au contraire, septembre prend des airs de fin d'intérim quand le trône du jeu national accueille les fesses les plus célèbres du jeu national. Eden Hazard retrouve son brassard et le football, en réinventant le sien.

Le numéro 10, absent face à la Squadra en juillet, est là pour chasser les cauchemars quand Alexis Saelemaekers et Hans Vanaken créent une mésentente et un but estonien qui rappelle furieusement celui de Lorenzo Insigne. C'est lui qui, au bout d'un coup de rein à l'ancienne, dépose l'égalisation sur le front de Vanaken. Surtout, en Estonie puis face aux Tchèques, c'est lui qui rend au système diabolique sa raison d'être majeure. En prenant les rênes de l'équipe nationale, Martinez s'était ainsi tourné vers le 3-4-2-1 pour libérer Eden entre les lignes. En son absence, de plus en plus récurrente depuis son passage au Real, il avait fallu réinventer un jeu qui perdait une bonne partie de ses vertus sans sa faculté à recevoir le ballon entre les lignes, se retourner en effaçant un adversaire et percuter vers le but adverse.

Pour menacer les cages adverses, il y avait évidemment les coups de massue de Romelu Lukaku et les coups de génie de Kevin De Bruyne. La Belgique avait toujours autant de buts, mais beaucoup moins de jeu, surtout quand KDB était plus utilisé comme finisseur que comme architecte. Seul Hazard semblait capable d'être les deux à la fois, surtout lors de ce Mondial russe qui ressemble, avec le recul, au pic de sa carrière. S'il faut faire le deuil de cet Eden omnipotent, le Diable paraît enfin s'être réinventé. Plus de coups de patte que de coups de rein, plus de vista que de vitesse, et une transformation appelée à faire courir les autres, même quand il s'agit d'attaquer. Dans ce registre, Yannick Carrasco, Thorgan Hazard ou Jérémy Doku peuvent devenir ses meilleurs alliés.

COULOIR AÉRIEN ET COURANT D'AIR

Dans ces couloirs où on s'époumone, Alexis Saelemaekers a gagné la course au "je" du mois de septembre. Un contexte particulier, exacerbé contre des Biélorusses où plus qu'une équipe, Roberto Martinez avait mis en scène une assise défensive précédée de Youri Tielemans pour accompagner un secteur offensif où tous semblaient jouer avec les yeux tournés vers la sélection d'octobre. Le résultat, c'est beaucoup de "je" et peu de jeu, et de trop rares points marqués pour rêver d'anticiper le renouvellement générationnel annoncé après le Mondial qatari.

Dans ce match de Kazan, où se remarque l'absence des titulaires autant que celle des supporters, la possession belge ressemble à une calme succession de passes latérales menant irrémédiablement à une tentative d'exploit individuel, généralement vouée à l'échec. Hyperactif et téméraire, Saelemaekers est le plus entreprenant, comme si ses apparitions précédentes aux côtés des titulaires avaient gonflé son statut. Très menaçant dans le camp adverse, mais rarement impliqué défensivement une fois le ballon perdu et passé derrière lui, le Milanais rappelle le Carrasco des jeunes années, et expose le manque de dynamisme d'un Toby Alderweireld qui doit défendre à reculons dans son sillage pour ne pas dégarnir la ligne arrière. À court terme, l'association est trop déséquilibrée pour ressembler à une solution viable quand le ballon n'est pas belge, mais les prestations de Saelemaekers lui ont certainement fait gagner quelques hectomètres dans la course vers Turin, siège du Final Four de la Ligue des Nations.

Si les tentatives généralement solitaires et souvent vaines du Rossonero sont le meilleur résumé du duel face aux Biélorusses, l'aisance pour se déplacer entre les lignes de Hans Vanaken raconte mieux que quiconque la victoire face aux Tchèques. Le double Soulier d'or, avec sa démarche qui rappelle l'albatros de Baudelaire, déploie ses ailes gigantesques quand ceux qui l'entourent lui offrent de la profondeur. Un homme qui n'est pas fait pour marcher seul, mais paraît génétiquement conçu pour faire courir les autres. Vanaken semble avoir désormais digéré le fait d'être sélectionné, et être prêt à vraiment devenir un Diable rouge après de longs rassemblements passés sans quitter le banc. Une nouvelle preuve, après les Doku, Tielemans ou Timothy Castagne, que Roberto Martinez paraît sentir mieux que personne le moment où lancer la relève dans l'arène.

LE BELGE NE SAIT-IL PLUS DÉFENDRE ?

D'avenir, il est souvent question à l'heure d'évoquer un secteur défensif pointé du doigt de longue date malgré un EURO où les vétérans anversois ont tenu la dragée haute à Cristiano Ronaldo. Les deux buts concédés à Tallinn n'ont pas repeuplé le village des optimistes, ni augmenté l'assurance sans ballon d'un Jason Denayer qui semble toujours se retrouver défenseur par défaut, sans véritablement aimer ça.

Plus qu'un creux générationnel, l'absence d'incontournable relève défensive à la hauteur de ceux qui sont aujourd'hui au seuil de la retraite pose question sur la formation à la belge dans le domaine. Autrefois référence nationale dans un pays où le robuste Philippe Albert fut le premier à conquérir le prestigieux sol anglais, le défenseur noir-jaune-rouge semble désormais plus penser à faire la première passe vers le but adverse qu'à servir de rempart devant le sien. Pas vraiment concerné par la chose défensive quand il construit ses équipes, en catalan ambitieux qu'il est, Roberto Martinez réalise-t-il l'ampleur du chantier, une nouvelle fois masqué par une triple sortie internationale bouclée avec la totalité des points dans la poche du costard ?

Il se pourrait en tout cas qu'au pays où on n'attaquait jamais, on ait fini par oublier à quoi ressemble un joueur qui sait bien défendre.

Par Guillaume Gautier

À l'heure où le réveil sonne, il y a ceux qui peinent à sortir de leur cauchemar et ceux qui sont déjà prêts à se jeter sous la douche. Les premiers pensent à l'Italie, les seconds à Turin. Deux mois après l'EURO, un avant la Ligue des Nations, la Belgique est à un carrefour qu'elle doit franchir avec le moins de dégâts possibles, malgré une circulation dense qui annonce trois matches en six jours. Au moment de prendre le volant, Roberto Martinez jette un oeil dans l'habitacle et constate que six des titulaires de la défaite de Munich ne monteront pas sur la pelouse de Tallinn. Pas question pour autant de parler de changement de règne. Au contraire, septembre prend des airs de fin d'intérim quand le trône du jeu national accueille les fesses les plus célèbres du jeu national. Eden Hazard retrouve son brassard et le football, en réinventant le sien.Le numéro 10, absent face à la Squadra en juillet, est là pour chasser les cauchemars quand Alexis Saelemaekers et Hans Vanaken créent une mésentente et un but estonien qui rappelle furieusement celui de Lorenzo Insigne. C'est lui qui, au bout d'un coup de rein à l'ancienne, dépose l'égalisation sur le front de Vanaken. Surtout, en Estonie puis face aux Tchèques, c'est lui qui rend au système diabolique sa raison d'être majeure. En prenant les rênes de l'équipe nationale, Martinez s'était ainsi tourné vers le 3-4-2-1 pour libérer Eden entre les lignes. En son absence, de plus en plus récurrente depuis son passage au Real, il avait fallu réinventer un jeu qui perdait une bonne partie de ses vertus sans sa faculté à recevoir le ballon entre les lignes, se retourner en effaçant un adversaire et percuter vers le but adverse.Pour menacer les cages adverses, il y avait évidemment les coups de massue de Romelu Lukaku et les coups de génie de Kevin De Bruyne. La Belgique avait toujours autant de buts, mais beaucoup moins de jeu, surtout quand KDB était plus utilisé comme finisseur que comme architecte. Seul Hazard semblait capable d'être les deux à la fois, surtout lors de ce Mondial russe qui ressemble, avec le recul, au pic de sa carrière. S'il faut faire le deuil de cet Eden omnipotent, le Diable paraît enfin s'être réinventé. Plus de coups de patte que de coups de rein, plus de vista que de vitesse, et une transformation appelée à faire courir les autres, même quand il s'agit d'attaquer. Dans ce registre, Yannick Carrasco, Thorgan Hazard ou Jérémy Doku peuvent devenir ses meilleurs alliés.Dans ces couloirs où on s'époumone, Alexis Saelemaekers a gagné la course au "je" du mois de septembre. Un contexte particulier, exacerbé contre des Biélorusses où plus qu'une équipe, Roberto Martinez avait mis en scène une assise défensive précédée de Youri Tielemans pour accompagner un secteur offensif où tous semblaient jouer avec les yeux tournés vers la sélection d'octobre. Le résultat, c'est beaucoup de "je" et peu de jeu, et de trop rares points marqués pour rêver d'anticiper le renouvellement générationnel annoncé après le Mondial qatari.Dans ce match de Kazan, où se remarque l'absence des titulaires autant que celle des supporters, la possession belge ressemble à une calme succession de passes latérales menant irrémédiablement à une tentative d'exploit individuel, généralement vouée à l'échec. Hyperactif et téméraire, Saelemaekers est le plus entreprenant, comme si ses apparitions précédentes aux côtés des titulaires avaient gonflé son statut. Très menaçant dans le camp adverse, mais rarement impliqué défensivement une fois le ballon perdu et passé derrière lui, le Milanais rappelle le Carrasco des jeunes années, et expose le manque de dynamisme d'un Toby Alderweireld qui doit défendre à reculons dans son sillage pour ne pas dégarnir la ligne arrière. À court terme, l'association est trop déséquilibrée pour ressembler à une solution viable quand le ballon n'est pas belge, mais les prestations de Saelemaekers lui ont certainement fait gagner quelques hectomètres dans la course vers Turin, siège du Final Four de la Ligue des Nations.Si les tentatives généralement solitaires et souvent vaines du Rossonero sont le meilleur résumé du duel face aux Biélorusses, l'aisance pour se déplacer entre les lignes de Hans Vanaken raconte mieux que quiconque la victoire face aux Tchèques. Le double Soulier d'or, avec sa démarche qui rappelle l'albatros de Baudelaire, déploie ses ailes gigantesques quand ceux qui l'entourent lui offrent de la profondeur. Un homme qui n'est pas fait pour marcher seul, mais paraît génétiquement conçu pour faire courir les autres. Vanaken semble avoir désormais digéré le fait d'être sélectionné, et être prêt à vraiment devenir un Diable rouge après de longs rassemblements passés sans quitter le banc. Une nouvelle preuve, après les Doku, Tielemans ou Timothy Castagne, que Roberto Martinez paraît sentir mieux que personne le moment où lancer la relève dans l'arène.D'avenir, il est souvent question à l'heure d'évoquer un secteur défensif pointé du doigt de longue date malgré un EURO où les vétérans anversois ont tenu la dragée haute à Cristiano Ronaldo. Les deux buts concédés à Tallinn n'ont pas repeuplé le village des optimistes, ni augmenté l'assurance sans ballon d'un Jason Denayer qui semble toujours se retrouver défenseur par défaut, sans véritablement aimer ça.Plus qu'un creux générationnel, l'absence d'incontournable relève défensive à la hauteur de ceux qui sont aujourd'hui au seuil de la retraite pose question sur la formation à la belge dans le domaine. Autrefois référence nationale dans un pays où le robuste Philippe Albert fut le premier à conquérir le prestigieux sol anglais, le défenseur noir-jaune-rouge semble désormais plus penser à faire la première passe vers le but adverse qu'à servir de rempart devant le sien. Pas vraiment concerné par la chose défensive quand il construit ses équipes, en catalan ambitieux qu'il est, Roberto Martinez réalise-t-il l'ampleur du chantier, une nouvelle fois masqué par une triple sortie internationale bouclée avec la totalité des points dans la poche du costard ? Il se pourrait en tout cas qu'au pays où on n'attaquait jamais, on ait fini par oublier à quoi ressemble un joueur qui sait bien défendre. Par Guillaume Gautier