Quand il a inscrit pour la première fois l'adresse du Proximus Base Camp de Tubize dans son GPS, Thierry Henry a peut-être eu un doute. Peut-être a-t-il reconnu les paysages, l'ambiance, l'atmosphère. Celle du Brabant wallon. Le même visité près de vingt ans plus tôt au coeur d'un été 2000 qui allait l'emmener au faîte de sa gloire. À l'époque de l'EURO organisé conjointement par la Belgique et les Pays-Bas, l'équipe de France avait établi ses quartiers quelques 25 kilomètres plus à l'est, au Château du Lac de Genval. Là-bas, personne n'a oublié ces vedettes françaises débarquées avec le statut de meilleurs joueurs du monde. Et le melon qui va avec. De ceux-là, Thierry Henry était, dit-on, le pire représentant. "Hautain, sûr de lui, arrogant et dédaigneux avec le personnel", selon un ancien employé de l'époque.
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Quand il a inscrit pour la première fois l'adresse du Proximus Base Camp de Tubize dans son GPS, Thierry Henry a peut-être eu un doute. Peut-être a-t-il reconnu les paysages, l'ambiance, l'atmosphère. Celle du Brabant wallon. Le même visité près de vingt ans plus tôt au coeur d'un été 2000 qui allait l'emmener au faîte de sa gloire. À l'époque de l'EURO organisé conjointement par la Belgique et les Pays-Bas, l'équipe de France avait établi ses quartiers quelques 25 kilomètres plus à l'est, au Château du Lac de Genval. Là-bas, personne n'a oublié ces vedettes françaises débarquées avec le statut de meilleurs joueurs du monde. Et le melon qui va avec. De ceux-là, Thierry Henry était, dit-on, le pire représentant. "Hautain, sûr de lui, arrogant et dédaigneux avec le personnel", selon un ancien employé de l'époque. On pardonne tout à la jeunesse, même ses excès. Plus de quinze ans tard, Thierry Henry revenait dans le BW comme T3 de Roberto Martínez et était accueilli à bras ouverts. En retour, il parait que l'homme se montrait affable, poli et respectueux. De sa première expérience au chevet des Diables, Titi ne laissera cette fois derrière lui que des louanges. Est-ce pour ça que quand l'élégant Martínez a commencé à préparer sa valise pour Tubize à la mi-mai, l'Espagnol s'est rappelé sur le gong de bons souvenirs de sa collaboration avec le Français? Probablement. C'est avant tout parce que "son arrivée correspondait à un besoin", nous glisse une source bien informée auprès de l'Union belge. "Ce serait inutile de penser que son retour doit à quelqu'un d'autre qu'à Roberto Martínez lui-même." C'est donc bien parce que l'Espagnol lui a fait la cour que Thierry Henry a accepté de replonger pour ce qui s'apparente, quoi qu'en pensent certains, à coup sûr à un one-shot. Comprendre qu'en interne, personne ne pense que le Français peut s'assimiler à une solution d'avenir s'il fallait remplacer l'actuel T1 au milieu de l'été. L'histoire n'en est pas moins belle. Celle d'une relation de proximité entre l'icône Henry et ce manager autodidacte qu'est Martínez. Initialement, Thierry Henry n'était d'ailleurs pas le choix de Martínez himself. À son arrivée, l'Espagnol s'était d'abord tourné vers un autre profil pour compléter son staff, mais n'avait pu refuser l'incorporation du Français à celui-ci. Si cinq ans plus tard, les deux hommes ont décidé de cheminer ensemble pour ce qui pourrait être dans un mois l'aventure d'une vie, c'est parce que Henry a entre-temps réussi à faire l'unanimité autour de son apport. Humainement apprécié par l'ensemble du groupe, vanté de toutes parts pour son professionnalisme et sa connaissance méticuleuse du football, Thierry Henry coche toutes les cases de l'entraîneur- adjoint parfait, mi-GO, mi-figure autoritaire. "Il a ce charisme qu'ils sont peu à avoir à ce poste, parfois réputé comme ingrat", nous dit un proche du dossier. Surtout, Thierry Henry a noué des relations fortes avec plusieurs Diables dont l'avis compte dans le vestiaire. Si tout le monde a entendu parler de sa proximité récente avec Romelu Lukaku, peut connaissent l'importance qu'a pu avoir le Français dans les choix de carrière d'un Youri Tielemans. "Quand il est arrivé à Monaco, Youri sortait d'une première saison compliquée avec Leonardo Jardim", rembobine Peter Smeets, l'agent du Diable. "Et le début de la saison en cours ( 2018-2019, ndlr) n'était pas beaucoup plus réjouissant. Ensemble, nous avions pris la décision de partir en janvier. Puis, quand Thierry est arrivé, ça a changé notre approche. Celle de Youri surtout, qui était vraiment enthousiasmé par sa collaboration avec son nouveau coach. Malheureusement, les résultats n'ont pas tourné comme il l'aurait voulu et Henry s'est fait limoger. Mais je vous l'assure, si Henry n'avait pas été remercié fin janvier, jamais Youri ne serait parti une semaine plus tard à Leicester." Une emprise sur son groupe qui n'a pas suffi à faire le poids face à son bilan sportif monégasque, toujours considéré trois ans plus tard comme un cuisant échec. Outre-Atlantique, l'empreinte laissée par Henry à l'Impact Montréal (devenu Club de Foot Montréal dans l'intervalle) est souvent mieux considérée. "Quand Olivier Renard et lui sont arrivés, ils ont décidé de changer de cap", détaille à ce sujet Matthias Van Halst, ancien journaliste belge émigré au Québec et travaillant pour la MLS. "Ensemble, ils se sont tournés vers un football un peu plus positif, même s'ils n'avaient pas toujours les joueurs pour le faire. Laissez-moi utiliser cette image: Henry est entré dans une cuisine pour préparer quelque chose, mais il n'avait pas tous les bons ingrédients tout de suite." Ce qui irriterait n'importe quel chef cuistot a évidemment aussi heurté un homme habitué à l'excellence. "Il est extrême dans l'approche qu'il peut avoir avec les joueurs. Ça marche très bien avec certains, mais ça ne peut pas fonctionner avec tout le monde", pointe d'ailleurs Renard, directeur sportif de Thierry Henry à Montréal, et qui a travaillé en vase clos avec Henry pendant une année entière. "La situation sanitaire nous a obligés à respecter une quarantaine stricte pendant quatre mois et demi en Floride. Loin de nos familles, de nos enfants. Mais avec les joueurs H24. Je pense que ça n'a été facile à vivre pour personne, mais que ça lui au moins permis de changer quelque peu son approche. De l'assouplir. De travailler plus sur le mental que sur la tactique. Je crois que ça a participé à le bonifier comme coach." Au Québec, puis en Floride, Thierry Henry aurait donc changé. Décrit du temps de sa carrière "comme particulièrement lunatique" par certains journalistes l'ayant côtoyé de près, le cru 2021 serait, dit-on, plus apaisé. Rasséréné par ses retrouvailles récentes avec ses proches consécutives à son départ surprise de Montréal à la fin du mois de février, Thierry Henry n'avait, dès lors, plus d'arguments valables pour se refuser à un nouveau séjour prolongé dans le Brabant wallon.