Samedi dernier, deux jours avant la dernière rencontre de la phase de groupes face à la Finlande, Thorgan Hazard s'est exprimé à propos de son frangin, Eden: "J'ai entendu Lieven ( Maesschalck, ndlr) et le coach dire qu'ils ne l'avaient jamais vu en aussi bon état physique. Et ils le connaissent. Moi aussi. Eden est bon, en forme. Pour le moment, ce n'est plus qu'une question mentale, la peur de recevoir un nouveau coup. Cette crainte ne s'estompera qu'en jouant davantage, pour reprendre confiance. Les deux infiltrations effectuées avant le tournoi l'ont aidé. On pourra peut-être compter sur lui jusqu'à la fin du tournoi."
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Samedi dernier, deux jours avant la dernière rencontre de la phase de groupes face à la Finlande, Thorgan Hazard s'est exprimé à propos de son frangin, Eden: "J'ai entendu Lieven ( Maesschalck, ndlr) et le coach dire qu'ils ne l'avaient jamais vu en aussi bon état physique. Et ils le connaissent. Moi aussi. Eden est bon, en forme. Pour le moment, ce n'est plus qu'une question mentale, la peur de recevoir un nouveau coup. Cette crainte ne s'estompera qu'en jouant davantage, pour reprendre confiance. Les deux infiltrations effectuées avant le tournoi l'ont aidé. On pourra peut-être compter sur lui jusqu'à la fin du tournoi." Voilà qui résume la situation: entre espoir et doute. Peut-être. Peur. Confiance. On l'a encore senti dimanche soir, lors de la conférence de presse de l'aîné des Hazard. Lors des tournois précédents, que ce soit avant l'EURO 2016, durant la compétition même ou, plus tard, à Moscou, durant chaque interview à l'hôtel ou durant ses conférences de presse, Eden Hazard ne manquait jamais de plaisanter, de faire un clin d'oeil. Il était décontracté, quoi. Empreint d'assurance. Pas cette fois. Pour le moment, il est réservé. Sur ses gardes. Il n'est parvenu à plaisanter qu'avec le roi, quand celui-ci a parlé d'un hamburger, lors de sa visite aux Diables rouges. "Ça doit être possible après le match, sire." Avec des frites. C'était encore le vrai Hazard. Un homme qui relativise. Le roi faisait allusion au seul moment où Hazard a été critiqué en Belgique, au tout début de sa carrière. C'était déjà une star à Lille et si ce club possède maintenant un magnifique stade, il le doit au Brainois. Une star, il ne l'était pas encore en équipe nationale. Les tournois suivants ont fait taire les critiques en Belgique. L'EURO 2016 et son match contre la Hongrie ont constitué un tournant, la Coupe du monde en Russie a confirmé son statut. Hazard était à son sommet, le meilleur joueur du Mondial, un des meilleurs de l'EURO précédent, star à Chelsea et meilleur joueur de Premier League. Puis, un an plus tard, son transfert de rêve. Le roi, et avec lui le cercle des Diables, est le seul à avoir côtoyé un Hazard détendu et joyeux. On ne l'a pas encore vu ainsi. Jusqu'à présent, il s'est exprimé plus souvent que d'habitude, mais toujours très sérieusement. Pas de sourire, pas de clin d'oeil. Il offre un contraste saisissant avec Kevin De Bruyne, qui dégage parfois une grande décontraction alors que dans le passé, celui-ci était plus réservé lors de ses apparitions publiques. Ce n'est pas son truc, qu'on le laisse jouer. Samedi, il était très détendu et même de bonne humeur en parlant de ses enfants. Il a également eu un large sourire quand on a vanté sa vista sur le terrain. Il est peut-être en proie aux doutes aussi, à cause de sa pommette, exposée dans les duels, mais il semble les avoir relégués aux oubliettes. Pour Eden Hazard, tout se joue dans la tête. "Je me suis déjà fracturé cette cheville à trois reprises. Je ne sais pas si elle sera aussi solide qu'il y a dix ans." Ses doutes ont été traduits en certitudes par certains, et interprétés comme une mauvaise nouvelle pour le Real. Autre chose. Le staff médical ne peut ou ne veut pas dire grand-chose au sujet d'Eden. Mercredi dernier, Lieven Maesschalck et Geert Declercq ont fourni sans la moindre réticence des informations sur Axel Witsel et son rétablissement. On a posé une question sur Hazard. "Il faut le demander à Eden", a souri Maesschalck. La question est délicate, d'autant que le contact avec le staff médical du Real est moins facile qu'avec celui de Manchester City ou du Borussia Dortmund. Les Madrilènes veulent tout gérer. Hazard connaît Maesschalck depuis des années et lui fait confiance, mais le Real lui interdit de se faire traiter à Anvers. Tout se déroule donc dans le plus grand secret. La presse espagnole connaît bien les tensions qui existent entre le club et le staff médical. Le malestar de Zinédine Zidane avec le département médical. On peut traduire ça par malaise. Ou par frictions, si on est plus dur. La saison dernière, le Real a déploré 54 blessures. C'est beaucoup. Certes, le noyau est âgé mais quand même. Barcelone a dénombré 35 blessures, Villarreal 34. Hazard n'a même pas été le plus touché: Carvajal s'est blessé à cinq reprises. Valverde, Ramos et Hazard quatre fois, Odriozola, Lucas, Marcelo et Kroos trois fois. Seul Courtois y a échappé. La presse ibérique vise souvent le responsable du département médical du Real, Niko Mihic. Il est trop peu spécialisé et trop peu enclin à écouter ceux qui le sont. Peut-être est-ce pour cela que les Belges s'en tiennent à un " no comment". On peut toutefois démentir la rumeur selon laquelle Hazard voulait absolument qu'on enlève la plaque en titane placée après sa deuxième fracture et remplacée en mars 2020 par un nouvel exemplaire, mais que le club s'y opposait. Qu'il aurait souffert d'effets de rejet et que cette plaque pourrait à terme abîmer son articulation. Ces racontars n'ont rien à voir avec la réalité du problème. Pour le reste, où en est-on? Impossible à dire. Les Hazard savent relativiser les choses. Ils se ressourcent en famille. Eden essaie, mais toutes sortes de détails montrent qu'il est en proie au doute. Ces derniers mois, durant ses longues périodes d'absence du terrain, il a beaucoup travaillé son corps. Son poids, sujet de reproches à son arrivée à Madrid, est au top. La puissance de ses jambes: au top. Deux infiltrations, une dans chaque hanche avant le tournoi, doivent améliorer sa mobilité durant une période de six à douze mois. Le suivi médical en équipe nationale: au top. La patience de Martínez: au top. Il aurait souhaité aligner Eden Hazard plus tôt. Lors de la première conférence de presse, il a dit qu'il allait ménager Hazard contre la Grèce, mais qu'il comptait sur lui pour le second match de préparation, contre la Croatie, dès le coup d'envoi. Il a vite ravalé ses paroles. Hazard a même pu déterminer lui-même le rythme de son retour: les dix minutes annoncées contre la Russie se sont soldées par une entrée au jeu à la 72e et une à la 59e contre le Danemark. Lundi, il a été titularisé pour la première fois, contre la Finlande. Il devait dissiper les derniers doutes. La peur des duels, la peur d'un autre coup. Dimanche soir, il a dit que chercher les duels faisait partie de son jeu. En même temps, il veut essayer d'éviter les coups. Apprendre à les gérer intelligemment. Ce n'est pas évident. Son problème? Le rythme des matches, la succession des efforts. La saison passée, il n'a disputé cinq matches d'affilée qu'à deux reprises. Et jamais nonante minutes durant. Il en est encore très loin. Mais ce n'est pas grave, a-t-il dit dimanche. Il vaut mieux cinquante, soixante ou septante bonnes minutes de jeu que nonante moyennes. Contrairement aux tournois 2016 et 2018, on ne va pas voir Eden Hazard à l'oeuvre du début à la fin. Martínez va devoir soigneusement choisir les moments Eden à partir du week-end prochain et de la phase à élimination directe. "Contre le Danemark, j'ai constaté qu'il avait progressé", a encore ajouté Thorgan. "Eden a appelé le ballon, il a dribblé, fait preuve d'engagement. Il nous a facilité la vie. On peut encore se passer d'Eden ou de Kevin en Ligue des Nations. Jouer sans nos stars. Mais pas dans un EURO. Ici, non seulement ils doivent jouer, mais être en pleine forme." Il faut que le déclic se produise, pour qu'il regagne son assurance. Dans un environnement qui lui fait confiance. Car ensuite, il retournera au Real, où il sera suivi à la loupe. Placé sous pression. "Ceux qui signent au Real ou à Barcelone savent à quoi s'attendre", estime pour sa part Thorgan. "Je me souviens que la première saison de Thibaut au Real n'a pas été rose non plus. Mais son travail et ses prestations ont fait basculer la perception. À part l'épisode du hamburger, Eden a rarement été critiqué en Belgique. Depuis deux ans, il découvre le revers de la médaille. C'est à lui de la retourner."