Il est rare que le président Ivan De Witte et le directeur général Michel Louwagie accordent une interview commune. L'une d'entre elles est étalée sur la table, elle date d'il y a quelques années. Le titre était : " J'aboie et Ivan mord ". "Et c'est toujours d'actualité ", souligne Louwagie.

À l'époque, Gand jouait encore à l'Ottenstadion. Aujourd'hui, le club est devenu une grosse entreprise qui dispose d'un stade moderne. Après avoir vécu des années sur un nuage, le club a traversé sa première crise l'été dernier. Elle a été résolue. Au point que les Buffalos pourraient devenir l'une des surprises des prochains play-offs, s'ils confirment la tendance actuelle.

Le ciel s'est éclairci au-dessus de Gand, après quelques mois difficiles et un mauvais début de championnat. Qu'avez-vous appris durant cette période trouble ?

IVAN DE WITTE : Qu'il faut préparer une saison minutieusement et tenir compte de tous les paramètres. Certains transferts auraient dû être mieux évalués. Tout comme le fait que notre entraîneur était arrivé à la fin d'un cycle.

MICHEL LOUWAGIE : Notre intention était de travailler sur le long terme avec un coach. À l'image d'Arsène Wenger à Arsenal, ou de Guy Roux jadis à Auxerre. Mais, après ce qu'il s'est passé, je pense que nous pouvons oublier ce projet.

DE WITTE : Ce qu'il s'est passé n'est pas propre à la Belgique. Regardez Antonio Conte à Chelsea. Il a débarqué en héros, a été champion et se retrouve confronté à des difficultés l'année suivante. Le succès n'est pas éternel. Je tiens cependant à souligner que nous n'avons limogé ni Hein Vanhaezebrouck, ni Michel Preud'homme, ni Francky Dury. Ils sont partis d'eux-mêmes.

Il faut apprendre des déceptions que l'on rencontre. " Ivan De Witte

Quel sentiment éprouve-t-on, lorsqu'un entraîneur s'en va ?

DE WITTE : C'est surtout très décevant. Ce qu'il s'est passé avec Hein, a été difficile à vivre, sur le plan humain. Mais il faut apprendre des déceptions. Il y a quelques années, nous avions quasiment trouvé un accord avec Preud'homme pour un contrat de cinq ans. Et subitement, il a annoncé qu'il partait au FC Twente. Pour des motifs bien spécifiques.

LOUWAGIE : Quelques années plus tard, ce club a connu des difficultés financières. Leur projet de concurrencer le PSV, Ajax et Feyenoord a dû être rangé au placard. Aujourd'hui, le FC Twente éprouve de grandes difficultés à obtenir sa licence. Ce club n'est pas plus grand que le nôtre, et pourtant, il a subitement réalisé des transferts à six ou sept millions d'euros. Bryan Ruiz et Roberto Rosales sont d'ailleurs partis là-bas.

" Yves Vanderhaeghe a des qualités comme people manager "

N'aurait-il pas été préférable de prendre congé de Vanhaezebrouck à la fin de la saison dernière ?

DE WITTE : Ça n'aurait pas été correct à son égard. Hein nous a hissé au plus haut niveau. Nous lui devions le respect. Mais il est clair que son impact commençait à diminuer.

LOUWAGIE : Une vision à long terme, c'est le rêve pour les clubs de haut niveau. Mais en raison de la pression execée par les supporters, les sponsors et la presse, c'est difficilement réalisable. Tous ceux-là n'acceptent plus que Gand termine 8e ou 9e. Zulte Waregem peut encore se le permettre, mais pas notre club qui doit viser le Top 3 ou le Top 4 chaque année.

Avez-vous traversé, l'été dernier, la période la plus dure du club ?

LOUWAGIE : Un tel départ raté, je ne l'avais jamais vécu en 28 ans. Tout ce qui pouvait se liguer contre nous s'est bel et bien produit. C'était une situation difficile.

DE WITTE : Nous avons été un moment déstabilisés, mais nous avons rapidement trouvé une solution. Les divergences structurelles avec la ville, au début, et les difficultés financières de 1999 m'ont touché personnellement. La construction du nouveau stade a engendré bien des souffrances également. Ce changement d'entraîneur m'a perturbé pendant deux semaines, pas plus. Nous savions que le club était suffisamment solide pour ne pas vaciller sur son socle.

Je savais que tout finirait par rentrer dans l'ordre. Je me demandais simplement comment prendre congé de Hein de la manière la plus correcte possible. Le respect et la reconnaissance devait primer. Nous avons rapidement trouvé un accord avec Yves Vanderhaeghe.

Quel a été le facteur décisif ?

DE WITTE : J'étais persuadé à 75 % qu'Yves constituait une bonne solution. Il a démontré, à Courtrai, qu'il était l'homme idéal pour succéder à Hein. Et il a aussi fait du bon travail à Ostende. Son discours, pendant les négociations, nous a convaincus. Le profil d'Yves est très différent de celui de Hein. Or, le groupe avait besoin d'un changement.

LOUWAGIE : Yves a des qualités comme people manager.

" On sent qu'on peut avoir une discussion avec le coach "

Vous avez envisagé d'autres candidats ? Felice Mazzù, par exemple ?

DE WITTE : Non, même si au début, quatre candidats figuraient sur la liste. Yves était libre. Ça a joué un rôle, mais ce n'est pas ce qui a fait pencher la balance.

Ivan De Witte l'affirme haut et fort : un retour à 18 clubs serait néfaste., KOEN BAUTERS
Ivan De Witte l'affirme haut et fort : un retour à 18 clubs serait néfaste. © KOEN BAUTERS

Quelle est la plus grande qualité de Vanderhaeghe ?

LOUWAGIE : Les points qu'il prend. Il carbure à un rythme de champion. S'il avait été là dès le départ, on arriverait à 66 points au terme de la phase classique. C'est un exploit que nous n'avons encore jamais réalisé. Le maximum, ça a été 61.

DE WITTE : Yves peut rassembler un groupe, et mettre au point une tactique qui permet de contrer l'adversaire. Il est aussi ouvert à la discussion.

Voulez-vous dire qu'il écoute ?

DE WITTE : Oui, on sent qu'on peut avoir une discussion avec le coach.

LOUWAGIE : Il est possible de convaincre Yves sur certains points, mais pas sur tous.

L'entraîneur doit cependant se conformer aux habitudes gantoises, de se réunir une fois par semaine pour faire le point.

DE WITTE : Si l'on veut travailler chez nous, c'est à prendre ou à laisser. On pourrait avoir Carlo Ancelotti comme entraîneur, ce serait pareil.

LOUWAGIE : Si Ivan et moi n'avions qu'un contact par jour, ce serait anormal. La plupart du temps, nous nous téléphonons une fois le matin et une fois le soir. Parfois aussi, nous déjeunons ensemble, le midi. L'entraîneur est plus important qu'un CEO. Car il est le moteur de la machine. Faire le point une fois par semaine, c'est le minimum.

DE WITTE : Hein a aussi dû l'apprendre. Seul Preud'homme a été d'accord tout de suite.

" Une qualification européenne est un must "

Vous formez un tandem depuis longtemps. Et votre méthode de travail n'a pas fondamentalement changé depuis le temps de l'Ottenstadion.

LOUWAGIE : Je pense qu'Ivan est encore plus impliqué qu'avant. D'un budget de 16 millions d'euros, nous sommes passés à 40 millions.

DE WITTE : N'oubliez pas que, lors des dernières années de l'Ottenstadion, je siégeais encore à la Ligue Professionnelle. C'était trop. Aujourd'hui, les tâches sont mieux réparties. Michel gère pratiquement à lui seul une entreprise de plus de 40 millions d'euros. Il s'occupe du secteur horeca, mais aussi de l'aspect fiscal, de la comptabilité, du commercial et de la partie juridique. Je m'occupe plus de la dimension stratégique et politique, et du sportif. Je trace les grandes lignes.

LOUWAGIE : Ivan veille aux relations publiques et à l'image du club. Il s'est aussi occupé du dossier du stade et de sa défense, au moment où nous avons été attaqués sur ce point, pendant des heures et des heures.

C'est finalement grâce à tous les écueils rencontrés et surmontés que Gand est devenu un grand club. Avant, vous faisiez partie du G5 alors que vous n'en aviez pas toutes les caractéristiques.

LOUWAGIE : Sur le plan sportif, nous méritions d'en faire partie. Pas au niveau financier et structurel, je le reconnais. La question qui se posait, était : Gand peut-il passer d'une gestion de crise, sur le plan financier, à une gestion normale ? La réponse est : oui. Nous l'avons démontré en remportant le titre. Et nous nous sommes maintenus au sommet : champion en 2014/15, huitièmes de finale de la Ligue des Champions en 2015/16 - ce n'est arrivé que deux fois en 18 ans pour un club belge - et troisième du classement en 2016/17, tout en atteignant les huitièmes de finale de l'Europa League en ayant éliminé Tottenham au passage. Ça, ce sont les faits.

Quelles sont encore vos ambitions, cette saison ?

DE WITTE : Trop de facteurs jouent un rôle, sur lesquels nous n'avons aucune prise. Mais une troisième place et une qualification européenne, ce sont des objectifs permanents.

" Il faut toujours viser le plus haut possible "

Vous êtes considéré comme l'homme le plus ambitieux du club, président. Alors que tout le monde avait quitté Wolfsburg avec le sourire aux lèvres, pour avoir atteint les huitième de finale de la Ligue des Champions, vous avez déclaré : nous devons être capables de faire mieux !

DE WITTE : Lorsqu'un entreprise cesse d'être ambitieuse, elle entame son déclin. Il faut toujours viser le plus haut possible. Elise Mertens a été fantastique à l'Open d'Australie de tennis, mais on pouvait prévoir qu'elle n'allait pas gagner sa demi-finale. Elle avait atteint la limite de ses ambitions, cela se ressentait dans ses déclarations. Il faut nourrir ses ambitions, toujours placer la barre plus haut. Je veux que cette mentalité soit présente dans le club.

Donc : plutôt viser le titre, au risque d'être déçu si vous ne le remportez pas, que parler d'une saison fantastique, et voir jusqu'où on peut aller ?

DE WITTE : C'est nécessaire pour que tout le monde soit focalisé sur un objectif. Lorsque Yves a débuté, je lui ai dit : une qualification européenne est un must. Il a sursauté, car nous étions avant-derniers au classement.

LOUWAGIE : C'est la force de notre président. Moi, je me serais déjà contenté d'une qualification pour les PO1. Je suis plus prudent, moins entreprenant qu'Ivan. À l'époque, nous ne comptions que 6 points sur 27.

DE WITTE : Sans ambition, on n'arrive à rien.

" J'aimerais remporter un nouveau titre "

Que voulez-vous encore atteindre comme président de La Gantoise ?

DE WITTE : J'aimerais encore remporter un nouveau titre.

Lorsque Roger Vanden Stock prendra congé d'Anderlecht, il ne restera plus que Roger Lambrecht de l'ancienne génération, à Lokeren. Beaucoup de clubs ont également été confiés à des investisseurs étrangers. Qu'en pensez-vous ?

DE WITTE : Le monde change. Même Lyon est aux mains des Chinois. Notre modèle peut résister à tous les tremblements. Eu égard à notre structure, nous pouvons continuer en tant que community-club, basé sur la vision et le management, et donc sans capital étranger. Nous parvenons à bien contrôler notre situation financière. Cette année, ce sera sans doute tout juste, en raison des difficultés rencontrées au départ, mais ces dernières années, nous avons toujours été en bénéfice.

Ces dernières années, vous avez cependant été tentés de dépenser plus que de coutume. Trouver le juste équilibre reste difficile ?

LOUWAGIE : Cela se produira peut-être encore une fois, mais pas quatre ou cinq fois. Car les achats n'apportent pas toujours une plus-value. Lovre Kalinic en est une, mais il faut être prudent lorsqu'on dépense de grosses sommes. La détection de talents est très importante, et désormais, nous faisons de gros efforts en matière de scouting.

DE WITTE : Je suis plus disposé à prendre des risques, mais Michel a souvent raison. C'est bien d'avoir cette complémentarité, cela contribue à l'équilibre.

LOUWAGIE : Nous investissons aussi beaucoup dans les jeunes, avec de nouvelles infrastructures, de nouveaux terrains et un bon encadrement, grâce à deux anciens joueurs, Frédéric Dupré et Thomas Matton. Mais le vivier est très limité en Belgique, et beaucoup de clubs pêchent dans le même étang.

Supprimer les play-offs ?

Président, votre " enfant ", les play-offs, sont voués à disparaître. L'opposition se fait de plus en plus forte. Ça vous inquiète ?

DE WITTE : J'essaierai de démontrer que la formule est toujours valable. Je reste persuadé qu'un retour en arrière, à 18 clubs, serait néfaste. Mais, si j'ai trop de voix contre moi, je devrai m'incliner.

Pourquoi veut-on aujourd'hui revenir en arrière ?

DE WITTE : Certains clubs poussent dans ce sens. Peut-être dans leur propre intérêt : ils ne regardent pas la compétition depuis un hélicoptère. Je pense aussi que la Ligue fonctionnait différemment, autrefois. Ses membres se réunissaient bien plus souvent. Les échanges de vues étaient plus approfondis. Avant de prendre une décision, nous prenions le soin de consulter une source extérieure, un bureau de consultance. Nous analysions quelles seraient les conséquences de la formule des play-offs. Plus de revenus ? Plus de supporters et de spectateurs ? Aujourd'hui, on prend des décisions émotionnelles, en scandant : " ça suffit, il faut les supprimer ".

Il est rare que le président Ivan De Witte et le directeur général Michel Louwagie accordent une interview commune. L'une d'entre elles est étalée sur la table, elle date d'il y a quelques années. Le titre était : " J'aboie et Ivan mord ". "Et c'est toujours d'actualité ", souligne Louwagie. À l'époque, Gand jouait encore à l'Ottenstadion. Aujourd'hui, le club est devenu une grosse entreprise qui dispose d'un stade moderne. Après avoir vécu des années sur un nuage, le club a traversé sa première crise l'été dernier. Elle a été résolue. Au point que les Buffalos pourraient devenir l'une des surprises des prochains play-offs, s'ils confirment la tendance actuelle. Le ciel s'est éclairci au-dessus de Gand, après quelques mois difficiles et un mauvais début de championnat. Qu'avez-vous appris durant cette période trouble ? IVAN DE WITTE : Qu'il faut préparer une saison minutieusement et tenir compte de tous les paramètres. Certains transferts auraient dû être mieux évalués. Tout comme le fait que notre entraîneur était arrivé à la fin d'un cycle. MICHEL LOUWAGIE : Notre intention était de travailler sur le long terme avec un coach. À l'image d'Arsène Wenger à Arsenal, ou de Guy Roux jadis à Auxerre. Mais, après ce qu'il s'est passé, je pense que nous pouvons oublier ce projet. DE WITTE : Ce qu'il s'est passé n'est pas propre à la Belgique. Regardez Antonio Conte à Chelsea. Il a débarqué en héros, a été champion et se retrouve confronté à des difficultés l'année suivante. Le succès n'est pas éternel. Je tiens cependant à souligner que nous n'avons limogé ni Hein Vanhaezebrouck, ni Michel Preud'homme, ni Francky Dury. Ils sont partis d'eux-mêmes. Quel sentiment éprouve-t-on, lorsqu'un entraîneur s'en va ? DE WITTE : C'est surtout très décevant. Ce qu'il s'est passé avec Hein, a été difficile à vivre, sur le plan humain. Mais il faut apprendre des déceptions. Il y a quelques années, nous avions quasiment trouvé un accord avec Preud'homme pour un contrat de cinq ans. Et subitement, il a annoncé qu'il partait au FC Twente. Pour des motifs bien spécifiques. LOUWAGIE : Quelques années plus tard, ce club a connu des difficultés financières. Leur projet de concurrencer le PSV, Ajax et Feyenoord a dû être rangé au placard. Aujourd'hui, le FC Twente éprouve de grandes difficultés à obtenir sa licence. Ce club n'est pas plus grand que le nôtre, et pourtant, il a subitement réalisé des transferts à six ou sept millions d'euros. Bryan Ruiz et Roberto Rosales sont d'ailleurs partis là-bas. N'aurait-il pas été préférable de prendre congé de Vanhaezebrouck à la fin de la saison dernière ? DE WITTE : Ça n'aurait pas été correct à son égard. Hein nous a hissé au plus haut niveau. Nous lui devions le respect. Mais il est clair que son impact commençait à diminuer. LOUWAGIE : Une vision à long terme, c'est le rêve pour les clubs de haut niveau. Mais en raison de la pression execée par les supporters, les sponsors et la presse, c'est difficilement réalisable. Tous ceux-là n'acceptent plus que Gand termine 8e ou 9e. Zulte Waregem peut encore se le permettre, mais pas notre club qui doit viser le Top 3 ou le Top 4 chaque année. Avez-vous traversé, l'été dernier, la période la plus dure du club ? LOUWAGIE : Un tel départ raté, je ne l'avais jamais vécu en 28 ans. Tout ce qui pouvait se liguer contre nous s'est bel et bien produit. C'était une situation difficile. DE WITTE : Nous avons été un moment déstabilisés, mais nous avons rapidement trouvé une solution. Les divergences structurelles avec la ville, au début, et les difficultés financières de 1999 m'ont touché personnellement. La construction du nouveau stade a engendré bien des souffrances également. Ce changement d'entraîneur m'a perturbé pendant deux semaines, pas plus. Nous savions que le club était suffisamment solide pour ne pas vaciller sur son socle. Je savais que tout finirait par rentrer dans l'ordre. Je me demandais simplement comment prendre congé de Hein de la manière la plus correcte possible. Le respect et la reconnaissance devait primer. Nous avons rapidement trouvé un accord avec Yves Vanderhaeghe. Quel a été le facteur décisif ? DE WITTE : J'étais persuadé à 75 % qu'Yves constituait une bonne solution. Il a démontré, à Courtrai, qu'il était l'homme idéal pour succéder à Hein. Et il a aussi fait du bon travail à Ostende. Son discours, pendant les négociations, nous a convaincus. Le profil d'Yves est très différent de celui de Hein. Or, le groupe avait besoin d'un changement. LOUWAGIE : Yves a des qualités comme people manager. Vous avez envisagé d'autres candidats ? Felice Mazzù, par exemple ? DE WITTE : Non, même si au début, quatre candidats figuraient sur la liste. Yves était libre. Ça a joué un rôle, mais ce n'est pas ce qui a fait pencher la balance. Quelle est la plus grande qualité de Vanderhaeghe ? LOUWAGIE : Les points qu'il prend. Il carbure à un rythme de champion. S'il avait été là dès le départ, on arriverait à 66 points au terme de la phase classique. C'est un exploit que nous n'avons encore jamais réalisé. Le maximum, ça a été 61. DE WITTE : Yves peut rassembler un groupe, et mettre au point une tactique qui permet de contrer l'adversaire. Il est aussi ouvert à la discussion. Voulez-vous dire qu'il écoute ? DE WITTE : Oui, on sent qu'on peut avoir une discussion avec le coach. LOUWAGIE : Il est possible de convaincre Yves sur certains points, mais pas sur tous. L'entraîneur doit cependant se conformer aux habitudes gantoises, de se réunir une fois par semaine pour faire le point. DE WITTE : Si l'on veut travailler chez nous, c'est à prendre ou à laisser. On pourrait avoir Carlo Ancelotti comme entraîneur, ce serait pareil. LOUWAGIE : Si Ivan et moi n'avions qu'un contact par jour, ce serait anormal. La plupart du temps, nous nous téléphonons une fois le matin et une fois le soir. Parfois aussi, nous déjeunons ensemble, le midi. L'entraîneur est plus important qu'un CEO. Car il est le moteur de la machine. Faire le point une fois par semaine, c'est le minimum. DE WITTE : Hein a aussi dû l'apprendre. Seul Preud'homme a été d'accord tout de suite. Vous formez un tandem depuis longtemps. Et votre méthode de travail n'a pas fondamentalement changé depuis le temps de l'Ottenstadion. LOUWAGIE : Je pense qu'Ivan est encore plus impliqué qu'avant. D'un budget de 16 millions d'euros, nous sommes passés à 40 millions. DE WITTE : N'oubliez pas que, lors des dernières années de l'Ottenstadion, je siégeais encore à la Ligue Professionnelle. C'était trop. Aujourd'hui, les tâches sont mieux réparties. Michel gère pratiquement à lui seul une entreprise de plus de 40 millions d'euros. Il s'occupe du secteur horeca, mais aussi de l'aspect fiscal, de la comptabilité, du commercial et de la partie juridique. Je m'occupe plus de la dimension stratégique et politique, et du sportif. Je trace les grandes lignes. LOUWAGIE : Ivan veille aux relations publiques et à l'image du club. Il s'est aussi occupé du dossier du stade et de sa défense, au moment où nous avons été attaqués sur ce point, pendant des heures et des heures. C'est finalement grâce à tous les écueils rencontrés et surmontés que Gand est devenu un grand club. Avant, vous faisiez partie du G5 alors que vous n'en aviez pas toutes les caractéristiques. LOUWAGIE : Sur le plan sportif, nous méritions d'en faire partie. Pas au niveau financier et structurel, je le reconnais. La question qui se posait, était : Gand peut-il passer d'une gestion de crise, sur le plan financier, à une gestion normale ? La réponse est : oui. Nous l'avons démontré en remportant le titre. Et nous nous sommes maintenus au sommet : champion en 2014/15, huitièmes de finale de la Ligue des Champions en 2015/16 - ce n'est arrivé que deux fois en 18 ans pour un club belge - et troisième du classement en 2016/17, tout en atteignant les huitièmes de finale de l'Europa League en ayant éliminé Tottenham au passage. Ça, ce sont les faits. Quelles sont encore vos ambitions, cette saison ? DE WITTE : Trop de facteurs jouent un rôle, sur lesquels nous n'avons aucune prise. Mais une troisième place et une qualification européenne, ce sont des objectifs permanents. Vous êtes considéré comme l'homme le plus ambitieux du club, président. Alors que tout le monde avait quitté Wolfsburg avec le sourire aux lèvres, pour avoir atteint les huitième de finale de la Ligue des Champions, vous avez déclaré : nous devons être capables de faire mieux ! DE WITTE : Lorsqu'un entreprise cesse d'être ambitieuse, elle entame son déclin. Il faut toujours viser le plus haut possible. Elise Mertens a été fantastique à l'Open d'Australie de tennis, mais on pouvait prévoir qu'elle n'allait pas gagner sa demi-finale. Elle avait atteint la limite de ses ambitions, cela se ressentait dans ses déclarations. Il faut nourrir ses ambitions, toujours placer la barre plus haut. Je veux que cette mentalité soit présente dans le club. Donc : plutôt viser le titre, au risque d'être déçu si vous ne le remportez pas, que parler d'une saison fantastique, et voir jusqu'où on peut aller ? DE WITTE : C'est nécessaire pour que tout le monde soit focalisé sur un objectif. Lorsque Yves a débuté, je lui ai dit : une qualification européenne est un must. Il a sursauté, car nous étions avant-derniers au classement. LOUWAGIE : C'est la force de notre président. Moi, je me serais déjà contenté d'une qualification pour les PO1. Je suis plus prudent, moins entreprenant qu'Ivan. À l'époque, nous ne comptions que 6 points sur 27. DE WITTE : Sans ambition, on n'arrive à rien. Que voulez-vous encore atteindre comme président de La Gantoise ? DE WITTE : J'aimerais encore remporter un nouveau titre. Lorsque Roger Vanden Stock prendra congé d'Anderlecht, il ne restera plus que Roger Lambrecht de l'ancienne génération, à Lokeren. Beaucoup de clubs ont également été confiés à des investisseurs étrangers. Qu'en pensez-vous ? DE WITTE : Le monde change. Même Lyon est aux mains des Chinois. Notre modèle peut résister à tous les tremblements. Eu égard à notre structure, nous pouvons continuer en tant que community-club, basé sur la vision et le management, et donc sans capital étranger. Nous parvenons à bien contrôler notre situation financière. Cette année, ce sera sans doute tout juste, en raison des difficultés rencontrées au départ, mais ces dernières années, nous avons toujours été en bénéfice. Ces dernières années, vous avez cependant été tentés de dépenser plus que de coutume. Trouver le juste équilibre reste difficile ? LOUWAGIE : Cela se produira peut-être encore une fois, mais pas quatre ou cinq fois. Car les achats n'apportent pas toujours une plus-value. Lovre Kalinic en est une, mais il faut être prudent lorsqu'on dépense de grosses sommes. La détection de talents est très importante, et désormais, nous faisons de gros efforts en matière de scouting. DE WITTE : Je suis plus disposé à prendre des risques, mais Michel a souvent raison. C'est bien d'avoir cette complémentarité, cela contribue à l'équilibre. LOUWAGIE : Nous investissons aussi beaucoup dans les jeunes, avec de nouvelles infrastructures, de nouveaux terrains et un bon encadrement, grâce à deux anciens joueurs, Frédéric Dupré et Thomas Matton. Mais le vivier est très limité en Belgique, et beaucoup de clubs pêchent dans le même étang.