Le voyage dans le temps s'arrête au mois de janvier dernier. Bruges a bouclé l'année 2018 avec six points en Ligue des Champions qui lui ont assuré de passer l'hiver européen, et pointe à sept longueurs d'un Genk en pleine bourre sur la scène nationale.
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Le voyage dans le temps s'arrête au mois de janvier dernier. Bruges a bouclé l'année 2018 avec six points en Ligue des Champions qui lui ont assuré de passer l'hiver européen, et pointe à sept longueurs d'un Genk en pleine bourre sur la scène nationale. Recrue la plus onéreuse de l'été, Kaveh Rezaei n'est pas parvenu à s'imposer dans la Venise du Nord, freiné par une blessure et des problèmes privés. Sur le flanc depuis la fin du mois d'octobre, Jelle Vossen est également classé au rang des indisponibles. C'est donc le jeune Loïs Openda, du haut de ses dix-huit ans, qui fait office de solution de rechange pour l'incontournable Wesley Moraes à la pointe du dispositif d'Ivan Leko, passé progressivement du 3-5-2 au 3-5-1-1 pour pallier le départ d'Abdoulaye Diaby et exploiter l'arrivée de Siebe Schrijvers. " Je me suis toujours concentré sur le fait d'entraîner les joueurs qui étaient à ma disposition. Ce n'était pas moi qui faisais les transferts, je pouvais seulement donner mon opinion ", expliquait l'entraîneur croate en fin de saison dernière, après avoir acté son départ de Bruges. L'opinion en question : " Vu les blessures de Rezaei et Vossen, on avait besoin d'un attaquant. Ça aurait été une sécurité supplémentaire. " Le buteur convoité ne viendra pas. Le Club a prolongé le contrat de Wesley, et prévu de le vendre en fin de saison. Faire de l'ombre au Brésilien ne semble pas entrer dans les plans des dirigeants brugeois. Et tant pis si le colosse mineiro traîne une disette longue de 878 minutes en championnat, enfin interrompue par un penalty offert par Hans Vanaken au bout du mois de janvier. Il y a douze mois, Bruges boucle 2018 avec 48 buts marqués en 21 sorties. En ajoutant la Supercoupe, la Coupe de Belgique et la Coupe d'Europe, les Blauw en Zwart affichent un bilan total de 56 buts en 29 rencontres entre le début de saison et la trêve, soit 1,93 but par match. Un an plus tard, les hommes de Philippe Clement ont joué 33 matches, et trouvé le chemin des filets à 63 reprises. La moyenne est légèrement inférieure (1,91 but/match), mais n'empêche pas Bruges de survoler la compétition. Pourtant, le transfert d'un attaquant semble être devenu la quête indispensable de ce début d'année 2020. Pourquoi la stratégie a-t-elle changé ? L'été avait suffi à établir un premier verdict. Arrivé contre huit millions d'euros, débarqué comme une comète sur les pelouses belges avec quatre buts lors de ses trois premières apparitions en championnat, David Okereke ne semblait pas suffire pour remplir les plans de son nouveau coach. Dès le début, certains soulignaient que les courses de l'attaquant nigérian avaient tendance à s'éloigner de la surface, et son mutisme entre Kiev et Linz, sur la route de la qualification en Ligue des Champions, a fini de convaincre les Gazelles de l'importance d'un colosse des rectangles pour s'installer on the box et confirmer au marquoir la domination des Brugeois sur le terrain. Au bout du mercato estival, le Club brûlait donc la politesse à Anderlecht pour Mbaye Diagne, tout juste sorti d'une saison à 30 buts dans le championnat turc. Au décompte final, plus que ses quatre buts en 262 minutes jouées, le Sénégalais aura marqué les esprits par son penalty raté au Parc des Princes. L'aventure tourne court, et Bruges repart avec son constat initial. En reléguant parfois David Okereke en tribunes, Philippe Clement a alors eu recours à un duo offensif inattendu. Les ailiers Percy Tau et Emmanuel Dennis (déjà aligné dans une paire d'attaquants par Ivan Leko lors de son arrivée en Venise du Nord) se partagent souvent le front de l'attaque, menaçant les défenseurs en profondeur et multipliant les appels mais se présentant trop rarement dans la zone de vérité pour être à la réception des centres. Le Sud-Africain et le Nigérian n'ont ainsi chacun converti qu'un seul assist de Ruud Vormer, redevenu la machine à passes décisives qu'il était voici deux saisons en partant de l'axe pour appeler les ballons sur le côté droit, puis délivrer des centres assassins. C'est moins que Diagne (2) et Okereke (3), dans un classement particulier dominé par Vanaken, destinataire privilégié des offrandes de son capitaine avec quatre buts. Profitant du chaos semé par les appels de ses flèches offensives, le Soulier d'or s'est mué en buteur providentiel du Club, jaillissant souvent de la deuxième ligne pour placer son front au bout des centres de ses flancs. Vanaken a marqué treize fois cette saison, jamais en dehors de la surface. Et si on retire de l'équation ses quatre penalties convertis, sept de ses neuf buts ont été inscrits de la tête. Une mutation radicale par rapport à la saison dernière, quand aucun de ses dix buts à la trêve n'avait été marqué du front. Le numéro 20 du Club s'est transformé en buteur, pour devenir le joueur dont ses couleurs avaient besoin. Afin d'augmenter la menace et de partager un peu plus le poids des buts sans faire crouler David Okereke sous la pression, Bruges cherche donc un nouvel attaquant en vue d'accomplir les objectifs que le Club s'est fixés pour 2020. Sur la scène nationale, ce sera sans doute un problème de luxe, car la division offensive actuelle, plus qu'impressionnante, suffirait pour conquérir un troisième titre en cinq ans, voire ajouter une Coupe de Belgique à la salle des trophées des Blauw en Zwart. Mais les discours de Bart Verhaeghe laissent peu de place aux doutes : il y a longtemps que les ambitions des Brugeois ont dépassé les frontières du pays. Le Club rêve à l'international, et se projette déjà vers l'exposition médiatique que lui offrira sa double confrontation avec un Manchester United au football déclinant mais au nom toujours prestigieux. Amateurs de chiffres, les dirigeants brugeois auront sans doute jeté un oeil à ceux de leur automne européen : Bruges aurait dû marquer plus de six buts en phase de poules de la Ligue des Champions, au vu des occasions créées, mais n'a trouvé le chemin des filets que quatre fois. Un manque d'efficacité qui aurait pu coûter la qualification, sans l'exploit individuel de dernière minute de Krépin Diatta à Istanbul. Le Club a donc décidé de s'attaquer aux symptômes avant que la maladie ne le force à rester chez lui.