Malgré un design sobre, le bureau de Peter Verbeke respire le football. Youri Tielemans et Romelu Lukaku ornent les murs. À l'opposé du bureau, une poupée d'Everton contemple les terrains d'entraînement de Neerpede. Elle rappelle la période que Verbeke a passée à la Queen Mary University de Londres, où il a étudié le droit de la santé et de la médecine. Verbeke voulait à tout prix étudier en Angleterre pour découvrir la Premier League et plonger dans les coulisses de la scène musicale britannique. "Un jour, je me suis retrouvé à Goodison Park grâce à un ami. J'ai directement été séduit, et depuis lors, Everton est devenu mon club", dit Verbeke. "C'était l'époque de David Moyes, Tim Cahill et Mikel Arteta. Avec mon travail, c'est difficile d'encore aller voir les matches, mais j'essaie quand même d'y retourner quelques fois chaque année. J'étais au stade lors de la finale de FA Cup perdue contre Chelsea ( 2009, ndlr) et j'étais aussi présent lors de la demi-finale de FA Cup contre Liverpool ( 2012, ndlr). C'était typique d'Everton, de perdre ces matches-là. Ce club dégage un certain romantisme, mais l'équipe n'est pas assez bonne pour remporter des trophées."
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Malgré un design sobre, le bureau de Peter Verbeke respire le football. Youri Tielemans et Romelu Lukaku ornent les murs. À l'opposé du bureau, une poupée d'Everton contemple les terrains d'entraînement de Neerpede. Elle rappelle la période que Verbeke a passée à la Queen Mary University de Londres, où il a étudié le droit de la santé et de la médecine. Verbeke voulait à tout prix étudier en Angleterre pour découvrir la Premier League et plonger dans les coulisses de la scène musicale britannique. "Un jour, je me suis retrouvé à Goodison Park grâce à un ami. J'ai directement été séduit, et depuis lors, Everton est devenu mon club", dit Verbeke. "C'était l'époque de David Moyes, Tim Cahill et Mikel Arteta. Avec mon travail, c'est difficile d'encore aller voir les matches, mais j'essaie quand même d'y retourner quelques fois chaque année. J'étais au stade lors de la finale de FA Cup perdue contre Chelsea ( 2009, ndlr) et j'étais aussi présent lors de la demi-finale de FA Cup contre Liverpool ( 2012, ndlr). C'était typique d'Everton, de perdre ces matches-là. Ce club dégage un certain romantisme, mais l'équipe n'est pas assez bonne pour remporter des trophées." Verbeke est un livre ouvert. Il raconte des anecdotes aux moments les plus inattendus. Et si ça ne tenait qu'à lui, il rendrait public les salaires des joueurs. Lorsqu'on lui pose des questions plus personnelles, il montre davantage de retenue. "Je n'ai pas de problèmes à parler de moi, mais je préfère parler de foot." C'est pourtant comme entraîneur que vous avez débarqué dans le football professionnel. Que doit-on en déduire? PETER VERBEKE : J'ai travaillé pendant des années avec les jeunes de Deinze. Le Club Bruges m'a contacté en 2012 et j'ai d'abord pensé que c'était pour entraîner les jeunes, mais c'est un tout autre rôle qui m'a été proposé. Bart Verhaeghe avait repris le club en 2011 et il cherchait de gens susceptibles de donner forme à la nouvelle structure. Lorsque je suis arrivé, il y avait beaucoup de similitudes avec l'Anderlecht d'il y a un an: peu de structure, beaucoup de nouvelles têtes, et un grand afflux de personnel. J'ai vécu la professionnalisation du Club Bruges au premier rang, mais après six ans, j'avais d'autres ambitions. Je voulais avoir mon mot à dire dans les budgets, négocier des contrats, etc. Mais, dans leur organisation, il n'y avait alors pas de place pour installer un directeur sportif aux côtés du manager général Vincent Mannaert. D'où vous vient cette ambition d'être impliqué dans les décisions? VERBEKE : Je suis assez actif. Je ne veux faire trop longtemps des boulots qui ont un caractère répétitif. Mais je n'avais pas prévu mon passage à La Gantoise. La proposition de Michel Louwagie est un peu tombée du ciel. Je me souviens encore précisément de ce qu'il a dit: "Nous revenons de loin, nous avons un nouveau stade et aujourd'hui, nous devons franchir les mêmes étapes que le Club Bruges". Ils m'ont confié, à moi et à mon équipe, beaucoup de responsabilités et pendant ces deux années, nous avons réussi à attirer des garçons comme Michael Ngadeu, Elisha Owusu ou Alessio Castro Montes, qui ont tous été visionnés par les scouts. Aucun joueur n'a été proposé par des agents et c'était très agréable de fonctionner de cette manière. J'avais signé un contrat de cinq ans, j'avais la pleine confiance de Michel et d'Ivan ( De Witte, ndlr), et nous avions élaboré un projet à long terme. Pour cette raison, ça a été plus difficile de quitter Gand que le Club Bruges. Qu'est-ce qui vous a convaincu de succéder à Wouter Vandenhaute à Anderlecht? VERBEKE: Il y a un lien émotionnel, car je suis supporter d'Anderlecht depuis toujours. Lors de mon entretien d'embauche, j'ai dû préciser à Mannaert qu'en fait, j'éprouvais de la sympathie pour Anderlecht. Mais lorsqu'on travaille pendant des années pour le même club, on finit par en devenir un sympathisant. Et pourtant, je ressentais des sentiments contradictoires lorsque nous affrontions Anderlecht. Un match nul était, pour moi, le résultat idéal. Mais en football, on ne peut pas se laisser guider par les affinités que l'on a avec un club. Wouter voulait remettre de l'ordre à Anderlecht et ça m'intéressait. Lorsque je travaillais à Bruges et à Gand, je me disais souvent: "Aussi longtemps qu'Anderlecht continue sur cette voie, c'est bon pour nous". J'avais donc un bon feeling lorsque Wouter m'a exposé son plan: une nouvelle structure, de nouvelles personnes, une nouvelle stratégie, la professionnalisation du staff, plus de place pour le scouting... Mais c'est mon entretien avec Vincent Kompany qui m'a définitivement convaincu. Je savais qu'Anderlecht serait parti pour les dix prochaines années si Vincent pouvait imposer sa vision du football. Le jour où un nouveau coach arrivera avec une autre philosophie, nous ne jetterons pas tout à la poubelle. C'est un projet sportif et structurel appelé à durer longtemps. Vous avez travaillé pour deux clubs de pointe. Ne craignez-vous pas que les gens vous considèrent comme un opportuniste? Que votre image soit écornée? VERBEKE: Je ne m'en suis jamais préoccupé. Croyez-moi: lorsque j'ai quitté Bruges pour Gand, puis Gand pour Anderlecht, ce n'était pas pour des raisons financières. C'était, à chaque fois, une opportunité d'assouvir mes ambitions et d'élargir mon rôle. Si on appelle ça de l'opportunisme, ça ne me pose aucun problème. La saison dernière, Anderlecht aurait pu terminer plus haut que la quatrième place, mais l'équipe a déçu lors des play-offs. Quelle sera l'ambition pour cette saison? VERBEKE: De nouveau les play-offs 1 et une qualification pour l'Europa League. Je suis heureux de constater que la presse estime, elle aussi, que nous faisons du bon travail à Anderlecht. Mais à la fin de la saison, le coach, le président et moi seront jugés sur les résultats. Et pourtant, tout le monde doit regarder la réalité en face. Il y a six mois, Wouter, Jos ( Donvil, le CEO, ndlr) et moi avons établi un plan de relance pour les cinq prochaines années, et nous n'en sommes qu'à la deuxième. Nous sommes en train de tout restructurer à vitesse grand V et de placer les bonnes personnes aux bonnes places. Je lis aujourd'hui qu'Anderlecht luttera de nouveau pour le titre. Mais ce n'est pas la manière dont je vois les choses. Si l'on compare avec sa première saison comme joueur-entraîneur, lorsqu'il a engagé des joueurs comme Nasri et Chadli, Kompany a opéré un virage sur le plan tactique. VERBEKE: Vincent a dû s'adapter au foot belge. Ce n'est pas toujours la journée portes ouvertes, comme aux Pays-Bas. Mais Vincent s'est montré flexible, il n'est pas du tout têtu au point de s'obstiner à pratiquer le même système de jeu. Vince aime toujours un football dominant, un pressing exercé d'un bout à l'autre. Sans renier ce principe, il a introduit quelques changements et c'est tout à son honneur d'accepter une telle flexibilité. Votre saison est-elle réussie si sept transferts sur dix sont des réussites? VERBEKE: ( Il réfléchit) Différentes études démontrent que l'on a bien travaillé si 25% des transferts sont des réussites. Avec un tel pourcentage, je ne serais pas satisfait. Même s'il y a des preuves scientifiques. Donnez-moi donc sept transferts réussis sur dix. Savez-vous ce que je trouve dommage? Que je n'ai plus le temps pour analyser moi-même les joueurs en profondeur. Pour quelqu'un qui aime tout contrôler, comme moi, c'est difficile de confier la responsabilité à un autre. Heureusement, je peux compter sur une équipe de scouts et un staff en lesquels j'ai toute confiance. Quel genre de directeur sportif êtes-vous? Celui qui va chercher lui-même les joueurs à l'aéroport? VERBEKE: Je regarde beaucoup Monchi, le directeur sportif de Séville. Il déambule en training entre les joueurs, sait comment le groupe vit et est proche de son coach. Je fais pareil, mais à ma manière. J'accueille tous les joueurs personnellement et je suis toujours présent aux tests physiques. Lorsque les tests ne sont pas bons ou que je constate que le joueur n'est pas très motivé, c'est terminé pour moi. J'ai déjà refusé de nombreux joueurs pour cette raison. Mais ils le savent à l'avance, car je précise clairement ce que j'attends d'eux dans un e-mail ou via WhatsApp: si les tests ne sont pas bons, on ne signe pas. Je trouve que c'est une partie essentielle du processus de recrutement. Surtout avec le football physique que nous voulons développer. D'un autre côté, je veux aussi tisser un lien avec les joueurs. L'amour et l'attention que l'on porte à un joueur a un impact sur son rendement. Il faut qu'il se sente bien. C'est un élément que l'on a tendance à sous-estimer. Le football est un monde cruel et exigeant. Je ne veux pas être ce genre de directeur sportif. Autrefois, les joueurs ciblés pour un transfert apparaissaient au grand jour. Lors de ce mercato-ci, vous avez réalisé les transferts de Sergio Gómez, Wesley Hoedt et Benito Raman en toute discrétion. Comment avez-vous évité les fuites? VERBEKE: De nombreuses personnes sont arrivées et de nombreuses personnes sont parties. Les fuites émanaient peut-être des personnes qui sont parties... Notre message envers le personnel a été clair: celui qui dévoile des informations qui doivent être gardées secrètes est renvoyé. Point à la ligne. Pas d'excuse. Je constate que chacun a respecté les consignes. Lors de l'ouverture de la saison, lorsque chacun a pu revenir au bureau, nous avons organisé un barbecue. L'entièreté du personnel était là et Wesley Hoedt était dans les parages. Le transfert était loin d'être réglé. Mais rien n'a filtré pendant six jours, jusqu'à ce que l'affaire soit conclue. Au Club Bruges, et même à Gand, vous étiez moins exposé aux médias. Ici, vous êtes devenu un personnage public. Avez-vous sous-estimé ce fait? VERBEKE: Lors de mon engagement, Wouter m'a dit: "Tu resteras toujours en retrait. Nous allons te présenter comme la force tranquille du club". J'ai trouvé ça fantastique. Mais les choses ont changé. Nous avons tous sous-estimé le poids d'Anderlecht. La presse et les supporters ont besoin d'un visage. Pourtant, j'espère qu'à l'avenir, nous pourrons évoluer vers un autre système. Dans d'autres clubs, personne ne parle et le monde extérieur a l'impression qu'ils travaillent bien. Si ça ne tenait qu'à moi, je donnerais le moins d'interviews possible. Mais, en ce moment, c'est compliqué. Michel Verschueren et Herman Van Holsbeeck ont incarné le directeur sportif tout-puissant. Cette fonction est apparemment ancrée dans la culture du club. VERBEKE: Cette image d'une personne puissante est dépassée. Si Anderlecht marche bien, le mérite n'incombe pas qu'à moi, mais à toutes les personnes qui se retroussent les manches pour faire fonctionner le club. Je n'aime pas être considéré comme " le" visage d'Anderlecht. Je ne mérite pas cet honneur. Si ça devait mal tourner, je prendrais mes responsabilités, car ça fait partie du job. Au bout du compte, c'est Wouter et moi qui prenons les décisions sportives, et c'est nous qui nous chargeons des dossiers et des négociations, mais nous faisons partie d'un processus. Ce job est très stressant, mais le plus difficile, c'est de garder un équilibre entre la vie privée et professionnelle. Vous essayez donc de protéger le plus possible votre vie privée? VERBEKE: Pas nécessairement. Je suis fier de ma famille. J'ai la chance d'avoir une femme compréhensive. Nous avons un fils de six ans qui a de graves problèmes de santé et n'ira jamais mieux. Parfois, je me dis que je devrais passer plus de temps à la maison, pour être aux côtés de Luiz, tant qu'il est encore en vie... Mentalement, c'est dur pour moi. Ça peut paraître bizarre, mais la maladie de mon fils m'aide à tout relativiser. Je ne trouverais pas agréable d'entendre que Verbeke a raté dix transferts, mais lorsque je rentre à la maison, je me rends compte que ce n'est pas la fin du monde. Il y a des choses bien plus graves dans la vie que des critiques dans la presse.