Le Standard dessine son avenir au laboratoire. Des qualités soigneusement additionnées pour obtenir le remède le plus efficace possible aux maux liégeois. Michel Preud'homme dépose les clés du vestiaire rouche sur la table, et la direction du Matricule 16 les confie à Philippe Montanier, désigné par ses dernières années de coaching comme la solution la plus adaptée aux faiblesses du club. Performantes dans leur mise en place défensive, efficaces sur coups de pied arrêtés et préparées à frapper en reconversion offensive rapide, les équipes du Français présentent des vertus qui manquent au Standard sauce MPH.
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Le Standard dessine son avenir au laboratoire. Des qualités soigneusement additionnées pour obtenir le remède le plus efficace possible aux maux liégeois. Michel Preud'homme dépose les clés du vestiaire rouche sur la table, et la direction du Matricule 16 les confie à Philippe Montanier, désigné par ses dernières années de coaching comme la solution la plus adaptée aux faiblesses du club. Performantes dans leur mise en place défensive, efficaces sur coups de pied arrêtés et préparées à frapper en reconversion offensive rapide, les équipes du Français présentent des vertus qui manquent au Standard sauce MPH. S'il dessine sa première version du club principautaire dans un 4-1-4-1 assez proche de celui mis en place par son prédécesseur, Montanier teste dès la préparation une défense à trois qui lui donne des idées. Car dans son noyau, les générateurs de jeu sont rares. Autour du rond central, Gojko Cimirot a la casquette du contrôleur, tandis que Samuel Bastien brille plus volontiers en casseur de lignes qu'en créateur d'occasions. Quant aux atouts offensifs du secteur la saison dernière, Selim Amallah et Mehdi Carcela, ils ont tendance à confisquer le ballon, plutôt qu'à le faire rouler. Ce qui avait fait dire l'an dernier à Ryota Morioka, dans la foulée d'une victoire zébrée dans le choc wallon, qu'il était facile de défendre contre ce Standard, parce que ses créateurs pensaient plus souvent à dribbler qu'à jouer. Rapidement charmé par le style et le potentiel de Nicolas Raskin, catapulté dans le onze de base dès l'entame du championnat, le coach normand reste conscient de la fragilité de confier son football à un talent qui compte moins de dix matches chez les professionnels, et pose donc le jeu du Standard dans les pieds de son nouveau capitaine, Zinho Vanheusden. Suspendu pour les trois premières rencontres de la saison, il laisse sa place à Mërgim Vojvoda aux côtés de Kostas Laifis dans un 4-1-4-1 où les centraux allongent le jeu vers les couloirs, où l'on doit centrer vers Felipe Avenatti ou chercher les infiltrations de Bastien et Amallah. Très vite, pourtant, quand une défense à trois de fortune est installée à Den Dreef pour compenser l'expulsion de Nicolas Gavory, le Standard constate que les infiltrations de Zinho Vanheusden sèment le chaos chez l'adversaire, et que la compagnie de deux autres défenseurs centraux l'amène à les multiplier. Bouclée à trois derrière, la victoire contre Courtrai est le coup d'envoi officiel du passage au 3-4-2-1. La formule a évidemment ses vertus. Notamment celle de solidifier les arrières des Rouches, malgré une série folle qui verra un Arnaud Bodart souvent impuissant se retourner sept fois en douze tirs cadrés, jusqu'au lob de Kemar Roofe qui scelle la défaite inaugurale en Europa League. Reste qu'au soir de la treizième journée de championnat, le Standard était l'équipe qui concédait le moins de tirs par match en Pro League, à égalité avec Bruges. 9,46 frappes par rencontre, pour une moyenne de 0,92 but encaissé seulement devancée par le champion brugeois (0,85) dans la hiérarchie des meilleures défenses du championnat. L'arrivée de Philippe Montanier en bords de Meuse n'est certainement pas étrangère à cette amélioration défensive. Lors des 415 matches qu'il a disputés en tant qu'entraîneur principal depuis 2007, ses équipes ont maintenu le zéro dans 33% des cas. Un match sur trois sans encaisser, avec un pic impressionnant lors de sa période à Lens, quand les Sang et Or rendent une clean-sheet une semaine sur deux. Malgré des individualités parfois en-dessous de leur niveau, et une qualité défensive sérieusement entamée par la grave blessure de Vanheusden contre Ostende, les Rouches permettent à Montanier de maintenir le cap, et d'afficher quatre clean-sheets en treize journées de championnat. L'évolution n'a pas seulement lieu au tableau d'affichage. La saison dernière, les hommes de Michel Preud'homme concédaient 1,05 expected goal (la valeur de chaque tir au but est évaluée entre 0,01 et 0,99, en fonction de son pourcentage de chances de finir au fond, et leur addition donne les expected goals d'une rencontre) par match de championnat. L'amélioration avec la saison précédente (1,55 expected goal concédé par match en 2018-19) était déjà conséquente, mais le secteur défensif s'est encore amélioré sous Montanier, pour passer à 1,01 expected goal concédé par match. Le Standard version française offre peu d'opportunités à ses adversaires, lui laissant en moyenne 2,85 tirs cadrés à chaque sortie contre 4,59 l'an dernier. Sans le ballon, les équipiers d'Arnaud Bodart sont devenus une équipe organisée. Le championnat belge est souvent présenté, pour son amour des allers-retours et des blocs rapidement démantelés, comme une version miniature du football anglais. De l'autre côté de la frontière, les coaches de l'Hexagone sont par contre réputés pour leur maîtrise. Les soirées pauvres en buts ont fait la réputation d'une Ligue 1 peu accoutumée aux marquoirs qui décollent, et les chiffres du début de saison liégeois pourraient faire penser que sous la coupe de Philippe Montanier, le Standard est devenu une équipe française. Sclessin n'est pourtant pas un stade accoutumé à l'ennui organisé. Et si les tribunes sont généralement vides depuis le coup d'envoi de la saison, on les imagine volontiers gronder quand le jeu s'anime trop peu à leur goût. Au bout de la treizième journée de championnat, les (télé)spectateurs du Standard sont les moins gâtés en filets qui tremblent. Une rencontre des Rouches livre, en moyenne, 2,23 buts marqués. Aux antipodes du spectaculaire Beerschot et des 5,07 buts marqués ou concédés chaque week-end par les hommes d' Hernán Losada, le Standard de Montanier offre les sorties les moins prolifiques de la Pro League. On marque même plus dans les matches de Mouscron, où les buts tombent évidemment plus souvent aux dépens des Hurlus. Si les chiffres sont un peu plus enthousiasmants au nombre total de tirs par rencontre, où les 23,23 frappes tentées ou subies par les Rouches les classent à la quatorzième place de ce particulier classement du spectacle devant Charleroi, Mouscron, Malines et Saint-Trond, la dose de show reste faible. Sans doute parce que le Standard de Montanier joue avant tout à ce qu'il se passe le moins de choses possibles, un peu à l'image des Zèbres que pilotait Felice Mazzù. Souvent, c'est quand la fatigue fait son apparition que les lignes s'étirent et que les buts apparaissent, d'un côté comme de l'autre. Les Rouches attendent que les portes s'ouvrent, plutôt que de risquer de libérer de l'espace en tentant de déverrouiller la serrure. Cette saison, ils n'ont marqué aucun but en championnat lors de la première demi-heure d'une rencontre. Est-ce parce que le secteur offensif manque de talent, ou parce que Philippe Montanier axe surtout son travail avec ballon sur les reconversions rapides, sans vraiment s'attarder sur la construction minutieuse d'occasions? La réponse se trouve sans doute au carrefour de ces deux constats. Très vite, la défense à trois s'est mise à ressembler à une immuable ligne de cinq, d'où Nicolas Gavory et Collins Fai sortaient trop rarement pour amener le surnombre et l'incertitude dans le camp adverse. Devant cette demi-équipe recroquevillée, le duo de milieux met Samuel Bastien dans une situation loin d'être idéale, et prive l'axe du jeu d'un Selim Amallah qui doit souvent s'exiler sur un flanc qu'il ne semble pas apprécier. Les deux individualités offensives les plus déterminantes du noyau rouche sont placées dans un siège inconfortable, alors que le manque de circuits offensifs établis rend leur importance d'autant plus capitale pour générer des occasions de but. Comme souvent sous Preud'homme, l'arme majeure des offensives devient donc un Maxime Lestienne toujours menaçant en profondeur et idéal pour mener des reconversions à toute allure, mais souvent brouillon à l'heure d'armer son dernier geste. La blessure de Jackson Muleka, recrue-phare de l'été liégeois, n'arrange pas les choses dans un secteur où Obbi Oulare et Felipe Avenatti oscillent entre recherche de leur meilleur niveau et interrogations sur leur réel potentiel. Comme au coeur du jeu, où Raskin a planté son drapeau, le salut doit alors venir des jeunes. Le problème, c'est qu' Abdoul Tapsoba est encore trop incontrôlable pour être un titulaire, tandis que Michel-Ange Balikwisha manque d'une qualité supérieure indispensable pour faire la différence dans les zones les plus chaudes du terrain. À l'examen de la qualité offensive des noyaux du G7, le Standard est plus proche de la queue du peloton que de ses premières positions. Malgré les carences offensives, à la fois individuelles et collectives, les statistiques avancées plaident en faveur du travail de Montanier. En faisant la balance de la qualité des opportunités créées et concédées à chaque match, grâce aux expected goals, on constate ainsi que le Standard présente un ratio positif de +0,66 expected goal par rencontre, moyenne seulement précédée par les intouchables Brugeois (0,80). En termes de volume aussi, les Rouches répondent présents. Avec 13,77 frappes tentées par rencontre, et seulement 9,46 concédées (la meilleure moyenne de l'élite), ils se placent aussi dans le sillage du champion en titre (+7,16) avec un ratio de +4,31 tirs par match. La balance des tirs cadrés obtenus et concédés s'est également améliorée en passant de Preud'homme à Montanier. À Sclessin, on frappe plus et on offre moins. Seul le marquoir ne décolle pas. Là aussi, rien de vraiment neuf pour le Normand. 29% de ses matches depuis 2007 se sont conclus avec moins de deux buts marqués. Un nul blanc ou un score Arsenal, pour des verdicts forcément très différents au classement, en fonction du côté où tombe le but. Quand on joue des matches où il se passe le moins de choses possible, le prix des filets qui tremblent est évidemment beaucoup plus cher.